Invisible Bordeaux est l'un des acteurs locaux ayant contribué à un projet innovant centré sur le patrimoine du territoire mené cette an...


Invisible Bordeaux est l'un des acteurs locaux ayant contribué à un projet innovant centré sur le patrimoine du territoire mené cette année par Bordeaux Métropole en collaboration avec Deux Degrés, la maison d'édition / agence de médiation déjà habituée du blog (et dont je suis un fan inconditionnel depuis de nombreuses années). Les livrables ont été récemment dévoilés : il s'agit de deux jeux de cartes collectors, l'un étant un jeu des sept familles et l'autre un jeu de cartes classique.

Le double objectif du projet, au nom de code de « Vous avez une carte à jouer », était de pouvoir identifier et valoriser différents lieux d'intérêt connus ou méconnus dans toute la métropole, ainsi que de fournir un support aux associations et acteurs évoluant autour du patrimoine pour se rencontrer et collaborer. L'initiative s'inscrivait dans la démarche plus large du réseau européen Atlas World Heritage qui se concentre sur la préservation et la mise en valeur du patrimoine urbain (les autres villes participantes sont Édimbourg, Florence, Porto et Saint-Jacques-de-Compostelle), et le défi était de boucler le tout à temps pour les événements de l'édition 2020 de la semaine des sites du patrimoine mondial de Bordeaux, à la mi-septembre.

Ci-dessus - Des panneaux explicatifs présentent la démarche Atlas World Heritage sur la place de la Bourse pendant la semaine des sites du patrimoine mondial 2020.

Au départ, le plan élaboré début 2020 par Bordeaux Métropole et Deux Degrés consistait à organiser des réunions et des ateliers collaboratifs mais - comme vous l'avez peut-être deviné - la période de confinement les a obligés à revoir complètement leurs plans. Le projet a entièrement basculé en mode en ligne, s'articulant principalement autour de cartes interactives afin que ceux qui souhaitaient participer puissent localiser les points d'intérêt et fournir l'argumentation derrière chaque proposition.

Un soixantaine de structures ont participé - associations, blogueurs... - et ont ainsi identifié 400 points d'intérêt, dont une présélection a été soumise à un vote lors duquel 110 participants ont choisi les sujets qu'ils jugeaient les plus significatifs. Ensuite, en combinant ces résultats avec d'autres choix raisonnés afin d'assurer une représentation équitable de chaque commune de Bordeaux Métropole, Deux Degrés s'est mis à travailler sur la production de ces deux jeux de cartes. 

Ci-dessus - Ma commune de résidence, Saint-Aubin-de-Médoc, figure dans les jeux. Cette séance photo a pu être entièrement réalisée à pied !

Le jeu des sept familles vise un jeune public et regroupe les points d'intérêt en sept catégories… ou plutôt sept familles : nature, industrie, eau, habitat, monuments, architecture contemporaine et châteaux. Chaque famille comprend six membres, et sur chacune des 42 cartes figure une illustration signée par la très talentueuse Julianne Huon - dont le style est devenu synonyme de l'identité graphique de Deux Degrés au fil des ans - et un bref descriptif du lieu. Fait intéressant, si les cartes sont retournées, elles peuvent également être positionnées tel un puzzle pour former une grande illustration rappelant les paysages de Bordeaux Métropole.



Le jeu de 52 cartes (ou plutôt 54 avec les deux jokers) sert de guide très éclectique à la fois de sites incontournables et de lieux insolites de la métropole, et comprend également un dépliant permettant aux joueurs de lire des informations pour aller plus loin dans la découverte. Les illustrations sont l'œuvre d'un artiste tout aussi doué, Jean Mallard. Ce jeune illustrateur est basé à Paris avec de la famille dans la région, mais n'était pas nécessairement familier avec la plupart de ces sites. Il a pu profiter d'une courte fenêtre de liberté post-confinement afin de passer deux jours à explorer la métropole et à s'approprier les sites présélectionnés pour le projet. Les illustrations qui en résultent capturent cette sensation de découverte. Jean Mallard a employé diverses techniques, en privilégiant néanmoins l'aquarelle. Il s'est également volontairement limité à une palette de couleurs relativement limitée afin d'obtenir une cohérence entre les cartes. Et pour donner un peu de vie aux images, il a toujours cherché à intégrer une présence humaine.

Lors d'un événement organisé en septembre à la Maison Cantonale du quartier de la Bastide (qui figure lui-même dans le jeu de cartes) pour présenter le projet finalisé au réseau de contributeurs, Julianne Huon et Jean Mallard ont pu raconter les coulisses de ce projet aux côtés de Pierre-Marie Villette de Deux Degrés et d'Anne-Laure Moniot de Bordeaux Métropole. Jean Mallard a même apporté les œuvres d'origine, c'est-à-dire la cinquantaine d'illustrations de taille de carte postale qui démontrent à quel point chaque création individuelle est complexe et détaillée.


Ci-dessus - Jean Mallard présente les illustrations d'origine. À droite, son interprétation du stade Chaban-Delmas, qui retrouve sa dénomination précédente de Parc Lescure dans le jeu de cartes.

Les deux jeux ont été initialement produits en séries limitées de seulement 500 unités chacun et ont été distribués tout au long de la semaine des sites du patrimoine mondial depuis une mini-exposition "pop-up" située place de la Bourse. Au-delà, ils seront fournis aux médiathèques de toute la Métropole. Une version destinée à la vente pourrait suivre… c'est pour l'instant incertain mais je vote pour !


Ci-dessus - La mini-exposition place de la Bourse.

En attendant, ici à Invisible Bordeaux, je suis très fier d'avoir pu contribuer au projet, et ravi d'avoir vu que certaines de mes soumissions (comme les jardins jumelés de la ville de Bordeaux, le Parc du Ruisseau au Haillan, ou la locomotive à retrouver à l'ancienne gare de Saint-Médard-en-Jalles) figurent dans les magnifiques jeux.
 


Tout cela montre qu'il y a une vraie sensibilisation en cours autour du petit patrimoine, et il est formidable de voir que Bordeaux Métropole prend cela très au sérieux et cherche à fédérer les acteurs du patrimoine local sur des projets du genre. Félicitations à toutes les personnes impliquées dans ce beau projet !


