Nous sommes à Arcachon, à la fin du XIXe siècle, et Sylvain Dornon (photo ci-contre), boulanger, s’est donné pour mission de faire revivr...

Nous sommes à Arcachon, à la fin du XIXe siècle, et Sylvain Dornon (photo ci-contre), boulanger, s’est donné pour mission de faire revivre la tradition landaise tombée en désuétude de la marche sur échasses. Pour ce faire, il organise des démonstrations et des spectacles, puis décide de gravir la tour Eiffel sur échasses, avant de partir de Paris pour rejoindre Moscou. Mais revenons au début…


L'utilisation des échasses s'est généralisée dans les Landes à partir du XVIIIe siècle. Ces instruments en bois (munis de lanières de cuir aux pieds) étaient principalement utilisés par les bergers, à la fois pour se déplacer plus facilement dans les terrains marécageux et pour élargir leur champ de vision lorsqu'ils surveillaient leur troupeau de moutons. Les messagers et les facteurs, soucieux de gagner du temps et de marcher d'un pas régulier, utilisaient également les échasses dans les Landes. Mais à mesure que les zones humides s'asséchaient, grâce aux travaux de Nicolas Brémontier et de Jules Chambrelent, dont nous avons déjà parlé dans un précédent article, l'usage des échasses a commencé à disparaître.


C'est là qu'entre en scène Sylvain Dornon, né en 1858 à Salles, à l'est d'Arcachon et à l'extrémité nord des Landes. Il n'était pas issu d'une famille de bergers. Son père était en effet résinier, récoltant la résine des pins de la région, et Sylvain devint boulanger à Lugos, non loin de là. Mais il était fasciné par la musique et la danse, et c’est à Lugos qu’il créa l’une des toutes premières troupes de danse folklorique à se produire… sur des échasses. À la fin des années 1880, le jeune boulanger s’installa à Arcachon, où il s’établit dans la rue du Casino, en centre-ville.


La rue du Casino s'appelle désormais rue du Maréchal de Lattre de Tassigny. On aperçoit la boulangerie Dornon à gauche de cette photo ; elle était inoccupée au moment où celle-ci a été prise.

Alors que l'attrait touristique de la ville ne cessait de croître, il eut une idée qui s'annonçait lucrative : divertir les visiteurs en organisant des spectacles dans le verdoyant Parc Mauresque, situé à quelques mètres seulement de sa boulangerie. Les spectacles d’échassiers comprenaient des courses et des danses, culminant en un numéro de quadrille connu sous le nom gascon de Lou Quadrilh dous tchancats (les échassiers étaient appelés « tchanqués », tout comme le sont encore aujourd’hui les célèbres cabanes sur pilotis au milieu de la baie d’Arcachon).


Dans la pure tradition des spectacles de rue, les spectateurs étaient invités à faire des dons généreux à la fin du spectacle. Le concept s'avéra fructueux, mais Dornon estimait que lui et ses échasses méritaient une plus grande visibilité. En septembre 1889, il se rendit donc à Paris pour l'Exposition universelle et, en tenue de tchanqué, gravit les marches menant au deuxième étage de la tour Eiffel. Cet exploit fit l'objet d'une large couverture médiatique.


Malheureusement peu d'échasses dans le parc Mauresque ces jours-ci.
Mais il ne s'arrêta pas là. Inspiré par les récits de Russes excentriques qui parcouraient à pied la distance séparant la frontière occidentale de leur pays de la France, Dornon décida d'aller encore plus loin et de faire le trajet entre Paris et Moscou sur des échasses. Son arrivée devait coïncider avec une exposition franco-russe qui s'y tenait en mai 1891. Il obtint le soutien financier du magazine L’Illustration et se mit au travail pour fabriquer deux nouvelles paires d’échasses : l’une mesurait 1 mètre 10 centimètres et pesait 3 kilogrammes, tandis que la seconde, plus longue (1 m 80), fut expédiée à Moscou avec des malles de vêtements.

Vêtu de la tenue traditionnelle du berger landais (avec manteau en peau de chèvre et béret), muni d'un sac contenant des cartes, quelques vêtements de rechange et un fusil chargé (on n'est jamais trop prudent), Dornon quitta la place de la Concorde à Paris le 12 mars 1891, entouré d'une foule de 2 000 partisans enthousiastes ! 


Le jour du départ depuis la place de la Concorde à Paris (source photo : bassindarcachon.com).

Cette aventure a même suscité une certaine controverse, car selon certaines rumeurs, Dornon aurait pris le train par endroits pour se faciliter quelque peu la tâche. La presse française s'est rapidement emparée de cette information, bien que Dornon ait affirmé par la suite (dans son récit personnel du périple publié l'année suivante par l'imprimerie bordelaise Gounouilhou*) qu'il n'avait pris le train qu'à Jastrow, en Allemagne, pour se produire lors d'un spectacle de cirque ponctuel à Kustrin, avant de revenir en train au même endroit afin de poursuivre son périple. 


Source: Wikipedia

Quoi qu’il en soit, après 58 jours et 2 875 kilomètres, Dornon arriva à Moscou, précédé d’un cortège de police. Il fut acclamé par une foule scandant « Vive la France ! » et accueilli avec une réception au champagne, même si le personnel de l’exposition française ne semblait pas particulièrement enchanté : il ne fut pas autorisé à marcher sur des échasses lors de l’événement et ne reçut même pas de billet de courtoisie. Cependant, après avoir participé à plusieurs autres festivités (dont une course sur échasses contre un clown allemand) et visité Saint-Pétersbourg, Dornon monta enfin dans un train et entama le voyage de retour, qui allait bien sûr prendre beaucoup moins de temps… même s’il ne se déroula pas sans incident : à un poste-frontière, les verres gravés que Dornon rapportait à ses amis en souvenir furent tous cassés lors d’une fouille effectuée par un douanier trop zélé.


De retour à Arcachon, Dornon reprit ses fonctions à la boulangerie. Mis à part les visiteurs venus le féliciter pour ses récents exploits, sa vie retrouva une certaine normalité. Ses échasses landaises continuaient toutefois de le passionner bien plus que la production de la boulangerie ; il participa à des courses et à des spectacles de danse dans toute la région jusqu'à sa mort en 1900, à l'âge de 42 ans seulement. Son héritage est d'avoir fait revivre une tradition landaise qui avait déjà disparu, et le concept qu'il a développé perdure encore aujourd'hui, de nombreuses troupes de danse folklorique sur échasses continuant à divertir les foules.


