Je me suis récemment procuré un dépliant réalisé aux alentours de 1960 et qui détaille le projet ambitieux de construction d'un pont...


Je me suis récemment procuré un dépliant réalisé aux alentours de 1960 et qui détaille le projet ambitieux de construction d'un pont suspendu au-dessus de la Garonne entre le quartier Bacalan de Bordeaux et la commune de Lormont. Le pont, connu alors sous le nom de Nouveau Pont de Bordeaux, a finalement été inauguré en 1967 et est vite devenu un site emblématique : le Pont d'Aquitaine. 

Certes, Invisible Bordeaux a déjà consacré un dossier complet au pont il y a quelques années, ainsi qu'un clip vidéo où je partage la vue panoramique depuis les pistes cyclables ! Mais qu'allais-je apprendre de plus en parcourant ce curieux dépliant attribué aux Ponts et Chaussées de la Gironde et comprenant une quantité impressionnante d'informations, de données, de cartes et de schémas, le tout reproduit à partir d'un document manuscrit ? Et, 50 ans après son inauguration, le pont était-il encore la réplique exacte de tous ces dessins techniques ?

Pour commencer, on y découvre le montage financier du projet. Le pont et le viaduc rive gauche devaient coûter 97 millions de nouveaux francs (la France venait à peine de changer de système monétaire), l'équivalent aujourd'hui de 154 millions d'euros (en se basant sur le mode de calcul prenant compte de l'inflation conçu par l'Insee). L’État allait contribuer à hauteur de deux-tiers du montant, le restant étant partagé entre le département de la Gironde et la ville de Bordeaux. En y rajoutant la bretelle d'accès rive droite, le projet franchissait la barre symbolique des 100 millions de francs.

Le dépliant recense également les quantités principales des différents matériels servant à la construction du pont. Pour n'en citer que quelques-uns de ces chiffres, retenons les 132 000 mètres cube de béton armé et ordinaire, 8 500 tonnes de béton armé, 1 900 tonnes de câbles porteurs et suspentes, ou encore 4 350 tonnes d'acier laminé pour les charpentes. Dans sa configuration initiale, la chaussée du viaduc et du pont représentait une surface totale de 25 000 mètres carrés.


Ceci fait partie des éléments qui ont sans doute évolué avec le temps : le dépliant rappelle qu'à l'origine, le pont comprenait une chaussée pour quatre files de circulation (sur une largeur totale de 14 mètres), puis deux pistes cyclables de 1,50m chacune, avec une revanche latérale de 0,40m entre ces pistes et la chaussée. À cela s'ajoutaient deux trottoirs d'1,10m. Lors du remplacement de l'intégralité de la structure de suspension du pont entre 2000 et 2005, le dispositif a été revu pour intégrer 2x3 files de circulation, occupant ainsi tout l'espace entre les pylônes. Le tablier a été élargi de chaque côté et la piste cyclable a été alignée avec les pylônes ; au niveau de ceux-ci, la piste a été déviée via des plates-formes permettant de les contourner par l'extérieur. Les trottoirs pour piétons avaient déjà été supprimés en 1980 pour permettre la création d'une cinquième voie centrale de circulation, et l'accès demeure définitivement interdit aux piétons de nos jours sur le Pont d'Aquitaine.

Cette coupe montre clairement la localisation des pistes cyclables et des trottoirs.
Cette même configuration visible sur le pont peu après son inauguration ; à noter les piétons du côté droit ! Photo reproduite ici avec l'aimable autorisation de son auteur, Jean-Claude Déranlot. Merci Jean-Claude !
Aujourd'hui les pistes cyclables (derrière le grillage rouge) contournent les pylônes par l'extérieur.
En parcourant les croquis techniques, on se rend compte que les sommets des pylônes ont dû été revus entre la conception d'origine et la construction, en voyant notamment la forme des parties horizontales qui forment le trait d'union entre les extrémités des piliers.


Chose rassurante, les calculs des ingénieurs quant à la pente du viaduc et la courbe du système de suspension semblent encore proche de la réalité !




Le tablier déborde au niveau de la piste cyclable, alors que le tout était d'abord aligné. 
Certains schémas, tels que cette coupe du massif d'ancrage rive gauche, proposent un aperçu insolite de l'installation bien que, en regardant le haut du massif, il est probable que le système ait été quelque peu renforcé au début des années 2000, voire lors des nombreuses interventions de maintenance et de réparation pendant les années 1980.


