Lors de la récente publication d’un dossier sur la salle de spectacle l’Alhambra , j’ai été frappé par les souvenirs partagés par de nomb...

Lors de la récente publication d’un dossier sur la salle de spectacle l’Alhambra, j’ai été frappé par les souvenirs partagés par de nombreux Bordelais qui se remémoraient avec beaucoup de nostalgie les beaux jours de ce lieu aujourd’hui disparu.

Parmi ces grands témoins était Philippe Serra (ci-contre), l’un des illustres contributeurs au livre référence « Bordeaux Rock(s) » signé Denis Fouquet. Pour Invisible Bordeaux Philippe a gentiment accepté de partager quelques impressions d’événements ayant eu lieu dans cette salle mythique, dont certaines sont extraites d’un projet de livre de souvenirs de la période 1962-1972. Voici donc quelques instantanés qui permettront de voyager dans le temps… mais toujours au même lieu : l’Alhambra.

Octobre 1963 : Gene Vincent

« J’étais venu à ce spectacle plus par curiosité que par connaissance de l’artiste. Ce fut une bonne surprise et une découverte : énergie et pied estropié, cuir noir et fragilité perceptible d’une sensibilité à fleur de peau, et un impact scénique difficile à expliquer. On n’utilisait pas encore couramment le mot de « charisme », mais c’est bien de cela dont il s’agissait. Ayant été admirateur de Line Renaud dans mon enfance de l'après-guerre, puis amateur de jazz, je ne me suis pas passionné d’emblée pour le rock. Je suis néanmoins sorti de l’Alhambra plus nettement converti au rock’n’roll, mais avec une foi encore bien fragile ! »

Chuck Berry, relié à son Vox 30 watts.
(Crédit photo : Christian Perez)
Mars 1966 : Chuck Berry

« Un événement à ne pas rater ! Memphis Slim, Ronnie Bird, Antoine et Chuck Berry. Ce dernier m’a étonné par sa pêche et son économie de moyens, sa Gibson rouge branchée sur un simple ampli Vox de 30 watts non repris par la sono. Il faut dire que de toute façon la sono de l’Alhambra à l’époque ne devait pas être beaucoup plus puissante que le Vox de Chuck ! Les concerts de rock conservaient encore un format traditionnel du music-hall, comportant une importante première partie proposant divers artistes, avec même en ouverture de tableau des équilibristes ! Ce soir-là, pour débuter le spectacle il y eut un numéro d'antipodiste, si je m'en souviens bien… »

Novembre 1967 : Pierre Henry

« Pierre Henry, tel un DJ du prochain siècle, a installé ses magnétos, ses générateurs peut-être, ses mixeurs et ses amplis, sur un ring de boxe trônant au centre de la salle Alhambra Casino. Son attitude est simple et naturelle, tandis qu’il prépare un concert de fou. Le son sort sur dix canaux séparés, dont les groupes de haut-parleurs forment comme un cercle magique, entourant les futurs auditeurs qui seront installés sur des matelas. J’assiste, et collabore médiocrement, au dernier fignolage consistant à suspendre d’imposantes tentures, du très haut plafond jusqu’au sol, dans certains endroits des parois de ce cube, afin d’en améliorer l’acoustique. Le soir du concert, troublé par l’affluence d’un jeune public excité, c’est à peine si j’ai remarqué que le dispositif avait changé de salle. L’Alhambra théâtre, malgré sa forme oblongue, sa scène inamovible, et l’important balcon-promenade occupant les trois autres côtés, s’était certainement révélée meilleure opportunité du point de vue perfection du son, que la salle de bal où s’étaient concentrés nos efforts. 

Ce qui m’a le plus frappé, c’était le light show projeté sur le plafond, premier spectacle psychédélique auquel j’assistais. Des formes amibiennes écarlates, frangées de jaune dégradé, lançaient leurs pseudopodes ramifiés sur le fond d’un vert profond. Le concert de Pierre Henry fut pour moi une expérience étrange et captivante : l’impression d’une immersion totale dans l’art vivant de notre temps. »

Novembre 1967 : Frankenstein par le Living Théâtre

« Morceau de bravoure de l’outrageuse troupe Living Théâtre utilisant notamment un important échafaudage, qui représentait probablement l’essentiel des dix tonnes d’équipement dont parlait le leader Julian Beck dans ses interviews. L’œuvre de Mary Shelley, dans une « nouvelle version », était idéalement choisi pour offrir, en cadeau au public réceptif, l’indélébile souvenir de théâtreux hors norme. »

Novembre 1969 > Soft Machine

« L’Alhambra constituait un embryon de multiplex, avec son hall, son bar, ses foyers, et ses deux salles principales : d'un côté le casino dont l'espace, en dehors de sa modeste scène, était totalement occupé par une piste de danse, de l'autre la salle de concerts et de théâtre ; toutes deux séparées par une grande porte presque toujours fermée. Ce jour-là, elle était ouverte, permettant au public de passer librement de l'une à l'autre des deux espaces pour le « Guinch Experiment » organisé dans le cadre du festival Sigma 5. Musicalement, deux formations étaient à l'affiche, Soft Machine et le Ronnie Scott Band, l'utilisation des deux scènes permettant qu'elles se produisent simultanément. La salle de théâtre avait été débarrassée de ses sièges et son centre était encombré d'une imposante structure gonflable crée par le plasticien Jeffrey Shaw. Je n'ai pas vu grand-chose du second groupe que l'on avait placé de ce côté-là, car évidemment je n'en avais que pour les Soft Machine. Le sol y était envahi de ballons en baudruche et, en milieu de session, nous eûmes la surprise de voir apparaître un éléphant, dont la seule mission semblait être de les écraser. Cela provoqua bien sûr un beau remue-ménage ! J'aurais évidemment été moins étonné si j'avais vu ce pachyderme, emprunté à un cirque invité, promené dans les rues de Bordeaux porteur de panneaux publicitaires annonçant cette inoubliable soirée ! J'ai surtout été marqué par un intense solo de batterie de près de vingt minutes, offert par un Robert Wyatt torse nu auquel ses complices avaient laissé le champ libre. 