Localiser sur la carte Google Invisible Bordeaux : la boulangerie de Sylvain Dornon était située dans ce qui est désormais la rue du Maréchal de Lattre de Tassigny in Arcachon. L'accès au parc Mauresque peut notamment se faire en empruntant l'ascenseur public qui a déjà figuré sur le blog.
> *Le récit de Dornon sur son voyage de Paris à Moscou, initialement publié en 1892, a été réédité par Milathéa, une maison d'édition locale spécialisée dans la littérature jeunesse. Voir : http://www.milathea.fr/sylvain_dornon_milathea.html

Juste avant de dire adieu à la saison hivernale, l'un des rendez-vous musicaux incontournables de l'année à Bordeaux pointe le bout ...

Juste avant de dire adieu à la saison hivernale, l'un des rendez-vous musicaux incontournables de l'année à Bordeaux pointe le bout de son nez : l'édition 2026 du festival Bordeaux Rock, qui se tiendra du 11 au 14 mars. Nous attendons une programmation toujours aussi originale et audacieuse, avec des pépites locales et des icônes internationales, le tout avec aux manettes l’association Bordeaux Rock, à qui on doit également le festival de documentaires musicaux Musical Écran.

Le festival commencera le mercredi 11 mars à l'Inconnue, à Talence, avec une soirée « Portugal Com Amor » en compagnie d'Ana Lua Caiano (la Björk lusitanienne) et de Rita Braga. Cette édition se terminera en beauté le samedi 14 mars à la salle des fêtes de Bordeaux Grand Parc, avec la première date française de Marlon Magnée (du groupe Femme) en tête d'affiche, aux côtés d'un duo de duos : Domenique Dumon et le groupe local Équipe de Foot.

Entre-temps, les 12 et 13 mars, place aux 20 ans de l'initiative Rock en Ville, qui s'étend cette année sur deux soirées, permettant à pas moins de 40 groupes locaux d'investir six salles mythiques du centre-ville de Bordeaux.

Le principe est simple : des pass soirée sont disponibles dans chacun des lieux pour le prix modique de 6 euros (cash only, à l’ancienne). Ils permettent de déambuler entre les différents lieux : l’Avant-Scène, Archipop Records, l’Éther, la Maison Allez les Filles, Pulp et le Grizzly Pub.

L’offre sera plus qu’éclectique. Que vous soyez plutôt powerpop (Gordon), skate punk (Fast Lane), dream pop (Aldo is a Dog), post punk (Souffre Douleur), grunge rock (Grenat), country folk (The Coudougnans) ou indie rock (Pyramid Kiwi), vous trouverez forcément votre bonheur !

Et, full disclosure, mon groupe d'alt-pop, Slowrush, dont les chansons s'inspirent de thèmes insolites partagés sur le blog, se produira le jeudi 12 mars à l'Éther (12 rue des Menuts), aux côtés des excellents Safe Waters (grunge shoegaze) et Cust (punk rock). Rendez-vous à 19 h 45 précises pour le début de notre set, be there !

Enfin, vous pourrez même vous procurer un souvenir collector de ces deux soirées sous la forme d'une compilation double CD réalisée sous la direction de Thoineau Palis, également connu sous l'alias TH Da Freak et fondateur du label influent Flippin' Freaks. La compilation, dont le macaron rocker de la pochette est signé Aubérie Vantomme, sera disponible au prix de 10 € lors du festival, puis dans les meilleures boutiques de la métropole bordelaise, en commande sur le site internet de Bordeaux Rock et en streaming sur Bandcamp. Cette nouvelle collection s'ajoute aux précédentes sorties de Bordeaux Rock, qui m'ont personnellement permis de voyager dans le temps pour découvrir les scènes musicales bordelaises des périodes 1977-1987 et 1988-1998 ! Revenez bientôt pour mon analyse de la cuvée 2026... et, dans l'immédiat, rendez-vous au festival !

Un exemplaire de la compilation Rock en Ville 20 ans repéré dans sa ville natale.

Chez Invisible Bordeaux, nous avons pris l'habitude de lever les yeux vers les murs, les plaques et les fenêtres, mais dans un chemin qu...

Chez Invisible Bordeaux, nous avons pris l'habitude de lever les yeux vers les murs, les plaques et les fenêtres, mais dans un chemin qui traverse la forêt du Taillan-Médoc, dans la banlieue nord-ouest de Bordeaux, il faut plutôt baisser les yeux pour admirer ce qui est peint sur le sol : une œuvre sinueuse de 100 mètres de long, semblable à une marelle, composée de cases peintes à la main et inspirées des sites, des coutumes et des contes locaux. Nous vous présentons « Les Pieds au Sec ».


Cette œuvre est le résultat d'un projet (baptisé POP, pour Projet Optimiste Partagé) mené par la municipalité du Taillan en 2024 et 2025, avec le soutien actif d'un certain nombre d'acteurs culturels, et dont la réalisation a été confiée aux artistes multidisciplinaires Benjamin Grafmeyer et Colette Ducamp.


Partant d'une page blanche, les premières rencontres ont conduit les deux artistes à développer une idée autour d'un sentier surélevé emblématique, « la Levade du Médoc » (ou lébade). Il s'agissait d'un sentier pédestre qui reliait Bordeaux à Soulac en passant par Le Taillan, en quelque sorte la première route officielle dans cette zone au nord de Bordeaux. Il était surélevé afin de permettre aux promeneurs de rester au-dessus du niveau des marais environnants et ainsi de garder... les pieds au sec.

Des explications complètes sur chacun des 58 panneaux récurrents sont disponibles à côté des illustrations.

Partant de l'idée de créer leur propre forme de « levade », ils ont organisé des ateliers dans les écoles locales, les maisons de retraite, les clubs d'art et même au marché hebdomadaire, afin de recueillir des exemples des caractéristiques distinctives qui font aujourd'hui le charme du Taillan, qu'elles soient importantes ou apparemment insignifiantes ! Et lors d'une randonnée avec le club de jeunes de la ville, ils sont tombés sur le long terrain, non loin du tracé de la levade d'origine, qui allait accueillir le produit final.

Au cours d'autres sessions avec les participants au POLCA (Pôle culturel et artistique), le travail de création de pochoirs géants a commencé, et les élèves de l'école primaire ont contribué en utilisant un ensemble de formes prédéfinies pour concevoir certains des visuels qui se retrouveraient au sol.

La dernière étape a eu lieu en avril 2025, lorsque des écoliers et des bénévoles se sont joints aux artistes pour réaliser l'œuvre d'art à l'aide de pochoirs et de peinture. Celle-ci est donc bien installée dans le domaine public, accessible 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Et il s'agit bien sûr d'une œuvre interactive avec laquelle on peut jouer, grâce aux explications détaillées et les règles disponibles sur un panneau avoisinant ainsi qu'en ligne (le jeu serait adapté aux joueurs âgés de 3 à 101 ans).

