Le samedi 1er avril à 20h30, Saint-Aubin-de-Médoc sera officiellement the place to be afin de découvrir une représentation à part du s...



Le samedi 1er avril à 20h30, Saint-Aubin-de-Médoc sera officiellement the place to be afin de découvrir une représentation à part du spectacle signé Invisible Bordeaux : le Shuman Show !

Les lecteurs habitués du blog auront déjà entendu parler du Shuman Show, un récit musical qui revient sur la vie et l’œuvre d'un grand monsieur de la chanson : Mort Shuman. Dans le cadre du Shuman Show, d'une durée de 75 minutes, chansons et anecdotes se succèdent afin de mieux comprendre le personnage et son héritage musical. Le Shuman Show propose surtout un bon moment !

Pour cette représentation, organisée dans le cadre de la saison culturelle de la commune de Saint-Aubin-de-Médoc, je serai accompagné par de jeunes percussionnistes élèves de l'école de musique Frédéric Chopin du CESAM, et un des meilleurs bassistes de la région se joindra également à moi l'espace de quelques chansons. Cette soirée à Saint-Aubin s'annonce ainsi comme une représentation à part de ce spectacle qui a déjà été présenté à Bordeaux, à Gradignan et à Mérignac.

Au plaisir de vous y accueillir !

Tout sur cette représentation :
> Samedi 1er avril 2017 à 20h30, Salle Hermès, Espace Villepreux, route du Tronquet, Saint-Aubin-de-Médoc
> Entrée libre, renseignements complémentaires : 06 81 23 18 87
> Page événement Facebook ici et tout sur le Shuman Show ici

Des centaines de masques sculptés, ou « mascarons » (de l'italien « mascherone »), sont à découvrir sur les façades des bâtiments d...

Des centaines de masques sculptés, ou « mascarons » (de l'italien « mascherone »), sont à découvrir sur les façades des bâtiments de Bordeaux. Sur les immeubles 18e de la Place de la Bourse, il y a 86 à repérer, dont 55 autour de la place et les autres sur les façades côté Garonne de ces mêmes bâtiments.

Chacun d'entre eux semble avoir sa propre personnalité unique, et tous les mascarons de la Place de la Bourse figurent dans ce court clip! Entre dieux et créature mythologiques, symboles du commerce triangulaire ou personnalités locales, les visages sont d'une grande variété. 

Bon visionnage et n'oubliez pas d'aller les admirer vous-même à l'occasion !

Un blog comme le Bordeaux Invisible est, en substance, une compilation linéaire de contenus avec des articles empilés par ordre chronol...


Un blog comme le Bordeaux Invisible est, en substance, une compilation linéaire de contenus avec des articles empilés par ordre chronologique, et par conséquent un traitement de faveur aux nouveaux dossiers, affichés en page d'accueil.

Mais n'oubliez pas qu'il existe une autre façon de parcourir les sujets : en consultant la carte Invisible Bordeaux ! La carte répertorie littéralement des centaines de points d'intérêt aux alentours de Bordeaux (ainsi qu'un au Québec), et chaque repère est illustré d'une photo, comprend une brève description et un lien vers le billet de blog associé.

Donc, lancez-vous et localisez tous ces sujets ! Accédez à la carte Invisible Bordeaux en cliquant ici, ou si vous visualisez cette page dans un navigateur standard, la carte devrait également paraître comme par magie dans une fenêtre ci-dessous. Bon voyage !

L’histoire de Bordeaux pendant l’Occupation demeure particulièrement opaque. La ville fut néanmoins le théâtre de nombreux événements, ...

L’histoire de Bordeaux pendant l’Occupation demeure particulièrement opaque. La ville fut néanmoins le théâtre de nombreux événements, dont certains hautement stratégiques, d’autres dramatiques, mais d’autres pleins d’espoir. Avec le recul de quelques années, certains chapitres laissent un goût amer. C’est le cas de l’organisation à Bordeaux sur une durée de six semaines de l’exposition « Le Juif et la France ».

