Il y a quelques semaines, les équipes de l'Université Bordeaux Montaigne ont marqué le 50e anniversaire de l’établissement en p...


Il y a quelques semaines, les équipes de l'Université Bordeaux Montaigne ont marqué le 50e anniversaire de l’établissement en publiant des photos soumises par des personnes qui y avaient étudié ou travaillé au fil des ans. Quelques photos envoyées par un certain Steve Owen ont vraiment attiré mon attention et m'ont incité à consulter sa galerie Flickr, où j’ai pu consulter d'autres vues de lieux et de scènes de vie à travers la ville, photographiées par Steve ainsi que par une Patti Larson.

J'ai pensé qu'il pourrait être amusant de retourner sur ces mêmes lieux près de cinquante ans plus tard... et c'est donc précisément ce que j'ai fait sur deux week-ends, après avoir d'abord reçu l’autorisation de Steve de donner cette seconde vie à ses photos… d'où les clichés que vous découvrez ici !

Porte Saint-Éloi / la Grosse Cloche. Le bâtiment tout en courbes à gauche n'existe plus.
La rue Sainte-Catherine, avant sa transformation en zone piétonne, vue depuis la place Saint-Projet.
La vue depuis le haut de la rue Sainte-Catherine.
Lors de nos échanges, Steve a confirmé qu'il avait donc été étudiant à ce qui était alors l'Université Bordeaux III au cours de l'année universitaire 1971-1972, et ce dans le cadre du programme « Education Abroad » de l'Université de Californie. « À cette époque, Bordeaux était le seul endroit en France pour nous étudiants de premier cycle à l’Université de Californie, et nous étions une centaine en tout. Nous avons passé six semaines à Pau pour suivre des cours de français, puis l'année universitaire à Bordeaux. Nous avons suivi les cours classiques en français, bien que l'UC ait dû mettre en place des systèmes d’examens et de notes à part car les deux systèmes étaient assez différents. J'étais étudiant en histoire, et la plupart des cours que j'ai suivis pendant son séjour à Bordeaux étaient des cours d'histoire, même si j'ai également suivi un cursus d'histoire de l'art qui s'est déroulé dans l'ancienne faculté de médecine, place de la Victoire. »

Qui était alors cette Patti Larson créditée de nombreuses photos, et qui apparaît également sur certains de ces clichés ? « C'était une autre étudiante de Californie, et aussi ma petite amie à partir de la période où nous sommes partis de Pau fin septembre. Nous nous sommes mariés en 1974… et avons ensuite eu deux fils et deux petites-filles ».

Voici Patti et Steve devant l'entrée de la maison située rue Mouneyra où Patti était en location.
Restaurant universitaire / Bordeaux étudiants club, rue de Cursol.
Suite à son année bordelaise, Steve s’est intéressé de près à l'histoire française, matière qui est devenue sa spécialité pour la suite de ses études. Lui et Patti sont revenus en France en 1978-79 et ont passé dix mois, à Paris cette fois-ci, pendant que Steve travaillait dans les archives. « Ma carrière universitaire ne s'est toutefois jamais concrétisée et nous avons tous les deux fini par travailler dans l'administration à l'U.C. Berkeley, et nous sommes partis à la retraite il y a environ neuf ans. » Patti et Steve sont revenus à Bordeaux vers 2005 et « nous avons été impressionnés par la transformation de la ville… ainsi que par la dégradation du campus universitaire ».

Une magnifique R12 en vedette sur la place de la Victoire, où on pouvait apercevoir des panneaux indiquant le chemin vers Agen, Mont-de-Marsan, Pau et Toulouse.
Sensibilisation au code de la route dans le Parc bordelais.
Jour de carnaval à Talence.
Quels sont les souvenirs de Steve de son année à Bordeaux? « J’en garde de très bons souvenirs. Beaucoup de ces souvenirs tournent autour de Patti bien sûr, mais mon séjour bordelais (ainsi que plusieurs semaines passées à Paris à différents moments) a également suscité chez moi une véritable fascination pour la France en général. À l'époque, j'ai été frappé par les différences de perspectives et de styles de vie entre la Californie et la France, donc ce séjour avait un parfum assez exotique. La France et la Californie sont beaucoup plus similaires aujourd'hui, mais je reste toujours fasciné par l’approche des Français envers certaines choses. Quant à Bordeaux, j’y ai passé de bons moments, mais je n'ai pas été trop impressionné par la ville à l'époque. Plus tard, j'ai commencé à apprécier davantage le lieu ; était-ce la force de la nostalgie ou plutôt par le biais de la ville transformée que nous avons découverte lors de notre retour bien plus tard ? En tout cas, nous avons le projet de revenir à nouveau ces prochaines années. »

Patti et Steve, vous serez bien sûr les bienvenus !

Voici à nouveau le reportage photos... mais avec quelques images qui bougent en prime !


