Quel est le lien entre l’industriel Thales Avionics, un fournisseur de semences à Carbon-Blanc et un artichaut géant sur un rond-point à...

L'héritage du pépiniériste royal Toussaint-Yves Catros


Quel est le lien entre l’industriel Thales Avionics, un fournisseur de semences à Carbon-Blanc et un artichaut géant sur un rond-point à Macau ? Réponse : le pépiniériste Toussaint-Yves Catros !

Né en 1757 à Saint-Brieuc en Bretagne, Toussaint-Yves Catros se définissait comme « cultivateur de pépinières », spécialité familiale depuis de nombreuses générations. En début de carrière, Catros part s’installer dans la capitale et est rapidement nommé à la tête des pépinières royales implantées dans le 8e arrondissement (quartier Faubourg-du-Roule) et à Vincennes.

En 1785, toujours sous le règne de Louis XVI, il est nommé directeur des pépinières royales de Guyenne à Bordeaux. Mais la Révolution de 1789 n’est pas loin et ce rôle sera sans suite. Catros doit trouver sa voie et fonde son propre établissement de distribution de semences près de la place Saint-Martial dans le quartier Bacalan à Bordeaux, puis en 1797 crée un arboretum sur un terrain situé entre les communes du Haillan et Saint Médard-en-Jalles.

L’arboretum aujourd’hui avec,
au premier plan, une variante corse
du pin noir européen (Pinus nigra laricio Corsicana).
L’arboretum est encore bel et bien présent de nos jours [dossier complet ici] mais se trouve à présent derrière les grillages sécurisées des entreprises Thales Avionics et Herakles, et donc inaccessible au grand public. Étant collaborateur de Thales, j’ai un accès privilégié à une partie de l’arboretum où de nombreuses espèces continuent de pousser, et ce malgré plusieurs épisodes difficiles au fil des siècles. En 2005, un inventaire sur la zone Thales a permis d’identifier pas moins de 34 espèces notables.

Chêne rouge d'Amérique (Quercus rubra).
Pin d'Oregon ou sapin de Douglas (Pseudotsuga menziesii), qui figure également sur la photo en haut de l'article.
Catros est resté célibataire tout au long de sa vie mais sa sœur Anne-Jeanne a épousé un certain Jean-Louis Gérand. Celui-ci a conclu un partenariat avec son nouveau beau-frère et c’est ainsi qu’est née la maison Catros-Gérand. La nouvelle entreprise a créé un nouvel arboretum plus près du centre-ville de Bordeaux, entre les rues Rivière et de Tivoli. En 1840, quatre ans après le décès de Catros, l’entreprise s’est installée dans des locaux sur les Allées de Tourny.

L'établissement Catros-Gérand sur les allées du Tourny
(archives Catros-Gérand, source: Sud Ouest).
Au 25 allées de Tourny aujourd'hui.
C’est sur les allées de Tourny que Catros-Gérand a opéré jusqu’au crash financier de 1929, puis l’entreprise a déménagé à Carbon-Blanc sur les terrains de la propriété familiale, le domaine de Salazard. En 1964, l’entreprise a lancé la marque Les Doigts Verts, utilisée encore aujourd’hui pour la commercialisation de semences et de bulbes. Sur les façades du site moderne situé non loin du domaine de Salazard, les deux noms cohabitent paisiblement !

Floraisons sur le site de Catros-Gérand / Les Doigts Verts
Mais revenons fin 18e / début 19e siècles, car Toussaint-Yves Catros faisait également du bruit dans les environs de Bordeaux. Il a en effet joué un rôle capital dans le choix des espèces à planter dans l’optique de consolider les dunes de sable face à l’Atlantique. Dans le Médoc, le Marquis de la Colonilla l’a sollicité pour dessiner les jardins du Château Margaux.

C’est également Catros qui a identifié les qualités du terroir à Macau qui, grâce à sa situation géographique unique aux portes de l’estuaire de la Gironde, est alimenté par les eaux fluviales de la Garonne et de la Dordogne. Pensant que les conditions étaient réunies pour la culture de l’artichaut, il a importé quelques spécimens de la variété « Camus » depuis sa Bretagne natale, donnant ainsi naissance à une nouvelle spécialité locale : l’artichaut de Macau. Commençant par la distribution sur les marchés de Bordeaux, les artichauts de Macau sont désormais disponibles dans les rayons de supermarchés dans toute la France. Une œuvre d’art installée sur un rond-point à Macau célèbre ce légume incontournable dans la commune, visible entre les silhouettes de raisins et de sardines.


Parmi les plus beaux exploits de Toussaint-Yves Catros, retenons aussi le catalogue encyclopédique de 600 pages qu’il a publié en 1810, à savoir son « Traité raisonné des arbres fruitiers ». Dans ce livre il recense 18 catégories d’arbres regroupant 347 espèces individuelles (il y a par exemple 120 variétés de poiriers !). Pour chaque espèce, Catros propose une description complète, explique comment et où la planter, et note les particularités des fruits associés.

Dans son introduction, Catros émet son souhait : « Puisse cet ouvrage être aussi agréable que j’ai cru qu’il pouvait devenir utile ! » En parcourant le livre, qui peut être consulté dans son intégralité ici (grâce à University of British Columbia Library/archive.org) il est évident que Catros peut se rassurer ; le catalogue est une référence absolue.


Toussaint-Yves Catros a été largement salué lors de son vivant. En 1825, Charles Lemercier de Longpré (Baron d’Hausez), Préfet de la Gironde, a applaudi ce personnage qui « a porté à son plus haut degré l’art de naturaliser les plantes étrangères ».

Et aujourd’hui saluons nous-aussi ce grand monsieur dont l’héritage est devenu partie intégrante du paysage, depuis la côte Atlantique à Carbon-Blanc, au Haillan et à Macau, où ses différentes initiatives continuent à porter leurs fruits !
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