Devant le palais Berlitz à Paris,
source photo : www.cndp.fr
Rappel du contexte si besoin : fin 1940, le régime de Vichy déploie une politique visant à exclure les Juifs de tout rôle dans la société française. Ils sont alors rejetés de leurs postes quel que soit le secteur : fonction publique, éducation nationale, presse, industrie du cinéma… Cette politique doit ainsi faciliter la mise en place des plans radicaux conçus par les Nazis visant la déportation et l’extermination des Juifs, avec pour objectif la solution dite « finale ». 

Afin d'obtenir un large soutien public parmi la population non juive française, le régime a recouru à diverses campagnes de propagande qui stigmatisaient les Juifs. Parmi ces initiatives, notre attention porte aujourd’hui sur l'exposition Le Juif et la France qui a d’abord eu lieu au Palais Berlitz sur les boulevards de Paris du 5 septembre 1941 au 15 janvier 1942. L'exposition était organisée par l'IEQJ, l'Institut d'Études des Questions Juives, un organisme financé par l'ambassade d'Allemagne en France et supervisé par la sécurité nazie et les services de propagande.

L'exposition cherchait à mettre en évidence la place forte que les Juifs occupaient au sein des institutions et des secteurs économiques dans toute la France. De plus, pour aider les citoyens à mieux reconnaître l'« ennemi », l'exposition fournissait un véritable guide pour débutants sur les caractéristiques physiques des Juifs. Elle dépassa aussi ces stéréotypes pour pointer du doigt différents personnages emblématiques, tous exposés sur de grands panneaux, tels que le vendeur de meubles Wolff Lévitan, le journaliste de radio Jean-Michel Grunebaum, le dramaturge Henri Bernstein et le politicien Léon Blum.

Quelques-uns des panneaux de l'exposition à Paris, sources images :
aufildelhistoire.u.a.f.unblog.fr, parisenimages.fr et voir-et-transmettre.fr
Les chiffres de fréquentation pour les quatre mois à Paris varient énormément ; les estimations vont de 155 000 à 500 000 visiteurs ! Mais il est généralement admis qu'après le succès initial, l'intérêt s'est ralenti auprès d’une population méfiante. Le moment était venu pour l'exposition de se déplacer vers les provinces et le plan était de l'organiser dans dix autres villes à travers la France. En fin de compte, seules deux villes l'accueillirent : Nancy et Bordeaux.

Fait significatif, l'événement de Bordeaux eut lieu dans un bâtiment situé dans les jardins de l’Hôtel de Ville, qui abrite désormais le Musée des Beaux-Arts. Cette manifestation était d’ailleurs dans la lignée d’une autre organisée au même endroit en mai 1941, à savoir l’exposition intitulée « L'Allemagne de nos jours », destinée à sensibiliser la population locale à la culture et l'industrie allemandes. Sa pièce maîtresse ? Un buste d'Adolf Hitler entouré d'un massif d’hortensias…

L'étape bordelaise de l'exposition Le Juif et la France a ouvert le 28 mars 1942 et a duré six semaines jusqu'à sa fermeture le 11 mai (l'événement de Nancy s'est étendu plus tard du 4 juillet au 2 août). Encore une fois, il est difficile d'établir des chiffres de fréquentation fiables, mais plus de 60 000 personnes ont vraisemblablement vu l'exposition à Bordeaux, y compris les élèves de toutes les écoles locales. La publication officielle de l'IEQJ, Le Cahier Jaune, s’est empressée de saluer ce succès, rappelant que cela représentait 20 % des 300 000 habitants de Bordeaux et de ses environs.

Outre les présentations statiques, un cinéma de fortune a été mis en place sous barnum dans les jardins de l'hôtel de ville avec des films dont "Le Péril Juif" et "Les Corrupteurs", et pas moins de trois conférences ont eu lieu chaque semaine.