> Cliquez ici pour visionner les autres photos bordelaises de Steve Owen dans sa galerie Flickr. D'ailleurs, si vous déroulez la page, vous verrez même une photo de Steve et Patti aujourd'hui !
> Les publications Instagram de l'Université Bordeaux Montaigne sont à retrouver ici et ici.
> Un grand merci à Steve et à Patti d'avoir autorisé l'utilisation de leurs photos dans cet article, ainsi qu'à l'Université Bordeaux Montaigne dont les publications sont à l'origine de la découverte.
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L'épisode n°12 du podcast Invisible Bordeaux est désormais disponible ! Dans ce numéro nous partons à la rencontre de Jule...


L'épisode n°12 du podcast Invisible Bordeaux est désormais disponible ! Dans ce numéro nous partons à la rencontre de Jules Gaubert-Turpin, le jeune et très charismatique co-auteur - avec son compère Adrien Grant Smith Bianchi - des beaux livres « le Tour du Monde en 80 verres » et « la Carte des Vins S’il Vous Plaît », tous deux disponibles aux éditions Marabout.  

Ensemble nous parlons de cartes, d'affiches, des coulisses de ces deux beaux livres, de vin, de bière... et nous découvrons en ex-clu-si-vité (rien de moins) quel sera le prochain grand projet de Jules, avec son autre compagnon de route, Charlie Garros. On ne vous en dit pas plus mais cela mérite franchement le détour !

Vous pouvez écouter le podcast via le bouton lecture qui doit s'afficher ci-dessous, ou alors sur différentes plates-formes dont Anchor, Apple Podcasts / iTunes, Spotify, Google Podcasts, Breaker, PocketCasts, RadioPublic, Overcast, Podbean, Podcast Addict et Stitcher. N'hésitez pas à vous abonner afin de ne rien rater ! Bonne écoute et n'hésitez pas à dérouler la page pour découvrir tous les liens relatifs à l'univers de Jules, d'Adrien et de Charlie !


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L'un des premiers billets à être publié sur le blog Invisible Bordeaux après son lancement il y a huit ans fut un article sur le ...


L'un des premiers billets à être publié sur le blog Invisible Bordeaux après son lancement il y a huit ans fut un article sur le buste représentant le leader haïtien Toussaint Louverture, situé sur les quais de Garonne rive droite à Bordeaux. À l'époque, la sculpture était l'une des seules reconnaissances visibles dans le domaine public du passé de la ville liée à la traite négrière. Mais les temps changent et Bordeaux devient progressivement plus transparent quant à cet héritage si lourd à porter.


Car, oui, entre 1672 et 1837, Bordeaux était le point de départ d'environ 500 voyages « triangulaires » de traite négrière qui entrainèrent la déportation de 150 000 Africains, voire davantage, vers les Amériques. Bordeaux était loin d'être la seule ville impliquée. En France - qui se classe aux côtés de l'Espagne derrière la Grande-Bretagne et le Portugal en termes d'ampleur de la traite négrière - la ville de Nantes organisa 1 744 expéditions, et les ports de La Rochelle et du Havre opérèrent à des échelles similaires à Bordeaux.

Avant le début des voyages triangulaires (qui culminèrent dans les années 1780), les bateaux au départ de Bordeaux effectuaient un simple commerce bilatéral avec les Caraïbes. Les bateaux transportaient alors du vin, de l'huile et de la farine, tous échangés contre des produits locaux. Avec le début du commerce triangulaire, les navires partaient de Bordeaux chargés de denrées alimentaires, de tissus, d'armes et de bibelots qui, à leur arrivée sur la côte orientale d'Afrique six à huit semaines plus tard, étaient échangés contre des esclaves. Lors de la deuxième et dangereuse étape, dite passage du milieu, les esclaves étaient transportés dans des conditions inhumaines vers les colonies, principalement Saint-Domingue (désormais Haïti) en ce qui concerne les navires bordelais. Le taux de mortalité à bord des bateaux se situait entre 10 et 20 %.

Panneau récemment installé square Toussaint-Louverture.
À leur arrivée, les esclaves survivants étaient vendus ou mis aux enchères puis travaillaient dans les plantations où l'espérance de vie moyenne était de cinq à six ans. Pendant ce temps, les bateaux repartaient direction Bordeaux, transportant du sucre, du cacao, du tabac, du coton et d'autres produits, contribuant ainsi de manière conséquente à la richesse de la ville.

Jusqu'au milieu des années 1990, ce chapitre de l'histoire de la ville fut le plus souvent passé sous silence, mais au tournant du millénaire, Bordeaux fit quelques timides premiers pas pour que le sujet devienne plus visible. En 2006, le maire de l’époque, Hugues Martin, inaugura une plaque installée au niveau du sol sur les quais face au bâtiment de la Bourse Maritime. Puis, en 2009, une salle dédiée à la traite négrière fut intégrée au parcours permanent du Musée d’Aquitaine. Quant au buste de Toussaint Louverture, sculpté par l'artiste haïtien Ludovic Booz (décédé en 2015), il fut offert à la ville par la République d'Haïti en 2005.


