Structure architecturale la plus imposante des Bassins à flot de Bordeaux, la base sous-marine construite par les Allemands est l'une ...

La base sous-marine: un fantôme de la 2e guerre mondiale

Structure architecturale la plus imposante des Bassins à flot de Bordeaux, la base sous-marine construite par les Allemands est l'une des six réalisées en France pendant la Seconde Guerre mondiale.

Dès le début du conflit, Bordeaux avait été choisi par les Italiens comme base pour leur flotte "Betasom" de sous-marins (le préfixe grec « bêta », en référence à la "B" de Bordeaux, « som » étant l'abréviation de sommergibili, sous-marin en italien). Depuis cette base, les sous-marins ont participé de 1940 à 1943 à la Bataille de l'Atlantique dans le cadre de la campagne anti-expédition contre les Alliés. Les Allemands aussi ont vite montré de l'intérêt pour l'emplacement stratégique de la ville, loin des lignes de front et idéalement positionné pour les opérations dans l'océan Atlantique.

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Lorsque l’on imagine une scène typiquement parisienne, il est probable que l’on y aperçoive la silhouette inimitable d'une fontaine ...

Les fontaines Wallace de Bordeaux


Lorsque l’on imagine une scène typiquement parisienne, il est probable que l’on y aperçoive la silhouette inimitable d'une fontaine Wallace... or, un certain nombre d’entre elles peuvent également être vues à Bordeaux !

Ces élégantes fontaines publiques en fonte, conçues en 1872 par le sculpteur français Charles-Auguste Lebourg, ont été commandées à l'origine à Paris par un Anglais, le riche et philanthrope collectionneur d'art Richard Wallace (1818-1890 et enterré au cimetière du Père-Lachaise à Paris). La fortune de Wallace héritée de son père lui permet d’aider sa ville d'adoption qui souffre pendant les années 1870 de la guerre franco-prussienne, Wallace choisit de faire une utilisation altruiste de sa fortune, une partie pour créer deux hôpitaux de campagne et une autre pour offrir à la ville 50 de ces fontaines, afin  d’offrir des sources d'eau potable gratuite aux sans-abris et aux nécessiteux.
Deux modèles différents (un grand modèle et un en applique) ont été initialement conçus ; Wallace établit des critères de hauteur (assez grand pour être vu de loin, mais pas trop pour ne pas détruire l'harmonie du paysage environnant), de forme (pratique et agréable à regarder), de prix abordable et de matériaux (résistant, facile à façonner et simple à entretenir). Deux autres variantes suivront (un petit modèle et un à colonnettes), mais la plus emblématique est le grand modèle.


La fontaine Wallace classique fait 2,71 mètres de haut et comprend un socle octogonal sur lequel quatre cariatides (représentant la bonté, la simplicité, la charité et la sobriété) sont montées dos à dos, leurs bras soutenant un dôme pointu décoré par les dauphins. Activé aujourd’hui par une pédale de pied, l'eau coule en mince filet depuis le centre du dôme vers le bassin. Produit à l'origine par la fonderie Val d'Osne dans le nord-est de la France, les fontaines Wallace continuent à être fabriquées dans la même région par l’entreprise GHM à Sommevoire.



En 1873, peu de temps après les premières installations de fontaines dans Paris, le riche banquier Daniel Iffla (1825-1907, mieux connu sous le nom Daniel Osiris) décide de suivre l'exemple de Wallace mais pour Bordeaux. Osiris finance l'achat de six fontaines Wallace, stipulant qu'ils soient situés à des endroits précis de la ville qui lui avait été recommandés par un ingénieur des eaux. Un de ces endroits était la place des Augustins (actuelle place du Général-Sarrail), toute proche du lieu de naissance d'Osiris.

