Il y a quelques jours, j'ai assisté à un concert du duo folk indie australien Angus & Julia Stone à l'Espace Médoquine de ...

L'heure des dernières séances pour l'Espace Médoquine

Il y a quelques jours, j'ai assisté à un concert du duo folk indie australien Angus & Julia Stone à l'Espace Médoquine de Talence (ou, tout simplement, "la Médoquine"). Ce fut vraisemblablement ma dernière venue dans cette salle qui fermera définitivement ses portes en 2018, pour être remplacée par des résidences et des espaces verts.

Cet espace polyvalent, principalement considéré comme une salle de concert mais aussi utilisé par  diverses associations et entreprises locales pour l'organisation de réunions, conférences ou autres animations, a été construit à la fin des années 1980 selon les plans de l'architecte gujanais Bernard Vayssière. La première tête d'affiche de la Médoquine fut Yves Duteil, le 4 mars 1989.

Selon la configuration retenue, la Médoquine pouvait accueillir entre 250 et 1 000 spectateurs assis et jusqu'à 3 000 debout. La configuration debout est celle que je connais le mieux en tant que spectateur ; au cours de mon premier séjour à Bordeaux dans les années 1990, j'y ai vu plusieurs de mes artistes préférés, dont Joe Jackson, Lloyd Cole, Stephen Duffy et Tears For Fears. Plus récemment, mes sorties à la Médoquine m'ont permis de voir le groupe de rock électronique Archive et le groupe pop alternatif Metronomy.
Avant l'arrivée du code-barres : d'anciens sésames pour la Médoquine !
Metronomy en novembre 2014.
Cela dit, l'un des (non-) événements les plus mémorables que j'associe à la Médoquine fut la venue d'Oasis en 1996, alors à l'apogée de leur carrière en pleine déferlante Britpop. Le groupe, apparemment peu convaincu par les barrières de sécurité installées devant la scène, a décidé tout simplement d'annuler sa représentation à la dernière minute, provoquant la déception, le mécontentement voire la colère de la foule qui attendait dehors ! (Le groupe est néanmoins revenu à la Médoquine en 2009 et a livré un set, paraît-il, peu inspiré.)

Mais les livres d'histoire de la musique locale retiendront davantage la prestation remarquée des INXS de Michael Hutchence en juin 1993, alors en tournée de salles moyennes en sortant d'une période où le groupe remplissait les stades du monde entier. La Médoquine était parfaitement adaptée à leurs besoins. Autre venue remarquable : le passage à Talence d'un certain David Bowie dans le cadre de sa tournée "Earthling" en juin 1997, l'unique fois où Bowie se produisit dans la région.

Au-delà de mes souvenirs personnels de concerts, mon poste au sein de l'équipe Communication de Thales m'a permis de voir la Médoquine sous un autre angle, passant des journées entières sur place pour l'organisation de réunions de début d'année pour nos équipes. Cela m'a notamment permis de me positionner en régie au milieu de la salle en ayant l'impression d'être un peu le roi de la Médoquine, ou encore de me promener sur scène devant la salle vide en me prenant un peu pour Joe Jackson ou David Bowie

Sur scène : les chaises en moins, le public en plus et voilà la vue qu'avait Bowie de la Médoquine.
Le panorama depuis la régie.
Cependant, le souvenir le plus marquant de ces journées passées à la Médoquine, généralement au plus fort de l'hiver, est combien il faisait froid dans la salle. Bien que le chauffage soit allumé le matin, il fallait attendre le milieu de l'après-midi pour que la température soit à peu près supportable. Ayant plutôt l'habitude de travailler dans un environnement de bureau classique, mes jours à la Médoquine s'apparentaient donc à une sortie aux sports d'hiver. Les managers Thales, sur place avant leurs interventions devant les collaborateurs de l'entreprise, révisaient souvent leurs discours vêtus de grands manteaux et de grosses écharpes. Par contre, lors de soirées concerts, le lieu était toujours une fournaise, quelle que soit la saison. Allez comprendre pourquoi...