Revenant sur place aujourd'hui, je constate que ce qui était auparavant un socle solitaire et isolé est désormais entouré d'un espace aménagé qui met en valeur la statue. Symbole fort, le « square » représente en fait un triangle. Au niveau du sol, des panneaux informatifs expliquent qui était Toussaint Louverture et son lien avec la ville (histoire détaillée dans le précédent article Invisible Bordeaux) et donnent un bref aperçu du rôle de Bordeaux dans l'histoire de la traite négrière en France.

Le square triangulaire.
Sur les quais rive gauche, la précédente plaque à peine visible fut remplacée en 2019 par une statue émouvante créée par un autre sculpteur haïtien, Filipo (nom complet : Woodly Caymitte), qui représente l'esclave Modeste Testas. Le panneau d'information qui l'accompagne explique son parcours hors de l'ordinaire : née Al Pouessi en Afrique de l'Est en 1765 et capturée lorsqu'elle était jeune, elle fut achetée vers 1780 par deux frères bordelais, Pierre et François Testas, qui possédaient une entreprise à Bordeaux et une plantation à Saint-Domingue.


Pouessi fut déportée et travailla sur leur plantation, devenant par la suite l'esclave et la concubine du propriétaire François Testas, qui la baptisa alors Marthe Adélaïde Modeste Testas. Après la mort de François, elle fut libérée (acte symbolisé par les chaînes brisées au pied de la statue) et Testas lui légua un terrain important. Elle épousa par la suite un autre ancien esclave et décéda en 1870 à l'âge de 105 ans. Les années suivantes, son petit-fils François Denys Légitime devint président d'Haïti.

Enfin, le dernier ajout au paysage bordelais fut inauguré en décembre 2019 pour marquer la Journée internationale pour l'abolition de l'esclavage, sous la forme de « Strange Fruit », une sculpture rappelant un arbre, signée par l'artiste réunionnaise Sandrine Plante-Rougeol. Les trois branches de l’arbre font elles aussi écho à la notion « triangulaire » ; chacune porte un cerceau de baril de vin contenant une tête d’homme. Les trois visages ont les yeux bandés suggérant une perte d'identité ; ils symbolisent respectivement la peur, la douleur et l'abandon.


Ce même jour de décembre 2019, Bordeaux annonça que des panneaux explicatifs allaient être apposés dans les rues dont les noms renvoient aux armateurs, commerçants et marins impliqués dans la traite des esclaves, une réponse en forme de compromis à des années de lobbying par diverses associations (en particulier Mémoires et Partages) demandant que ces rues soient débaptisées. Chaque panneau fournit ainsi un aperçu concis et factuel du contexte, compilé par les équipes du service des archives de la ville. Le déploiement initial concerne six rues ou places (voir note de bas de page) mais, lors de la préparation de cet article, j'ai parcouru les différents emplacements et à ce jour (février 2020), les panneaux n'ont pas encore été installés.

Des noms de rue en attente de panneaux explicatifs.
Quoi qu'il en soit, l'héritage de traite négrière de la ville n'est plus le sujet tabou qu'il était autrefois, et il sera intéressant de voir quelles nouvelles évolutions seront observées au cours des années 2020. Sera-t-on témoin d'avancées similaires sur ce triste chapitre de la Seconde Guerre mondiale, l'autre grand tabou bordelais ? Seul le temps nous le dira…

> Localiser sur la carte Invisible Bordeaux : statue Toussaint Louverture, Quai des Queyries; statue Modeste Testas, Quai Louis XVIII ; sculpture Strange Fruit, jardin de l'Hôtel de Ville, Bordeaux.
> Les six premiers panneaux informatifs seront installés rue Desse, rue David-Gradis, rue Grammont, passage Feger, cours Journu-Auber et place Mareilhac. 
> Voir cet article  Sud Ouest pour en savoir plus et cet article France Bleu Gironde pour voir à quoi ressemblent ces panneaux (avec une faute d'orthographe en ce qui concerne la rue Grammont). 
> This article is also available in English.

Le Bordeaux Invisible est tombé sur ces sympathiques vues aériennes de Bordeaux dans les années 1950-60. Les allées de Tourny, le Triang...


Le Bordeaux Invisible est tombé sur ces sympathiques vues aériennes de Bordeaux dans les années 1950-60. Les allées de Tourny, le Triangle d’Or, Place Gambetta, le Jardin Public et la Cité de la Benauge, le tout depuis des perspectives inhabituelles ! Déroulez la page pour voir chaque photo de plus près !

Tout d'abord, les allées de Tourny, dotée encore de ses fontaines et sa statue Gambetta. En bas à droite : l’ancien marché des Grands-Hommes. Les voitures ont encore la possibilité de se garer sur la place de la Comédie ! Une modeste manifestation est en cours sur la place des Quinconces, ou alors est peut-être en cours de montage ou démontage. Les quais sont le territoire de grues et de hangars. Rive droite, la gare d’Orléans est encore relié au réseau de chemins de fer et la toute jeune Caserne des Pompiers de la Benauge est en place. Le pont Saint-Jean ne viendra se positionner entre le pont de Pierre et le pont Eiffel que quelques années plus tard !