> Site internet Deux Degrés : www.deuxdegres.net

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Une publication intéressante récemment vue sur les réseaux sociaux mettait en avant un clip des années 1970 où l’on voit un aéroglisseur su...

Une publication intéressante récemment vue sur les réseaux sociaux mettait en avant un clip des années 1970 où l’on voit un aéroglisseur sur l’estuaire de la Gironde, assurant la liaison entre Lamarque et Blaye, une ligne que l’on associe plus naturellement aux « bacs ». Il s’agissait d’une découverte pour moi, et c’est en enquêtant sur le sujet que j’ai appris le lien important entre ce mode de transport et la commune de Pauillac. Quel était donc ce lien, et par où commencer ?
 

Le point de départ naturel est l’histoire de l’un des innovateurs français les plus emblématiques de tous les temps, Jean Bertin (1917-1975). Entre autres réalisations, Bertin inventa la technique d'inversion de poussée utilisée par de nombreux avions à réaction pour ralentir à l'atterrissage. Il fut également à l'origine du célèbre concept de train sur coussin d’air, « l'Aérotrain », développé entre 1965 et 1977. À l’époque l’Aérotrain perdit sa bataille contre le TGV, mais n'est pas sans rappeler les projets actuels d'hyperloop qui prennent forme.


 Jean Bertin (source photo : Aéroclub Jean Bertin) et son célèbre Aérotain. Ainsi qu'une moissonneuse batteuse.

Dès 1955, Bertin fonde sa propre entreprise, Bertin et Cie, et crée au fil des années diverses filiales dédiées à ses différentes innovations. C’est notamment le cas pour le projet Aérotrain, suivi en 1965 par la création de la SÉDAM (Société d'Étude et de Développement des Aéroglisseurs Marins), opérant à Marignane, près de Marseille, avec une usine de fabrication près de Bayonne. La SÉDAM était également axée sur les technologies liées aux coussins d'air et était spécifiquement focalisée sur le développement et la production de ce qui allait devenir sa gamme d'aéroglisseurs amphibies, le « Naviplane ».

Le premier grand livrable de la SÉDAM était un Naviplane de 30 tonnes, le N300. Deux unités furent produites, la Baie des Anges en 1967, configurée pour transporter du fret, puis, l’année suivante, la Croisette, conçue pour transporter jusqu'à 90 passagers. Toutes deux entrèrent en service sur la côte méditerranéenne, faisant la navette entre l'aéroport de Nice, Cannes, Saint-Tropez, Monaco et San-Remo en Italie. La SÉDAM produit également un modèle beaucoup plus petit, le N102, conçu pour transporter deux membres d'équipage et 12 passagers. Ce dernier n'a jamais connu de succès significatif, malgré de nombreux essais commerciaux comme, par exemple, entre la station balnéaire de la Grande Motte et des plages isolées.


Un N300 à Nice (source photo : Reddit) et un N102 au large de la Grande Motte (source photo : Le Maxi-Mottain).


Et voilà qu'en 1971, le N300 Baie des Anges fut acquis par le département de la Gironde et transformé afin d'être utilisé en binôme avec le bac existant pour assurer la liaison entre Blaye et Lamarque, ainsi que pour relier Pauillac et parfois Bordeaux (vers une plate-forme située juste à côté du Pont d'Aquitaine). Il pouvait ainsi transporter quatre véhicules et 38 passagers et il ne lui fallait que cinq minutes pour se rendre d'une rive à l'autre de l’estuaire de la Gironde. Ce Naviplane fonctionna ainsi entre juillet 1971 et décembre 1975, totalisant 20 000 trajets et 4 000 heures de vol.

Pourquoi le conseil départemental est-il revenu à un service basé uniquement sur un bac traditionnel ? Trois facteurs sont facilement identifiables. Premièrement, les nuisances sonores à l'arrivée et au départ du Naviplane, en particulier dans le centre-ville de Blaye, devaient être peu appréciées des riverains. Deuxièmement, le ferry avait une capacité bien plus grande, étant capable de transporter 40 véhicules et 350 passagers. Et enfin, la Baie des Anges a subi quelques incidents malheureux. Dans un cas, la porte avant du Naviplane n'avait pas été correctement fermée en début de traversée. Et lorsque le pilote s’en rendit compte, il freina brusquement. La porte s'ouvrit, l'eau entra à l’intérieur et une Citroën de luxe se retrouva au fond de l'estuaire ! Heureusement, personne ne fut blessé. Puis, lors d'une autre traversée nocturne, l'aéroglisseur entra en collision avec un mât radar stationnaire au large de Lamarque, causant des dommages structurels à l'engin.


Carte postale souvenir (source : Aeromed).

À Lamarque, la Paillote de Steph se trouve désormais là où la Baie des Anges arrivait jadis.
 
Selon divers témoignages, c'est dans cette zone au pied du pont d'Aquitaine que l'aéroglisseur faisait escale à Bordeaux.

Pendant ce temps, en 1973, le SÉDAM avait du mal à joindre les deux bouts mais commença à travailler sur un modèle beaucoup plus important de 260 tonnes, le N500, le plus grand aéroglisseur de passagers de son temps, conçu pour transporter jusqu'à 400 personnes, 55 voitures et cinq autocars à des vitesses allant jusqu'à 70 nœuds (environ 130 kilomètres à l'heure). Deux commandes fermes furent obtenues pour ce projet plus ambitieux, du département de la Gironde (en vue d’assurer la traversée Royan-Le Verdon à l'embouchure de l'estuaire de la Gironde), et de la SNCF (pour la traversée de la Manche). Parmi d’autres pistes commerciales de l’époque, citons la liaison entre Nice et la Corse, ou encore un projet canadien.