À gauche, le Ronnie Scott Band et l'imposante structure gonflable (archives Sigma) et, à droite, Robert Wyatt en plein solo (photo : Anne Lafosse).
C'était la première fois que je me trouvais ainsi aussi proche d'un tel musicien, au point de presque pouvoir le toucher, et bien que sachant qu'il était placé au-dessus de nous grâce à la hauteur de scène, j'ai conservé en souvenir la sensation que le public auquel j'appartenais l'entourait presque complètement, totalement fasciné ! »

Novembre 1979 > The Stranglers 

« C'était deux ans avant Golden Brown, mais on sentait que le son punk des Stranglers devenait plus harmonique. J'écoutais attentivement ce bel ensemble et je l'appréciais, mais je regardais surtout le jeu de jambes de Jean-Jacques Burnel, moins parce qu'il était le Frenchie de la bande, que parce qu'il en était le bassiste, alors que je commençais à reprendre en main le même instrument que lui. Pour les musicos bordelais, grands ou petits, venir à l’Alhambra c'était aussi, depuis longtemps, une occasion de pouvoir admirer les autres, et de leur emprunter, plus ou moins consciemment, à l'occasion quelque nouveauté dans la permanente évolution de la culture rock ! »

Le billet du concert et
sa mention "quartet".
(Collection Philippe Serra)
Avril 1981 > Larry Coryell quartet

« J'aimais bien le côté touche-à-tout du grand guitariste Larry Coryell, alors revenu à une période acoustique, je l'avais même apprécié en chanteur dans l'album The Real Great Escape, mais sur le billet d'entrée pour ce concert, le libellé « Larry Coryell quartet » me paraissait un peu énigmatique. Finalement, pour dialoguer avec Larry il y eut un autre virtuose de la six cordes, Philip Catherine, et même, si ma mémoire ne me trompe pas, une troisième guitare, celle de l'impressionnant Paco de Lucía. Que du bonheur ! L’Alhambra, digne de la référence à Grenade suggérée par son nom, a toujours eu l'art de dégoupiller les surprises ! »

Novembre 1981 > Indoor Life, Rita Mitsouko et Bernard Szajner

« Dans le cadre du festival Sigma 17, l’Alhambra proposait, sur un plan d'égalité : Indoor Life, que j'avais déjà vu à la Salle des Fêtes de Grand Parc (les artistes d'avant-garde américains aimaient bien Bordeaux à ce moment-là), du progressif new wave dominé par l'originalité d'un trombone ; Rita Mitsouko, sympathique duo dont on n'aurait toutefois jamais imaginé alors qu'un jour un de ses clips ferait un malheur à l’échelle planétaire ; et Bernard Szajner, qui avait inventé une harpe laser dont il nous fit une démonstration brillante. 

Bernard Szajner et son harpe laser. (Photographe inconnu)
Gérald Lafosse, fils du président-fondateur du festival Sigma, avait perçu, lors du concert de Pierre Henry, toutes les promesses portées par les innovations dans les jeux de lumière, et il s'était lancé aussitôt dans une carrière d'éclairagiste. Il se mit au service de Szajner, monta à Paris, et quand la harpe de celui-ci rejoignit l'équipe de Jean-Michel Jarre, Gérald fit de même. C'est ainsi qu'il organisera les si importantes atmosphères lumineuses des colossaux concerts du compositeur d'Oxygène en Chine. Un simple spectacle, offert au départ par l’Alhambra, pouvait à la fin vous mener très, très loin... »

Couverture du livret de la tournée.
(Collection Philippe Serra)
Février 1982 > artistes du label « Les Disques du Crépuscule »

« Le plateau présenté par ce label branché, sous le titre « Some of the interesting things you'll see on a long-distance flight », comprenait Winston Tong (San Francisco) chanteur de Tuxedo Moon, The Durutti Column (Manchester), Richard Jobson (Londres), Paul Haig (Edimbourg) et Antena (Paris). Parmi tous ces musiciens, celui dont je me souviens le mieux est Durutti Column, nom de groupe derrière lequel se cachait la guitare d'un seul artiste. Cela m'évoquait l'expression « chaque Anglais est une île » entendue dans mon enfance. Ce fut, je le crois, pour ma curiosité de spectateur, le dernier concert à l’Alhambra. »

Quel est le lien entre les Jeux olympiques d'été de 1968 à Mexico et les communes girondines de Braud-et-Saint-Louis, Cestas, Lesp...


Quel est le lien entre les Jeux olympiques d'été de 1968 à Mexico et les communes girondines de Braud-et-Saint-Louis, Cestas, Lesparre-Médoc et Saint-Médard-en-Jalles ? Indice : cela concerne la natation. Réponse : les étonnantes piscines Tournesol !

Au départ il y avait donc la prestation décevante de l'équipe française de natation aux JO de 1968. Par conséquent, le secrétariat d'État chargé de la Jeunesse, des Sports et des Loisirs lança, l'année suivante, un véritable plan d'action national. Baptisé "1000 piscines", le programme servit de cadre et de structure de soutien pour la construction de piscines à un prix abordable, avec pour objectif une plus grande accessibilité à l'apprentissage de la nage.

Au final, la France fut loin du chiffre symbolique des mille piscines, mais le plan facilita quand même  la construction de 600 à 700 structures municipales. Différents modèles de piscines furent proposés aux noms poétiques comme Plein-Ciel, Plein-Soleil, mais les véritables lauréats de cette campagne furent Caneton et, bien sûr, Tournesol. Ce dernier devint le modèle emblématique de cette stratégie des 1000 piscines et, au cours des années 1970 et du début des années 1980, 183 piscines Tournesol furent ainsi construites à travers la France.

Les piscines Tournesol de Braud-et-Saint-Louis (haut) et Cestas.
Le curieux design futuriste fut conçu par l'architecte Bernard Schoeller, en collaboration avec l'ingénieur Thémis Constantinidi pour la structure, et avec la société Matra pour le choix des matériaux. Le principe de base fut l'utilisation d'éléments préfabriqués, allant jusqu'aux systèmes de filtration ou de chauffage, les vestiaires et même les toilettes. 

Plans d'une piscine Tournesol, source : http://www.archi-wiki.org (contributeur : Lionel Grandadam).
La structure circulaire dessinée par Shoeller et Constantinidis était d'un diamètre de 35 mètres, représentant une surface de 1 000 mètres carrés au cœur de laquelle était positionné un bassin de 25 mètres de long. L'ossature de la coupole, haute de six mètres, était formée par 36 arcs métalliques. Entre chaque arc se trouvait un panneau en polyester rigide, dont un sur deux comprenait sept hublots. Plus particulièrement, deux grands segments étaient mobiles et dotés d'un système de rail permettant de les déplacer sur un rayon de 60°. Et voilà la singularité d'une piscine Tournesol : la capacité de se transformer de façon quasi-instantanée de piscine couverte en piscine extérieure (sur 120°) en sachant que, dans la plupart des cas, une zone jardin permettait aux baigneurs de se prélasser au soleil entre deux plongeons.