Photo : éditions aériennes Combier (Macon).
Le Triangle d’Or, avec la rencontre en « V » des cours Clémenceau et de l’Intendance. On devine facilement le nom du « Petit Paris », bâtiment blanc en bas, le « Français » du cinéma que l’on connaît encore, ainsi que l’ancien marché des Grands-Hommes. Au fond, notez l’alignement des grues sur les quais et, rive droite, le bâtiment des Grands Moulins de Paris qui est encore fidèle au poste plus de 60 ans plus tard ! 

Photo : éditions Lapie (Saint-Maur).
Voici la place Gambetta, depuis le sud, où on remarque l’alignement de la rue du Dr Charles Nancel Penard (ou rue Dauphine jusqu’en 1946) et le cours Georges-Clémenceau.

Photo : éditions Lapie (Saint-Maur).
Autre vue de la place Gambetta (avec ses quelques voitures et un seul autobus), regardant en direction du cours Georges-Clémenceau et le Jardin Public.

Photo : éditions Lapie (Saint-Maur).
Voici le Jardin Public, vu depuis le nord-ouest, avec notamment au premier plan les bâtiments (et cour intérieure) du lycée Montesquieu (précédemment lycée Longchamps). 

Photo : édition Renaud & Buzaud (Bordeaux), cliché P. R. Larrey/Delboy.
Enfin, la cité de la Benauge, grande réalisation des années 1950 avec notamment, à gauche et au milieu, les tours et résidences de la cité Pinçon, au milieu le « rond des Mamans », en bas la salle des sports Jean Dauguet, en haut à gauche l’école élémentaire Benauge et, en haut à droite, le stade Galin (la piscine n’existe pas encore à cette époque).

Photo : Chatagneau (Bordeaux), cliché Herlec – Libourne, opérateur M. Le Collen/Elcé.
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L'épisode n°11 du podcast Invisible Bordeaux est désormais disponible ! Embarquement immédiat pour un voyage dans le temps c...


L'épisode n°11 du podcast Invisible Bordeaux est désormais disponible ! Embarquement immédiat pour un voyage dans le temps car c'est près de 200 ans d'histoire que nous allons aborder en compagnie d'Antoine Puentès, qui raconte la grande aventure des transports en commun à Bordeaux.

Cet historien de formation et ami du blog, qui de jour est agent du Patrimoine au sein du Centre des Monuments Nationaux, s’est discrètement installé comme un des grands experts de ce vaste sujet, fort de ses nombreuses conférences et divers articles devenus des références du genre.

Depuis les premiers omnibus à chevaux et tramways première génération, jusqu'aux projets de bus à haut niveau de service et de RER urbain, en passant par les autobus, les trolley-bus, le projet avorté du métro VAL et le retour des trams, sachez que votre ticket donne droit à un nombre illimité de correspondances pendant ces vingt minutes véritablement passionnantes en compagnie de ce véritable passionné !

Vous pouvez écouter le podcast via le bouton lecture qui doit s'afficher ci-dessous, ou alors sur différentes plates-formes dont Anchor, Apple Podcasts / iTunes, Spotify, Google Podcasts, Breaker, PocketCasts, RadioPublic, Overcast, Podbean, Podcast Addict et Stitcher. N'hésitez pas à vous abonner afin de ne rien rater ! Bonne écoute !


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> N'hésitez pas à suivre Antoine Puentès en cherchant "Mysticktroy" sur Twitter ou Instagram.


Nous sommes à Lacanau-Océan, sur la côte atlantique à une soixantaine de kilomètres à l'ouest de Bordeaux, et nous sommes à l'e...


Nous sommes à Lacanau-Océan, sur la côte atlantique à une soixantaine de kilomètres à l'ouest de Bordeaux, et nous sommes à l'extérieur d'un bâtiment angulaire qui pourrait facilement être confondu avec des bureaux ou un entrepôt, voire un supermarché. Il s'agit en fait d'une église, Notre-Dame des Flots, et ce lieu atypique, son curieux design minimaliste et son architecture en briques rouges ont été labellisés « Patrimoine du XXe siècle » ! Quelle est l'histoire qui va avec ?

En 1907, alors que la station balnéaire de Lacanau-Océan était encore toute jeune, l'un des premiers promoteurs immobiliers érigea une petite chapelle en bois, rue de la Paix non loin du bord de mer, pour permettre aux vacanciers d'assister à des messes qui, à partir de 1920, avaient lieu quotidiennement pendant la saison estivale. Bien qu'elle ait été agrandie au fil du temps, la chapelle se révéla finalement trop petite. De plus, elle devait faire face à deux menaces : être engloutie par les dunes de sable et / ou rongée lentement par les termites ! 

La première chapelle dans les dunes. Notons à droite la fenêtre supplémentaire ajoutée suite à son agrandissement. Source photos : delcampe.net
La chapelle fut abandonnée et détruite, et la décision fut prise de construire un édifice plus durable. Un terrain plus important fut acquis par le diocèse de Bordeaux en 1960, l'achat coïncidant avec la création d'une structure paroissiale locale, l'Association Paroissiale de Lacanau-Océan. Pendant cette période de transition, des messes furent organisées sur place en plein air. Mais, vues les fréquentes intempéries, une nouvelle structure temporaire en bois fut bientôt construite sur ce nouvel emplacement.

