Dans la zone industrielle Pessac Bersol, dans l'espace délimité par la rocade à l'est et l'autoroute A63 au sud, de nouveaux bât...

Un tour à Pessac et une tour de visée dans le viseur


Dans la zone industrielle Pessac Bersol, dans l'espace délimité par la rocade à l'est et l'autoroute A63 au sud, de nouveaux bâtiments modernes prennent actuellement forme... bien qu'une structure isolée ressemblant à une tour de contrôle aérien subsiste de la vie antérieure du lieu. Qu'est-ce que cette tour, pourquoi tient-elle encore debout, et que va-t-elle devenir ? 

La tour est en fait un vestige de l'époque où la parcelle abritait les capacités radar de Thomson-CSF, aujourd'hui connu sous le nom de Thales. Le groupe de systèmes électroniques avait ouvert le site de Pessac en 1974, à peu près en même temps qu'une branche d'électronique aéronautique était également créée au Haillan. Les équipes des deux usines ont finalement déménagé vers un nouveau site à Mérignac en 2016, un cadre moderne aux esprits de campus qui offre désormais un environnement de travail agréable et propice à l'innovation à quelque 2 800 personnes (dont moi). 


La zone qui avait donc été libérée à Pessac a été intégrée au périmètre dit Bordeaux Innocampus, zone prioritaire de développement de Bordeaux Métropole (au même titre que la zone autour de l'aéroport et du quartier désormais appelé Euratlantique près de la gare Saint-Jean). Ainsi, l'ancien site de Thales a été démoli, la parcelle a été acquise par une Société d'économie mixte locale, la Route des Lasers, et a donné naissance au projet "Amperis", visant à offrir des bureaux et des laboratoires à des start-up innovantes dans les domaines de la cybersécurité, de la chimie des matériaux et des biotechnologies. 


Au deuxième plan à gauche, la tour en construction vers 1974 (photo reproduite avec l'aimable autorisation de Thales).

Initialement, la tour aurait dû également être démolie, mais au lieu de cela, la mairie de Pessac et Bordeaux Métropole ont décidé de la conserver. En 2018, un appel à projets a été lancé et la proposition gagnante a été celle soumise par Legendre Immobilier pour transformer la tour en un restaurant panoramique, actuellement connu sous le nom de La Canopée, développé en association avec un certain Jean-François Tastet, le propriétaire du célèbre Canopée Café à Mérignac, non loin de là. Théoriquement, les nouveaux bureaux et le restaurant auraient dû ouvrir en 2021 mais, comme pour tant d'autres projets en ce moment, tout a été repoussé. Les articles les plus récents du journal Sud Ouest prévoient désormais une livraison au cours du premier semestre de 2023.  


L'espace en 1973 (source : IGN Remonter Le Temps).

1976 : on aperçoit la tour entre les deux longs bâtiments de Thomson-CSF. 

Nous voilà en 1989.

Moins de verdure en 2012.

L'image disponible aujourd'hui sur GoogleEarth ; les bâtiments ont disparu mais la tour demeure.

En 2019, Bordeaux Innocampus a participé aux animations programmées lors des Journées du patrimoine. Une vidéo présentée sur place, réalisée en collaboration avec Thales, a permis de retracer l'histoire de cette tour en béton armé, expliquant qu'elle a surtout pris tout son sens au début des années 1980, lorsque la production en série du radar aéroporté pour l'avion de combat Mirage 2000 a commencé. La structure dédiée était plus généralement conçue pour toutes les procédures d'essais en champ libre effectuées sur les antennes et les radars. 


Dix volées de douze marches (et un monte-charge) menaient aux deux plateformes hexagonales de 300 mètres carrés de la structure. Une dizaine de personnes était basée en permanence à l'étage inférieur, situé à 21 mètres du sol. Il était composé de six unités cloisonnées, conçues comme des chambres anéchoïques dont les parois absorbaient les ondes électromagnétiques, ce qui permettait de reproduire les conditions de champ libre sans provoquer d'échos susceptibles de perturber les mesures. Des balises de mesure pouvaient également être positionnées autour de la plate-forme pour recevoir les signaux émis par des pylônes en direction de la tour. 


Le deuxième étage, à 25 mètres, était utilisé pour tester les radars, uniquement par des groupes de deux personnes à la fois. Contrairement au premier étage, ce niveau n'était pas divisé en unités individuelles mais constituait un espace entièrement ouvert. Les tests étaient effectués en liaison avec des balises transpondeuses placées au sol autour de la tour. 


En me rendant sur place j'ai découvert qu'il était relativement facile de s'approcher de la tour (je n'étais certainement pas le premier et probablement pas le dernier à me faufiler par un trou béant dans la clôture). Le goudron entourant la structure a été brisé, sans doute pour empêcher les caravanes de gens du voyage de s'installer sur le terrain vague ainsi créé. J'arborais de minces espoirs d'accéder à la tour elle-même, mais l'entrée au niveau du sol a été totalement murée pour empêcher les intrus et les blogueurs. 


Alors que, de l'autre côté d'une haute clôture, les travaux avancent sur les bureaux du projet Amperis, la tour, qui garde pour l'instant ses rayures moutarde et beige d'origine, est fidèle à elle-même. Il y a quelques graffitis au niveau du sol... et encore pas tant que ça. La tour n'est manifestement pas devenue un lieu de prédilection pour les amateurs d'exploration urbaine ou les graffeurs. Selon les vues d'architecte, la tour sera prochainement peinte en blanc. 


Alors, ce restaurant panoramique sera-t-il une destination prisée ? Eh bien, étant donné que l'on a tendance à dîner dans un restaurant panoramique principalement pour profiter de la vue, restons prudents. À part la vue sur les immeubles de bureaux et la cime des arbres, il n'y a pas grand-chose à voir de là-haut (bien que cela pourrait être un bon point d'observation pour surveiller l'état de la circulation sur l'A63). Mais comme la zone continuera à se remplir d'ingénieurs et de cadres (en quête d'ascension sociale ?), il y aura sans doute un public réceptif pour des rendez-vous à l'heure du déjeuner... mais je ne suis pas sûr que ce soit le genre d'endroit où l'on se rendrait volontiers pour un dîner romantique en tête-à-tête.


Quoi qu'il en soit, il sera fascinant, à terme, de voir ce que devient ce vestige du passé. Peut-être que la prochaine fois que je reviendrai, en 2023, au lieu d'être accueilli par un mur de briques, un maître d'hôtel sera là pour me recevoir !


> Localiser sur la carte Invisible Bordeaux : Radar test tower, avenue Gustave-Eiffel, Pessac

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