Le dépliant propose également un gros plan sur les câbles porteurs d'origine, composé chacun de 37 câbles élémentaires d'un diamètre de 78,5mm. Pour aller plus loin, chaque câble élémentaire était constitué de 208 fils d'acier de 4,7mm ! En tout, chaque câble porteur (de 48cm de hauteur et 55cm de largeur) pesait 1,15 tonne au mètre. Lors de la refonte du 21e siècle, les principaux changements ont été le diamètre des câbles individuels (72,6mm) et des fils d'acier associés (désormais 127 fils de 4,1mm), ainsi que les dimensions totales des câbles porteurs (aujourd'hui 45cm x 51cm).


À gauche : un câble porteur passant par un collier de suspente. À droite, ce même câble rejoint le massif d'ancrage, le même massif qu'on a aperçu depuis un angle différent plus haut dans l'article.
Enfin, bien que le pont lui-même n'ait pas trop changé d'aspect depuis les années 1960 (encore heureux !), l'infrastructure routière tout autour est méconnaissable. Prenons, par exemple, le modeste carrefour giratoire permettant de relier le pont à l'axe d'accès depuis Bordeaux-centre, ainsi qu'aux "futurs boulevards extérieurs" (ou "la Rocade" pour les intimes !). Au fil des années, le carrefour s'est transformé pour devenir un véritable spaghetti urbain, notamment alimenté par le trafic routier drainé par la zone commerciale, hôtelière et d'expositions du quartier du Lac.

Le plan des années 1960 et la réalité de 2017 (vue depuis Googlemaps) : le carrefour giratoire très minimaliste est un souvenir lointain.
Mais revenons à ce Pont d'Aquitaine, qui ne se porte pas si mal pour un néo-quinquagénaire ! Malgré l'arrivée d'homologues nettement plus tendances, et malgré le fait qu'il ne jouira jamais du même sentiment d'appartenance de la part des Bordelais que le Pont de Pierre, le Pont d'Aquitaine continue à dominer l'horizon au nord de la ville. Et nul ne pourra lui enlever son statut à part de portail entre la ville et les débuts de l'estuaire de la Gironde (quelques kilomètres à peine en aval), et d'ultime moyen en dur pour traverser la Garonne avant l'océan Atlantique.

 
> Localiser sur la carte Invisible Bordeaux : Pont d'Aquitaine, Bordeaux/Lormont
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> Merci à Frédéric Llorens pour la précision sur la suppression des trottoirs pour piétons !
> Et n'oubliez pas de découvrir le panorama depuis le haut du Pont d'Aquitaine grâce à ce clip !

Un drôle de monument accueille les visiteurs qui arrivent à Eysines depuis le Taillan : une pomme de terre géante qui semble être tombé...


Un drôle de monument accueille les visiteurs qui arrivent à Eysines depuis le Taillan : une pomme de terre géante qui semble être tombée tout droit d’un dessin d’enfant. Et, à peu de chose près, c’est précisément ce qui s’est produit puisque cette pomme de terre géante et son rond-point ont été imaginés par les membres du conseil municipal des jeunes, le tout pour matérialiser les liens particuliers entre la ville d’Eysines et ses pommes de terre.
 
Cette spécialité à part doit tout à la « vallée des Jalles » qui traverse la ville ; les jalles forment tout un réseau de ruisseaux et rivières qui s’échappent vers l’est pour rejoindre la Garonne ou l’estuaire de la Gironde. Pendant de longues années, des moulins à eau exploitèrent les courants de la jalle d’Eysines pour produire des farines vendues à des clients bordelais. Aujourd’hui, le vestige le plus important est le magnifique Moulin Blanc, devenu un restaurant et lieu de réception, le Bistrot de la Jalle.


Tout autour, les riches terres marécageuses servirent à cultiver des légumes à une telle échelle que la zone fut surnommée le « potager de Bordeaux » et le fer de lance de la production était cette pomme de terre d’Eysines dont l’âge d’or se situe à la fin du 19e siècle… période à laquelle de nombreux terrains dédiés à la culture des vignes devinrent littéralement des champs de patates suite au passage du phylloxéra (des insectes homoptères). Parmi les autres légumes cultivés localement à cette époque (et encore aujourd’hui), il y a également le « giraumon brodé galeux d’Eysines », un cousin du potiron à la peau épaisse et rugueuse, à déguster de préférence sous forme de potage. Environ 600 personnes cultivaient alors les terres et actuellement une quinzaine d’enseignes opèrent encore et toujours.