En 1964, un accord fut ratifié par les représentants de l'archevêque de Bordeaux, le curé de Lacanau et le président de l'Association paroissiale s'engageant à la construction d'une nouvelle église, selon les plans de Patrick Maxwell, Jean-Claude Moreau et Francis Duclos (architectes Agora). Les finances prirent la forme d’un prêt des Chantiers Diocésains de l’Église catholique ; les 220 000 francs allaient devoir être remboursés en 20 versements annuels de 17 000 francs (en faisant le calcul, il est facile de comprendre qu'il y avait des taux d'intérêt conséquents !). Afin de rembourser la dette, la paroisse signait donc pour des années de kermesses, quêtes et collectes, ou de location de l'église comme salle de spectacle. (Elle reste aujourd'hui encore une salle de concert occasionnelle.)

Pose de la première pierre en 1964.
Source photo : fiche historique
disponible dans l'église.
La première pierre fut posée par le cardinal archevêque de Bordeaux Monseigneur Richaud en août 1964. Des contraintes budgétaires conduisirent à des plans revus à la hâte pour le bâtiment, ce qui aboutit peut-être à ce produit relativement rudimentaire livré en 1967. À certains égards, il s'agissait d'une conception modulaire : grâce à l'utilisation de panneaux, une partie chauffée du bâtiment pouvait à l'origine être isolée pour servir de chapelle d'hiver pour les fidèles présents à l'année, tandis que l'espace complet n'était utilisé que lorsque l'église fonctionnait à plein régime pendant la saison estivale, où il pouvait accueillir jusqu'à 600 visiteurs. Le bâtiment comprenait également un petit appartement où les prêtres en résidence pouvaient séjourner.

Mais ces contraintes budgétaires susmentionnées allaient avoir d'autres effets collatéraux dix ans plus tard, quand il fut constaté que la structure en fer n'était que peu adapté à l'air marin, que certains des matériaux n'étaient pas de la meilleure qualité, que le toit était tout sauf étanche et que l'installation électrique devait être remplacée. Le bâtiment subit donc une refonte massive et au cours de la décennie suivante, la paroisse concentra davantage son budget à l'entretien de l'église qu'au remboursement de sa dette.

Brique et mortier.
En 1991, le bâtiment fut grandement embelli par l'installation de quelques vitraux et un émail de Raymond Mirande fabriqués par les verriers Ateliers Dupuy-Fournier, ainsi que par l'ajout d'une mince rangée de vitraux qui longent chaque côté de l'église juste en dessous de la hauteur du plafond. Parmi les principales créations de Raymond Mirande, qui sont positionnées derrière l'autel, la première représente l'arche de Noé, la seconde la Vierge Marie et son fils adolescent, et la troisième comprend une série d'images allant d'une colombe de paix à des représentations de la Pentecôte et de Jérusalem.

Les vitraux et l'émail derrière l'autel, et les vitraux qui longent les deux côtés du bâtiment.
Un des vitraux Mirande. Crédit photo Harvey Morgan (https://avec33.fr/).
La vie de l'église suivit son cours jusqu'en 2000, lorsqu'un rapport de sécurité conclut qu'elle n'était pas aux normes en termes d'ouvertures et ne pouvait raisonnablement accueillir que 200 personnes au lieu de 600 ! La paroisse travailla avec un architecte pour créer des issues supplémentaires afin de permettre à l'église de reprendre ses activités à pleine capacité au cours des premières années du 21e siècle, période notamment marquée par l'attribution, en septembre 2015, juste avant le 50e anniversaire, du prestigieux label « Patrimoine du XXe Siècle ». Hourra !

L'extérieur de l'église, dont la grande entrée principale et, en bas à gauche, l'arrière du bâtiment comprenant l'appartement à l'étage.
L'église n'est généralement pas ouverte au grand public en dehors des messes, mais en visant récemment une arrivée sur place vers midi un dimanche, la porte était encore ouverte et, en compagnie de quelques amis, nous avons pu rentrer et avons été chaleureusement accueillis par deux dames en pleine séance de rangement après la messe du jour. Nous avons fait en sorte de ne pas trop nous attarder mais nous avons trouvé le temps d'admirer les vitraux et une cloche de 330 kilos qui est conservée à l'intérieur et qui était auparavant la propriété d'un couvent à Lyon.

Vue générale de l'intérieur de l'église et la cloche lyonnaise. Remarquez le plafond / toit en tôle ondulée ; le bruit doit être assourdissant lorsqu'il pleut !
Nos hôtes nous ont également conduits spontanément aux dépliants détaillant l'histoire de l'église, car elles ont rapidement précisé qu'il y avait peu ou pas d'informations disponibles sur Internet. Voilà qui est donc réglé par la publication de ce dossier Invisible Bordeaux, rédigé presque exclusivement sur la base des informations d'archives contenues dans un de ces dépliants réalisés par l'Association Paroissiale de Lacanau-Océan. Un grand merci à ces anonymes qui ont ainsi partagé l'histoire de Notre-Dame des Flots… sans aucun doute l'un des lieux de culte les plus intéressants et insolites de la Gironde !