Pour profiter pleinement de l'expérience, rien ne vaut une visite du lieu, mais pour vous donner un avant-goût, voici quelques-unes des cases peintes au sol (qui auraient déjà bien besoin d'un petit nettoyage) et ce qu'elles représentent :

Le lavoir (ci-dessus à gauche) : situé au centre du Taillan-Médoc, le lavoir prinicipal de la commune a été construit en 1870 et rénové en 2009. Comme partout ailleurs, il a longtemps été un véritable lieu de rencontre et un centre névralgique pour les commérages locaux !!

Le sergent mystère (au centre) : l'œuvre d'art a été installée sur l'allée du Sergent, mais l'identité du sergent en question reste... un mystère !

Chez Titine (à droite) : Titine fut la première personne du quartier Germignan du Taillan à disposer d'une ligne téléphonique. Elle était donc particulièrement bien informée des actualités et des développements locaux !

Les voitures fantômes (ci-dessus à gauche) : en juin 1940, un convoi surprenant de véhicules Citroën fit son apparition au Taillan-Médoc. Il était conduit par des ouvriers de l'usine Citroën et leurs familles, qui avaient fui Paris et avaient pour mission de cacher les voitures plus au sud, dans les Landes.

La place Général-de-Gaulle (à droite) : la place centrale de la ville était autrefois le territoire de moutons, mais c'est aujourd'hui le lieu où les gens se retrouvent pour discuter, prendre des nouvelles les uns des autres, et de refaire le monde. Santé !

Longue vie donc aux Pieds au Sec ! Espérons que cette œuvre s'intégrera durablement au paysage du Taillan-Médoc, et qu'elle finira peut-être même par faire partie intégrante du patrimoine de la ville, au même titre que les sites, les coutumes et les légendes que cette œuvre d'art célèbre ! 

Quelques images officielles de l'œuvre :   


P.S. Avant de conclure, il y a un bonus à partager : à proximité, près d'une autre route qui pénètre dans la forêt, on peut voir une vieille cabine téléphonique britannique rouge. Il ne semble y avoir aucune raison particulière à sa présence, mais elle est bel et bien là, et offre pour le moins un spectacle inhabituel. À en juger par la physionomie de la propriété voisine, il semble s'agir d'une initiative privée plutôt que d'une réalisation de la commune. 


Après quelques recherches, il semble s'agir d'un modèle K6, et le bas-relief représentant la couronne de Saint-Édouard indique donc qu'il a été fabriqué après 1953. Depuis les années 1990, lorsque les cabines téléphoniques rouges ont rapidement disparu du paysage britannique, la couronne a été repeinte en doré sur les modèles historiques au Royaume-Uni ; ici, cependant, elle a conservé sa peinture rouge d'origine. Malheureusement, il n'y a pas de téléphone à l'intérieur, donc si votre batterie est faible et que vous avez besoin de passer un appel lorsque vous êtes dans le quartier, il vaut peut-être mieux chercher « Chez Titine »...

> Localiser sur la carte Google Invisible Bordeaux : Les Pieds au Sec et Red telephone box, Le Taillan-Médoc.

Plusieurs des lieux présentés sur le blog Invisible Bordeaux, ainsi que quelques autres sites plus éloignés, figurent désormais dans Atlas O...


Plusieurs des lieux présentés sur le blog Invisible Bordeaux, ainsi que quelques autres sites plus éloignés, figurent désormais dans Atlas Obscura, le guide incontournable des lieux insolites et extraordinaires à travers le monde. Voilà qui fait étrangement plaisir !


Chez Invisible Bordeaux, je suis un lecteur assidu et un utilisateur fervent d'Atlas Obscura depuis plusieurs années. D'ailleurs, de récentes randonnées à vélo ont été volontairement organisées de manière à inclure des sites présentés dans l’atlas. Ce n'était qu'une question de temps avant que certaines des découvertes de Bordeaux et de la Gironde présentées sur le blog n'apparaissent sur Atlas Obscura, touchant ainsi le public international de cette superbe plateforme. Voici donc les sujets estampillés Bordeaux (et un peu au-delà) qui bénéficient désormais de cette visibilité supplémentaire.

Les jardins des villes jumelles


Ces jardins peu connus et quelque peu délabrés, qui ont été conçus pour donner aux visiteurs l'impression d'avoir été transportés comme par magie et instantanément dans d'autres parties du monde, à savoir plusieurs villes jumelées avec Bordeaux, dont Lima, Munich, Madrid et Casablanca, ont été un sujet récurrent sur le blog Invisible Bordeaux et ont même été transformés en chanson et en vidéo pour mon projet musical, Slowrush.

> Voir l'article Atlas Obscura.


Le quartier Mériadeck 


Ce quartier moderne sur dalle a vu le jour dans les années 1960 et 1970 après la démolition de tout un quartier résidentiel. Bien que de nombreux Bordelais ne l'aient jamais vraiment adopté, il est très apprécié d'amateurs d'architecture brutaliste, de photographes, de skateurs, de groupes de danse urbaine, et de blogueurs britanniques.

> Voir l'article Atlas Obscura.


Le mur végétal du square Vinet


À deux pas de la rue Sainte-Catherine, toujours très animée, à la jonction de deux ruelles pittoresques, vous trouverez une petite aire de jeux pour enfants qui abrite le plus grand mur végétal de la ville. Il s'étend sur deux côtés de la place qui se rejoignent dans une niche circulaire.

Voir l'article Atlas Obscura.


L'Ovniport d'Arès


La paisible station balnéaire d'Arès, située à l'extrémité nord du triangle du bassin d'Arcachon, dispose d'une piste d'atterrissage réservée aux objets volants non identifiés, bien que celle-ci soit plutôt minimaliste. Cet « ovniport » attend toujours son premier visiteur extraterrestre.

Voir l'article Atlas Obscura.

 


Les autres contributions d'Invisible Bordeaux à Atlas Obscura viennent d'un peu plus loin, mais ne vous laissez pas décourager pour autant !

Le Christ sur la Croix de Rembrandt au Mas d’Agenais (à 94 kilomètres de Bordeaux)


Le Mas d'Agenais est un village pittoresque surplombant la Garonne, situé à mi-chemin entre Bordeaux et Toulouse. Sa petite église paroissiale, l'église Saint-Vincent, abrite un trésor inattendu : un tableau peint par Rembrandt en 1631 !

> Voir l'article Atlas Obscura.