À quoi ressemble donc cette fameuse pomme de terre ? Je me suis présenté à un étalage situé au bord d’une route et me suis procuré quelques échantillons avant de suivre la recette en deux temps qui est préconisée par les experts en la matière : d’abord cuire les pommes de terre (à la vapeur ou dans une casserole d’eau bouillante) puis les faire frire dans un mélange de beurre et d’huile. Je fus d’abord surpris par la maigre épaisseur de la peau des pommes de terre, par leur fermeté et par leur couleur extrêmement pâle une fois pelées.

La première étape « cuisson » ne dura pas longtemps. Au bout d’à peine cinq minutes je sentis qu’elles n’étaient plus fermes et furent prêtes pour le transfert vers la poêle, assaisonnées au passage d’une ou deux pincées de sel et poivre. Quelques minutes plus tard, les pommes de terre étaient prêtes et, en toute honnêteté, elles étaient succulentes et fidèles à leur réputation : douces (merci au sol humide et aux eaux des jalles) et raffinées. Je comprenais mieux pourquoi la pomme de terre d’Eysines était autrefois servie à bord du paquebot de luxe Le France pour ravir ses voyageurs si exigeants. 

Moment de gloire pour les pommes de terre dans la cuisine Invisible Bordeaux : épluchez, coupez, faites bouillir puis revenir et consommez le tout avec beaucoup de plaisir !
Vous pouvez me faire confiance mais je ne suis pas le seul porte-parole de ces tubercules comestibles : la « Confrérie de la Pomme de Terre d’Eysines » fut créée il y a de nombreuses années pour prêcher la bonne parole lors d’événements culinaires à travers la France. Cette association est surtout le moteur des festivités annuelles organisées dans le cadre de la « Fête de la Patate », à savoir trois jours de concerts, de bals et d’assiettes géantes de pommes de terre sous diverses formes pour le plus grand plaisir de plusieurs centaines de participants.


La municipalité n’est pas en reste puisqu’elle cherche également à capitaliser sur ce patrimoine à part en organisant expositions et ateliers pour petits et grands, ou encore par le biais de la création d’un jardin pédagogique où les Eysinais peuvent se familiariser avec la culture des légumes.

Enfin, depuis 2005, la vallée des Jalles accueille chaque printemps une course pédestre, le « Raid des Maraîchers ». Mais nul besoin d’attendre la prochaine édition pour découvrir cette zone à part qui propose un cadre idyllique pour une balade à pied, à vélo ou un parcours de footing, le tout à moins de dix kilomètres du cœur de Bordeaux !

Découvertes au fil d'une balade dont, en bas à gauche, un type de barrage utilisé pour gérer et réguler le flux des eaux dans la zone.
> Localiser sur  la carte Invisible Bordeaux : Moulin Blanc et la zone maraîchère, Potato roundabout, Eysines.
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Il y a quelques mois, l'équipe de Bordeaux Tourisme & Congrès m'a sollicité pour une interview destinée à paraître dans s...


Il y a quelques mois, l'équipe de Bordeaux Tourisme & Congrès m'a sollicité pour une interview destinée à paraître dans son webzine Un Air de Bordeaux. Le webzine est désormais en ligne (hourra !) et devrait vite devenir un acteur incontournable dans le paysage local des sites internet.

Un air de Bordeaux vise surtout (mais pas que...) les habitants de l'agglomération de Bordeaux, afin de les encourager à découvrir et explorer toute la métropole qui les entoure. Le webzine recense ainsi parcs et musées, teste différentes sorties insolites, répertorie activités à faire avec enfants, ou liste tous types d'événements à venir (expositions, rencontres sportives, concerts, festivals, etc.).

Mon interview s'inscrit dans la collection de recommandations pour un “Super week-end” dans la rubrique Art de vivre. J'y dévoile cinq lieux pour visiter la métropole autrement comme, par exemple, le surprenant Parc Floral ou les grands espaces de la zone maraîchère d'Eysines. À noter qu'un des lieux identifiés, le musée de la CPAM à Lormont, n'est en fait ouvert qu'en semaine ! :-)

Faites donc un tour du côté d'Un air de Bordeaux et voyez jusqu'où le webzine vous guidera. Comme quoi il y a tellement de choses à découvrir à Bordeaux au-delà des quais et de la rue Sainte-Catherine ! 