Le « cinéma permanent » et le même panorama aujourd'hui.
L'entrée de l'exposition (tout comme sur la photo en haut de cette page) et le même lieu en 2017.
Le journal local La Petite Gironde (en phase avec l’Occupant) rapportait alors que « quarante jours auront suffi pour que nos concitoyens se rendent compte du péril juif. Un vieil usage veut que, dans toute enquête criminelle, l’on recherche la femme. Désormais, nous savons que dans les causes de toutes misères, faillites, catastrophes financières, scandales ou guerres, nous devons rechercher les Juifs. » Était-ce le message retenu par les Bordelais ? Impossible aujourd’hui de le savoir, mais l'exposition a incontestablement contribué au climat qui a finalement amené des centaines de Juifs de Bordeaux à être arrêtés et déportés au cours des mois suivants.

Gros plan sur l'image utilisée sur les affiches
de l'exposition. Source : http://paril.crdp.ac-caen.fr
Que peut-on dire de l'implication des autorités locales ? Selon les auteurs de la biographie incontournable du maire de Bordeaux de l'époque, Adrien Marquet (voir note de bas de page), le fait même que la mairie ait accueilli l'événement démontre qu’elle était prête à soutenir cet effort de propagande. Le livre souligne que Marquet (dont l'héritage très contrasté a longtemps été désigné comme un futur sujet d’investigation Invisible Bordeaux) « ne s’est en rien opposé à l’opération », bien qu’il ait fait profil bas lors des manifestations associées, par exemple en envoyant son adjoint Robert Poplawski à la cérémonie d’inauguration à sa place, « comme par prudence ».

Dans ce cas, comme si souvent lorsqu’on revient sur ces tristes épisodes de temps de guerre, nous avons l’impression d’être les témoins d’événements à peine croyables, se déroulant dans un univers parallèle non reconnaissable. Pourtant, le cadre est si familier et si récent que cette vérité ne peut que nous déranger ; aujourd’hui plus que jamais, nous avons tous besoin de cette piqûre de rappel par rapport à notre passé. 

Reportage « Actualités Mondiales » sur l'exposition à Paris :
> La biographie incontournable d'Adrien Marquet mentionnée ci-dessus est Adrien Marquet, les dérives d'une ambition des auteurs Hubert Bonin, Bernard Lachaise et Françoise Taliano Des Garets.
> Aller plus loin :  
- https://www.histoire-image.org/etudes/exposition-juif-france-paris 
- http://www.gauchemip.org/spip.php?article8812 
- http://rue89bordeaux.com/2015/05/13-mai-44-dernier-convoi-bordeaux-auschwitz/
> Les photos de l'événement bordelais sont tirées d'un reportage publiée dans Le Cahier Jaune, la revue de IEQJ, archivée par le Centre de documentation juive contemporaine (un extrait de ce reportage figure notamment dans Adrien Marquet, les dérives d'une ambition). 
> This article is also available in English. 

La photo ci-dessus aurait pu être prise dans n'importe lequel magasin de jardinage ou de bricolage à travers toute la France : des...


La photo ci-dessus aurait pu être prise dans n'importe lequel magasin de jardinage ou de bricolage à travers toute la France : des étagères entières remplies de paquets de bouillie bordelaise. Ne sachant pour ainsi dire rien sur ce célèbre pesticide bleu, je me devais d'enquêter !

Mais qu’appelle-t-on la bouillie bordelaise ? Dans de telles situations, il faut savoir assumer et se tourner vers la page Wikipédia associée. Le premier paragraphe précise que ce pesticide employé dans des vignobles, vergers et jardins est « fabriqué par neutralisation d'une solution de sulfate de cuivre et par de la chaux éteinte. La bouillie bordelaise exerce son effet par le biais des ions cuivre du mélange. Ces ions affectent des enzymes dans les spores des champignons (bénéfiques ou parasites) de manière à empêcher leur germination. C'est pour cette raison que la bouillie bordelaise doit être utilisée de manière préventive, avant que la maladie fongique ait frappé ».