Gros plan sur le système de rail qui permet la transition entre piscine couverte et piscine extérieure. Photos prises à Cestas.
Suite à l'installation d'un prototype en 1972 à Nangis, à l'est de Paris, un premier modèle de série fut inauguré à Roissy-en-Brie la même année. Ces deux précurseurs n'existent plus aujourd'hui. Ce qui nous amène à la Gironde et ses quatre piscines Tournesol. Trois furent érigées en 1975 à Cestas, à Lesparre-Médoc et à Braud-et-Saint-Louis. La piscine de Saint-Médard-en-Jalles suivit en 1981. Les Tournesol girondines étaient de couleurs différentes : la coupole de Cestas était jaune, celles de Braud-et-Saint-Louis and Saint-Médard étaient bleues ciel, alors que la piscine de Lesparre était rouge ocre. Que devinrent-elles ?

Commençons par la piscine de Cestas, qui se porte merveilleusement bien. Elle se situe sur une grande plaine de sports près de l'autoroute A63, donc les nageurs se mélangent facilement aux footballeurs, rugbymen et joueurs de tennis. Si vous souhaitez tester l'installation, le ticket d'entrée n'est que d'1,60€. Le bassin de Braud-et-Saint-Louis est tout aussi opérationnel, mais de nombreuses discussions sont en cours pour que la piscine actuelle soit remplacée par un "centre aquatique" comprenant petits bassins, toboggans, etc.

Du côté de Braud-et-Saint-Louis dont l'accueil (en haut à gauche), les vestiaires préfabriquées (en haut à droite) et, en bas à droite, douches et pédiluve depuis l'extérieur face à la jonction entre les deux panneaux mobiles.
Si ce scénario se confirmait, ce serait la même situation qu'à Saint-Médard-en-Jalles où, en 2007 après 26 ans d'existence, le lieu fut transformé en espace aquatique. Le nouveau site garda néanmoins le bassin de 25 mètres de son prédécesseur.  

Saint-Médard : hier (source : l'ouvrage Saint-Médard-en-Jalles, au fil du temps) et aujourd'hui.
Terminons du côté de Lesparre, où l'air est encore imprégné de particules de polyester suite à la récente démolition de la piscine, considérée jusqu'alors comme une verrue à l'entrée de cette ville médocaine. L'activité de la piscine cessa en juin 2014, bien que le projet d'origine était de la moderniser. C'est avant l'été 2016 que vint l'annonce de la destruction de l'enceinte, et cette mission, qui coûta 70 000 euros à la commune, fut exécutée en août et septembre. Sur place j'ai pu constater qu'il ne reste aucune trace de la piscine, hormis un petit local technique, et la zone est entièrement recouverte de sable. Là-aussi, un projet de centre aquatique inter-communal prend actuellement forme. 

Lesparre : en haut à droite, l'ancienne piscine (source : www.pss-archi.eu) ; photo principale, les travaux de démolition en cours (source : www.sudouest.fr) ; en bas à droite, le même point de vue aujourd'hui.
Si vous avez lu attentivement jusque là, vous aurez compris qu'il ne reste que deux des quatre piscines Tournesol girondines, et l'une d'elles est menacée. C'est bien dommage, même s'il est évident que ces piscines rudimentaires ne semblent plus être de notre temps. Mais ce n'est pas le cas partout ailleurs : loin d'être considérées comme des verrues, de nombreuses piscines Tournesol ont été soigneusement entretenues et sont même labellisés "Patrimoine du XXe siècle". C'est notamment le cas d'une piscine à Marseille, une autre à Carros-le-Neuf, près de Nice, ou encore à Biscarrosse dans le département voisin des Landes. De plus, de nombreux Français restent très attachés à ces OVNI de l'Hexagone, comme le démontrent l'excellent site Architectures de Cartes Postales et le compte Instagram @laffairetournesol.

Laure Manaudou lors des JO de 2004,
prie qu'un jour elle pourra figurer dans
un dossier du Bordeaux Invisible
(source : lemonde.fr).
Mais la vraie question est : les Français sont-ils devenus plus doués en natation ? Quelques recherches permettent de voir que, suite à l'échec de 1968 il a fallu attendre 1984 et la médaille d'argent remportée par Frédéric Delcourt (200 mètres dos) ainsi que la médaille de bronze de Catherine Poirot (100 mètres brasse). Puis après de nouvelles années difficiles c'est Laure Manaudou qui remporta l'or en 2004 (400 mètres nage libre) suivie quatre ans plus tard par Alain Bernard (or 100 mètres nage libre). Ensuite, c'était au tour de Camille Muffat (or 400 mètres nage libre, 2012), l'équipe relais 4 x 100 mètres (or 2012), Yannick Agnel (or 200 mètres nage libre, 2012) et Florent Manaudou (or 50 mètres nage libre, 2012). Plutôt une belle réussite indirecte pour le plan d'action "1000 piscines", non ?...

  • Localiser sur la carte Invisible Bordeaux :
    • Piscine Tournesol Cestas : Chemin de Canéjan, Cestas
    • Piscine Tournesol Braud-et-Saint-Louis : 51 avenue de la République, Braud-et-Saint-Louis
    • Lesparre-Médoc : 3 avenue du Docteur Benaben, Lesparre-Médoc
    • St Médard : 116 avenue Anatole-France, Saint-Médard-en-Jalles
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L'une des sorties les plus insolites proposées dans le cadre de l'édition 2016 des Journées du Patrimoine était la visite guidée ...

L'une des sorties les plus insolites proposées dans le cadre de l'édition 2016 des Journées du Patrimoine était la visite guidée de la PIC, ou Plate-forme industrielle du courrier, à savoir l'énorme centre de tri postal situé sur la commune de Cestas, à deux pas de l'autoroute A63 à l'ouest de Bordeaux.

Après être souvent passé en voiture devant cet imposant bâtiment, j'étais particulièrement impatient de voir à l'intérieur. Je n'étais pas le seul à m'y intéresser : en rejoignant le groupe pour la visite, l'ambiance rappelait celle décrite par Roald Dahl dans son livre Charlie et la Chocolaterie

La couverture jaune et noire si caractéristique du livre « Bordeaux Safari » est facilement repérable dans les librairies à Bordeaux ...