Présentation vidéo ici :

Il y a quelques semaines, Invisible Bordeaux a fait équipe avec la Mémoire de Bordeaux Métropole pour s'aventurer à l'intér...

Il y a quelques semaines, Invisible Bordeaux a fait équipe avec la Mémoire de Bordeaux Métropole pour s'aventurer à l'intérieur du Pont de Pierre, un des sites les plus emblématiques de la ville, à la rencontre de Laurent Rascouailles, chargé de la visite des ouvrages d'art à Bordeaux Métropole.

Notre interview vidéo a ensuite été publiée sur les réseaux sociaux par la Mémoire de Bordeaux Métropole et voici, quelques semaines après, un retour sur les secrets que Laurent nous a révélés sur le pont.

1. Le Pont de Pierre est creux
Les entrailles du Pont de Pierre !
Laurent Rascouailles : « Deux galeries permettent de traverser le pont d'une rive à l'autre. Ces galeries permettent de faire passer des canalisations d'eau dans une, alors que dans l'autre on va trouver des réseaux télécoms et électriques. Les galeries sont très basses, 1 mètre 10 de hauteur en moyenne, et sont empruntées aujourd'hui uniquement par les techniciens chargés de la surveillance du pont. En général ils traversent le pont une fois par an, pour vérifier l'état intérieur de la structure. Ils peuvent rentrer dans chaque pile, cela leur prend quand même une demi-journée pour faire une traversée. 

En août 1944, Pablo Sanchez, un guérillero espagnol, a sauvé le pont en parcourant ces galeries. Les Allemands avaient posé des explosifs dans chaque pile pour pouvoir le faire sauter. Pablo Sanchez a désamorcé tous ces explosifs ; malheureusement il a été fusillé en sortant du pont, rive gauche. Aujourd'hui il existe une plaque en son hommage sur les quais et, depuis peu, une rue qui porte son nom dans le nouveau quartier autour des Bassins à Flot. » 

2. Le pont est sous surveillance permanente
Laurent Rascouailles : « Il y a une instrumentation dans chaque pile, et dans les culées également, pour contrôler tous les mouvements du pont. Le pont vit beaucoup, donc on a un capteur de déplacement dans chaque culée et chaque pile, qui nous permet de contrôler l'enfoncement de ses piles. Ensuite, on va trouver un inclinomètre qui nous permet de savoir de quel côté penchent les piles par rapport au fleuve, si c'est plus du côté amont ou aval. Et une nivelle mécanique nous permet de contrôler les rotations transversales ou longitudinales de ses appuis. »

3. Les escaliers vers les bureaux d'octroi mènent nulle part à présent !
Stairway to nowhere.
Laurent Rascouailles: « Lorsque le chantier a démarré, c'est l'État qui finançait le projet. Mais, lorsque Napoléon abdique en 1814, le chantier est arrêté et c'est l'armateur Pierre Balguerie-Stuttenberg qui a permis de relancer la construction, en cherchant des dons, tout simplement. Monsieur Balguerie-Stuttenberg a créé la compagnie du Pont de Bordeaux, qui regroupait des négociants et des armateurs bordelais. Cette compagnie a permis de relancer la construction du pont mais, en échange, ils ont exigé un droit de péage sur 99 ans. Donc, quand le pont a ouvert le 1er mai 1822, tout le monde devait payer pour le traverser. 

Ce péage a été supprimé en août 1861, lorsque l'État rachète l'ouvrage avec la participation de la ville de Bordeaux et du département. C'était une condition : de rendre le pont gratuit pour que Bordeaux puisse s'agrandir sur la rive droite, vers la Bastide. Les bâtiments ont alors servi de bureaux d'octroi de 1861 jusqu'à l'abolition des octrois en 1927, et finalement ils ont été démolis en 1954, lorsque le pont a été élargi (il est passé d'environ 15 mètres de large à 19 mètres). Aujourd'hui, à la surface, les trottoirs sur lesquels vous marchez ont été rajoutés au moment de cet élargissement. Ces bureaux d'octroi gênaient également le passage et, donc, l'entrée sur le pont. »

Et voici l'interview vidéo (comprenant quelques belles images d'archives):

 

> Vidéo réalisée par Sandie Fabre pour la Mémoire de Bordeaux Métropole en partenariat avec Invisible Bordeaux, Bernard Avril et l'IJBA ; version d'origine disponible sur Vimeo : https://vimeo.com/228215463

Sur presque toutes les rues de Bordeaux on peut observer de fausses fenêtres ou des fenêtres condamnées qui ajoutent un côté mystérieux a...

