Nous sommes au Bouscat et, tout près de la ligne de chemin de fer qui relie Bordeaux au Verdon-sur-Mer, on peut découvrir un lotissemen...

Un quartier bouscatais, monté de toute pièce par Yves Gourribon et les coopérants de l'ABAP

Nous sommes au Bouscat et, tout près de la ligne de chemin de fer qui relie Bordeaux au Verdon-sur-Mer, on peut découvrir un lotissement qui rappelle une période non si lointaine où les habitants s'entraidaient pour pouvoir construire leurs logements et créer ainsi, de toute pièce, de toutes nouvelles communautés. 

L'histoire commence dans les années 1950. À Bordeaux, ce début des Trente Glorieuses est synonyme de crise du logement. Selon l'architecte en chef de la ville d'alors, le déficit représente quelque 10 000 logements. Yves Gourribon, un enseignant de l'établissement de formation professionnelle de Blanquefort, décide de faire quelque chose. Il avait été fortement inspiré par le mouvement des « Castors » qui s'était installé à Pessac quelques années plus tôt, permettant aux résidents de construire eux-mêmes tout un lotissement dans le cadre d'une structure dite de Comité Ouvrier du Logement, où chacun s'engageait à un apport travail de 40 heures par mois jusqu'à l'achèvement des travaux ! Cette démarche fut également déployée dans le cadre d'initiatives similaires à Cenon, Mérignac et Villenave d'Ornon.

Maisons typiques du quartier Gourribon.
L'approche de Gourribon n'était pas tout à fait la même, mais s'articulait aussi autour d'une structure « bottom-up » où les futurs propriétaires se regroupaient au sein d'une société coopérative, puis dirigeaient, supervisaient et parfois contribuaient à la construction de maisons standardisées sur des parcelles nouvellement acquises. Et c'est ainsi que Gourribon fonda l'ABAP, l'Association Bouscataise d'Accès à la Propriété, qui commença à travailler en collaboration avec l'organisme Le Toit Girondin pour collecter et gérer les finances. Le concept était simple, le plus difficile allait être de convaincre les intéressés ! Des réunions eurent lieu, des dépliants d'information furent distribués et Gourribon réussit son pari : 60 « coopérateurs » s'engagèrent sur la première vague du projet, reversant dès le départ des mensualités d'environ 10 000 francs (soit environ 215 euros selon ce convertisseur en ligne) et ce sur une période de 30 ans.
La maison d'Yves Gourribon était
l'une des premières construites.
Le portail et le grillage sont d'origine !

Le projet de Gourribon était désormais lancé et l'ABAP fit l'acquisition d'un grand terrain au Bouscat, vide à l'exception d'une maison bourgeoise (qui fut démolie quelques années plus tard lorsque le dernier propriétaire décéda). La zone était principalement constituée de viviers et de marécages alimentés par un ruisseau, le Limancet, qui coulait au milieu - il fut bientôt canalisé sous terre et détourné autour de la zone qui accueillait le nouveau lotissement.

Le premier projet, connu sous le nom de lotissement des Écus, prit forme entre 1950 et 1954 et fut finalement composé de 56 maisons. Le tout nouveau quartier faisait déjà du bruit (même si, selon un observateur, « On allait à la campagne dans un coin perdu ») et Gourribon n'eut aucun problème à vendre les parcelles qui allaient former la deuxième vague de logements, le lotissement Ausone, composé de 94 maisons construites en 1956 et 1957.