La pente d'eau de Montech 
(à 197 kilomètres de Bordeaux)


Cette prouesse technique remarquable a permis aux bateaux fluviaux de contourner une série de cinq écluses. Il suffisait pour cela d'un canal en pente de 125 mètres dans lequel deux locomotives diesel-électriques de 1 000 chevaux pouvaient déplacer les barges. Une pure folie.

Voir l'article Atlas Obscura.



L'ancien funiculaire d'Ayré Barèges
 (à 302 kilomètres de Bordeaux)


Cette randonnée tranquille dans les montagnes, au départ du village pyrénéen de Barèges, suit les voies désaffectées d'un funiculaire et mène à l'ancienne station d'arrivée, aujourd'hui abandonnée, qui offre un spectacle grandiose. L'une des cabines métalliques vertes de dernière génération du funiculaire est toujours en place, tandis que sa jumelle est visible à l'arrière de l'ancienne station de départ à Barèges.

Voir l'article Atlas Obscura.


Le village musée du Der (à peine 767 kilomètres de Bordeaux)


Ce musée conserve les vestiges de trois villages qui ont été submergés lors de la création du lac de Der au début des années 1970, destiné à protéger Paris des inondations en régulant le débit de la Marne. Les bâtiments transférés dans cet espace comprennent une mairie, une école, une église du XIVe-XVe siècle (avec son cimetière !), une grange, une forge et un pigeonnier.

Voir l'article Atlas Obscura.


> Retrouvez plus de 30 000 merveilles du monde sur le site atlasobscura.com, ou alors sur l'application dédiée, testée et recommandée par Invisible Bordeaux ! 

> Vous pouvez également suivre les actualités Atlas Obscura sur Instagram, Facebook, Youtube et ailleurs ! 

Il est facile de passer à côté sans les apercevoir, mais deux plaques sont apposées sur le mur à l'angle de la rue des Bahutiers et de l...


Il est facile de passer à côté sans les apercevoir, mais deux plaques sont apposées sur le mur à l'angle de la rue des Bahutiers et de la rue du Cancéra, dans le centre de Bordeaux. Elles rendent hommage à la vie et à la mort de Flore Célestine Thérèse Henriette Tristán y Moscoso, écrivaine franco-péruvienne et militante socialiste du XIXe siècle, plus connue sous le nom de Flora Tristan.


Flora Tristan est née à Paris en 1803. Bien qu'elle ait souvent spéculé sur la grandeur de ses ancêtres, elle était en réalité le fruit d'une liaison entre Mariano Eusebio Antonio Tristán y Moscoso, colonel dans la marine espagnole et membre de l'une des familles les plus puissantes du sud du Pérou, et Anne-Pierre Laisnay, une bourgeoise parisienne. Le couple s'était rencontré à Bilbao, en Espagne.

Cette cellule familiale informelle (les parents ne se sont jamais mariés) semble avoir perduré jusqu'à la mort de son père en 1807, après quoi la mère et l'enfant n'ont plus été en mesure de maintenir leur style de vie haut de gamme, en grande partie parce que leur maison avait été saisie par l'État français (le Pérou faisant partie de l'empire espagnol, il était considéré comme une nation ennemie à l'époque).
Source : Wikipedia
Les Belles Femmes de Paris et de la Province

Flora Tristan a trouvé son premier moyen d'échapper à cette pauvreté relative à l'âge de 17 ans, lorsqu'elle a épousé un graveur fortuné, André Chazal (elle était déjà enceinte de leur premier enfant, ils en auront trois au total). Cependant, leur relation s'est rapidement détériorée, Chazal se révélant être un mari jaloux et violent. Elle s'est enfuie en 1825 et a obtenu un règlement patrimonial en 1828, mais n'a jamais réussi à obtenir le divorce, ce qui a motivé son engagement dans la lutte pour les droits des femmes.

Après avoir passé quelque temps en Angleterre, Flora Tristan quitta Bordeaux pour le Pérou en 1833 afin de revendiquer l'héritage paternel contrôlé par son oncle. Considérée comme illégitime par sa famille, elle échoua dans cette entreprise, mais obtint une allocation pendant plusieurs années, ce qui lui permit d'acquérir une certaine indépendance financière. Ne se sentant pas à sa place socialement à Lima, elle finit par retourner à Paris, où elle rédigea un journal de voyage sur son séjour au Pérou intitulé Pérégrinations d'une paria.

Son statut d'auteure publiée lui permit de commencer à évoluer dans les cercles littéraires et socialistes parisiens, et elle continua à enrichir son expérience acquise au Pérou, où elle estimait que les femmes étaient plus libres et plus influentes qu'ailleurs. Elle poursuivit en produisant des ouvrages fondateurs sur l'égalité des femmes, le féminisme et les droits des travailleurs, devenant l'une des figures de proue du mouvement socialiste utopique des années 1840. Parmi ses ouvrages notables sur le thème de la justice sociale, citons Les promenades dans Londres (1840) et L'union ouvrière (1843).

L'hommage en céramique à retrouver sur la rue des Bahutiers.
En avril 1843, elle partit depuis Bordeaux pour un périple visant à évaluer les conditions de travail dans divers endroits et à partager ses réflexions sur l'égalité des droits entre les femmes et les hommes lors de conférences (100 réunions étaient prévues dans 20 villes). Ce voyage, conçu un an plus tôt lors d'un séjour précédent à Bordeaux, s'inspirait du modèle du « Tour de France » appliqué par les compagnons apprentis qui perfectionnaient leurs compétences en parcourant le pays.

Cependant, après 13 étapes, elle était à la fois épuisée physiquement et malade. Elle retourna à Bordeaux pour se faire soigner, mais mourut subitement de la fièvre typhoïde chez le journaliste Charles Lemonnier et son épouse Elisa. Elle fut inhumée le lendemain, non loin de là, au cimetière de la Chartreuse.

La maison de la dernière halte de Flora Tristan.

Les deux plaques situées rue des Bahutiers marquent donc l'endroit où « s'arrêtèrent pour toujours les pérégrinations de Flora Tristan », comme l'indique l'inscription sur les carreaux de céramique légèrement abîmés de l'ancienne installation, dévoilée en 1992 et arborant également les armoiries de Lima, capitale du Pérou et ville jumelée avec Bordeaux. La deuxième plaque, en métal, fournit des informations biographiques concises sur celle qui se décrivait comme « une aristocrate déchue, une femme socialiste et une ouvrière féministe ». Elle a été ajoutée en 2021 pour marquer le 200e anniversaire de l'indépendance du Pérou.