Sans doute attirée par l'air revigorant de l'estuaire de la Gironde, en décembre 1975, la SÉDAM déménagea à Pauillac, opérant depuis un grand hangar face à l’estuaire, juste au nord de la ville. C'est donc à Pauillac que commencèrent les travaux du N500, menés par un certain Paul Guienne, qui avait également dirigé les études sur le projet Aérotrain. La SÉDAM démarra la construction des deux premiers Naviplane : le N500-1, pour la commande girondine, fut renommé la Côte d'Argent, tandis que le N500-2 pour la SNCF devait initialement s'appeler la Côte d'Opale, mais fut renommé l'Ingénieur Jean Bertin en hommage à l’innovateur, disparu pendant cette période. Mais la suite n’allait pas être si simple pour les deux N500… 

Le vol inaugural réussi de la Côte d'Argent eut lieu sur l'estuaire en avril 1977. Mais lors d’une séance de travaux de réparation réalisés par des sous-traitants de la SÉDAM le mois suivant (en amont d'une visite ministérielle), une technicienne marcha sur une ampoule qui explosa, mettant le feu à un bidon de dissolvant. L'ensemble de l'engin prit feu et fut totalement détruit en moins d'une heure, tout cela quelques jours avant son inauguration par le prince Charles. Cette fin tragique est détaillée, avec de nombreuses photos d'archives, ici.

L'épave du N500-1. Photo diffusée par l'unité d'investigation et parmi de nombreuses images qui figurent sur l'excellent site internet entièrement dédié aux Naviplane.

Quant à l'Ingénieur Jean Bertin, après un voyage épique de Pauillac à Boulogne-sur-Mer qui dura 25 heures avec de nombreuses escales de ravitaillement le long des côtes de l’Atlantique et de la Manche, il entra en service en 1978 aux couleurs de Seaspeed, la société commune SNCF / British Rail. Il opéra aux côtés de deux aéroglisseurs britanniques SR.N4 « classe Mountbatten », et permettait de traverser la Manche en moins de 30 minutes (dont un record de 22'15" entre Douvres et Calais qui ne fut pas homologué faute d’huissier !).

En 1981, l'Ingénieur Jean Bertin fut repris par la société Hoverspeed (résultat de la fusion entre Seaspeed et Hoverlloyd) et fut largement rénové à la demande de la SNCF, rentrant en service pour une courte période en 1983 avant d'être mis à la retraite, puis abandonné et démantelé sur une plage à Boulogne-sur-Mer en octobre 1985. 

Plus généralement, les lignes aéroglisseurs de la Manche allaient entrer dans une spirale descendante avec l'ouverture du tunnel sous la Manche en 1994. Le dernier aéroglisseur transmanche fut retiré du service en 2000. 


L'
Ingénieur Jean Bertin N500 s'approchant du port de Douvres. Source photo : Wikipedia


Revenons à Pauillac où la SÉDAM allait mal. Le département de la Gironde avait retiré sa seule commande, choisissant de réorienter les fonds vers des besoins jugés plus urgents (infrastructure routière et écoles). De plus, la SNCF n’était pas prête à s’engager sur d’autres commandes, préférant le SR.N4 britannique. Vers la fin des années 1970, l'entreprise fut reprise par les constructeurs navals Dubigeon-Normandie, mais s’effondra pour de bon en 1983, son projet final étant sans doute la rénovation d'un N102 qui avait été acheté de nombreuses années auparavant par un entrepreneur égyptien basé aux Émirats Arabes Unis.

Malgré la disparition de l’entreprise, le hangar de Pauillac hébergeait toujours les deux aéroglisseurs N300 à la retraite, ainsi que quatre N102. Une vente aux enchères eut lieu en mai 1983 et un ferrailleur bordelais acheta les N102. Un restaurateur acquit la Baie des Anges avec l'intention de la transformer en restaurant à Pauillac mais n’obtint pas les autorisations nécessaires. De nouveaux projets de vente n’aboutirent pas et l'appareil resta donc dans l'entrepôt. La Croisette fut rachetée par un ferrailleur de Pauillac mais resta également sur place. Fin 1983, les deux furent ferraillés et l'histoire du SÉDAM se termina dans l’indifférence.

Alors, que reste-t-il aujourd'hui de l'histoire de la SÉDAM et de ce chapitre pauillacais ? À Pauillac, l'entrepôt SÉDAM est désormais utilisé par la société vinicole Baron Philippe de Rothschild pour le stockage de ses marchandises avant distribution dans le monde entier. Face à l’imposant hangar et du vaste espace qui est désormais un parking (lieu de l'incendie fatidique de 1977 qui a détruit le N500-1), une grande plate-forme en béton rappelle l'endroit exact où les aéroglisseurs se lançaient sur l'estuaire. 

 Grâce à l'excellent site Remonter le Temps de l'IGN, il est tout à fait possible de redécouvrir la configuration d'antan. Nous voici en 1976 avec ce qui pourrait être deux N102 stationnés devant le hangar.

Et voici la même vue en 1977... avec un N500 solitaire, sans doute l'Ingénieur Jean Bertin.

De ces N102 repris par le ferrailleur bordelais, deux furent récupérés ces dernières années à Villenave d’Ornon par un groupe de passionnés en vue de les rénover et de les restaurer. Cette aventure est racontée en détail ici mais, pour résumer, retenons que les deux épaves furent transformées en un Naviplane N102 tout beau qui est aujourd’hui fièrement exposé en permanence à l'extérieur du château de Savigny-lès-Beaune en Bourgogne, comme le montre clairement la vue satellite de Google de la zone ci-dessous à droite !

Source photo de gauche : hangarflying.eu

Enfin, alors que l'utilisation des aéroglisseurs pour transporter de grands nombres de passagers est moins répandue de nos jours (à quelques exceptions près, comme sur la liaison entre Portsmouth et l'île de Wight), la technologie continue de faire ses preuves dans des situations militaires complexes ou pour faire face à des reliefs accidentés où aucun autre type d'engin n'est capable d'opérer. Et, qui sait, il pourrait un jour faire son grand retour, y compris en Gironde où le sujet revient souvent comme une solution potentiellement efficace pour relier le centre de Bordeaux à Blaye et la pointe de l'estuaire !

 

En attendant, l'intérêt pour les aéroglisseurs a tout sauf diminué. De nombreux clips d'archives sont à retrouver sur Youtube, il existe un formidable site entièrement dédié aux Naviplane, et en cette ère des réseaux sociaux, vous pouvez même trouver une page Facebook qui ne parle de rien d'autre que du Naviplane N500 Ingénieur Jean Bertin !