La couverture jaune et noire si caractéristique du livre « Bordeaux Safari » est facilement repérable dans les librairies à Bordeaux et aux alentours. Son éditeur, Deux Degrés, m'a récemment contacté en me demandant de parler de ce « guide jouable » sur le blog. La demande me semblait pertinente ; j’ai donc souhaité faire passer au livre un test grandeur nature en espérant obtenir des résultats intéressants. 

La promesse de Bordeaux Safari est qu'il s'agit du « guide dont vous êtes le héros ». Le lecteur devient en effet le personnage principal et le livre sert de cadre à un jeu de rôle interactif qui le promène de lieu en lieu à travers Bordeaux. Et c'est ainsi que j'enjambai mon vélo jaune tôt un dimanche matin, sans trop savoir où le guide allait m'amener.

Lors d’un récent séjour familial dans la ville de Québec, au Canada, j’ai pu découvrir un chapitre d’histoire bordelaise aujourd’hui visi...

Lors d’un récent séjour familial dans la ville de Québec, au Canada, j’ai pu découvrir un chapitre d’histoire bordelaise aujourd’hui visible sur l’avenue Honoré-Mercier, devant l’hôtel du parlement de la province québécoise : la fontaine de Tourny.

Ce n’est pas la première fois que la fontaine fait une apparition sur le blog, puisqu’elle fut évoquée lors de l’enquête sur le monument Léon Gambetta, point focal des allées de Tourny pendant une grande partie du 20e siècle. À cette époque, des fontaines se trouvaient aux deux extrémités des allées. Installées depuis 1857 elles furent, tout comme le monument Gambetta, victimes de la refonte totale de cet espace dans les années 1960, dont l’objectif principal fut d’y installer un parking souterrain. Jugées alors trop coûteuses en matière d’entretien, les fontaines ne revinrent jamais.

Il y a quelques semaines, nous avons découvert le nouveau vaisseau spatial qui est désormais installé à l’ovniport d’Arès , à la pointe n...

Il y a quelques semaines, nous avons découvert le nouveau vaisseau spatial qui est désormais installé à l’ovniport d’Arès, à la pointe nord du Bassin d’Arcachon. J’ai ensuite eu la chance de rencontrer les auteurs de cette nouvelle attraction insolite.

Un ami a repéré l’ancien vaisseau spatial sur le parking de l’entreprise Sud-Ouest Remorques à Saint Jean-d’Illac. En me présentant à l’accueil de cette entreprise familiale d'une quarantaine d’années, j’ai alors appris que ce sont deux de ses collaborateurs, Luc Albingre et Thierry Rouzade, qui ont assuré la conception et fabrication de la nouvelle soucoupe. J’ai pris rendez-vous avec Luc et Thierry pour en savoir plus, et voici ce qui s’est dit :
Quelle était la genèse de ce projet ?

Luc : C’est Claude Richard, le père de Thierry Richard [directeur de Sud Ouest Remorques], qui est à l’origine de l’initiative. Il nous a fait la demande pour le compte de la commune d’Arès qui avait un projet de restauration de l’ancienne soucoupe, devenue très « limite » en matière de sécurité. Mais la soucoupe était vraiment trop abîmée, d’où la nécessité de repartir à zéro. On a cherché un petit moment et l’idée nous est venue de la soucoupe du film La Soupe aux Choux, qui serait ainsi un peu plus moderne que la précédente.

Thierry : Luc était lead du design de la soucoupe sur plan et j’étais responsable de la conception de l’ossature, c’est sorti de ma tête en quelque sorte !

Luc : En effet, j’ai proposé des graphiques et ensemble nous avons fait des modifications et avons avancé comme cela sur l’élaboration de la forme. Le plus dur était d’identifier les bonnes proportions par rapport aux contraintes en termes de dimensions et d’utilisation par de jeunes enfants ainsi que par des adultes ; nous n’avions pas une liberté totale sur les volumes.

Le vaisseau alors qu'il prenait forme dans l'atelier de Sud Ouest Remorques.
Il vous aura fallu 400 heures de travail, mais à quel rythme ? 

Luc : C’était très soutenu, principalement le soir et le week-end pendant plusieurs mois. C’était un projet qui n’était pas planifié et donc plutôt sur notre temps libre que sur notre temps de travail.

Le jour de l’inauguration, le 18 juin dernier, a dû être un grand moment !

Luc : Cela nous a fait très plaisir de voir M. Richard qui était assez ému face à la concrétisation du projet ; c’était son initiative et il était très engagé et réconforté de voir le vaisseau en place !

Photo principale : Luc et Thierry aux côtés de Thierry Richard et Claude Richard (ainsi que deux extra-terrestres) lors de l'inauguration officielle du vaisseau à Arès le 18 juin 2016. En haut à droite : le maire d'Arès, Jean-Guy Perrière, en plein discours.

Avez-vous quelques secrets de fabrication à partager ? 
  
Thierry : Mais tout vient de là-haut ! [rires]

Luc : Vous avez vu que nous avions la présence d’un technicien martien, un petit homme vert qui nous a souvent tenu compagnie, qui nous a confié quelques secrets mais nous n’avons pas le droit de les dévoiler pour ne pas perturber le bon fonctionnement des diverses soucoupes qui peuvent circuler ! [rires]

Mais cette soucoupe est faite de matières plus durables que la précédente, c’est bien cela ? 

Thierry : L’ossature est en acier brut, soudé avec des soudures MIG, et le tout (intérieur et extérieur) a été galvanisé à chaud à La Rochelle. Cette galvanisation à +/- 300° représente une garantie anticorrosion d’une soixantaine d’années. Une peinture spéciale a été faite à la fin ; la protection est ainsi optimale pour éviter notamment la dégradation marine, dont a été victime la première soucoupe.

Le premier OVNI, très rouillé, coule des jours tranquilles sur le parking de Sud Ouest Remorques à Saint Jean-d'Illac. 

Cette soucoupe est en place en attendant l’arrivée d’une vraie. Vous y croyez ? Thierry : Oui, j’y crois !

Luc :
J’attends qu’ils viennent me rencontrer, mais pour l’instant je n’ai pas eu la confirmation !
 
Mais le lieu de rendez-vous est bien identifié…
Luc :
Tout est prévu pour les recevoir, et ils sont très attendus par certains, nous avons vu des gens vraiment passionnés.

Merci Luc et Thierry !

Découvrez cet entretien avec Luc et Thierry en vidéo, ainsi que quelques images de l'inauguration du vaisseau à Arès :



  • Et merci à Guillaume qui m'a mis sur la piste de ce beau sujet !