La fontaine y est resté jusqu'en 2003, où elle a été transférée Place Stalingrad sur la rive droite de la Garonne. Car la fontaine ne correspondait pas aux projets de l'architecte Jean-Michel Wilmotte, chargé de moderniser la Rue Sainte-Catherine, qui longe un côté de la petite place Sarrail. Une campagne a été menée par le photographe et écrivain Richard Zéboulon pour voir la fontaine retourner Place du Général-Sarrail, par respect pour la mémoire des généreuses contributions d'Osiris à la ville. Zéboulon a réussi à convaincre la mairie de faire marche arrière et la fontaine est maintenant de retour à sa position initiale :


Deux autres fontaines datant de 1873 se trouvent dans le Jardin Public et dans les jardins du Palais Rohan, l'hôtel de ville :


Les trois autres fontaines, qui auraient été situées sur la Place des Martyrs-de-la-Résistance, sur la place Gambetta et à proximité de l’église Saint-Michel ont disparu pendant la Seconde Guerre mondiale. Aujourd'hui, on peut en voir une au centre culturel de Créon, une autre a voyagé jusqu’à l'île de la Grenade dans les Antilles, où elle aurait été détruite par un ouragan, et la troisième est passée récemment sous le marteau d'un commissaire-priseur. À noter, une fontaine était également située sur les quais devant l'entrepôt Lainé (visible ici et ici). Il faudra donc poursuivre les enquêtes afin de savoir s'il s'agit d'une fontaine supplémentaire ou d'un fontaine qui a déménagé par la suite !

Des fontaines plus récentes, produites par GHM à la fin du siècle dernier, ont été installées à divers endroits. Comme ici sur la Place Stalingrad, là-même où la fontaine de la place du Général-Sarrail a fait un court séjour. Les lecteurs du blog reconnaîtront l'ancien Théâtre Alcazar dans le fond !

La fontaine suivante est au cœur d’autre sujet du blog : Place Georges-de-Porto-Riche, dans les ruelles entre la rue Sainte-Catherine et la Place de la Bourse.


Un peu plus au nord, cette fontaine peinte dans une nuance de vert plus pâle que ses homologues, peut être vue sur la pittoresque Place Mitchell, du nom de l'Irlandais qui a fondé la première verrerie de Bordeaux, en créant les bouteilles qui ont permis à la ville de lancer son commerce d’exportation de vins a l’international.


Enfin, en revenant vers la Garonne, cette fontaine se trouve sur le Cours Xavier-Arnozan :

Ainsi s'achève le circuit de fontaines Wallace de Bordeaux. Ou pas tout à fait, car il existe des preuves d'une huitième fontaine sur la Place Jacques-Lemoîne, dans une partie de la ville qui a subi une refonte radicale et la création de la Promenade Sainte Catherine. Qu’est-il arrivé à la fontaine Wallace qui se trouvait là ? Si vous le savez, contactez-nous !
N'hésitez pas à visionner le reportage vidéo associé :

> Traduction : Fabrice Brussac 
> Localiser sur la carte Invisible Bordeaux : Place du Général Sarrail, Jardin Public, Jardin de l'Hôtel de Ville, Place Stalingrad, Place Porto-Riche, Place Mitchell, Cours Xavier-Arnozan.
> Si vous êtes tenté d'acheter votre propre fontaine Wallace, consultez le site web de GHM. Ou bien vous souhaitez savoir comment elles sont réalisés regardez ce reportage et regardez cette vidéo de découverte des fontaines. 
> Et si vous voulez en savoir encore plus sur les fontaines Wallace, vous pourrez parcourir membres.multimania.fr/savoy ou www.fontaine-wallace.info (ce dernier se concentre uniquement sur les fontaines Wallace de Paris). 

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Bordeaux est naturellement associée à la Garonne, mais historiquement, la ville s'est développée sur les rives de deux affluents qui...

Visible ou invisible : suivons le cours de la Devèze de Mérignac à Bordeaux


Bordeaux est naturellement associée à la Garonne, mais historiquement, la ville s'est développée sur les rives de deux affluents qui se jettent dans la Garonne: la Devèze et le Peugue. Ces deux petites rivières coulent toujours, mais dans le centre de Bordeaux elles ont été canalisées dans des conduits souterrains. Invisible Bordeaux a décidé de suivre le cours de la Devèze pour savoir ce qui reste aujourd'hui de cette rivière qui a laissé sa marque dans la ville.