Une grande colonne, surmontée de deux livres en pierre (dont l'un porte le titre de son ouvrage L'union ouvrière), a été installée sur la tombe de Tristan au cimetière de la Chartreuse cinq ans après sa mort. Financée par les travailleurs, elle est signée collectivement « Les travailleurs reconnaissants » et porte l'inscription « liberté, égalité, fraternité ». Une cérémonie y est organisée chaque 14 novembre pour marquer l'anniversaire de sa mort, à laquelle assistent traditionnellement des associations de défense des droits des femmes, des représentants syndicaux, des dignitaires locaux et des historiens.



Enfin, l'héritage de Flora Tristan s'est étendu au-delà de ses pensées et de ses écrits. Sa fille, Aline Chazal, a épousé Clovis Gauguin, et le couple a eu un fils, Paul Gauguin. Celui-ci est bien sûr devenu un célèbre peintre et sculpteur postimpressionniste et symboliste.


> Localiser ces lieux sur la carte GoogleMap Invisible Bordeaux : the house where Flora Tristan died, Rue des Bahutiers, et Flora Tristan's grave, Cimetière de la Chartreuse, Bordeaux 


À l'approche des fêtes de fin d'année, pourquoi ne pas prendre le temps d'assister à une représentation de Une Maison de poupée ...


À l'approche des fêtes de fin d'année, pourquoi ne pas prendre le temps d'assister à une représentation de Une Maison de poupée d'Henrik Ibsen par la Compagnie Clapotis ? Six représentations auront lieu entre le 11 et le 14 décembre à la Halle des Chartrons à Bordeaux, dont trois en anglais et trois en français. Pour en savoir plus, Invisible Bordeaux s'est entretenu avec Joshua Stretton, à l’origine de cette compagnie de théâtre bilingue.


Joshua Stretton
(crédit : Victoria Hebrard).

Qu'est-ce qui prend forme ?


Nous mettons en scène une adaptation de Une Maison de poupée, une pièce norvégienne du XIXe siècle très connue en Scandinavie, au Royaume-Uni et aux États-Unis, mais sans doute moins en France. La pièce est centrée sur Nora, et l'histoire tourne autour de son mariage, de sa relation avec son mari et d'une décision qu'elle a prise dix ans plus tôt et qui revient la hanter. Il s'agit en substance d'une version du XIXe siècle d'un drame réaliste, dont l'histoire se déroule à huis clos. La pièce peut être considérée comme un texte féministe précurseur, centré sur une femme qui s'émancipe. Elle a connu un grand succès lors de sa création et reste tout aussi inspirante aujourd'hui.

Pouvez-vous nous présenter la Compagnie Clapotis ?


Mon épouse Emily Guernsey et moi-même sommes les partenaires créatifs à l'origine de la Compagnie Clapotis, une troupe de théâtre « immersif » et bilingue. Emily est originaire du Maine, aux États-Unis, et je viens du Somerset, au Royaume-Uni. Nous nous sommes rencontrés à Paris alors que nous travaillions sur des productions shakespeariennes en plein air. Nous avons déménagé à Bordeaux en 2022 et avons créé la compagnie afin de nous consacrer au théâtre non traditionnel dans des espaces non conventionnels. 

Pouvez-vous nous parler de vos autres projets/formats ?


Nous organisons également des « Director's Labs », un programme né à Paris que nous aimerions reproduire à Bordeaux. Il s'agit de cours de théâtre destinés à aider les metteurs en scène. Nous explorons différents styles et encourageons plusieurs metteurs en scène à développer un concept, qui est ensuite répété avec des comédiens. Nous organisons également des séminaires pédagogiques sur Shakespeare, basés sur notre expérience acquise au cours des dix dernières années.

En ce qui concerne Une Maison de poupée, qui sera sur scène ? 


Quatre acteurs jouent six rôles, dont deux sont de langue maternelle française et deux de langue maternelle anglaise. Yolanda Creighton, qui est originaire de Paris, joue Nora, tandis que je joue son mari, Torvald. Les deux autres acteurs, Mayte Perea López (qui est franco-espagnole) et Paul Wilson (un Anglais basé près de Bordeaux), jouent chacun deux rôles. Emily assure la mise en scène du spectacle !

De gauche à droite : Yolanda Creighton, Paul Wilson, Mayte Perea López (crédit: Victoria Hebrard).

Quelle est la réflexion derrière les représentations en anglais et en français, et quels enseignements tirez-vous du fait de travailler sur deux versions d'une même pièce ?


L'idée est de tester le terrain à Bordeaux avec du théâtre en anglais, mais nous voulons également attirer le public local, d'où les représentations en français.

En travaillant sur la pièce, nous avons réalisé que le français est une langue beaucoup plus directe que l'anglais, qui est plus nuancé. Par exemple, dans une scène au début de la pièce, je considérais l'interaction entre le mari et la femme comme une taquinerie amicale en anglais. Cependant, lors des auditions en français, tout le monde a interprété cette scène comme une dispute. Lorsque nous avons interrogé les actrices que nous avons choisies, elles ont indiqué qu'elles trouvaient cet échange brusque.

Les deux versions que nous jouons seront aussi similaires que possible, avec néanmoins quelques différences. La présence de deux acteurs natifs français et de deux natifs anglais ajoute à l'unicité du projet.

Cette mise en scène en ronde, est-ce quelque chose auquel vous êtes habitués ?


C'est quelque chose que nous avons déjà fait plusieurs fois. Ce format est très libérateur, mais il faut beaucoup de talent scénique pour abandonner l'idée qu'il faut regarder dans une seule direction ! La pièce implique beaucoup de mouvements et de fréquents changements d'angle. Cette configuration nous permet également d'utiliser une grande scène sur laquelle nous allons reproduire un appartement avec tout son mobilier.

Paul et Joshua lors des répétitions (crédit: Victoria Hebrard). 

Pourquoi avoir choisi Une Maison de poupée et pourquoi votre version se déroule-t-elle dans les années 1930 ?


C'est principalement l'intrigue qui nous a séduits. Nous voulions la moderniser, mais certaines contraintes scénaristiques, notamment un rebondissement lié à un emprunt, auraient nécessité des changements importants si nous avions choisi de la transposer à l'époque actuelle. Nous avons donc opté pour les années 1930, une période intéressante à considérer aujourd'hui, avec en toile de fond la crise financière de l'époque. Nous avons décidé de conserver le cadre norvégien afin de respecter les conventions de l'œuvre originale. Nous sommes convaincus que le public ne prêtera pas attention au fait que les dialogues sont en anglais ou en français !

Qu'espérez-vous que le public retienne de ces représentations ?