  Les lecteurs les plus fidèles se souviendront qu'en 2012 Invisible Bordeaux avait mis en avant l'un des lieux les plus curieux ...

 
Les lecteurs les plus fidèles se souviendront qu'en 2012 Invisible Bordeaux avait mis en avant l'un des lieux les plus curieux de la région : l'ovniport, ou lieu d'atterrissage d'objets volants non identifiés, situé à Arès, commune paisible qui se trouve vers la pointe nord du triangle formé par le Bassin d'Arcachon.

Il y a quelque temps, je fus ô combien déçu de constater que la sculpture en forme de soucoupe volante visible lors de mon premier passage avait disparu, mais j'appris récemment qu'au mois de juin de cette année un tout nouveau vaisseau spatial avait pris sa place. Dans la deuxième partie de ce reportage, je m'entretiendrai avec les personnes (terriennes) qui conçurent et fabriquèrent ce nouvel engin et révélerai ce qu'est devenue l'ancienne soucoupe. Mais dans l'immédiat, focalisons-nous sur ce drôle de lieu : l'ovniport d'Arès.

L'histoire remonte au 15 août 1976 et l'inauguration de l'ovniport dans le cadre de la fête de l'huître de la ville. Cette idée originale fut largement couverte à l'époque par les médias internationaux (notamment aux États-Unis). À l'initiative du projet était un certain Bob Cotten, entouré d'un groupe d'Arésiens. Cet employé de l'aéroport de Mérignac, expert en électronique mais surtout passionné d'OVNI, se disait déçu par le fait qu'il n'y avait aucun lieu désigné pour accueillir ces engins extra-terrestres.

À l'intérieur de l'OVNI d'Arès.
Une pétition fut donc lancée pour la création d'un ovniport dans la commune. Séduit, le maire de l'époque, Christian Raymond, soutint l'idée et réussit, à son tour, à remporter l'adhésion du conseil municipal.

Pendant de nombreuses années, rien ne matérialisait l'ovniport, qui n'était qu'un espace dégagé qui aurait permis de recevoir une soucoupe volante d'une certaine taille. Puis, en 2006, à l'occasion d'une nouvelle édition de la fête de l'huître, la municipalité installa la stèle en photo ci-dessous. Des images de planètes et de soucoupes volantes sont gravées dans le marbre, tout comme l'engagement d'accueillir « sur notre planète les Voyageurs de l'Univers », voyageurs que « l'on attend toujours » patiemment. Ce message est d'autant plus solennel qu'il est écrit en gascon : « Que vos atendem totjorn ». 

La stèle datant de 2006.
Au mois de septembre 2010, une grande animation, « Allo Arès, ici OVNI », fut organisée à Arès afin de marquer le centenaire de l'aéronautique dans la région. À cette occasion la municipalité dévoila une sculpture en forme de soucoupe volante créé par un artiste de Baurech, petit village à 25 kilomètres au sud de Bordeaux. La soucoupe, qui semblait sortir tout droit d'un ouvrage de Jules Verne, fut particulièrement appréciée des enfants, qui aimaient à s'y installer et s'imaginer en train de voyager dans l'espace.

Malheureusement, la sculpture était peu adaptée à l'atmosphère terrestre : rouillée et devenue dangereuse, elle fut enlevée par la municipalité. C'est ainsi qu'elle fut remplacée cette année par un vaisseau spatial plus pérenne, conçu et réalisé par l'entreprise Sud-Ouest Remorques. La forme est très différente et, selon l'entreprise, « rappelle davantage La Soupe aux choux que Jules Verne ».

La soucoupe version 2010 (d'autres photos ici) et celle qui atterrit en 2016.
Un dernier retour sur Terre néanmoins afin de rappeler un élément de contexte particulier par rapport à la création de l'ovniport. En 1974, la ville d'Arès devint associée aux Pèlerins d’Arès, mouvement spirituel classé plus tard comme secte jugée dangereuse. Le fondateur du mouvement, Michel Potay, signa un livre intitulé La révélation d'Arès, inspiré par de prétendues révélations à son domicile à Arès. Ses disciples fondèrent une vingtaine d'assemblées à travers la France et partagèrent sa vision de la foi : un genre de « Chrétienté originelle » mêlant références orthodoxes aux références orientales et ésotériques.

Cela peut éventuellement expliquer pourquoi, en 1976, le maire de la commune fut si enthousiasmé par le projet quelque peu léger et excentrique de création d'un ovniport, qui allait attirer l'attention sur la ville pour des raisons très différentes. Quarante ans plus tard, nous parlons encore et toujours de ce rêve fou de Robert Cotton devenu réalité (une première mondiale reproduite depuis au Brésil et à Porto Rico), et à l'office de tourisme de la ville les cartes postales sur la thématique des OVNI et des extra-terrestres continuent à se vendre. En fait, la seule chose qui manque est la venue à Arès d'un véritable OVNI !

Découverte en vidéo du vaisseau spatial d'Arès :

> À découvrir aussi : mon entretien exclusif avec les personnes qui ont conçu et fabriqué le nouveau vaisseau spatial !
> Localiser sur la carte Invisible Bordeaux : Ovniport d'Arès, avenue le Goéland, Arès.
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Parmi les rangées de tombes à découvrir au cimetière des Pins-Francs, dans le quartier Caudéran de Bordeaux, se trouve celle de l’illustr...

Parmi les rangées de tombes à découvrir au cimetière des Pins-Francs, dans le quartier Caudéran de Bordeaux, se trouve celle de l’illustre compositeur, pianiste, chanteur et acteur Mort Shuman, l’homme qui a écrit quelques-unes des mélodies les plus célèbres du 20e siècle.

Né à Brooklyn en 1938, Mortimer Shuman était le fils d’un couple d’immigrés juifs polonais. Le jeune Mort étudia d’abord la Philosophie au New York City College mais fut renvoyé au bout d’un an car il passait trop de temps dans les bars du coin à jouer du piano « rhythm’n’blues », mettant en pratique les acquis développés à la Julliard School of Music. Il décida alors de changer de cap et se mit à étudier la Musique au conservatoire de New York. À l'âge de dix-huit ans il composa ses premières chansons.

Le Bordeaux Invisible est fier d’annoncer la première représentation publique du Shuman Show, à 20h30 le vendredi 8 juillet à Paul’s Plac...

Le Bordeaux Invisible est fier d’annoncer la première représentation publique du Shuman Show, à 20h30 le vendredi 8 juillet à Paul’s Place à Bordeaux.

