Nous vous présentons Jérôme Mabon, créateur du blog de critique cinéma États Critiques et contributeur occasionnel au magazine culturel ...

À la découverte de Bordeaux en fauteuil roulant

Nous vous présentons Jérôme Mabon, créateur du blog de critique cinéma États Critiques et contributeur occasionnel au magazine culturel de Bordeaux Happe:n.  Handicapé moteur Jérôme a gentiment accepté de nous fournir une visite guidée de Bordeaux mais du point de vue d'une personne à mobilité réduite.

Nous nous retrouvons dans un des bars accessibles préférés de Jérôme, le fameux "Chez Auguste" Place de la Victoire, où nous discutons du classement de la ville dans le rapport annuel Baromètre de l’Accessibilité, établi par l'Association des Paralysés de France. Bordeaux est 13e derrière des villes comme Grenoble, Nantes et Caen : « Bordeaux a ses défauts et il y a des possibilités d'amélioration, mais je pense que ce classement est un peu sévère. Dans l'ensemble, je suis satisfait par ce qui a été fait dans la ville. »

Nous partons en direction de l'arret de Tram le plus proche. « Le réseau de tramway est une aubaine pour les personnes handicapées, cela nous permet de gagner en mobilité autour de Bordeaux. Et comme les stations et leurs environs immédiats ont été conçus dès le départ pour les utilisateurs de fauteuils roulant, ce sont parmi les zones les plus accessibles de la ville. » Cependant, je me rends vite compte que monter dans le tram est loin d'être aussi simple, surtout à une heure de pointe (il est environ 10h30 un samedi matin). Au moment où Jérôme entre dans le tram, les portes se ferment sur ​​lui, et moi je reste planté sur le quai. Heureusement, les portes se rouvrent et nous pouvons embarquer ensemble à bord, sains et saufs. Avec la foule tout autour des nous, descendre à l'arrêt suivant est aussi un défi : Jérôme doit manoeuvrer en marche arriére avec peu ou pas de vue sur ce qui est derrière lui. Il s'en tire, mais tout ceci me procure une bonne dose de stress.


Jérôme préfère quand même cela au bus : « Les bus sont beaucoup moins confortables et les chauffeurs ne maitrisent pas toujours le système de rampe d'accès hydraulique. Il y a aussi un service de taxi appelé Mobibus pour les personnes handicapées qui leur permet de se déplacer en ville avec leur carte de transport. Mais je ne l'utilise jamais car c'est toujours complet ! Je reste fidèle au réseau de tramway, et d'autant plus depuis l'introduction des nouvelles rames où il y a davantage d'espace pour les fauteuils roulants et les boutons pour ouvrir les portes ont été baissés, ce qui les rend plus faciles à atteindre. »

Il me conduit ensuite au Musée d'Aquitaine pour me montrer une initiative pleine de bonnes intentions mais mal exécutée : l'accès aux personnes handicapées, qui se fait par l'entrée latérale. Il me montre l'élévateur pour fauteuil roulant, qui n'est rien de plus qu'un monte-charge métallique. Cela me semble un peu effrayant, et Jérôme, qui en a l'expérience, me le décrit avec éloquence comme « casse-gueule ». Plus tard dans notre promenade, nous allons comparer le système avec un modèle beaucoup plus sécurisé au Grand-Théâtre, où l'ascenseur pour fauteuil roulant est fermé par des panneaux de verre.

Les accès pour les fauteuils roulant au Musée d'Aquitaine et au Grand-Théâtre.
Nous continuons vers la place Pey-Berland, Jérôme avance rapidement : « En règle générale, il est facile de se déplacer dans les rues principales de la ville. Les trottoirs sont assez larges pour nous et des "bateaux" facilitent l'accès aux passages piétons. Dans certains endroits, près de l'esplanade des Quinconces, par exemple, ce sont les passages eux-mêmes ont été surélevés au niveau des trottoirs. » En passant dans les rues piétonnes et commerçantes du quartier, Jérôme me montre une rue qui est typique des problèmes rencontré par les personnes a mobilité réduite : « Notez les trottoirs étroits et nombreux obstacles qui nous obligent à emprunter la chaussée aux côtés de voitures. »

À gauche : large et bien pavé, le trottoir idéal ; en haut à droite: un passage piéton surélevé ;
En bas à droite : une rue typique du centre-ville qui risque de poser des soucis à Jérôme.
On se rend vite compte qu'à Bordeaux, comme ailleurs, l'accessibilité en fauteuil roulant se résume au fait d'être capable de monter et descendre des marches. Jérôme me montre les magasins qui lui sont inaccessibles en raison de la hauteur de la marche ou du palier de porte. Certaines plus petites sont cependant accessibles.