Alexis Millardet
(source : baladesnaturalistes).
Pour remonter la piste girondine et retrouver les liens avec Bordeaux, il faut rembobiner jusqu’à la fin du 19e siècle, époque à laquelle des maladies de la vigne frappèrent la France suite à l’importation involontaire de champignons sur des spécimens de vigne ramenés depuis le continent américain. Les vignerons avaient alors pour ennemis le phylloxéra, le mildiou et autres champignons destructeurs.

La communauté scientifique prit le sujet très au sérieux. Alexis Millardet (1838-1902) fut l’un des chercheurs les plus actifs. En 1882, cet ampélographe (expert des vignes et botaniste) et professeur à l’université de Bordeaux se promenait dans le Médoc et remarqua des vignes qui avaient l’air d’être en excellente santé. Il se trouvait à Saint-Julien-Beychevelle, plus précisément sur les terres du château Ducru-Beaucaillou. Il se renseigna alors auprès d’un certain Ernest David, régisseur du domaine, qui lui expliqua qu’en Médoc on répandait un mélange de sulfate de cuivre et de chaux sur les pieds de vigne en bordure des routes afin de dissuader les maraudeurs qui dérobaient les raisins. M. Millardet commença à réfléchir aux propriétés préventives de ce mélange.

La château Ducru-Beaucaillou, où commence l'histoire de la bouillie bordelaise.
Avec l’aide d’Ulysse Gayon, un autre chercheur et professeur de chimie, Alexis Millardet mena diverses expériences chez lui sur des pieds de vigne. Encouragés par les premiers résultats, les scientifiques obtinrent l’autorisation de mener des essais à plus grande échelle au Château Ducru-Beaucaillou ainsi qu’au Château Dauzac à Labarde, quelques kilomètres au sud, appartenant au même propriétaire, Nathaniel Johnston, et régi également par Ernest David. Ces expériences menées entre 1883 et 1885 furent concluantes, tout comme celles conduites en Bourgogne à cette même période par d’autres scientifiques. L’année suivante, le mildiou fut jugulé. Les deux scientifiques purent ainsi perfectionner ce mélange qui allait devenir la bouillie bordelaise, et dont la constitution n’a guère évolué depuis 130 ans.

La recette est dans le domaine public. Si vous souhaitez fabriquer de toutes pièces 10 litres de bouillie (plutôt que d’acheter un paquet de solution toute faite), voici les étapes à suivre tels qu’elles sont détaillées sur le site Ooreka. Avant de démarrer, veillez à avoir à votre disposition une paire de bons gants, un seau de 10 litres, un saut en plastique de 15 litres, un bâton, 300 grammes de chaux, 200 grammes de sulfate de cuivre et 10 litres d’eau.

> Étape 1 : enfilez vos gants.
> Étape 2 : dans le seau de 10 litres, fabriquez un lait de chaux en faisant dissoudre 300 g de chaux éteinte dans 6 litres d’eau. Remuez avec un bâton.
> Étape 3 : dans le seau en plastique de 15 litres, délayez 200 g de sulfate de cuivre dans 4 litres d’eau.
> Étape 4 : neutralisez la solution de sulfate de cuivre en lui ajoutant lentement le lait de chaux.
> Étape 5 : avec le bâton, remuez, remuez, remuez !
> Étape 6 : laissez reposer 24 heures.
> Étape 7 : pulvérisez selon vos besoins.

Bien entendu, avec tant de réactions chimiques à gérer, le maniement de la bouillie bordelaise présente certains risques, notamment d’irritation de la peau ou encore de conjonctivite en cas de contact avec les yeux. Les effets peuvent être plus graves encore : en cas d’ingestion la bouillie bordelaise peut provoquer des irritations nasales voire des difficultés respiratoires. Par ailleurs, le pesticide bleu est identifié comme la source d’un syndrome pulmonaire dit « Vineyard Sprayers’ Lung » chez des ouvriers viticulteurs portugais. Cette « pneumopathie interstitielle » est, selon des rapports médicaux (voir www.ncbi.nlm.nih.gov), « caractérisée par l'apparition de granulomes histiocytaires et de nodules fibrohyalins contenant du cuivre ». Résultat : des insuffisances respiratoires souvent fatales. Vous voilà prévenu.