Les coulisses de la scène de la Médoquine.
Ce qui nous amène, sans transition, aux raisons pour lesquelles la Médoquine, qui reste la propriété de la municipalité de Talence, est vouée à disparaître : l'espace, vieillissant avant l'heure, avait grand besoin d'être modernisé et la facture se serait élevée à 2 à 4 millions d'euros. Et bien que la gestion du lieu ait été confiée à la société d'économie mixte Talence Gestion Équipement, la commune a dû continuer à subventionner la salle à hauteur de 322 000 euros par an, et a financé l'intégralité de différentes opérations de maintenance et de réparation. Que de bons arguments pour justifier la décision de la commune de vendre la zone à des promoteurs immobiliers, et d'utiliser l'argent récupéré pour financer la future construction d'un nouveau complexe plus près du centre-ville de Talence comprenant une école de musique et de danse, ainsi qu'un auditorium.

Les formes futuristes de la Médoquine seront bientôt du passé...
De plus, alors que les concerts ne représentaient qu'un peu moins d'un tiers du chiffre d'affaires annuel moyen (29 %, alors que les événements d'entreprise généraient 39 % et les événements municipaux / associatifs 32 %), la Médoquine conservait son image de salle de concert dans un paysage bordelais où il y a de moins en moins de marge de manœuvre. La Médoquine se trouvait donc en concurrence frontale avec des homologues plus modernes, plus attrayants et mieux équipés comme le Rocher de Palmer (comprenant des salles individuelles de 250, 650 et 1 200 places), qui coordonne son riche programme de concerts en partenariat avec Rock School Barbey à Bordeaux et le Krakatoa à Mérignac.

À la périphérie de la ville de Bordeaux, le théâtre du Casino Barrière et des salles de banlieue comme le théâtre des Quatre Saisons à Gradignan drainent également artistes et clients qui auraient pu choisir la Médoquine. Enfin, à Floirac, le Bordeaux Metropole Arena, à la pointe de la technologie et du confort, ouvrira prochainement ses portes, proposant des capacités allant de 2 500 à 11 300 places, en remplacement de la Patinoire Mériadeck (en tant que salle de concert) en centre-ville et grignotant, inévitablement, la part de marché potentielle de la Médoquine. Et, pendant ce temps-là, la ville de Cenon envisage la construction d'une nouvelle salle de 2 500 places à côté du Rocher de Palmer!

Angus & Julia Stone et un océan de téléphones portables, octobre 2017. Le grand oiseau est le chainon manquant entre les Muppets et Spinal Tap.
À en croire les médias, en écoutant par exemple le reportage consacré au sujet par France Bleu en 2015, les habitants ont des sentiments mitigés par rapport à la fermeture de la Médoquine. Beaucoup appréciaient l'animation que la salle apportait au quartier, où chaque événement était synonyme de soirées rentables pour les bars et fast-foods à proximité. Mais d'autres ne regretteront pas la salle et ses nombreux spectateurs ; ils avaient déjà exprimé leur mécontentement vis-à-vis des activités de la Médoquine, entraînant des mesures telles qu'un couvre-feu strict pour les concerts à 22h30. Et ces mêmes personnes seront ravies de ne pas avoir à revivre des incidents médiatisés tels que les actes de vandalisme nocturnes perpétrés en mars 2017 avant le meeting d'Emmanuel Macron, alors en campagne présidentielle.

Donc, avec quelques mois d'avance sur le dernier concert à la Médoquine qui selon la programmation actuelle serait la venue d'Hugues Aufray le 29 mars 2018, saluons chaleureusement la Médoquine. Merci pour les souvenirs et bonsoir Talence !

La salle se vide à la fin du set d'Angus & Julia Stone.
Vers la sortie définitive...
> Localiser sur la carte Invisible Bordeaux : la Médoquine, 224-226 cours Gallieni, Talence.
> La Médoquine a toujours son site internet officiel : www.medoquine.com 
> Certaines données dans cet article sont tirées d'un excellent article fortement recommandé du côté de Rue 89 Bordeaux : http://rue89bordeaux.com/2017/03/fin-de-vie-indigne-medoquine/
> This article is also available in English!  

[BONUS] Voici la setlist du concert de David Bowie à la Médoquine en 1997 (via setlist.fm) :
 
David Bowie Setlist Espace Médoquine, Talence, France 1997, Earthling

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