Nous espérons qu'il appréciera une pièce de théâtre bien produite, interprétée avec brio, sous la forme d'un drame intense et haletant du début à la fin, qui constituera une expérience intense à tous les niveaux ! Cela pourrait également susciter une discussion sur la langue : pour ceux qui viennent voir la pièce en anglais, est-ce vraiment ce qu'ils veulent ? Pour ceux qui le voient en français, ont-ils trouvé intéressant de voir une pièce qui n'est pas une pièce française typique ? Nous espérons également que le public appréciera de découvrir le théâtre dans un cadre aussi intime.

Où peut-on acheter les billets et où les lecteurs peuvent-ils se tenir informés de l'actualité de la Compagnie Clapotis ?


Les billets peuvent être achetés via notre site web ou la plateforme HelloAsso. Ils sont au prix de 18 €, avec des tarifs réduits à 14 €, et il existe également des réductions « payez ce que vous pouvez » pour les représentations en journée car nous pensons que le prix des billets ne doit pas être un obstacle pour le public. Et vous pouvez suivre l'actualité de la Compagnie Clapotis sur notre compte Instagram !

🎭 Une Maison de poupée de Henrik Ibsen
📅 Dates : du jeudi 11 au dimanche 14 décembre (en anglais le jeudi 11 à 19:00, samedi 13 à 15:00 et 19:00, en français le vendredi 12 à 19:00, dimanche 14 à 15:00 et 19:00)
📍 Lieu : Halle des Chartrons, Bordeaux

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  Après avoir passé plusieurs mois sur ce blog à mélanger maladroitement et peut-être de manière confuse des interviews musicales avec des r...

 


Après avoir passé plusieurs mois sur ce blog à mélanger maladroitement et peut-être de manière confuse des interviews musicales avec des récits sur des lieux insolites et des anecdotes sur Bordeaux et la Gironde, le moment est venu pour le podcast Invisible Bordeaux Music de voler de ses propres ailes avec son site web dédié.


Car, comme vous le savez peut-être, depuis fin 2024, le podcast dérivé du blog Invisible Bordeaux se concentre à 100 % sur la scène musicale locale, mettant en avant des artistes confirmés et émergents, couvrant les festivals, discutant avec des disquaires, etc. Il reste encore de nombreux musiciens, salles de concert et influenceurs locaux à ajouter à ma longue liste d'invités potentiels. Et tout cela parce que a) oui, j'aime vraiment la musique et b) la scène musicale bordelaise méritait sans aucun doute son propre podcast.


Désormais, le blog original le Bordeaux Invisible se concentrera à nouveau exclusivement sur l'exploration des histoires surprenantes que la ville et ses environs ont à offrir. D’ailleurs, plusieurs dossiers inédits sont actuellement en préparation et seront publiés prochainement. En attendant, pour votre dose audio de la scène musicale locale, rendez-vous sur invisiblebordeauxmusic.blogspot.com, où vous pourrez dès à présent écouter le dernier épisode, dans lequel j'interviewe YADĒ, star montante de la musique électronique (enregistrement en photo ci-dessus).

Le site web sert également de portail donnant accès aux épisodes précédents. Et si vous aimez les podcasts, n'oubliez pas de vous abonner à Invisible Bordeaux Music, quelle que soit la plateforme que vous utilisez. Il est disponible sur Spotify, Apple Podcasts, Deezer, Amazon Music, PocketCasts, Podbean, RadioPublic, ainsi que sur la chaîne Invisible Bordeaux sur Youtube.

Bonne visite et bonne écoute !

Photo : Hugo Martins

Cette interprétation en mosaïque des armoiries de la ville de Bordeaux est visible dans un des jardins des villes jumelles (réserve écol...

Cette interprétation en mosaïque des armoiries de la ville de Bordeaux est visible dans un des jardins des villes jumelles (réserve écologique des Barails) et fait partie des nombreux motifs que l'on peut apercevoir à travers la ville. Mais que représentent les différents éléments ? Commençons par le haut.

Le blason est surmonté d'un segment azur composé de la silhouette distinctive de la fleur de lys, le lys stylisé qui était le symbole de la royauté française. Comme nous le verrons plus loin dans cette page, cette partie des armoiries n'a pas toujours figuré !

Sous les fleurs de lys se trouve un lion (ou léopard ?), vestige des années passées par la ville sous domination britannique, de 1154 (date du mariage d'Aliénor d'Aquitaine avec Henri, duc de Normandie, futur Henri II d'Angleterre) jusqu'en 1453, date de la bataille de Castillon qui marqua la fin de la guerre de Cent Ans.

Les fortifications représentent l'hôtel de ville médiéval, dont il ne reste aujourd'hui que la porte, ses deux tours centrales et son belvédère : il s'agit de la porte Saint-Éloi, l'une des principales portes d'entrée de la ville historique de Bordeaux, et de sa célèbre cloche, la Grosse Cloche (qui, fait inhabituel, n'est pas clairement représentée sur la mosaïque ci-dessus).

Nous terminons avec les eaux bleues de la Garonne (même si une nuance de marron serait sans doute plus exact), surmontées d'un croissant représentant la forme du fleuve qui traverse la ville... d'où le surnom de Bordeaux : le Port de la Lune.

Représentations du blason de la ville sur les murs de l'Hôpital Saint-André (notez les quantités abondantes de fruits), le monument Camille Godard dans le Parc Bordelais et à l'extérieur de l'actuel hôtel de ville, le Palais Rohan.
Il convient alors de noter que lorsque la ville était sous domination britannique, le blason ne comportait pas un seul lion, mais les trois lions caractéristiques de l'Angleterre, que l'on peut encore voir sur les armoiries royales du Royaume-Uni (et sur les maillots de l'équipe de football anglaise). Deux exemples célèbres des trois lions de Bordeaux (sans les fleurs de lys, bien sûr !) sont exposés au musée d'Aquitaine. À gauche, une sculpture en calcaire datant de la fin du XVe siècle ou du début du XVIe siècle, et à droite, un vitrail du XVe siècle qui se trouvait à l'origine dans la chapelle Notre-Dame-de-la-Rose de la basilique Saint-Seurin.


Parfois, comme on peut le voir plus haut sur la page, le bouclier est rehaussé d'une couronne murale, symbolisant le statut de capitale départementale de la ville. L'« accomplissement » complet, comme on peut le voir ci-dessous, comprend également des antilopes enchaînées, les chaînes étant attachées à des couronnes autour de leur cou qui, là encore, arborent le motif de la fleur de lys. Si quelqu'un peut m'éclairer sur la signification de tout cela, je suis tout ouïe. Les dessins complets comme celui-ci incluent même la devise royaliste de la ville, dont la version complète est : « Lilia sola regunt lunam unda castra leonem » ou « les lys seuls règnent sur la lune, les vagues, la forteresse et le lion », c'est-à-dire une description en latin en une seule phrase du blason lui-même !