Sur presque toutes les rues de Bordeaux on peut observer de fausses fenêtres ou des fenêtres condamnées qui ajoutent un côté mystérieux aux immeubles. Quelle en est l'explication ?  

Le sujet a été brièvement évoqué lors d'un récent dossier sur le blog : dans la plupart des cas ces fenêtres ont été condamnées au cours du 19e siècle afin de payer moins d'impôt sur les fenêtres, forme de taxation qui remonte jusqu'à l'époque de l'empire romain et appliquée en France entre 1798
Rue Croix-de-Seguey.
et 1926. Ce système servait ainsi de moyen de calcul plus simple que d'avoir à mesurer la surface des biens immobiliers.

Bien que ce soit la principale raison pour laquelle tant de fenêtres ont disparu, il peut y en avoir d'autres : dans certains cas, les propriétaires peuvent avoir ajouté des motifs en forme de trompe l'œil pour donner de la cohérence et / ou de la symétrie à une façade, ou pour rythmer visuellement un espace vide et monotone. Enfin, certains ont peut-être simplement choisi de bloquer leurs fenêtres pour des raisons structurelles ou parce qu'il y avait trop de lumière du jour dans leurs pièces !

Dans de nombreux cas, des fenêtres fantômes de ce type peuvent être repérées sur des bâtiments situés à des angles de rues ; évidemment, l'exercice est plus simple et logique lorsqu'on possède deux façades. C'est le cas des immeubles en photo ci-dessous sur la rue Commandant-Arnould (également en vedette dans la photo principale de cet article) et la rue Barennes. Dans les deux cas, l'alignement des briques et l'aspect lisse laissent à supposer qu'il s'agit de fenêtres en trompe l'œil.


Les grands bâtiments en photo ci-dessous, sur les rues du Serpolet, du Chai-des-Farines et Ducau, comptent de nombreuses fenêtres fantômes. La résidence de la rue Ducau à droite se présente presque comme un jeu de Tetris en cours, les fenêtres condamnées remplaçant progressivement les vraies de bas en haut !
 

Ce charmant bâtiment, à l'angle de la rue du Hâ et de la rue des Étuves, comprend même des publicités peintes à la main (dont le nom en anglais est "ghostsigns", un sujet récurrent sur le blog Invisible Bordeaux !). À l'étage inférieur, la présence d'une fenêtre d'angle laisse supposer qu'il y a peut-être aussi eu des fenêtres similaires sur les niveaux supérieurs dans une vie antérieure.


Le scénario ci-dessous est un grand classique, en particulier lorsque les bâtiments concernés ne se situent pas en angle de rue : des rangées complètes de fenêtres manquent tout simplement à l'appel ! Ces photos ont été prises sur le cours Pasteur et la rue des Bahutiers.


Le phénomène n'est en aucun cas limité aux grands immeubles du centre-ville. Les maisons bourgeoises dans les quartiers résidentiels sont également à court de quelques fenêtres, comme on peut le voir ici rue Rochambeau, rue des Deux-Ormeaux et cours Marc-Nouaux. Dans chaque cas,  de nombreuses fenêtres (et même une grande porte en forme d'arche) ont soit disparu, soit n'ont jamais existé !


Des maisons particulières plus modestes ne sont pas en reste, comme ici sur la rue Henri-Matisse (où pas moins de trois des six fenêtres du premier étage ont été a priori condamnées) et la rue de l'Arsenal.


Pendant ce temps, à l'autre bout de l'échelle du petit monde bordelais, le château Pape-Clément, à Pessac, possède également ses propres fenêtres condamnées !


Dans certains cas, ces mystérieuses fenêtres ont été modifiées pour devenir de véritables trompe-l'œil. C'est le cas par exemple sur la rue Mandron, où les fenêtres de la rangée à gauche de l'image ci-dessous sont d'authentiques illusions d'optique, les fausses fenêtres ayant été peintes de manière convaincante pour ressembler à des vraies !
 

Ailleurs, comme ici rue Ravez, d'importants efforts ont été faits par le passé pour dissimuler et embellir les fausses fenêtres en y ajoutant des stores extérieurs. Par contre, ces stores ont connu des jours meilleurs...