 

Foncez donc vers Google, faites un tour sur naviplane.free.fr et explorez par vous-même le monde étrange et merveilleux de l'aéroglisseur, dont le vrombissement alors futuriste fut, pendant les années 1970, un bruit récurrent sur les rives de l'estuaire de la Gironde !


> Localiser sur la  la carte Invisible Bordeaux : Former SEDAM hovercraft factory, Pauillac; Bac Lamarque-Blaye ferry port, Lamarque; Bac Blaye-Lamarque ferry port, Blaye.
> Beaucoup d'informations dans ce dossier sont issues de l'excellent site naviplane.free.fr website, dont la découverte est fortement conseillée !
> Source photo en début d'article: Aeromed
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La plus grande nouveauté de la scène culturelle bordelaise en cette année quelque peu irréelle a sans doute été la récente renaissance de l&...

La plus grande nouveauté de la scène culturelle bordelaise en cette année quelque peu irréelle a sans doute été la récente renaissance de l'espace d'exposition de la Base sous-marine de la ville. Bienvenue donc aux Bassins de Lumières, lieu entièrement dédié à l'art numérique, et notamment aux technologies de « mapping » vidéo par projection. Depuis début 2020 ce lieu fait parler de lui dans les médias de toute l'Europe et au-delà, et génère un grand nombre de publications Instagram postées par des influenceurs comme par des anonymes. Bref, je n'avais d'autre choix que de partir à la découverte de cette nouvelle initiative, qui plus est se trouve dans les murs de cette fameuse Base sous-marine, sujet du billet le plus lu sur le blog Invisible Bordeaux !
 

Au total, quatre des onze anciens bassins de la base sont consacrés à l'espace d'exposition des Bassins de Lumières, conçu et géré par le réseau national de musées et d'attractions Culturespaces. Les travaux de reconversion du lieu ont duré plus de deux ans, et si l'ouverture officielle des Bassins de Lumières a été retardée par la crise sanitaire, elle a finalement accueilli le grand public pour la première fois en juin 2020.

Quatre animations sont présentées en ouverture jusqu'à début janvier 2021. L'attraction phare très attendue présente le travail du légendaire peintre symboliste autrichien Gustav Klimt (1862-1918), dans le cadre d'une longue séquence audiovisuelle conçue par les artistes du numérique immersif Gianfranco Iannuzzi, Renato Gatto et Massimiliano Siccardi, en collaboration avec le musicien Luca Longobardi. La deuxième séquence principale est une compilation animée des œuvres du peintre germano-suisse Paul Klee (1879-1940) mis en musique. Deux autres animations multimédia modernes sont présentées dans un espace appelé Le Cube : « Ocean Data » des studios Ouchhh et « Anitya » du collectif Organ’Phantom.


L'expérience visiteur consiste à se déplacer dans la quasi-obscurité de bassin en bassin, et d'apprécier les différentes séquences de mapping vidéo (diffusées en boucle) depuis différents points de vue. Les animations sont reflétées dans les bassins et s'étendent parfois au sol. Les images diffusées par des centaines de projecteurs occupent chaque centimètre carré et les spectateurs sont ainsi entourés par des œuvres d'art à 360°, le tout accompagné en permanence d'une puissante bande musicale. Et bien qu'il y ait un flux constant de visiteurs, il n'y a jamais le sentiment que d'autres personnes gênent ou empiètent sur le spectacle visuel - ces silhouettes mobiles d'inconnus ajouteraient presque à l'ambiance mystique du lieu.


Dans deux espaces fermés, le Cube mentionné plus haut, mais aussi la très cylindrique « La Citerne », les visiteurs découvrent un cadre inhabituel où ils peuvent s'allonger de manière plus ou moins élégante sur de grands coussins posés par terre. Enfin, un ensemble de panneaux d'informations propose un rappel historique du lourd passif de la base sous-marine.

Bien installés au sein du Cube.

La zone historique.

Quel est donc le verdict ? Chose peu étonnante, Invisible Bordeaux a été réellement impressionné par la technologie ainsi que par tout le côté esthétique de cette première exposition de très haut vol, une vraie réussite même si l'obscurité et le défilé constant d'images en font un spectacle assez impersonnel. La qualité du son laisse à désirer dans certaines zones de l'espace, en sachant que l'acoustique du lieu ne facilite certainement pas ce genre de chose. Quant aux différentes séquences de ce programme inaugural, les animations Klimt et Klee séduiront forcément les connaisseurs bien qu'un fil conducteur soit difficile à repérer, alors qu'un passage dans le Cube donne parfois l'impression d'être enfermé dans un énorme économiseur d'écran Windows 98.
     

Quoi qu'il en soit, suivant les traces de la Cité du Vin et de la salle de spectacles Arkéa Arena, toutes deux inaugurées ces dernières années, ce nouveau-venu dans le paysage bordelais est un symbole fort de la volonté de la ville de s'assurer d'une place durable et incontestée dans la cour des grands des hauts lieux culturels européens. Cette mission semble être en bonne voie à en juger par la proportion importante de visiteurs internationaux présents lors de la chaude journée estivale où j'y étais (malgré le faible nombre de touristes étrangers à Bordeaux cette année).


Et si le meilleur restait encore à venir pour les Bassins de Lumières ? Ce lieu pourrait en effet servir de canevas à des innovations sans limite. Il reste à imaginer un spectacle qui soit non seulement un chef d’œuvre technique et qui surprenne, mais qui soit aussi accessible et pertinent pour toutes les générations, ainsi que toutes les populations. En cochant toutes ces cases, nous serons face à quelque chose de tout à fait sublime... et j'y retournerai avec grand plaisir ! 


> Localiser sur la carte Invisible Bordeaux : Bassins de Lumières, Base Sous-marine, impasse Brown de Colstoun, Bordeaux
> Informations complètes à retrouver sur le site officiel : www.bassins-lumieres.com
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Comme vous l'avez peut-être remarqué si vous suivez de près le blog, le rendement d'Invisible Bordeaux a quelque peu baissé ces ...