Ce motif élaboré, accompagné d'une devise abrégée, est visible sur les murs de l'actuel Collège Francisco Goya (rue du Commandant Arnould).
À partir du milieu du XVIIe siècle, le croissant a été extrait du blason, multiplié par trois et utilisé comme emblème de la ville. De nos jours, il est considéré comme le logo de Bordeaux ! Comme on peut le voir ci-dessous avec les croissants « flottants », il a peut-être fallu quelques années pour peaufiner le détail : la « borne de juridiction » représentée ici est l'une des nombreuses bornes disséminées dans la banlieue de la ville (celle-ci se trouve dans le parc du château Lescombes à Eysines). À une époque, des pierres comme celle-ci marquaient les limites de la banlieue de Bordeaux.

L'emblème à trois croissants à Eysines (sous une forme embryonnaire), sur un repère pour les pèlerins du chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle, sur les murs de la salle des fêtes du Grand Parc et lors d'un salon artisanal à Cour Mably.
Et pour finir, restons en banlieue pour découvrir l'une de mes interprétations préférées du blason de Bordeaux : elle se trouve à l'extérieur de la base aérienne militaire BA106, dans le quartier Beutre de Mérignac, et revisite les motifs anciens dans un style moderne et minimaliste. Mais au lieu des antilopes, on trouve ici de larges ailes et... c'est un petit avion militaire qui porte tout le poids de la ville !


Merci à Antoine Puentès pour quelques informations utiles !

Cet article raconte comment un dossier du blog d'Invisible Bordeaux sur l'influente star du cinéma muet Max Linder est devenu une ch...



Cet article raconte comment un dossier du blog d'Invisible Bordeaux sur l'influente star du cinéma muet Max Linder est devenu une chanson, et vient d'être adapté en un court-métrage bouleversant, que voici, avec le récit complet plus bas !




En 2012, le blog Invisible Bordeaux s'est associé à Adam Roberts du côté d'Invisible Paris pour produire un dossier commun sur Max Linder. En bref, Max Linder, né Gabriel Leuvielle à Saint-Loubès, aux bords de la Garonne un peu au nord de Bordeaux, était un réalisateur et interprète prolifique de films comiques qui a atteint une importante renommée dans les premières années du 20e siècle, influençant fortement de nombreux futurs grands, dont Charlie Chaplin.


La Première Guerre mondiale a mis un terme momentané à ses activités et, bien que sa carrière ait atteint de nouveaux sommets par la suite, tant à Hollywood qu'en Europe, Max, après la guerre, était une âme torturée. À 40 ans, il a épousé la jeune (17 ans) Ninette Peters, mais leur relation houleuse et complexe a abouti à la mort du couple dans une chambre d'hôtel à Paris en 1925.

Au moment de leur mort, la fille de Max et Ninette, Maud, n'avait même pas deux ans. Elle a ensuite été élevée d'abord par ses grands-parents maternels et l'existence même de Max Linder a été presque effacée de l'histoire, à tel point qu'elle a d'abord grandi en ignorant qui était son illustre père.


Lorsqu'elle l'a découvert, elle a cherché à reconstituer son héritage pièce par pièce, en compilant, en documentant et en restaurant des films (y compris des bobines qui auraient été trouvées dans le jardin de la résidence familiale, après y avoir été enterrées par le frère de Max). Au fil des ans, l'œuvre de Max Linder a retrouvé la place qui lui revenait, Maud Linder réalisant des livres, des documentaires et des coffrets qui lui étaient consacrés, et aujourd'hui, une grande partie de ce qu'elle a découvert est disponible en accès libre sur Youtube. Sa quête a duré toute sa vie, jusqu'à sa mort à l'âge de 93 ans en 2017.


Tout cela a constitué la base inhabituelle d'une chanson écrite, enregistrée et diffusée par mon groupe Slowrush en 2021 : « Secret Garden ». Et voilà qu'en 2025, nous avons été contactés par un groupe d'étudiants de l'ESD, École Supérieure du Digital de Bordeaux (dont mon fils aîné, Nathan Pike), qui, dans le cadre d'un projet de fin d'année, ont ainsi utilisé la chanson comme base d'un court-métrage émouvant qui a été étroitement scénarisé pendant une quinzaine de jours avant d'être tourné et monté en moins d'une semaine, mode projet oblige !


L'équipe à l'origine du clip la présente aux étudiants de l'ESD et au personnel enseignant.

La vidéo suit de près la structure de la chanson, se concentrant d'abord sur Maud Linder (interprétée par Anouchka Csernakova) qui déterre littéralement des preuves du passé de Max Linder, puis s'efforce de trier les différents archives à sa disposition. L'action se déplace ensuite en 1925, où Max Linder (Rémy Dhelias), visiblement troublé, partage une dernière danse avec Ninette Peters (Léa Ray) avant leur mort prématurée. La vidéo se termine par une longue séquence en timelapse qui montre Maud partageant ses découvertes avec une assemblée impromptue de connaissances de toutes générations, désireuses d'en savoir plus sur la star oubliée du cinéma girondin lors d'un visionnage en plein air des œuvres de Max Linder. Pendant ce temps, la musique d'accompagnement monte en crescendo, ajoutant des couches supplémentaires de tension jusqu'à ce qu'une Maud solitaire éteigne le projecteur. 


Le produit final est un véritable régal et toutes les personnes impliquées sont très fières d'avoir contribué à cette sensibilisation à l'artiste exceptionnel qu'était Max Linder, ainsi qu'au temps, aux efforts et à l'énergie que Maud Linder a consacrés à la diffusion de son œuvre dans le monde. Un grand merci aux acteurs talentueux et inspirants Anouchka Csernakova, Rémy Dhelias et Léa Ray, aux figurants et aux musiciens qui ont participé à la scène du cinéma en plein air d'un soir, et à tous les membres de l'équipe ESD qui sont partis d'une chanson de Slowrush pour façonner ce magnifique court métrage !


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Nous sommes à Lacanau-Océan, sur la côte atlantique à une soixantaine de kilomètres à l'ouest de Bordeaux, et nous sommes à l'e...


Nous sommes à Lacanau-Océan, sur la côte atlantique à une soixantaine de kilomètres à l'ouest de Bordeaux, et nous sommes à l'extérieur d'un bâtiment angulaire qui pourrait facilement être confondu avec des bureaux ou un entrepôt, voire un supermarché. Il s'agit en fait d'une église, Notre-Dame des Flots, et ce lieu atypique, son curieux design minimaliste et son architecture en briques rouges ont été labellisés « Patrimoine du XXe siècle » ! Quelle est l'histoire qui va avec ?