> Localiser sur la carte Invisible Bordeaux : Notre-Dame des Flots, 12 avenue de l'Adjudant Guittard, Lacanau-Océan
> Un grand merci aux deux dames très sympathiques qui nous ont permis de voir l'intérieur de l'église, ainsi qu'aux rédacteurs de la fiche d'information historique éditée par l'Association Paroissiale de Lacanau-Océan dont le contenu a largement alimenté ce dossier ! 
> This article is also available in English!

D'accord, la Cité du Vin est tout sauf un sujet « invisible » à Bordeaux, étant donné que depuis son ouverture en 2016, ce lieu a...

D'accord, la Cité du Vin est tout sauf un sujet « invisible » à Bordeaux, étant donné que depuis son ouverture en 2016, ce lieu atypique s'est rapidement imposé comme l'un des sites incontournables de la ville. Mais, malgré quelques visites express lors d’événements professionnels, je n'avais jamais pris le temps de visiter le lieu correctement, chose que je suis enfin parvenu à faire dernièrement, et j’avais envie de partager mes impressions. Quel sera le verdict ?

Mais, tout d'abord, un avertissement : cet article ne traitera aucunement de l’architecture si particulière du lieu (signée Anouk Legendre et Nicolas Desmazières de l'agence internationale d'architecture XTU). Vous n’y trouverez pas non plus d’éléments chiffrés sur ce bâtiment de 55 mètres de haut, avec ses 918 panneaux de verre de couleur et ses 2 300 panneaux en aluminium. Et je n’évoquerai pas non plus son auditorium de 250 places, sa salle de lecture paisible ou son restaurant chic du septième étage. Cher lecteur, nous allons nous concentrer pleinement sur la visite du parcours permanent lui-même (et sa scénographie signée par l'agence londonienne Casson Mann), à savoir ce que la plupart des visiteurs viennent voir.

Et, pour commencer, ces visiteurs sont équipés d'un « compagnon » électronique de type smartphone et d'un casque, dont la conception laisse un peu d'espace entre les haut-parleurs et les oreilles, pour conserver au moins une certaine notion de ce qui se passe autour. Cette combinaison compagnon / casque est l'accessoire essentiel pour pouvoir profiter pleinement de l'expérience Cité du Vin, car tout le contenu audio alimente ce dispositif tout au long de la visite, et l'appareil sert également de guide personnel, offrant diverses ressources et activités supplémentaires au cours du parcours.

L’installation vidéo « Le tour du monde des vignobles ». 
Ensuite, les visiteurs sont lâchés dans l'exposition proprement dite. Bien qu'il n'y ait pas d'itinéraire défini, il y a six univers distincts à explorer à volonté : « Vignobles du monde », « De la vigne au verre », « Au cœur des civilisations », « Le vin et vous », « Les imaginaires du vin » et, fort logiquement, toute une zone consacrée à Bordeaux. Le point de départ naturel est la zone consacrée aux « Vignobles du monde », dont le premier moment fort est un superbe film diffusé en format multi-écran qui compile des images de drones montrant des vignobles et des propriétés viticoles du monde entier. La transition est toute naturelle en se déplaçant vers l’un des autres points forts de ce premier univers, la « Table des terroirs », expérience multimédia dans laquelle des vignerons d’un large éventail de pays partagent des témoignages vidéo de leurs histoires personnelles et des spécificités de leurs territoires respectifs. Le tout est fabuleusement intéressant et même étrangement émouvant.

Témoignages de vignerons du monde entier sur la « Table des terroirs ».
L’univers « De la vigne au verre » dévoile tout sur la production de vin, depuis les divers atouts des différents cépages et les techniques et équipements employés dans la transformation des raisins, l'élaboration et la culture du vin, jusqu'au produit final. Ces histoires sont racontées principalement à l’aide d’écrans tactiles, dont certains en forme de larges soucoupes où les visiteurs balaient la surface afin d’interagir avec les informations proposées.

Comme on pouvait s'y attendre, la zone « Au cœur des civilisations » s'étend au-delà du produit lui-même vers l'économie et la culture associées. Tout d'abord, le « mur des tendances » couvre des aspects tels que le marketing et l'emballage. Puis, « À bord », une attraction digne de Disneyland, où les visiteurs sont assis dans le noir, entourés d'un grand écran incurvé et sont transportés dans le temps et sur les mers, à bord de navires marchands en compagnie de marins. On comprend alors que l’exportation de vins était, par le passé, synonyme de risque et d’aventure !