Comme vous l'avez peut-être remarqué si vous suivez de près le blog, le rendement d'Invisible Bordeaux a quelque peu baissé ces derniers temps. Mais il y a une très bonne raison pour ce silence radio relatif. En effet, pendant la récente période de confinement, je me suis surtout focalisé sur un projet musical passionnant qui a abouti à la création d'un groupe et la publication d'un E.P.. Je vous présente donc Slowrush !

Slowrush est composé de mon ami, l'excellent Olivier Rols à la basse, mon fils Dorian Pike à la batterie, et je fais de mon mieux pour suivre à la guitare et au chant. Olivier et Dorian ont régulièrement contribué au spectacle Le Shuman Show par le passé, donc la création de ce trio était une évolution naturelle. Avec l'avènement inattendu du confinement lié à la crise sanitaire, nous nous sommes lancés le défi d'enregistrer quatre morceaux (à distance pour les lignes basse d'Olivier !). Et, quelques semaines plus tard, ces chansons sont désormais dans le domaine public et disponibles sur toutes les plateformes de streaming. 

Quel est l'univers musical de Slowrush ? Pour ma part, j'ai toujours été fortement influencé par des artistes de pop mélodique tels que Joe Jackson, XTC et Blur. Dorian apporte son énergie de millennial et des idées inspirées par des groupes tels que Everything Everything, Foals et Tame Impala. Olivier, quant à lui, est une véritable éponge musicale et a des goûts éclectiques allant du rock et du jazz au punk ! Tout cela fait un beau mélange musical bien qu'il y ait inévitablement un accent pop assez "British" qui prime.

La pochette de l'E.P.. À vous de reconnaître le bâtiment du quartier Mériadeck qui y figure !
Mais il y a aussi un fort accent bordelais ! Alors que deux des morceaux (Parallel World et Mr Morality) étaient des chansons existantes dépoussiérées pour l'occasion, les deux autres (Bordeaux Watergate et Four Walls) ont été écrites en pleine période de confinement et sont inspirées par des sujets liés au blog. Bordeaux Watergate rappelle le scandale "Winegate" des années 1970 déclenché par la découverte de milliers de bouteilles de Bordeaux qui contenaient en fait du vin du Languedoc. Et Four Walls est une manière de saluer en musique ces lieux synonymes d'événements passés et qui sont aujourd'hui une rue ordinaire, un local vide ou un quartier transformé (comme par exemple Mériadeck, dont les bâtiments figurent sur la pochette de l'E.P. !).

Mais passons à la musique ! Vous pouvez écouter ces quatre chansons sur la plateforme de streaming de votre choix (Spotify, Deezer, Apple Music, etc.) via la page que vous trouverez en cliquant ici : https://il.ink/slowrush

Vous pouvez également suivre l'actualité de Slowrush sur Instagram (@slowrushband), Twitter (@slowrushband), ou Facebook (@slowrushbdx). On espère pouvoir annoncer des représentations sous peu !

Et, pour le même prix, vous pouvez tout simplement découvrir les quatre morceaux via les lecteurs ci-dessous. Bonne écoute ! (Si les lecteurs ne s'affichent pas, cliquez ici).





Et à bientôt pour de nouveaux reportages plus "classiques", promis ! À suivre !

Cachée dans les bois non loin des rives de la rivière Leyre, dans le hameau de Lamothe, juste à l'est du Teich, se trouve la ...


Cachée dans les bois non loin des rives de la rivière Leyre, dans le hameau de Lamothe, juste à l'est du Teich, se trouve la petite et quelque peu mystérieuse Fontaine Saint-Jean, abritant une source qui est maintenant asséchée mais qui était autrefois réputée pour ses propriétés miraculeuses.

Ce petit édifice, qui a été restauré ces dernières années, date du 17e siècle et bien que je n'ai pas pu les repérer, les dates 1645 et 1650 sont apparemment gravées dans la structure, dans la niche concave qui jusqu'en 1772 contenait une statue de Saint Jean, saint patron de Lamothe (la statue fut la victime malheureuse d'un différend entre les habitants du Teich et de Mios).

Bien que peu d'informations sur la fontaine soient facilement disponibles, certaines des descriptions plus détaillées à retrouver en ligne (voir les liens au bas de cet article) mettent en exergue le passé mystique et religieux du lieu. Ceci peut être principalement attribué à son emplacement sur l'un des plus anciens des nombreux chemins de pèlerinage de Compostelle à travers la région ; le lieu a donc servi de halte naturelle pour les marcheurs en route vers ou depuis Saint-Jacques-de-Compostelle au fil des siècles. Mais certains érudits ont même prétendu que l'histoire remontait beaucoup plus loin et que la source était saluée pour ses vertus spirituelles avant même l'ère de la conquête romaine de la Gaule !

L'environnement est pour le moins paisible. 
Quoi qu'il en soit, il existe diverses légendes sur les propriétés curatives de l'eau de la fontaine, notamment pour les affections cutanées, bien que tout au long du 20e siècle, cette croyance s'est estompée lorsque la source s'est tarie (probablement en raison des travaux importants effectués à proximité pour construire des lignes de chemin de fer). Pourtant, même en ces temps modernes, il serait encore possible de voir des chiffons déposés sur la fontaine, un rite traditionnel landais synonyme d'espoir d'un miracle. Un fidèle lecteur du blog, Harvey Morgan, précise qu' «  on trempe le chiffon dans l'eau puis on le frotte sur la partie affectée, répétant généralement une prière ou un rituel quelconque, puis on le suspend près de la fontaine pour qu'il sèche. La maladie disparaît lorsque le chiffon est sec. Il y a encore aujourd'hui plusieurs fontaines dans les Landes où cette pratique continue. »

Une bougie déposée lors d'une récente visite ?
Le jour de ma visite aux côtés de mon compagnon de voyage occasionnel, mon beau-père Michel, il n'y avait aucun chiffon, bien que la zone soit si humide que nous aurions volontiers déposé le nombre de chiffons qu'il aurait fallu pour nous débarrasser de l'assaut constant de moustiques affamés ! Il y avait des signes de visites récentes : une bougie avait été déposée avec une statuette de la Vierge. Des bancs sont positionnés en forme de demi-cercle face à la fontaine, rappel que le lieu sert d'arrêt aux pèlerins, bien qu'il aurait fallu une âme courageuse résistante aux insectes pour s'y arrêter trop longtemps ! L'ambiance est très paisible, le silence seulement troublé par deux cavalières qui avaient sans doute le meilleur moyen de transport pour pouvoir faire face aux marécages tout autour.