La Devèze émerge des sous-bois à Mérignac, à l'est de la piste de l'aéroport de Mérignac. La source est facile à trouver : elle se trouve a proximité de l'imposant panneau publicitaire du magasin Sexy Center ! Sur quelques centaines de mètres, la Devèze coule derrière de quelconques immeubles de bureaux et un dépôt de bus. Il reste un très long chemin jusqu'à la Garonne et il y a un bon nombre d'obstacles sur le parcours... Amis cyclistes vous êtes prévenus !
Grâce au panneau publicitaire du magasin Sexy Center la source de la Devèze est facile à trouver, même depuis les avions qui se posent à l'aéroport !
Moins d'un kilomètre en aval, à côté des locaux de l'entreprise Siemens, la rivière disparaît sous terre pour la première fois, on comprend rapidement que ces énormes tuyaux vont nourrir un lac artificiel, le bassin de stockage des eaux de pluie de Beaudésert, également connu par les pêcheurs comme l'Étang Innolin. Cette étendue d'eau pittoresque fait partie d'un réseau plus étendu de grandes parcelles destinées à réguler le débit des cours d'eau et des eaux de pluie pour éviter les inondations dans le centre de Bordeaux (un sujet à part entière qui est abordé ailleurs sur le blog).

Les bureaux de Siemens où la Devèze disparaît sous terre avant de se jeter dans l'Étang Innolin.
Le cours de la Devèze est ensuite souterrain, il passe en dessous de la Rocade aux environs du restaurant Buffalo Grill, et dans le sous-sol du centre de Mérignac. Puis il traverse une zone où les forêts de feuillus sont toujours entretenues, et pourtant il n'y a aucun signe de la Devèze en surface. Elle ne réapparaît que plus tard cernée par des murs en béton mais mise en valeur par une courte et pittoresque promenade piétonne, qui comme il se doit est appelée « l'aire piétonne la Devèze ».

Les environs des lieux où la Devèze passe en souterrain sous la Rocade bordelaise et le sous le centre ville de Mérignac, avant de réapparaitre et d'avoir son chemin de promenade réservé !
La Devèze jouit ensuite du rôle principal dans le Parc de Bourran, le parc d'un manoir où les vignes ont été cultivées pendant de nombreuses années jusqu'à ce qu'un paysagiste, Louis Le Breton, remanie le terrain vers la fin du 19e siècle. Le Breton a utilisé la rivière pour créer un grand étang qui existe toujours. La Devèze est mise en valeur par une cascade artificielle spectaculaire avant de se jeter sous un pont à l'aspect médiéval, installé en 1890 dans le cadre des travaux prévus par Le Breton, mais on ignore si le pont venait d’un autre site ou s'il a été construit spécifiquement pour Parc de Bourran.

Le pont « Médiéval ».
La cascade du Parc de Bourran, l’étang et la conduite d’eau où la Devèze fait une sortie discrète du parc.
À partir du parc la Devèze coule dans des canalisations et traverse une petite zone de verdure envahie par les herbes hautes, avant d'être à nouveau canalisé après un pont de chemin de fer. C'est à ma connaissance la dernière que nous voyons de la Devèze à l'air libre. Et ce n'est pas le plus bel endroit. Durant le peu de temps passé à cet endroit deux rats m'ont rappelé que la rivière était utilisé comme un égout naturel pendant de nombreuses années.

Le dernier signe de la Devèze avant d'avoir à recourir au nom des rues pour suivre son cours.
À partir de là, suivre le cours de la Devèze nécessite le recoupement des informations de Googlemaps et des documents produits par Bordeaux Métropole, mais il y a d'autres signes indiquant que la Devèze n'est jamais très loin : peu après le pont de chemin de fer, toujours à Mérignac, viennent la rue de la Devèze et Square de la Devèze. Suivis par des rues dont les noms sonnent comme un rappel des métiers du passé dépendant de l'eau et que l'on s'attend à trouver là : rue des Lavoirs, rue des Teinturiers. De temps en temps, des bruits de ruissellement ou d'un courant rapide peuvent être entendus par les plaques d'égout. La Devèze entre dans Bordeaux le long du mur au sud du cimetière Chartreuse. Là aussi, le nom de la rue fait allusion à ce qui se trouve dessous nos pieds : nous sommes maintenant rue de la Devèze à Bordeaux. 