C'est la galère.
Dans la zone « Le vin et vous », on se dirige vers les codes et l'étiquette liés à la consommation du vin. Le premier rendez-vous est « le Banquet de légendes » où de célèbres amateurs de différentes périodes de l'histoire se réunissent et échangent bons mots. Il y a, entre autres, Napoléon Bonaparte, Colette, Marie Curie, Churchill, Voltaire et Hitchcock, ainsi que le troisième président américain Thomas Jefferson qui, très étonnamment, ne fait aucune allusion à sa précédente apparition sur le blog Invisible Bordeaux (et, là-aussi, il était question de vin).

Les personnages historiques amateurs de vins entourent l’acteur Pierre Arditi, qui joue son propre rôle.
Ensuite, nous arrivons aux attractions jumelles « Tout un art de vivre » et « Tête à tête avec les experts », où plusieurs spécialistes apparaissent sur de grands écrans verticaux pour partager leurs réflexions sur les rituels liés au vin et donner leurs meilleurs conseils sur le choix, la conservation ou la dégustation, etc. La dernière partie de cette zone, le « Buffet des cinq sens », constitue sans doute l’attraction la plus amusante de toute l’exposition, avec une multitude d'objets à observer, gratter, presser, sentir, écouter et toucher... De quoi aiguiser tous les sens!

La chroniqueuse Ariane Massenet paraît en taille réelle sur grand écran pour parler de vin et d’art de vivre.
Une présentation pleine de sens.
Ensuite, la zone « le Vin et l’imagination » ramène les visiteurs sur terre dans une ambiance quelque peu arty, d'abord avec « Le vin divin », une étrange installation vidéo, puis avec « Bacchus et Vénus » où, derrière des rideaux, les visiteurs s’allongent sur un canapé sorti tout droit d’une boîte de nuit afin de regarder au plafond un écran circulaire où des œuvres d'art sont projetées au son de musiques atmosphériques. C’est un poil intello et on ne comprend pas tout, mais quelqu’un quelque part a bien dû se dire qu’il s’agissait d’une bonne idée à mettre en œuvre.

Enfin, la zone portant sur Bordeaux raconte sur un grand mur vidéo « la grande saga » de la ville, avec ses hauts et ses bas, et propose des tables interactives afin que les visiteurs puissent se familiariser avec les appellations locales et le développement de l’industrie du vin à travers les siècles. Mais il reste un dernier arrêt car n'oublions pas que le billet d’entrée comprend un verre de vin au bar le Belvédère au huitième étage… et que le vin se déguste de préférence en admirant l’extraordinaire vue panoramique sur la ville depuis la terrasse qui entoure le bâtiment.

Le bar du Belvédère dans toute sa splendeur.
Une toute petite partie de la vue panoramique sur la ville.
Quel est donc le verdict ? Commençons par la colonne des moins. Tout d'abord, il faut dire que visiter la Cité du Vin peut facilement devenir une expérience très solitaire. Le concept du casque est formidable, mais par conséquent le lieu rappelle l'une de ces discothèques silencieuses où tout le monde danse sur un air différent dans ses écouteurs. De plus, il est peut-être question de mauvaise organisation de ma part, mais il m’est arrivé à plusieurs reprises de perdre toute trace des personnes avec qui j’étais, et le projet de sortie en groupe s'est transformé en aventure similaire à celle d'un enfant perdu dans un supermarché. Et justement, parlons d’enfants ! Je sais qu'il y a un parcours dédié aux plus jeunes enfants qui se concentre principalement sur les aspects les plus ludiques de l’exposition, mais je pense qu'il doit être difficile pour les parents et les enfants de synchroniser de manière satisfaisante leurs visites (et je n’ose même pas imaginer des ados dans ce lieu, mais je serai ravi de revoir ma copie si vous me confirmez que le lieu est bien teenager-friendly). L’aspect high-tech de l’exposition est fabuleux, mais il est vrai qu’on aurait presque souhaité davantage d’activités manuelles dans l’esprit du « Buffet des cinq sens ». Enfin, comme vous l'aurez compris, quelques attractions sont tellement du domaine du grand art qu’on a du mal à les comprendre… mais, certes, il en faut pour tous les goûts !

Je confirme, je n’ai pas compris grand-chose à l’attraction « Bacchus et Venus ».
Les côtés positifs : la diversité des formats et des concepts de ce qui est présenté est extrêmement impressionnante, et les contenus conçus sur mesure qui alimentent les différents points de visite sont de grande qualité et très homogènes en termes de ton et d'approche. Le périmètre présenté s'étend bien au-delà de Bordeaux, et ce parti pris permet de proposer une visite très informative où même les connaisseurs de vin les plus experts apprendront quelque chose de neuf. Et, peu importe le temps que vous passez à visiter l'exposition permanente, vous ne pouvez pas vous empêcher de penser qu'il reste encore beaucoup à découvrir. Il faudrait sans doute plusieurs visites pour vraiment s’approprier pleinement tout ce qui est proposé.

Retenons donc que la Cité du Vin est véritablement un site touristique de classe mondiale. Le monde du vin méritait sans aucun doute un tel lieu insolite, donc saluons Bordeaux de l’avoir imaginé et de l’avoir fait.