Chevaux, vélos et une fontaine miraculeuse. Un beau tiercé.
À la fin de notre visite je semblais finalement être sorti indemne des innombrables attaques de moustiques ; doit-on y voir les effets des qualités miraculeuses du lieu ? Mais surtout, j'étais simplement content d'avoir vu cet endroit insolite, notamment parce que c'était loin d'être ma première tentative pour le trouver ! En effet, la fontaine n'est pas facile à localiser ou à atteindre. L'astuce est de viser le parking du Kayak Club du Teich, juste à côté de la départementale D804, puis de continuer vers le sud en longeant la Leyre (ou l’Eyre). Vous passez ensuite sous un pont de chemin de fer, avant de traverser une petite passerelle en bois au-dessus du ruisseau (ou craste) Beneyre. En prenant immédiatement à droite, en suivant ce ruisseau, le sentier forestier vous mènera à la fontaine Saint-Jean.

Enfin, à voir non loin de là : parallèle à ce chemin, un peu au nord, se trouve la bien nommée allée de la Fontaine Saint-Jean, avec une curieuse rangée de maisons à pans de bois qui semblent tourner le dos à la rue, préférant regarder en direction de la voie ferrée. Il est possible que l'attrait indéniable de ces jolies maisons souffre lors de chaque passage d'un TGV à quelques mètres de leurs fenêtres !
Les maisons de l'allée de la Fontaine Saint-Jean tournent le dos à la route.
> Localiser sur la carte Invisible Bordeaux : fontaine Saint-Jean, Le Teich.
> Des articles nettement plus complets sur la fontaine sont à découvrir ici : Marinelle Balades Photos, Info Bassin, Société Historique et Archéologique d'Arcachon et du pays de Buch.  

C'est à un de mes amis Adam, qui anime le site partenaire Invisible Paris , que je dois la découverte de cette couverture de Paris M...


C'est à un de mes amis Adam, qui anime le site partenaire Invisible Paris, que je dois la découverte de cette couverture de Paris Match. Nous sommes en 1973 et, entre des dossiers sans doute explosifs sur Jacques-Yves Cousteau et le « phénomène blue-jean » s'inscrit l'annonce énigmatique d'un « scandale à Bordeaux ». De quel scandale pouvait-il s'agir ? La réponse : « Winegate » ! 

L'histoire commença au 124 quai des Chartrons qui, à l'époque, était le siège de la maison Cruse, la prestigieuse société de commerce et d'exportation de vins. Le jeudi 28 juin 1973, des inspecteurs de la brigade de surveillance des services fiscaux de l'État s'y rendirent, peut-être suite aux tuyaux d'un informateur, avec l'intention de procéder à un audit complet et à un inventaire des stocks.

Les inspecteurs furent expulsés de force des locaux par le directeur, Lionel Cruse, qui affirma que le moment n'était pas opportun. Il fit valoir que l'entreprise était en retard sur un certain nombre de commandes et, avec la période des vacances à venir, ils avaient encore beaucoup de rattrapage à faire. En lisant entre les lignes, les inspecteurs comprirent plutôt que l'établissement avait manifestement quelque chose à cacher. Ils s'éclipsèrent et, dans leur rapport, firent état d' « opposition à fonction ». Ce n'allait être qu'un au revoir...

C'est désormais plus calme au 124 quai des Chartrons.
Plus ou moins simultanément, des collègues d'une autre branche du fisc, la Brigade Spéciale des Contributions Indirectes, découvrirent un cas de fraude grave : un négociant en vins de Saint-Germain-de-Graves, au sud-est de Bordeaux, avait acheté du vin en vrac de la région Languedoc, ainsi que de grandes quantités de Bordeaux bon marché. Le tout était alors stocké dans ses caves, la documentation associée falsifiée, et le produit fini revendu sous des étiquettes d'appellation contrôlée dont Saint-Émilion, Pomerol et Médoc, à des sociétés de distribution et d'exportation... dont Cruse.

Des informations commencèrent à circuler sur le négociant au cœur de l'affaire, un certain Pierre Bert, qui avait un passif d'affaires douteuses et échecs commerciaux. Ce dernier projet en date visait donc à capitaliser sur le marché toujours florissant des vins de Bordeaux par le biais de la distribution de quelque 3 millions de bouteilles mal étiquetées (à cette époque, environ 60 millions de bouteilles de vins de Bordeaux étaient destinées à l'export tous les ans). Mais agissait-il seul dans cette tromperie ? Ou ses homologues des compagnies de distribution étaient-ils complices dans la démarche ?

Lionel Cruse, le
"Nixon bordelais". Source :
larvf.com
La réponse fut rapide : Lionel Cruse était catégorique sur son innocence, comparant publiquement son sort à celui de Richard Nixon et qualifiant le scandale de « Winegate ». La chute de Nixon n'allait pas tarder… quel serait la destinée de Cruse ?

La tourmente n'allait que s'amplifier avec les trouvailles de divers journalistes d'investigation mettant au jour différentes méthodes illicites employées pour améliorer les vins de stock, comme l'édulcoration excessive, divers mélanges non divulgués et l'utilisation de colorants artificiels. Bert, qui avait alors déjà reconnu la falsification des vins qu'il vendait, a répondu aux allégations en affirmant que « 90 % des commerçants et 50 % des producteurs se comportent de manière frauduleuse », ajoutant qu'il n'y avait aucun moyen qu'il puisse s'agir d'un cas isolé : « Deux cent mille ou trois cent mille hectolitres de vin du Languedoc arrivent à Bordeaux chaque année. Ils passent bien quelque part ! »

Le scandale éclata réellement fin août 1973 avec des articles dont une double page dans le Nouvel Observateur, suivi du Canard Enchainé qui titrait sur cette « fraude généralisée à Bordeaux ». Le Canard Enchainé ajouta une dimension politique au scandale : toute cette affaire était une excellente nouvelle pour le ministre des Finances de l'époque, Valéry Giscard d'Estaing, dont le principal rival politique de droite pour l'élection présidentielle de 1976 n'était autre que Jacques Chaban-Delmas, maire de Bordeaux et un ami de longue date et allié du monde du vin du quartier des Chartrons. Le mot de la fin du Canard Enchainé annonçait « un autre point pour Giscard ! Pauvre Jacques ! » L'hebdomadaire satirique a vu juste : à la mort, en avril 1974, du président Georges Pompidou, l'élection présidentielle fut avancée au mois de mai de la même année et Chaban-Delmas fut facilement écarté au premier tour du scrutin, Giscard passant alors devant François Mitterrand pour devenir président.