Plan de situation réalisé par l'architecte Jean J. Prévôt, source : page Facebook de l'association Ricochet Facebook. Le premier lotissement des Écus se situe au sud de la rue (avenue) Ausone, le lotissement Ausone au nord.
La zone en 1956 : le lotissement Écus est en place, le lotissement Ausone prend forme. Source : le site IGN Remonter le Temps.
Le quartier aujourd'hui tel qu'il est visible sur GoogleEarth.
Cette toute nouvelle communauté créée à l'initiative d'Yves Gourribon, qui allait être complétée plus tard par l'ajout de 26 autres maisons (le lotissement Montesquieu), se développa rapidement. Les résidents étaient, pour la plupart, de jeunes couples, souvent avec des enfants en bas âge, ayant déménagé de Bordeaux, Blanquefort, Talence, parfois d'ailleurs au Bouscat, ou encore de lieux plus éloignés tels que Macau dans le Médoc. Les enfants étaient dans leur élément et investirent notamment la place centrale (dite « la place ») - pour beaucoup les jours passés à jouer sur la place restent les meilleurs jours de leur vie. Symboliquement, la place, qui s'appelait à l'origine place de Chébli, puis place JF Kennedy, est maintenant connue sous le nom de place Gourribon, en souvenir de l'homme qui en fut à l'origine mais qui mourut dans un accident de vélo en mai 1981 le jour où François Mitterrand fut élu président de la République.
Place Yves-Gourribon, fabricant de souvenirs d'enfance.
Toutes ces maisons jumelles à un étage furent conçues par un architecte local du nom de Jean J. Prévôt et étaient toutes identiques à l'exception d'une poignée de maisons d'angle légèrement plus grandes (et plus chères), destinées à des familles nombreuses. Au rez-de-chaussée on trouvait (on trouve...) une salle à vivre traversant (salon / salle à manger ; une arche entre les deux était en option) avec une cuisine séparée qui donnait sur le jardin, ainsi que les toilettes et un accès au garage... qui était rarement utilisé pour garer les voitures, mais plutôt comme un espace de stockage ou de buanderie ! À l'étage : trois chambres et une salle de bains, cette dernière étant encore une relative nouveauté à une époque qui annonçait plus ou moins le début de la fin des bains-douches publics.

Parmi les autres caractéristiques notables, citons l'utilisation généralisée du parquet en pin et une cheminée que la plupart choisissaient de ne pas utiliser car il était souvent difficile d'évacuer la fumée (les résidents optaient plutôt pour des poêles au charbon ou au gaz, ou même un système ultra-moderne de chauffage central). Chaque maison était également dotée d'une casquette au-dessus de la porte d'entrée, soutenue par une rangée de trois colonnes verticales.
Une porte d'entrée avec sa casquette et ses trois colonnes.
Au fil des années, de nombreuses maisons ont été agrandies ou considérablement modifiées et rénovées, mais dans la plupart des cas elles restent facilement reconnaissables avec beaucoup d'éléments d'origine encore visibles, jusqu'aux volets pliants par rabattement que l'on aperçoit sur bien des maisons ! Selon un riverain, les maisons étaient « des constructions solides et durables, et nous avons connu très peu de problèmes au fil des années ».
Volets pliants venus tout droit des années 1950.
Au cœur de ce nouveau quartier se trouvait également une salle polyvalente qui servait de bureau, de bibliothèque et de salle de fêtes (où furent célébrés plusieurs mariages). Il y avait même un téléphone public où les usagers payaient librement ce qu'ils devaient pour chaque appel, mais ce service fut abandonné quand il apparut à plusieurs reprises que les revenus ne correspondaient pas forcément au coût des appels sortants ! Pendant l'âge d'or du quartier, l'association ABAP se diversifia au-delà des tâches purement administratives et proposait des achats groupés de consommables ou d'électroménager, des sorties culturelles et même des voyages collectifs en France et ailleurs.

Mais les temps ont lentement changé et la salle polyvalente, de moins en moins utilisée, fut finalement démolie. Au bout d'une trentaine d'années, l'ABAP n'avait plus lieu d'être car les paiements mensuels des résidents avaient cessé, et en 1983, elle se redéfinit comme l'Association Bouscataise d'Activités Polyvalentes, avant d'être dissoute en 1990. Entre-temps, en 1983, une autre association fut créée, l'AQAEB (Association Quartier Ausone / Écus du Bouscat), dans un premier temps pour défendre les droits des riverains. Elle a progressivement pris le relais du rôle culturel détenu auparavant par l'ABAP, et l'AQAEB continue encore aujourd'hui à organiser un riche programme d'activités, allant des cours d'informatique et de scrapbooking, aux sorties culturelles.