Feuille de vigne de la propriété Ducru-Beaucaillou.
Néanmoins, on continue de trouver des paquets de bouillie bordelaise dans les abris de jardin de jardiniers, qu’ils soient confirmés ou du dimanche. En suivant les traces d’Alexis Millardet jusqu’aux vignes du Château Ducru-Beaucaillou, où l’histoire de la bouillie bordelaise commença, j’ai observé des traces blanches d’un pesticide sur certaines feuilles. Je ne sais pas s’il s’agissait d’une variante « incolore » de la bouillie bordelaise mais je déclare que les vignes de cette propriété sont encore et toujours en très bonne santé !

> Localiser sur la carte Invisible Bordeaux : Château Ducru-Beaucaillou, Saint-Julien-Beychevelle
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Invisible Bordeaux découvrit récemment l'une des installations artistiques les plus insolites de la ville (et, il s'avère, l&...

Invisible Bordeaux découvrit récemment l'une des installations artistiques les plus insolites de la ville (et, il s'avère, l'une des plus controversées) : une maison située sur un bout de terrain bordé de tous côtés par des rues passantes ainsi que par la ligne A du tramway. Bienvenue à la Maison aux personnages !

Inaugurée au mois d'octobre 2009, cette œuvre est la création des artistes russes Ilya et Emilia Kabakov. Elle consiste en une maison à étage comprenant différentes pièces dont chacune a été décorée et mise en scène comme si elle était habitée par un personnage imaginaire. Les visiteurs peuvent circuler autour de l'extérieur de la maison et regarder par les fenêtres (y compris celle qui donne sur la pièce au premier étage, accessible par le biais d'un escalier métallique) afin de découvrir les diverses natures mortes. Des panneaux contextuels aux textes poétiques permettent de mieux cerner les habitants virtuels de la maison. 

Ceci est la Maison aux personnages, bien qu'à première vue il n'y ait rien pour désigner le lieu comme une œuvre d'art.
Au fond à gauche : l'hôpital Pellegrin.
Tout comme le pantalon de jogging géant couvert dans un précédent article sur le blog, la Maison aux personnages fut commandé dans le cadre d'un programme d'installation d'œuvres d'art à différents endroits le long du réseau de tramway. La maison et le square qui l'entoure représentent vraisemblablement le plus ambitieux de ces projets. Le lieu fut un immense chantier pendant sept mois avant son inauguration en présence des artistes, du maire de Bordeaux Alain Juppé, du ministre de la Culture de l'époque Frédéric Mitterrand, et du président de ce qui était alors la Communauté Urbaine, Vincent Feltesse.

Ce qui nous amène au caractéristique le plus étonnant de l’œuvre : cette maison climatisée d'une superficie de 148 mètres carrés et son jardin furent construits de toute pièce pour la réalisation de cette installation artistique. C'est en partant des croquis réalisés par Ilya et Emilia Kabakov (dont certains sont visibles ici) et en s'inspirant de l'esprit des échoppes et des maisons de ville bordelaises que la maison fut conçue par les architectes Samira Aït-Mehdi et Sylvain Latizeau, puis livrée par l'entreprise DV Construction.

Étant donné les frais associés (entre 500 et 600 000 euros), le projet est loin d'avoir fait l'unanimité. Emmanuelle Ajon, conseillère municipale d'opposition de Bordeaux et vice présidente de la Gironde, déclara notamment dans un billet intitulé « Jusqu'où peut-on aller au nom de la culture ? » qu'il était « indécent de proposer aux personnes sans logement de pouvoir regarder de dehors à quoi peut ressembler la chance d’avoir un  toit [...] et indécent au prétexte de l'art de dépenser plus de 560 000 euros pour un logement qui ne sera jamais occupé mais juste exposé ».