Dossier du Nouvel Observateur, 27 août 1973 (disponible en ligne ici et ici).
Le procès de l'affaire dite désormais Winegate commença en octobre 1974 et fut largement couvert à l'international, notamment au Royaume-Uni, au Canada, aux États-Unis et au Japon. Au banc des accusés, pas moins de 18 individus, dont trois membres de la famille Cruse et le tristement célèbre Pierre Bert, tous inculpés d'utilisation illégale de produits chimiques pour améliorer les produits et d'étiquetage erroné des vins. Le procès se poursuivit pendant près de deux mois, aboutissant à un verdict de 240 pages et huit condamnations.

Pierre Bert, qui reconnut de nouveau devant le tribunal avoir altéré les vins, fut condamné à la peine la plus sévère - un an de prison. Il n'exprima aucun regret, affirmant même que ses mélanges étaient très similaires au goût de Bordeaux : « Pendant tout le temps de la fraude, je n'ai jamais reçu de plainte d'un client sur la qualité ! ». Lionel Cruse et son collègue directeur, son cousin Yvan, furent condamnés à un an de prison avec sursis, à une amende et à trois ans de probation. Mais leur seul aveu fut de ne pas avoir goûté assez soigneusement le vin fourni par Bert.

Bien que l'affaire soit désormais close, l'impact ne faisait que commencer. Les prix chutèrent du jour au lendemain et les exportations ralentirent. La demande des États-Unis pour des vins de Bordeaux descendit à un niveau précédemment enregistré en 1969 et n'allait se redresser qu'à partir de 1982. De nombreux châteaux, qui n'avaient pourtant joué aucun rôle dans le scandale mais en subirent les conséquences, cessèrent en masse de traiter avec les négociants, revenant pour la plupart à des méthodes de vente directe.

Les effets les plus notables du scandale furent sans doute la mise en œuvre d'une réglementation plus stricte et l'importance supplémentaire accordée à l'expression « mis en bouteille au château », synonyme d'implication minimale d'intermédiaires. (Car, à l'origine de ce scandale était la pratique alors très répandue de la vente de vin de petits vignobles aux distributeurs qui assuraient également le vieillissement et la mise en bouteille.) Cependant, de nombreux négociants furent recrutés par les châteaux afin de faciliter la transition vers l'internalisation de la vinification et la mise en bouteille.

La maison Cruse se releva au fil des années et est aujourd'hui propriétaire du Château Laujac et du Château d’Issan. Le célèbre Château Pontet-Canet fut cependant vendu à la suite du scandale, qui reste sans aucun doute encore un chapitre gênant dans le passé de l'établissement. Il semble même avoir été effacé de l'histoire quand cela est possible. Par exemple, je fus surpris de ne voir aucune mention du scandale dans l'article nécrologique suite au décès de Lionel Cruse publié en avril 2013 dans Sud Ouest. Il n'y a plus ou peu de traces de ce que devint Pierre Bert. Les récits les plus complets du scandale que j'ai trouvés se trouvaient, bizarrement, dans les archives de journaux américains. Enfin, c'était la première fois que certaines de mes recherches recevaient le message « En réponse à une demande légale adressée à Google, nous avons retiré xx résultat (s) de cette page ».

Mais je pense que l'histoire méritait d'être racontée, même si je ne pense pas qu'Invisible Bordeaux recevra cette année une carte de vœux de la maison Cruse… Je me consolerai en buvant un verre de vin du Languedoc !

Localiser sur  la carte Invisible Bordeaux : former Cruse headquarters, 124 quai des Chartrons, Bordeaux.
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  Le "déconfinement" a également marqué la fin de la série de photos d'archives partagées par Invisible Bordeaux sur le...

 
Le "déconfinement" a également marqué la fin de la série de photos d'archives partagées par Invisible Bordeaux sur les fils Instagram et Twitter. Voici donc les sept derniers clichés (les autres compilations sont à retrouver ici, ici, ici et, oui, ici). Pour rappel, certaines de ces photos ont déjà été exploitées sur le blog, alors que d'autres n'ont jamais vu autre chose que l'intérieur de mon disque dur. Et le voyage commence ci-dessus à Talence.

Il s'agit d'une partie du réservoir de Lavardens, une impressionnante structure en béton armé datant de 1927. Malgré son ampleur, peu d’informations sur l’endroit sont disponibles en ligne, mais le réservoir a déjà brillé sur le blog dans le très passionnant dossier du best-of des châteaux d'eau de la Gironde !

Ensuite, direction Sainte-Hélène, à mi-chemin entre Bordeaux et Lacanau, afin d'admirer cette magnifique fenêtre en saillie (ou "bow window" pour les anglophones et anglophiles) entourée de carreaux de céramique. Nous sommes devant une petite villa située dans le centre du bourg, maison construite par le charcutier A. Naturel (d'où le "A.N."), qui a offert le nom poétique de "Quand-Même et Mépris" à sa demeure. L'histoire complète est à retrouver (uniquement en anglais) ici.

Les explorations urbaines continuent à Soulac-sur-Mer, dans un appartement au rez-de-chaussée du Signal, la résidence abandonnée en front de mer qui est désormais tristement célèbre. Admirez la vue de l'océan que connaissaient jadis les propriétaires et locataires. Pour en savoir plus, c'est par ici.   


Prenons encore plus de hauteur en nous dirigeant vers la Cité Pinçon dans le quartier Bastide de Bordeaux. La Cité Pinçon constitue, avec ses voisins de la Cité Blanche, la Cité-Jardin de la Benauge. Ce bâtiment et son jumeau sont également connus comme « les paquebots ». Le quartier est un véritable cas d'école en matière d'urbanisme des années 1950, le tout étant détaillé ici.