Certaines maisons n'ont guère évolué depuis les années 1950...
... alors que d'autres ont connu d'importantes transformations !
À présent, les « coopérants » d'origine sont devenus des propriétaires à part entière, beaucoup de maisons ont changé de mains à plusieurs reprises, le sentiment d'être « à la campagne » a disparu avec la croissance de la métropole tout autour, et la place centrale n'est plus le centre de gravité pour les jeunes enfants qu'elle était autrefois. Mais lorsqu'on apprend l'histoire qui accompagne la découverte de ce quartier, on repart inévitablement avec le sentiment que l'on peut faire tellement plus ensemble que tout seul, et qu'un réel esprit de communauté à l'ancienne sera toujours plus fort lorsqu'il est à l'initiative des habitants eux-mêmes plutôt que dicté par des autorités locales ou des promoteurs immobiliers.

> Localiser sur la carte Invisible Bordeaux : Gourribon housing estate, rue Ausone, Le Bouscat.
> Cet article est entièrement basé sur une visite guidée organisée il y a quelques semaines par l'
association Ricochet (dirigée par Damien Guiraud) en collaboration avec l'association Pétronille. Le récit est ainsi celui de Laurent Péradon de Pétronille qui a pu puiser dans les archives de l'AQAEB et s'appuyer sur les témoignages d'habitants du quartier dont notamment Guy Saint Martin (qui faisait partie de la deuxième vague de coopérants). Un grand merci à tous ces acteurs pour cette belle découverte !
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Vous avez sans doute déjà parcouru la première sélection Invisible Bordeaux d'horloges à retrouver à travers la ville de Bordeaux . M...

Les horloges de Bordeaux 2/2

Vous avez sans doute déjà parcouru la première sélection Invisible Bordeaux d'horloges à retrouver à travers la ville de Bordeaux. Mais il y en a bien d'autres, en commençant par celle-ci, du côté de la barrière Saint-Genès.
L'établissement à l'angle de ce grand carrefour doit son nom à ce petit cadran blanc : il s'agit du Café de l'Horloge.
Sur la façade principale de la gare Saint-Jean on peut admirer trois horloges identiques. Fort heureusement, elles sont toutes bien réglées. 
Depuis les quais, deux horloges imposantes rythment le quotidien des passagers et des cheminots.
Dans le grand hall d'attente, cette horloge Bodet particulièrement minimaliste permet aux passagers de chronométrer leurs mouvements à la seconde près.
Une autre horloge Bodet est à voir sur le cours Victor-Hugo, sur l'immeuble dit "la Maison Dorée" où on trouve désormais un Carrefour Market.
C'est une autre Bodet que l'on peut observer sur le palais de Justice sur la place de la République. L'horloge est actuellement hors service.
Une autre horloge, un autre palais ! Cette fois nous sommes devant le palais Rohan, l'hôtel de ville de Bordeaux.
Cette curieuse horloge se trouve tout en haut de l'immeuble Caisse d'Épargne de la place Paul-Doumer.
Encore du minimalisme, poussé à l'extrême à l'angle de l'immeuble de la Bourse du Travail sur le cours Aristide-Briand, où le temps s'est momentanément arrêté...
Également hors service : cette horloge à voir sur la façade de la bibliothèque située face au marché des Capucins.
Une autre horloge qui n'avance plus : celle de l'église Sainte-Eulalie.
Un bâtiment si original se devait d'avoir une horloge tout aussi originale ! Nous sommes devant la maison cantonale du quartier de la Bastide.
Les flèches jumelles de l'église Sacré-Cœur ont chacune leur horloge. Le curieux cadran à 24 heures était destiné à l'origine aux cheminots habitant le quartier afin qu'ils puissent savoir instantanément si on était matin, après-midi ou soir. Cette horloge, qui a déjà connu son heure de gloire sur le blog, fonctionne parfaitement : il était 09h10 lors de mon passage.
Mais finissons notre parcours sur la place Stalingrad en souvenir de l'horloge disparue de l'ancien music-hall Alcazar (visible en bas dans une photo datant du début du 20e siècle).
Toutes ces magnifiques horloges sont également à retrouver dans ce modeste clip vidéo. Bon visionnage !
 
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