Nous nous dirigeons vers la place du Parlement et la librairie indépendante La Machine à Lire, où des efforts ont été faits pour accueillir les clients à mobilité réduite. Une rampe a été mise en place au-dessus des marches et Jérôme peut accéder à la boutique... il est quand même assez difficile de naviguer dans les allées étroitesJérôme fait tomber quelques livres en manœuvrantun employé vient accueillir Jérôme lui proposant son aide si nécessaire. Au moment de quitter le magasin, Jérôme s'engage sur la rampe abrupte légèrement de travers ce qui me fait frémir. Encore une fois, il s'en tire plutôt bien.

En haut à gauche : une boutique inaccessible ; en bas à gauche: une petite marche franchissable en fauteuil ;
à droite: escalade de la rampe de "La Machine à Lire".
Nous parlons des lieux culturels de la ville, et Jérôme en est satisfait: « Les complexes de cinéma modernes comme le Gaumont et Le Français sont particulièrement accessibles. L'UGC est plus ancien, et tous les écrans ne sont pas accessibles, alors que le cinéma Utopia a fait beaucoup pour pouvoir accueillir les fauteuils roulants. Les salles de concert ont fait beaucoup d’aménagements pour nous accueillir. À la Rock School Barbey nous avons notre propre plate-forme d'observation surélevé, et au Krakatoa ils en installent une sur demande, soit près de la scène ou vers le fond de la salle - on a souvent une meilleure vue que la plupart des spectateurs. »

Mais Jérôme n'est pas si tendre avec les installations du Stade Chaban-Delmas : « Le principal problème avec la zone handicapés est que ce n'est pas à l'abri, il n'y a nulle part ou se protéger quand il pleut. » Une situation qui devrait être différente dans le nouveau Grand Stade...

Nous prenons la rue Sainte-Catherine, qui est déjà remplie par les clients du samedi. Je demande à Jérôme s'il n'a jamais été impliqué dans des collisions. Il a eu quelques accrochages mineurs avec les piétons, mais il me dit que le facteur le plus dangereux est lié aux smartphones, car les gens se promènent avec leur nez (et les yeux) collés à leurs écrans au lieu de regarder où ils vont.

Je constate en nous promenant que la plupart des les gens ne considèrent pas Jérôme différemment de toute autre personne valide. Il n'y a guère qu'une ou deux personnes à l'arrêt de tram qui le regardant fixement lui et son fauteuil roulant électrique. Cependant, Jérôme me confie que quand il est avec un compagnon de voyage valide et qu'ils doivent demander leur chemin, les gens ont tendance à répondre à son ami valide plutôt qu'à lui.


Notre visite se termine sur les quais, la partie de la ville préférée de Jérôme : « J'aime venir ici quand il fait soleil. Le revêtement est parfait pour les fauteuils roulants, il y a beaucoup d'espace et le paysage est magnifique. » Si bien que Jérôme fait souvent le tour complet des quais, en traversant d'abord le pont Jacques-Chaban-Delmas, puis en serpentant le long de la rive droite de la Garonne, et en retraversant le Pont de Pierre. « C'est un plaisir absolu et les accès piétons au nouveau pont sont superbes. »

Jérôme est plutôt satisfait de l'accessibilité à Bordeaux depuis qu'il a quitté sa Bretagne natale en 2005. Mais a-t-il une liste de souhaits des choses qui pourraient être faites pour améliorer les choses ? On aborde à nouveau le problème récurrent des marches : « Bars, restaurants et autres bâtiments avec des marches devraient être obligés d'avoir une rampe, même si ce n'est pas en permanence. Et ce serait bien d'avoir plus de stations de tramway pour pouvoir sortir dans plus d'endroits ! »

À Bordeaux comme ailleurs, l'accessibilité est une priorité et une amélioration constante est possible. Mais à en juger par ce qui est déjà en place, la ville ne s'en sort pas trop mal sur la base de l'expérience de Jérôme ; ses rues principales sont accessibles aux personnes handicapées et leur permettent de s'y sentir bien.
Merci Jérôme !

1 commentaire:

  1. J'ai une petite question concernant ce sujet, est ce que les personnes à mobilité réduites utilisent souvent des services de voiture avec chauffeur bordeaux ... Car nous sommes parfois l'imité sur la ville et ces personnes devraient avoir plus de possibilité pour ce déplacer :)

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