Mais voici, ci-dessous, une des utilisations les plus originales d'une fenêtre fantôme, à voir sur la rue d'Arcachon. Un panneau apposé sur la fenêtre présente, de manière tout à fait appropriée, une interprétation de la "Figura en una finestra" de Salvador Dalí. La copie est signée "B. Bodin d'après Dalí".
 

À vous désormais de partir à la recherche de vos propres fenêtres fantômes et de décider pourquoi elles sont là. Et vous verrez qu'une fois que l'on commence à les repérer, on en voit dans tous les quartiers et de tous les côtés!


Il y a quelques jours, j'ai assisté à un concert du duo folk indie australien Angus & Julia Stone à l'Espace Médoquine de ...

Il y a quelques jours, j'ai assisté à un concert du duo folk indie australien Angus & Julia Stone à l'Espace Médoquine de Talence (ou, tout simplement, "la Médoquine"). Ce fut vraisemblablement ma dernière venue dans cette salle qui fermera définitivement ses portes en 2018, pour être remplacée par des résidences et des espaces verts.

Cet espace polyvalent, principalement considéré comme une salle de concert mais aussi utilisé par  diverses associations et entreprises locales pour l'organisation de réunions, conférences ou autres animations, a été construit à la fin des années 1980 selon les plans de l'architecte gujanais Bernard Vayssière. La première tête d'affiche de la Médoquine fut Yves Duteil, le 4 mars 1989.

Selon la configuration retenue, la Médoquine pouvait accueillir entre 250 et 1 000 spectateurs assis et jusqu'à 3 000 debout. La configuration debout est celle que je connais le mieux en tant que spectateur ; au cours de mon premier séjour à Bordeaux dans les années 1990, j'y ai vu plusieurs de mes artistes préférés, dont Joe Jackson, Lloyd Cole, Stephen Duffy et Tears For Fears. Plus récemment, mes sorties à la Médoquine m'ont permis de voir le groupe de rock électronique Archive et le groupe pop alternatif Metronomy.
Avant l'arrivée du code-barres : d'anciens sésames pour la Médoquine !
Metronomy en novembre 2014.
Cela dit, l'un des (non-) événements les plus mémorables que j'associe à la Médoquine fut la venue d'Oasis en 1996, alors à l'apogée de leur carrière en pleine déferlante Britpop. Le groupe, apparemment peu convaincu par les barrières de sécurité installées devant la scène, a décidé tout simplement d'annuler sa représentation à la dernière minute, provoquant la déception, le mécontentement voire la colère de la foule qui attendait dehors ! (Le groupe est néanmoins revenu à la Médoquine en 2009 et a livré un set, paraît-il, peu inspiré.)

Mais les livres d'histoire de la musique locale retiendront davantage la prestation remarquée des INXS de Michael Hutchence en juin 1993, alors en tournée de salles moyennes en sortant d'une période où le groupe remplissait les stades du monde entier. La Médoquine était parfaitement adaptée à leurs besoins. Autre venue remarquable : le passage à Talence d'un certain David Bowie dans le cadre de sa tournée "Earthling" en juin 1997, l'unique fois où Bowie se produisit dans la région.

Au-delà de mes souvenirs personnels de concerts, mon poste au sein de l'équipe Communication de Thales m'a permis de voir la Médoquine sous un autre angle, passant des journées entières sur place pour l'organisation de réunions de début d'année pour nos équipes. Cela m'a notamment permis de me positionner en régie au milieu de la salle en ayant l'impression d'être un peu le roi de la Médoquine, ou encore de me promener sur scène devant la salle vide en me prenant un peu pour Joe Jackson ou David Bowie

Sur scène : les chaises en moins, le public en plus et voilà la vue qu'avait Bowie de la Médoquine.
Le panorama depuis la régie.
Cependant, le souvenir le plus marquant de ces journées passées à la Médoquine, généralement au plus fort de l'hiver, est combien il faisait froid dans la salle. Bien que le chauffage soit allumé le matin, il fallait attendre le milieu de l'après-midi pour que la température soit à peu près supportable. Ayant plutôt l'habitude de travailler dans un environnement de bureau classique, mes jours à la Médoquine s'apparentaient donc à une sortie aux sports d'hiver. Les managers Thales, sur place avant leurs interventions devant les collaborateurs de l'entreprise, révisaient souvent leurs discours vêtus de grands manteaux et de grosses écharpes. Par contre, lors de soirées concerts, le lieu était toujours une fournaise, quelle que soit la saison. Allez comprendre pourquoi...

