Chez Invisible Bordeaux, nous avons pris l'habitude de lever les yeux vers les murs, les plaques et les fenêtres, mais dans un chemin qu...

Chez Invisible Bordeaux, nous avons pris l'habitude de lever les yeux vers les murs, les plaques et les fenêtres, mais dans un chemin qui traverse la forêt du Taillan-Médoc, dans la banlieue nord-ouest de Bordeaux, il faut plutôt baisser les yeux pour admirer ce qui est peint sur le sol : une œuvre sinueuse de 100 mètres de long, semblable à une marelle, composée de cases peintes à la main et inspirées des sites, des coutumes et des contes locaux. Nous vous présentons « Les Pieds au Sec ».


Cette œuvre est le résultat d'un projet (baptisé POP, pour Projet Optimiste Partagé) mené par la municipalité du Taillan en 2024 et 2025, avec le soutien actif d'un certain nombre d'acteurs culturels, et dont la réalisation a été confiée aux artistes multidisciplinaires Benjamin Grafmeyer et Colette Ducamp.


Partant d'une page blanche, les premières rencontres ont conduit les deux artistes à développer une idée autour d'un sentier surélevé emblématique, « la Levade du Médoc » (ou lébade). Il s'agissait d'un sentier pédestre qui reliait Bordeaux à Soulac en passant par Le Taillan, en quelque sorte la première route officielle dans cette zone au nord de Bordeaux. Il était surélevé afin de permettre aux promeneurs de rester au-dessus du niveau des marais environnants et ainsi de garder... les pieds au sec.

Des explications complètes sur chacun des 58 panneaux récurrents sont disponibles à côté des illustrations.

Partant de l'idée de créer leur propre forme de « levade », ils ont organisé des ateliers dans les écoles locales, les maisons de retraite, les clubs d'art et même au marché hebdomadaire, afin de recueillir des exemples des caractéristiques distinctives qui font aujourd'hui le charme du Taillan, qu'elles soient importantes ou apparemment insignifiantes ! Et lors d'une randonnée avec le club de jeunes de la ville, ils sont tombés sur le long terrain, non loin du tracé de la levade d'origine, qui allait accueillir le produit final.

Au cours d'autres sessions avec les participants au POLCA (Pôle culturel et artistique), le travail de création de pochoirs géants a commencé, et les élèves de l'école primaire ont contribué en utilisant un ensemble de formes prédéfinies pour concevoir certains des visuels qui se retrouveraient au sol.

La dernière étape a eu lieu en avril 2025, lorsque des écoliers et des bénévoles se sont joints aux artistes pour réaliser l'œuvre d'art à l'aide de pochoirs et de peinture. Celle-ci est donc bien installée dans le domaine public, accessible 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Et il s'agit bien sûr d'une œuvre interactive avec laquelle on peut jouer, grâce aux explications détaillées et les règles disponibles sur un panneau avoisinant ainsi qu'en ligne (le jeu serait adapté aux joueurs âgés de 3 à 101 ans).

Pour profiter pleinement de l'expérience, rien ne vaut une visite du lieu, mais pour vous donner un avant-goût, voici quelques-unes des cases peintes au sol (qui auraient déjà bien besoin d'un petit nettoyage) et ce qu'elles représentent :

Le lavoir (ci-dessus à gauche) : situé au centre du Taillan-Médoc, le lavoir prinicipal de la commune a été construit en 1870 et rénové en 2009. Comme partout ailleurs, il a longtemps été un véritable lieu de rencontre et un centre névralgique pour les commérages locaux !!

Le sergent mystère (au centre) : l'œuvre d'art a été installée sur l'allée du Sergent, mais l'identité du sergent en question reste... un mystère !

Chez Titine (à droite) : Titine fut la première personne du quartier Germignan du Taillan à disposer d'une ligne téléphonique. Elle était donc particulièrement bien informée des actualités et des développements locaux !

Les voitures fantômes (ci-dessus à gauche) : en juin 1940, un convoi surprenant de véhicules Citroën fit son apparition au Taillan-Médoc. Il était conduit par des ouvriers de l'usine Citroën et leurs familles, qui avaient fui Paris et avaient pour mission de cacher les voitures plus au sud, dans les Landes.

La place Général-de-Gaulle (à droite) : la place centrale de la ville était autrefois le territoire de moutons, mais c'est aujourd'hui le lieu où les gens se retrouvent pour discuter, prendre des nouvelles les uns des autres, et de refaire le monde. Santé !