Autrefois, comme indiqué sur d'anciennes cartes de Bordeaux, la Devèze coulait presque en ligne droite vers le quartier de l'église Saint-Pierre. C'est là que le port historique de la ville se trouvait jusqu'au 10e siècle, époque à laquelle les eaux du Port Saint-Pierre se sont envasées.

En amont, la Devèze avait alors été en partie détournée vers le Peugue et le Port Saint-Pierre a été recouvert. Près de la Place Saint-Pierre, rue de la Devise (un autre nom connu de la Devèze), un panneau d'information fait référence à sa présence passée. C’est alors autour du Peugue que le cœur commercial de la ville s’est développé (notamment vers la Place Fernand-Lafargue). Mais les zones riveraines Peugue devenant notoirement dangereuses et insalubres, tout au long des 17e et 18e siècles des travaux ont été réalisés pour canaliser la rivière. Travaux qui se sont terminés en 1868.

La rue de la Devise et la Place Saint-Pierre, où se trouvait autrefois le port de la ville, alimenté par la Devèze.
La Devèze, désormais intégralement détournée au niveau du quartier de Mériadeck se jette alors dans le Peugue (qui lui coule depuis Pessac), à l’intersection du Cours d'Albret et de la rue des Frères Bonie. Une fois de plus, suivre le cours de la double rivière souterraine aujourd'hui implique quelques recherches, bien qu'il soit généralement reconnu que les eaux coulent sous le Cours d'Alsace Lorraine dans un tuyau de 4,80 mètres de large et 3,30 mètres de haut. La présence des rivières est même abordée sur un bas-relief qui est visible à l'angle du Cours d’Alsace Lorraine et de la rue Sainte Catherine : la sculpture comporte la déesse Divona (la déesse des sources divines, dont dérive le nom Devèze) et un homologue masculin (représentant le Peugue, qui dérive du latin pelagus, ce qui signifie les eaux débordantes d'une rivière).

Le lieu où le Peugue et la Devèze se rencontrent sous terre, célébré en aval sur ce bas-relief.
Les deux rivières finissent leur parcours et se jettent dans la Garonne dans une canalisation de béton et de métal dont le débit est contrôlé manuellement.

La fin la randonnée et de la Devèze sans cérémonie à proximité du Pont de Pierre.
En tout, les eaux de la Devèze ont parcouru 10,45 km de sa source à Mérignac jusqu'aux rives de la Garonne, cachées pendant la majeure partie de ce trajet. Même s’il est difficile aujourd’hui d'imaginer à quel point elle était importante pour la ville de Bordeaux, on peut le deviner en lisant les textes de poète et professeur latin du 4ème siècle Ausone qui a écrit approximativement ceci au sujet de la Devèze: « Salut, fontaine à la source inconnue, sacrée, gracieuse, sans faille, cristalline, azur, profonde, murmurante, ombragé et immaculée. Bonjour, divinité gardienne de notre ville, que l’on boit pour notre santé, nommée par les Celtes Divona, une fontaine devenue divine! » 

N'hésitez pas à visionner le reportage vidéo associé :

> Traduction : Fabrice Brussac

  • Localisation : cours complet de la rivière Devèze tracé en bleu sur la carte Invisible Bordeaux avec des repères individuels pour la source, Étang Innolin, Parc de Bourran, Place Saint-Pierre et la sortie sur la Garonne.
  • Un grand merci à Michel D. qui m'a informé du poème Ausone (voir p284 ici) et à Harvey qui m’a transmis le lien vers la carte de Bordeaux du 11e au 13e siècle.
  • Lire cet article en anglais.
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