Les coulisses de la scène de la Médoquine.
Ce qui nous amène, sans transition, aux raisons pour lesquelles la Médoquine, qui reste la propriété de la municipalité de Talence, est vouée à disparaître : l'espace, vieillissant avant l'heure, avait grand besoin d'être modernisé et la facture se serait élevée à 2 à 4 millions d'euros. Et bien que la gestion du lieu ait été confiée à la société d'économie mixte Talence Gestion Équipement, la commune a dû continuer à subventionner la salle à hauteur de 322 000 euros par an, et a financé l'intégralité de différentes opérations de maintenance et de réparation. Que de bons arguments pour justifier la décision de la commune de vendre la zone à des promoteurs immobiliers, et d'utiliser l'argent récupéré pour financer la future construction d'un nouveau complexe plus près du centre-ville de Talence comprenant une école de musique et de danse, ainsi qu'un auditorium.

Les formes futuristes de la Médoquine seront bientôt du passé...
De plus, alors que les concerts ne représentaient qu'un peu moins d'un tiers du chiffre d'affaires annuel moyen (29 %, alors que les événements d'entreprise généraient 39 % et les événements municipaux / associatifs 32 %), la Médoquine conservait son image de salle de concert dans un paysage bordelais où il y a de moins en moins de marge de manœuvre. La Médoquine se trouvait donc en concurrence frontale avec des homologues plus modernes, plus attrayants et mieux équipés comme le Rocher de Palmer (comprenant des salles individuelles de 250, 650 et 1 200 places), qui coordonne son riche programme de concerts en partenariat avec Rock School Barbey à Bordeaux et le Krakatoa à Mérignac.

À la périphérie de la ville de Bordeaux, le théâtre du Casino Barrière et des salles de banlieue comme le théâtre des Quatre Saisons à Gradignan drainent également artistes et clients qui auraient pu choisir la Médoquine. Enfin, à Floirac, le Bordeaux Metropole Arena, à la pointe de la technologie et du confort, ouvrira prochainement ses portes, proposant des capacités allant de 2 500 à 11 300 places, en remplacement de la Patinoire Mériadeck (en tant que salle de concert) en centre-ville et grignotant, inévitablement, la part de marché potentielle de la Médoquine. Et, pendant ce temps-là, la ville de Cenon envisage la construction d'une nouvelle salle de 2 500 places à côté du Rocher de Palmer!

Angus & Julia Stone et un océan de téléphones portables, octobre 2017. Le grand oiseau est le chainon manquant entre les Muppets et Spinal Tap.
À en croire les médias, en écoutant par exemple le reportage consacré au sujet par France Bleu en 2015, les habitants ont des sentiments mitigés par rapport à la fermeture de la Médoquine. Beaucoup appréciaient l'animation que la salle apportait au quartier, où chaque événement était synonyme de soirées rentables pour les bars et fast-foods à proximité. Mais d'autres ne regretteront pas la salle et ses nombreux spectateurs ; ils avaient déjà exprimé leur mécontentement vis-à-vis des activités de la Médoquine, entraînant des mesures telles qu'un couvre-feu strict pour les concerts à 22h30. Et ces mêmes personnes seront ravies de ne pas avoir à revivre des incidents médiatisés tels que les actes de vandalisme nocturnes perpétrés en mars 2017 avant le meeting d'Emmanuel Macron, alors en campagne présidentielle.

Donc, avec quelques mois d'avance sur le dernier concert à la Médoquine qui selon la programmation actuelle serait la venue d'Hugues Aufray le 29 mars 2018, saluons chaleureusement la Médoquine. Merci pour les souvenirs et bonsoir Talence !

La salle se vide à la fin du set d'Angus & Julia Stone.
Vers la sortie définitive...
> Localiser sur la carte Invisible Bordeaux : la Médoquine, 224-226 cours Gallieni, Talence.
> La Médoquine a toujours son site internet officiel : www.medoquine.com 
> Certaines données dans cet article sont tirées d'un excellent article fortement recommandé du côté de Rue 89 Bordeaux : http://rue89bordeaux.com/2017/03/fin-de-vie-indigne-medoquine/
> This article is also available in English!  

[BONUS] Voici la setlist du concert de David Bowie à la Médoquine en 1997 (via setlist.fm) :
 
David Bowie Setlist Espace Médoquine, Talence, France 1997, Earthling