Ce spectacle à part entière est le premier à s’inspirer d’un sujet couvert par le passé sur le blog. Les lecteurs les plus fidèles se souviendront du dossier publié l’année dernière (et désormais disponible en français) qui revenait sur le parcours incroyable du New-Yorkais Mort Shuman, qui signa de nombreuses chansons devenues des standards des années 1950 et 1960, avant que lui-même ne devienne une vedette en France grâce à des titres tels que Le Lac Majeur et Papa Tango Charly. Décédé en 1991, l’artiste repose aujourd’hui au cimetière des Pins-Francs à Bordeaux-Caudéran.

Lors du Shuman Show, j’aurai le plaisir de revisiter diverses chansons représentatives de la carrière de ce grand homme, et ce au chant, accompagné de la guitare ou du piano. Je dévoilerai également de nombreuses anecdotes qui, ensemble, constituent l’histoire de Mort Shuman, et qui permettront aussi de mieux apprécier ses productions musicales. Enfin et surtout, le Shuman Show s’annonce comme un grand moment de plaisir et de détente.

Rendez-vous donc à Paul’s Place le vendredi 8 juillet à 20h30. Entrée libre et gratuite, et possibilité de restauration sur place (dîner servi à partir de 19h30 ; pré-réservation recommandée via l’adresse paulsplacebordeaux@gmail.com).

Non loin de la rue Judaïque, sur la petite rue d’Alzon, on aperçoit encore la façade d'une des salles de spectacles les plus répu...


Non loin de la rue Judaïque, sur la petite rue d’Alzon, on aperçoit encore la façade d'une des salles de spectacles les plus réputées de Bordeaux, mais aujourd'hui disparue : l’Alhambra. 

L'histoire de l'Alhambra remonte aux années 1870 et l'installation d'un cirque sédentaire, le Cirque-National, sur les terres d'une ancienne pépinière. Le cirque fut transformé en café-concert en 1878. Au tout début du 20e siècle, l'architecte Tournier a conçu un lieu ambitieux et spectaculaire comprenant un théâtre de 1 500 places, un « casino d'été » de 800 places et, plus insolite, une grande piste de skating (comme quoi nos roller parks ne sont pas des inventions si modernes que cela).
Le plus grand « skating-ring » d'Europe en vedette sur une vieille carte postale, source : delcampe.net.
L'Alhambra devint une véritable salle polyvalente et accueillit concerts, spectacles musicaux, pièces de théâtre et films (avant la construction de salles de cinéma dédiées dans la ville, l'Alhambra jouait ce rôle en tant que "l'Alhambra Cinéma Gaumont"), mais aussi de la boxe, du catch, des bals, des kermesses, des arbres de Noël d'entreprises, des conférences, des débats et des meetings politiques. D'ailleurs, la salle connût une période particulièrement importante sur la scène politique entre septembre et décembre 1914 lorsque, en pleine période de guerre, elle devint la chambre des députés suite à l'installation  du parlement à Bordeaux (le Sénat, quant à lui, prit place à l'Apollo-Théâtre non loin de la Place Gambetta).

1914 : le théâtre transformé
en chambre parlementaire.
Source : cahiersdarchives.fr
À en croire un article paru dans la revue L’Intransigeant datée du 19 septembre 1914, « Nos parlementaires [étaient] loin de jouir, à l’Alhambra, du confortable auquel ils sont habitués au Palais-Bourbon. […] Il faut circuler au milieu des caisses et des paniers, entendre le bruit des marteaux des ouvriers qui, après avoir installé sur la scène du théâtre une tribune qui ressemble à un comptoir de marchand de vins, montent maintenant une estrade pour y placer le bureau du président et ceux des secrétaires. Tout cela n'est pas très engageant. »

L'Alhambra fut également le lieu de rendez-vous incontournable des grandes figures politiques de la ville : Jacques Chaban-Delmas y organisa des meetings, tout comme Adrien Marquet, maire de Bordeaux dans les années 1930 et pendant l'occupation allemande (décédé en 1955 suite à un meeting au Alhambra qui devait marquer le début de son retour sur la scène politique). Les acteurs de la scène politique nationale n'étaient pas en reste, comme Georges Pompidou qui y intervint devant ses sympathisants en 1969 peu avant son investiture à la présidence de la République.

Vue depuis la scène lors d'un congrès de la Confédération Générale de l'Agriculture en 1950. Source : Sud Ouest.

Chuck Berry à l'Alhambra,
le 9 février 1966. Photo prise
par Christian Perez
(merci Christian !).
Pour de nombreux Bordelais, les meilleurs souvenirs associés à l'Alhambra sont les spectacles de la compagnie Tichadel, troupe fondée par le Bordelais Pierre Tichadel qui tourna dans toute la France avec ses musiciens, danseurs et comiques. Mais l'Alhambra devint surtout le lieu de passage de bon nombre d'artistes mythiques du 20e siècle (Luis Mariano y a notamment fait ses premiers pas à l'époque où la salle était dirigée par Paul Chevenot). Rien que pendant les années 1950, l'Alhambra accueillit Charles Trénet (1951), Louis Armstrong (1952 et 1955), Yves Montand (1953), Lionel Hampton (1956), Count Basie (1957), Georges Brassens (1956), Jacques Brel (1957), Edith Piaf (1958) et Charles Aznavour (1958). Les années 1960 commencèrent entre autres par l'inévitable Johnny Hallyday (1961) et se terminèrent par la venue de personnalités comme Barbara (l'enregistrement « live » de sa prestation à l'Alhambra en 1969 est aujourd'hui une référence) et les Anglais Pink Floyd (1969), qui firent un concert devant 300 personnes dans le cadre du festival culturel Sigma. Lors du retour du groupe à Bordeaux en 1994 (sans Roger Waters, cette fois-là), quelque 40 000 spectateurs se réunirent sur l'esplanade des Quinconces...

Affiche annonçant le concert
des Pink Floyd
et de leur « light shaw ».
Source : capc-bordeaux.fr
Propriété privée pendant toutes ces années (l'homme d'affaires Éric Bocké fut le propriétaire historique du lieu), l'Alhambra fut racheté par la municipalité en 1970. Mais, en l'espace d'une décennie – et malgré d'importants travaux de restauration – la salle devint un lieu précaire où les risques d'inondation ou d'incendie étaient élevés. En 1978, l'annexe du casino d'été fut démoli et les jours de la salle principale étaient également comptés. Les aspects de sécurité furent mis en avant par le maire Jacques Chaban-Delmas lors de la fermeture définitive du lieu en 1984, bien que cette décision fut aussi poussée par l'ouverture en 1981 de la Patinoire dans le quartier Mériadeck 2.0, salle que Chaban-Delmas considérait comme le lieu de spectacle à privilégier pour la venue à Bordeaux de grands artistes.