Ensuite, direction Le Bouscat pour cette vue panoramique du stade Sainte-Germaine, de son terrain et de ses gradins (aux 7 000 places). Construit dans les années 1890, il a toujours été le siège permanent du club de sport du Stade Bordelais, et accueille aujourd'hui également des matchs de football disputés par l'équipe féminine et l'équipe B masculine du FC Girondins de Bordeaux. 


Voici, du côté de Carbon-Blanc, plusieurs couches de publicités peintes pour l'entreprise de Meubles Bayle, fondé à Bordeaux en 1854. Le « ET, Bx » est sans doute un bout de l'adresse de l'ancien magasin phare de Bayle, situé sur le cours d'Albret. Le concept Bayle a évolué au fil des années et le groupe possède aujourd'hui 13 magasins opérant sous différentes bannières au sein du « Village du Meuble » situé dans la zone commerciale de Mérignac.


Et cette aventure aléatoire en 47 photos se termine à un endroit où de nombreux voyages commencent ou s'achèvent : devant la gare Saint-Jean de Bordeaux. C'est un détail de l'extérieur du Café du Levant, la brasserie fondée en 1896 en face de la gare dont la façade typiquement orientale ajoute un peu de couleur exotique au paysage !


> La première série de photos d'archives est à retrouver ici !
> La deuxième série est ici !
> Vous l'aurez deviné, la troisième série est ici !

> Quant à la quatrième, c'est ici !  
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Si vous continuez à suivre de près le blog, vous saurez déjà qu'en cette période de confinement, sur les comptes Instagram et Tw...


Si vous continuez à suivre de près le blog, vous saurez déjà qu'en cette période de confinement, sur les comptes Instagram et Twitter d'Invisible Bordeaux, je publie des photos prises au fil des années à Bordeaux, aux alentours et parfois au-delà. Certaines ont déjà été exploitées sur le blog, alors que d'autres n'ont jamais vu autre chose que l'intérieur de mon disque dur. Après une première série puis une deuxième et une troisième, voici une quatrième compilation, qui démarre ci-dessus avec une vue de la piste cyclable Bordeaux-Lacanau, photo prise vers Salaunes ou Sainte-Hélène.

Ce parcours de 60 kilomètres était une ligne de chemin de fer de 1885 jusqu'aux années 1970, et on peut encore repérer d'anciennes gares en cours de route, principalement des logements particuliers désormais.

Pour rester dans l'univers du sport, dirigeons-nous à présent vers les poteaux de rugby du stade André-Moga à Bègles. Faisant partie du complexe sportif Delphin Roche, ce stade d'une capacité de 6 000 places a été construit en 1920 et était à l'origine connu sous le nom de stade du Musard. C'était le terrain domicile du club de rugby de l'Union Bordeaux-Bègles jusqu'en 2015, lorsque l'UBB a déménagé au Stade Chaban-Delmas. André-Moga reste néanmoins le siège et le principal terrain d'entraînement du club.


Mes aventures de blogueur (pour lesquelles j'assure mes propres cascades) sont pour la plupart des aventures solitaires, mais parfois, croyez-le ou non, je communique avec d'autres personnes. C'était le cas lorsque ce jeune homme fort sympathique m'a abordé alors que je photographiais le monument de la place Calixte-Camelle dans le quartier Bastide de Bordeaux. Si vous le reconnaissez, n'hésitez pas à me le faire savoir (photo prise en 2015, comme nous tous il a désormais quelques années de plus). Sur Twitter, l'excellent Jean-Christophe Wasner, journaliste à Sud Ouest, a fait remarquer que le monument Calixte Camelle ressemble un peu à une machine à laver. Il a raison, non ?...


Direction le Bouscat pour voir ce bâtiment art déco des années 1930 conçu par Albert Dumons. À l'origine, il s'agissait des bains-douches publics du Bouscat, établissement qui a fonctionné jusqu'en 1980. Le bâtiment est ensuite devenu la bibliothèque / médiathèque municipale, jusqu'à ce qu'il soit remplacé par « La Source », un complexe moderne construit sur la place principale de la ville en 2015. Aujourd'hui, ce bâtiment abrite l’association des Familles du Bouscat, qui porte l'épicerie solidaire la Bous-Sol.
  

« Droit, Paix, Justice », telle est la devise inscrite au-dessus des portes de la Maison Cantonale, l'annexe de l'hôtel de ville située dans le quartier Bastide de Bordeaux. Ce bâtiment insolite aux accents art nouveau, achevé au milieu des années 1920, a été conçu par Cyprien Alfred Duprat.


Le moulin de Lansac, situé juste au nord de Bourg sur la rive droite de l'estuaire de la Gironde, a eu droit à son propre dossier Invisible Bordeaux il y a quelque temps. En temps normal, le moulin est ouvert au grand public et est véritablement une belle découverte… Consultez le site internet du moulin pour les heures d'ouverture ; les démonstrations du moulin en marche ont traditionnellement lieu le dimanche après-midi.


De retour à Bordeaux, ce gros lettrage néon « Papiers-Crayons » - à voir près de la barrière de Pessac - masque en partie la mention de la précédente incarnation du bâtiment : « Halle des Girondins ». Ayant baigné depuis toujours dans le foot anglais, les carreaux de chaque côté me rappellent inévitablement les couleurs des équipes d'Aston Villa, de West Ham, ou encore de Burnley !


Ensuite, nous voici derrière l'ancienne gare de la Brède, face à de vieilles pompes à essence et une requête on ne peut plus sincère d'Oncle Sam.


Cette photo prise rue de la Franchise à Bordeaux me tient toujours à cœur !


Et nous terminons cette série toujours aussi aléatoire avec une photo prise lors d'un vol mémorable le long de la côte atlantique et le long de l'estuaire de la Gironde (reportage complet à retrouver ici). Admirez donc ce magnifique patrimoine mondial de l'Unesco, à savoir la citadelle de Blaye, élément du « Verrou de l'Estuaire » signé Vauban et construit au XVIIe siècle (comprenant également l'Île Pâté et le Fort Médoc). Remarquez également les belles eaux brunes de l'estuaire de la Gironde !


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