> La Cité du Vin, esplanade de Pontac, 134 quai de Bacalan, Bordeaux
> Site internet de la Cité du Vin : www.laciteduvin.com
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Nous nous trouvons dans le quartier de Caudéran à Bordeaux pour découvrir la Pergola, théâtre de 300 places situé dans un complexe qu...

Nous nous trouvons dans le quartier de Caudéran à Bordeaux pour découvrir la Pergola, théâtre de 300 places situé dans un complexe qui est un cas d’école de l'architecture art déco des années 1930 et qui fait partie de la liste très sélecte des édifices locaux officiellement classés au titre de Patrimoine du XXe siècle.

Lors de sa construction, la Pergola était considérée comme une salle des fêtes polyvalente destinée aux Caudéranais ; rappelons que Caudéran était à l’époque une commune à part entière (elle a fusionné avec son imposant voisin dans les années 1960). Le conseil municipal avait chargé l'architecte de la ville Marcel Picard de concevoir le bâtiment, qui devait comprendre non seulement la salle principale – qui, à l'origine, pouvait accueillir jusqu'à 600, voire 800 personnes –, mais aussi deux ailes, dont l'une devait abriter un gymnase et champ de tir, et l’autre sept salles de réunion. Les travaux ont commencé vers 1927 et se sont achevés en 1930.


Quatre-vingt-dix ans plus tard, la façade reste plus ou moins inchangée. Deux grandes colonnes (comportant chacune de petites vigies qui doivent offrir une vue époustouflante sur les alentours) dominent la section centrale qui a été décorée de quelques sculptures en bas-relief signées Edmond Tuffet (qui a également contribué à la Maison Cantonale dans le quartier de la Bastide), et qui évoquent la musique et le théâtre. Parmi les autres vestiges de cette période, on peut citer une minuscule billetterie ou encore le lettrage en fer forgé au-dessus des portes des deux ailes. Le gymnase est maintenant une salle de fitness et la salle de répétition de l'orchestre d'harmonie de Bordeaux, tandis que les salles de réunion abritent aujourd'hui une école de musique.

Quelques détails de la façade... et la billetterie minuscule.
À l’intérieur, de nombreuses caractéristiques originales du bâtiment ont apparemment disparu au fil des années, mais il reste encore beaucoup de belles choses à découvrir : d’impressionnants carrelages au sol, un magnifique escalier, et un grand hall au premier étage où les colonnes alignées rappellent la façade extérieure. Le grand tableau qui domine l'escalier est un ajout récent, bien que l'œuvre s'inspire d'une pièce des années 1930 qui correspond bien à l'atmosphère générale du lieu.

Le grand escalier et le foyer du premier étage.
Et puis il y a la salle de théâtre elle-même, avec ses rangées parfaites de chaises rouges pliantes (qui ne sont pas d’origine), son système d'éclairage sophistiqué au plafond et sa scène compacte, flanquée de chaque côté de fontaines en mosaïque colorées qui ajoutent une certaine symétrie, en espérant qu’elles ne déconcentrent pas trop les spectateurs lors de représentations !

Le système d’éclairage et l’une des fontaines en mosaïque si discrètes.
Mais pourquoi la salle s'appelle-t-elle la Pergola? La réponse se trouve sur les terrasses extérieures situées le long du théâtre, c'est-à-dire au-dessus des deux ailes. Des rangées de colonnes tronquées sont tout ce qui reste de ce qui était autrefois de véritables pergolas, de belles signatures qui ont ainsi donné leur nom à cette salle des fêtes.

Quelques traces de la pergola d’origine !
Au fil des années, cette vocation de salle polyvalente s'est estompée et la Pergola est devenue une salle de théâtre principalement utilisée par la compagnie de théâtre Présence. La compagnie a récemment célébré son 30e anniversaire et jouit de liens étroits avec la Pergola depuis 1995, date à laquelle le maire de Bordeaux d’alors, Alain Juppé, avait accepté de leur laisser l’utiliser gratuitement. Ces jours-ci, soit quelque 3 000 représentations plus tard, la compagnie présente environ une douzaine de spectacles chaque année et ce pour tous types de public. Et lorsque la Pergola n’est pas utilisée par les acteurs de la compagnie Présence, la mairie de Bordeaux met le lieu à la disposition d’autres organisateurs de spectacles ou manifestations.

Et une dernière chose ! Juste en face de la Pergola se trouve un petit commissariat de police, qui a déjà fait une apparition sur le blog dans un article sur les escargots distinctifs de Caudéran qui figuraient sur les armoiries de la commune « indépendante » de Caudéran (et visibles au-dessus de l’entrée). Cet autre bâtiment est un proche cousin de la Pergola, date de la même époque, est dans le même esprit et les même tons, et est sans aucun doute l’œuvre du même architecte !


> Localiser sur la carte Invisible Bordeaux : La Pergola, rue Fernand-Cazères, Bordeaux
> Un grand merci aux étudiants membres de l’association Archimuse-Bordeaux qui nous ont permis de découvrir ce lieu lors des journées du Patrimoine 2018 (oui, il m’a fallu plus d’un an pour rédiger ce papier !)

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