En 1987, le bâtiment fut cédé à des promoteurs immobiliers. Le théâtre fut démoli bien que la façade, protégée, fut retenue par l'agence d'architecture bordelaise Brochet / Lajus / Pueyo, qui dessina la résidence qui se trouve aujourd'hui là où le théâtre se trouva jadis. 

Ce reportage FR3 fut diffusé en 1982, peu avant la fermeture définitive de l'Alhambra :

> Localiser sur la carte Invisible Bordeaux : L'Alhambra, rue d'Alzon, Bordeaux 
> This article is also available in English!
> Suivez le guide Philippe Serra qui partage quelques souvenirs de soirées mémorables à l'Alhambra ! 
En savoir plus :
> Les salles de spectacles bordelaises (Assopourquoipas33.over-blog.com)
> Ainsi sombra l'Alhambra, haut lieu du spectacle (Sud Ouest)
> Parlementaires à Bordeaux - septembre 1914
> La vie culturelle à Bordeaux 1945-1975

Au commencement il y avait cette publicité datant de 1895 repérée par mon ami Adam du site Invisible Paris . Cette réclame mettait en av...


Au commencement il y avait cette publicité datant de 1895 repérée par mon ami Adam du site Invisible Paris. Cette réclame mettait en avant les « Dentifrices des RR. PP. Bénédictins de l’Abbaye de Soulac (Gironde) », dont la distribution était assurée par un établissement bordelais, Seguin. Mais en creusant, il fut difficile d’identifier la frontière entre vérité et marketing version 19e siècle !  

Voici d’abord les faits : fondée en 1807, le cœur de métier de la société Seguin était initialement la production d’alcools puis dans un second temps, une gamme de produits vendus en pharmacie ou parfumerie. C’est à la fin du 19e siècle que Seguin se lança dans la production et la distribution de produits pour les soins buccaux, à savoir bains de bouche (pardon, « élixir »), poudres et pâtes, à savoir l’ancêtre de nos dentifrices.

Mai 1968 fut un mois agité qui sera considéré à jamais comme un tournant dans l’histoire de la France. Le mouvement démarra en Île-de-...


Mai 1968 fut un mois agité qui sera considéré à jamais comme un tournant dans l’histoire de la France. Le mouvement démarra en Île-de-France mais se diffusa rapidement dans tout le pays. La ville de Bordeaux connut, à son tour, des moments particulièrement forts la nuit du samedi 25 mai, ponctuée de confrontations violentes.

Grâce à l’aide précieuse de Marjorie Michel, journaliste et documentaliste à Sud Ouest, j’ai pu parcourir les articles que Sud Ouest a consacré à cette « nuit des barricades » et ai cherché à reconstruire le déroulé des événements, tout en retournant sur les lieux qui sont bien plus calmes ces jours-ci !
Mais avant de se focaliser sur les événements qui ont secoué Bordeaux, rappelons le contexte à travers le pays. Le mouvement démarra dans des amphithéâtres universitaires, occupés par des étudiants qui manifestaient contre le capitalisme, le consumérisme, les institutions historiques et le régime politique en place. Les étudiants furent vite rejoints par des salariés de tous les secteurs d’activité, qui avaient pour revendications des hausses de salaires, de meilleures conditions de travail et une plus grande autonomie.

L'un des leaders du mouvement
des étudiants, Daniel Cohn-Bendit,
est désormais un personnage
politique connu. Source : Wikipédia
Résultat : d’importantes tensions entre le camp des étudiants, des travailleurs et des syndicats, et le camp des autorités de l’Etat. La France entière fut totalement paralysée par de nombreuses occupations et par une grève générale d’une durée de deux semaines. Les différents secteurs d’activité obtinrent des concessions dans le cadre de négociations entre syndicats et les autorités. Le président De Gaulle finit par dissoudre l’Assemblée nationale en appelant de nouvelles élections parlementaires au mois de juin. La violence s’estompa, les travailleurs se remirent au travail et, paradoxalement, le parti Gaulliste revint plus fort que jamais.

À Bordeaux, chaque jour Sud Ouest dédia des pages entières à « l’évolution de la crise » avec les dernières nouvelles des grèves par secteur : banques, distribution, textile, éducation, sécurité sociale, chauffeurs de taxi, ingénieurs aéronautiques de l’usine Dassault… chacun avait ses propres revendications et, en attendant une issue, le journal se devait de rappeler qu’« on trouvera encore aujourd’hui les grands magasins fermés, des postes d’essence non approvisionnés, des bureau de tabac ne distribuant qu’un seul paquet de cigarettes, des rues encombrées de poubelles » !

Ce fut dans ce contexte que le syndicat d’étudiants UNEF appela à manifester le samedi 25 mai. La ville était déjà fébrile : deux jours auparavant des altercations eurent lieu entre mélomanes et un groupe de manifestants qui occupaient le foyer du Grand-Théâtre ; la veille c’est sur le cours de l’Intendance que des bagarres éclatèrent.