En regardant par la fenêtre.
Un reportage publié par Direct Matin Bordeaux7 sonda les riverains qui déclaraient ne jamais voir personne visiter ce lieu qui « bouche la vue et dans laquelle on ne peut pas entrer, [...] alors que des SDF dorment à côté ». Enfin, la page dédiée sur le site Yelp comprend un commentaire posté par quelqu'un qui habite en face de « cette maison qui a beaucoup fait jaser dans le quartier. Il n' y a jamais personne, le soi-disant square est infernal vu que les voitures tournent sans arrêt autour. Difficile de venir s'y reposer ou méditer sur l’œuvre ! [...] Une œuvre peut-être intéressante, mais qui reste invisible ».

Le mot invisible fut comme un appel du pied et c'est ainsi que, prêt à relever ce défi, je parvins à me rendre aux abords de la maison afin de pouvoir témoigner de ce qu'on peut voir à travers les fenêtres. Je puis ainsi déclarer que les pièces qui me semblèrent les plus intéressantes sont celles intitulées En barque sous les voiles (avec son joli voilier en bois), La soif d’inventions (qui ressemble à l'atelier de travail d'un savant fou, rempli de guirlandes et divers projets en cours) ou encore Ne jamais rien jeter (et toute sa collection de collections, à savoir tout un tas d'objets classés et étiquetés, ainsi qu'une série de questions ouvertes écrites sur des étiquettes suspendues par des fils). Parmi les autres pièces, retenons le minimalisme surprenant de Paradis sous le plafond à l'étage, où il n'y avait guère plus qu'une échelle et un fauteuil. Le restant était constitué de pièces à vivre ou à dormir, et le simple fait de regarder par la fenêtre donnait le sentiment d'être un peu voyeur, quoiqu'un voyeur qui ne sait pas trop pourquoi il est là à regarder par ces fenêtres.

Quatre des pièces : "En barque sous les voiles", "La soif d'inventions", "Ne jamais rien jeter" et "Le paradis sous le plafond".
À part ça, j'en ai presque oublié d'évoquer les artistes, tous deux aux origines soviétiques mais aujourd'hui basés à New York. Qui sont-ils ? Ilya Kabakov est né en 1933 à Dnipro, la quatrième ville de ce que l'on connaît à présent comme l'Ukraine. Pendant de longues années, son activité principale fut celle d'illustrateur pour livres d'enfants. C'est à partir de 1980 qu'il commenca à faire carrière comme peintre et écrivain. En 1988 il se mit à travailler avec Emilia Lekach. Celle qui allait devenir son épouse est également née à Dnipro, en 1945. Elle étudia la musique et l'espagnol à Moscou avant de s'installer en Israël puis à New York, où elle devint conservatrice et marchande d'art.
Les Kabakov,
source photo : artnet.com

Le couple collabore depuis et jouit maintenant d'une renommée internationale ; parmi les récompenses qui leur ont été décernées, notons l'ordre du Chevalier des Arts et des Lettres en 1995, ou encore le prix Oskar Kokoschka en 2002. Leurs œuvres, qui « fusionnent les objets du quotidien avec des éléments conceptuels » (selon artnet.com) ont été présentés, entre autres, au Museum of Modern Art de New York, au musée Stedelijk à Amsterdam ou au musée de l'Ermitage à Saint-Pétersbourg. Cette installation bordelaise n'est qu'une parmi plusieurs réalisées dans le cadre de commandes publiques passées en Europe et ailleurs

Comment définir la Maison aux personnages de Bordeaux ? Parmi les adjectifs utilisés dans ce dossier, nous trouverons les mots invisible, controversé et indécent, mais aussi insolite, imaginaire, poétique et intéressant. Comme pour toute œuvre d'art, il peut y avoir autant de définitions que de personnes qui la découvrent. C'est peut-être ainsi à votre tour de vous y rendre afin d'en faire votre propre opinion !

> Localiser sur la carte Invisible Bordeaux map : La Maison aux personnages, place Amélie Raba Léon, Bordeaux.