En 1907, alors que la station balnéaire de Lacanau-Océan était encore toute jeune, l'un des premiers promoteurs immobiliers érigea une petite chapelle en bois, rue de la Paix non loin du bord de mer, pour permettre aux vacanciers d'assister à des messes qui, à partir de 1920, avaient lieu quotidiennement pendant la saison estivale. Bien qu'elle ait été agrandie au fil du temps, la chapelle se révéla finalement trop petite. De plus, elle devait faire face à deux menaces : être engloutie par les dunes de sable et / ou rongée lentement par les termites ! 

La première chapelle dans les dunes. Notons à droite la fenêtre supplémentaire ajoutée suite à son agrandissement. Source photos : delcampe.net
La chapelle fut abandonnée et détruite, et la décision fut prise de construire un édifice plus durable. Un terrain plus important fut acquis par le diocèse de Bordeaux en 1960, l'achat coïncidant avec la création d'une structure paroissiale locale, l'Association Paroissiale de Lacanau-Océan. Pendant cette période de transition, des messes furent organisées sur place en plein air. Mais, vues les fréquentes intempéries, une nouvelle structure temporaire en bois fut bientôt construite sur ce nouvel emplacement.

En 1964, un accord fut ratifié par les représentants de l'archevêque de Bordeaux, le curé de Lacanau et le président de l'Association paroissiale s'engageant à la construction d'une nouvelle église, selon les plans de Patrick Maxwell, Jean-Claude Moreau et Francis Duclos (architectes Agora). Les finances prirent la forme d’un prêt des Chantiers Diocésains de l’Église catholique ; les 220 000 francs allaient devoir être remboursés en 20 versements annuels de 17 000 francs (en faisant le calcul, il est facile de comprendre qu'il y avait des taux d'intérêt conséquents !). Afin de rembourser la dette, la paroisse signait donc pour des années de kermesses, quêtes et collectes, ou de location de l'église comme salle de spectacle. (Elle reste aujourd'hui encore une salle de concert occasionnelle.)

Pose de la première pierre en 1964.
Source photo : fiche historique
disponible dans l'église.
La première pierre fut posée par le cardinal archevêque de Bordeaux Monseigneur Richaud en août 1964. Des contraintes budgétaires conduisirent à des plans revus à la hâte pour le bâtiment, ce qui aboutit peut-être à ce produit relativement rudimentaire livré en 1967. À certains égards, il s'agissait d'une conception modulaire : grâce à l'utilisation de panneaux, une partie chauffée du bâtiment pouvait à l'origine être isolée pour servir de chapelle d'hiver pour les fidèles présents à l'année, tandis que l'espace complet n'était utilisé que lorsque l'église fonctionnait à plein régime pendant la saison estivale, où il pouvait accueillir jusqu'à 600 visiteurs. Le bâtiment comprenait également un petit appartement où les prêtres en résidence pouvaient séjourner.

Mais ces contraintes budgétaires susmentionnées allaient avoir d'autres effets collatéraux dix ans plus tard, quand il fut constaté que la structure en fer n'était que peu adapté à l'air marin, que certains des matériaux n'étaient pas de la meilleure qualité, que le toit était tout sauf étanche et que l'installation électrique devait être remplacée. Le bâtiment subit donc une refonte massive et au cours de la décennie suivante, la paroisse concentra davantage son budget à l'entretien de l'église qu'au remboursement de sa dette.

Brique et mortier.
En 1991, le bâtiment fut grandement embelli par l'installation de quelques vitraux et un émail de Raymond Mirande fabriqués par les verriers Ateliers Dupuy-Fournier, ainsi que par l'ajout d'une mince rangée de vitraux qui longent chaque côté de l'église juste en dessous de la hauteur du plafond. Parmi les principales créations de Raymond Mirande, qui sont positionnées derrière l'autel, la première représente l'arche de Noé, la seconde la Vierge Marie et son fils adolescent, et la troisième comprend une série d'images allant d'une colombe de paix à des représentations de la Pentecôte et de Jérusalem.

Les vitraux et l'émail derrière l'autel, et les vitraux qui longent les deux côtés du bâtiment.
Un des vitraux Mirande. Crédit photo Harvey Morgan (https://avec33.fr/).
La vie de l'église suivit son cours jusqu'en 2000, lorsqu'un rapport de sécurité conclut qu'elle n'était pas aux normes en termes d'ouvertures et ne pouvait raisonnablement accueillir que 200 personnes au lieu de 600 ! La paroisse travailla avec un architecte pour créer des issues supplémentaires afin de permettre à l'église de reprendre ses activités à pleine capacité au cours des premières années du 21e siècle, période notamment marquée par l'attribution, en septembre 2015, juste avant le 50e anniversaire, du prestigieux label « Patrimoine du XXe Siècle ». Hourra !

L'extérieur de l'église, dont la grande entrée principale et, en bas à gauche, l'arrière du bâtiment comprenant l'appartement à l'étage.
L'église n'est généralement pas ouverte au grand public en dehors des messes, mais en visant récemment une arrivée sur place vers midi un dimanche, la porte était encore ouverte et, en compagnie de quelques amis, nous avons pu rentrer et avons été chaleureusement accueillis par deux dames en pleine séance de rangement après la messe du jour. Nous avons fait en sorte de ne pas trop nous attarder mais nous avons trouvé le temps d'admirer les vitraux et une cloche de 330 kilos qui est conservée à l'intérieur et qui était auparavant la propriété d'un couvent à Lyon.

Vue générale de l'intérieur de l'église et la cloche lyonnaise. Remarquez le plafond / toit en tôle ondulée ; le bruit doit être assourdissant lorsqu'il pleut !
Nos hôtes nous ont également conduits spontanément aux dépliants détaillant l'histoire de l'église, car elles ont rapidement précisé qu'il y avait peu ou pas d'informations disponibles sur Internet. Voilà qui est donc réglé par la publication de ce dossier Invisible Bordeaux, rédigé presque exclusivement sur la base des informations d'archives contenues dans un de ces dépliants réalisés par l'Association Paroissiale de Lacanau-Océan. Un grand merci à ces anonymes qui ont ainsi partagé l'histoire de Notre-Dame des Flots… sans aucun doute l'un des lieux de culte les plus intéressants et insolites de la Gironde !

> Localiser sur la carte Invisible Bordeaux : Notre-Dame des Flots, 12 avenue de l'Adjudant Guittard, Lacanau-Océan
> Un grand merci aux deux dames très sympathiques qui nous ont permis de voir l'intérieur de l'église, ainsi qu'aux rédacteurs de la fiche d'information historique éditée par l'Association Paroissiale de Lacanau-Océan dont le contenu a largement alimenté ce dossier ! 
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