Entre quatre et cinq milles personnes – étudiants et travailleurs – se retrouvèrent sur la place Saint-Michel vers 17 heures. L’ambiance était calme, de nombreux enfants étaient dans le cortège, le soleil était de la partie et les banderoles étaient brandies avec fierté. La foule avança jusqu’à la place de la Comédie puis la place Gambetta avant de se diriger vers la place Pey-Berland où elle s’arrêta, tel un symbole, devant le palais Rohan, l’hôtel de ville de Bordeaux. Il était à présent 19h15.
Les premiers heurts ont éclaté devant le palais Rohan ; les CRS ont attaqué les manifestants en descendant précipitamment la rue des Remparts. La photo en haut à droite (source: sudouest.fr) fut prise par Vincent Olivar, lui-même blessé lors des affrontements. En bas à droite : la même vue aujourd'hui.
Quelques manifestants escaladèrent les murs du palais Rohan afin d’attacher des banderoles aux portails et aux grilles, alors que d’autres se mirent à secouer violemment la porte monumentale de la mairie. La riposte fut quasi-instantanée : une compagnie de CRS, armée de bâtons et de gaz lacrymogène, descendit à toute vitesse la rue des Remparts vers la foule. S’ensuivirent des scènes violentes et les manifestants se dispersèrent rapidement dans différentes directions. La plupart des manifestants se rabattit naturellement vers le cours Pasteur et l’immeuble de la Faculté de lettres, mieux connu aujourd’hui pour sa fonction actuelle : le musée d’Aquitaine.
La Faculté de lettres, devenue le Musée d'Aquitaine. À droite, des chaînes humaines déplacent des pavés (source: ina.fr). Au fond on devine la devanture d'un magasin de déguisements, que l'on voit plus clairement dans la photo récente en bas à droite.
De nombreux manifestants prirent refuge dans le bâtiment alors que les forces de l’ordre cherchèrent à neutraliser les axes autour. Afin de les freiner, les manifestants les devancèrent et installèrent leurs premières barricades en utilisant tout ce qu’ils pouvaient trouver (celle de la rue Maréchal-Joffre étaient constituée d’éléments de baraques d’une foire aux jambons !). Les premiers pavés furent arrachés de la chaussée et véhiculés par des chaînes humaines vers des points stratégiques, avant d’être lancés sur les forces de l’or depuis la rue, ou depuis les étages et le toit de la faculté de Lettres. Les personnes blessées furent évacuées vers le café des Arts sur le cours Victor-Hugo, transformé pour l’occasion en poste de secours.

Cours Victor-Hugo : le café des Arts, poste de secours lors de la nuit des barricades ; et le parking qui est devenu le deuxième grand point chaud de la soirée.
D’autres barricades prirent forme, bloquant ainsi l’accès depuis la place de la Victoire (où il y avait une importante présence policière), à divers points sur la rue Sainte-Catherine, ainsi que sur le cours Victor-Hugo près du parking / marché couvert. Des CRS s’approchèrent du parking mais furent bombardés de pavés et de projectiles depuis les niveaux supérieurs du bâtiment. Il était 21h30. 

Retour au cours Pasteur où un trafic inhabituel était en cours : depuis le bâtiment on transporta chaises et bureaux qui allaient s’entasser sur les barricades, tandis qu’on amena depuis la rue vers le bâtiment des pavés qui serviront de munitions. La faculté ressemblait désormais à une scène de guerre avec ses pavés éparpillés sur chaque mètre carré ; au rez-de-chaussée l’air devint irrespirable à cause des gaz lacrymogènes dont l’effet fut peu atténué par les seaux d’eau déversés par terre. Enfin, événement insolite, dans un amphithéâtre une fille joua quelques valses de Chopin sur un piano pour un public restreint. Pendant ce temps-là, les pavés continuèrent à tomber sur les forces de l’ordre.   

Carte permettant de localiser les grands événements et les points chauds de la soirée, créée à partir d'un plan similaire publié dans le Sud Ouest daté du 27 mai 1968.
À une heure du matin, de véritables négociations démarrèrent enfin entre porte-paroles des étudiants et représentants de la Préfecture et du Conseil général. Il s’ensuivit une trêve : les étudiants étaient prêts à abandonner les barricades, la Faculté de lettres et le parking si, en même temps, les CRS s’engageaient à s’en éloigner. Les policiers s’effacèrent en créant ainsi un « no man’s land » permettant de donner ces instructions aux manifestants. Par petits paquets, les occupants de la faculté et du parking quittèrent les lieux sans encombre. 

Quelques ultimes combats éclatèrent alors sur la place de la Victoire, où un dernier groupe compact de manifestants s’opposa à des CRS. Ce fut le dernier affrontement de cette nuit des barricades qui démarra huit heures plus tôt sur la place Pey-Berland. En tout, on compta 109 blessés (40 manifestants, 69 membres des forces de l’ordre) mais aucun blessé grave. Quatre-vingt-dix manifestants furent arrêtés au cours de la soirée. 
     
Le jour d'après : le maire Jacques Chaban-Delmas devant la barricade de la rue Paul-Bert (source : sudouest.fr), et le même panorama aujourd'hui.

Le lendemain, jour de la fête des mères, une étrange ambiance régna dans la ville. Comme le rappela Sud Ouest, « privés de sport, d’essence et de TV, les Bordelais ont passé leur dimanche sur les champs de bataille », à échanger autour des événements de la veille. Ils découvrirent des barricades à moitié brûlées, les fenêtres brisées de la faculté de Lettres, ou encore des ouvriers occupés à réinstaller des pavés dans les chaussées.  

Le lundi 27 mai, le maire Jacques Chaban-Delmas signa une déclaration publiée en première page du journal. Il déplora notamment la manière de laquelle « Bordeaux s’est tristement signalée à l’attention publique ». Il souligna aussi combien la manifestation pacifique fut « dénaturée au cours de son déroulement par des individus n’ayant rien à faire avec l’Université ni même avec Bordeaux […]. Une fois de plus, des meneurs irresponsables, mais non pas inconscients, ont abusé de l’ardeur et de l’enthousiasme de la plupart des jeunes ». Les représentants des étudiants ont, eux aussi, condamné « la minorité anarchiste et irresponsable » qui a exploité la manifestation.

La demeure de Catherine Grenier
sur le cours d'Albret.
Bordeaux, tout comme la France, se releva progressivement. Mais le mardi 28 mai Sud Ouest relata l’histoire d’une personne qui ne se releva jamais de la nuit des barricades : « Mme Catherine Grenier, âgée de 79 ans, et demeurant 77, cours d’Albret, a été découverte hier matin, par une voisine, gisant dans sa chambre. Cette voisine l’avait rencontrée pour la dernière fois dans la matinée de dimanche. Elle lui avait déclaré qu’elle avait été très affectée par les manifestations qui se sont déroulées non loin de ses fenêtres. » Mme Grenier était-elle ainsi une victime indirecte de cette fameuse nuit des barricades ? 

> Ce récit de la nuit des barricades est principalement basé sur un long reportage publié par Sud Ouest (dans son édition du 27 mai 1968) qui s’articule autour des témoignages des journalistes François Latappy, J-C Maingot, Gérard Fiquemont, Maurice Fauré, Christian Morron, Claude Jouanny, Jacques Sylvain, Pierre Petit and Bernard Abbadie. 
> Un grand merci à Marjorie Michel du journal Sud Ouest pour son soutien sur ce projet. 
> This article is also available in English! 
> Quelques images de cette soirée agitée figurent sur le site internet INA. La photo en haut de l'article et la vue de la chaîne humaine sur le cours Pasteur sont des captures prises de ce court reportage (cliquez ici en cas de problème d'affichage sur votre appareil) :