Longue vie donc aux Pieds au Sec ! Espérons que cette œuvre s'intégrera durablement au paysage du Taillan-Médoc, et qu'elle finira peut-être même par faire partie intégrante du patrimoine de la ville, au même titre que les sites, les coutumes et les légendes que cette œuvre d'art célèbre ! 

Quelques images officielles de l'œuvre :   


P.S. Avant de conclure, il y a un bonus à partager : à proximité, près d'une autre route qui pénètre dans la forêt, on peut voir une vieille cabine téléphonique britannique rouge. Il ne semble y avoir aucune raison particulière à sa présence, mais elle est bel et bien là, et offre pour le moins un spectacle inhabituel. À en juger par la physionomie de la propriété voisine, il semble s'agir d'une initiative privée plutôt que d'une réalisation de la commune. 


Après quelques recherches, il semble s'agir d'un modèle K6, et le bas-relief représentant la couronne de Saint-Édouard indique donc qu'il a été fabriqué après 1953. Depuis les années 1990, lorsque les cabines téléphoniques rouges ont rapidement disparu du paysage britannique, la couronne a été repeinte en doré sur les modèles historiques au Royaume-Uni ; ici, cependant, elle a conservé sa peinture rouge d'origine. Malheureusement, il n'y a pas de téléphone à l'intérieur, donc si votre batterie est faible et que vous avez besoin de passer un appel lorsque vous êtes dans le quartier, il vaut peut-être mieux chercher « Chez Titine »...

> Localiser sur la carte Google Invisible Bordeaux : Les Pieds au Sec et Red telephone box, Le Taillan-Médoc.

Plusieurs des lieux présentés sur le blog Invisible Bordeaux, ainsi que quelques autres sites plus éloignés, figurent désormais dans Atlas O...


Plusieurs des lieux présentés sur le blog Invisible Bordeaux, ainsi que quelques autres sites plus éloignés, figurent désormais dans Atlas Obscura, le guide incontournable des lieux insolites et extraordinaires à travers le monde. Voilà qui fait étrangement plaisir !


Chez Invisible Bordeaux, je suis un lecteur assidu et un utilisateur fervent d'Atlas Obscura depuis plusieurs années. D'ailleurs, de récentes randonnées à vélo ont été volontairement organisées de manière à inclure des sites présentés dans l’atlas. Ce n'était qu'une question de temps avant que certaines des découvertes de Bordeaux et de la Gironde présentées sur le blog n'apparaissent sur Atlas Obscura, touchant ainsi le public international de cette superbe plateforme. Voici donc les sujets estampillés Bordeaux (et un peu au-delà) qui bénéficient désormais de cette visibilité supplémentaire.

Les jardins des villes jumelles


Ces jardins peu connus et quelque peu délabrés, qui ont été conçus pour donner aux visiteurs l'impression d'avoir été transportés comme par magie et instantanément dans d'autres parties du monde, à savoir plusieurs villes jumelées avec Bordeaux, dont Lima, Munich, Madrid et Casablanca, ont été un sujet récurrent sur le blog Invisible Bordeaux et ont même été transformés en chanson et en vidéo pour mon projet musical, Slowrush.

> Voir l'article Atlas Obscura.


Le quartier Mériadeck 


Ce quartier moderne sur dalle a vu le jour dans les années 1960 et 1970 après la démolition de tout un quartier résidentiel. Bien que de nombreux Bordelais ne l'aient jamais vraiment adopté, il est très apprécié d'amateurs d'architecture brutaliste, de photographes, de skateurs, de groupes de danse urbaine, et de blogueurs britanniques.

> Voir l'article Atlas Obscura.


Le mur végétal du square Vinet


À deux pas de la rue Sainte-Catherine, toujours très animée, à la jonction de deux ruelles pittoresques, vous trouverez une petite aire de jeux pour enfants qui abrite le plus grand mur végétal de la ville. Il s'étend sur deux côtés de la place qui se rejoignent dans une niche circulaire.

Voir l'article Atlas Obscura.


L'Ovniport d'Arès


La paisible station balnéaire d'Arès, située à l'extrémité nord du triangle du bassin d'Arcachon, dispose d'une piste d'atterrissage réservée aux objets volants non identifiés, bien que celle-ci soit plutôt minimaliste. Cet « ovniport » attend toujours son premier visiteur extraterrestre.

Voir l'article Atlas Obscura.

 


Les autres contributions d'Invisible Bordeaux à Atlas Obscura viennent d'un peu plus loin, mais ne vous laissez pas décourager pour autant !

Le Christ sur la Croix de Rembrandt au Mas d’Agenais (à 94 kilomètres de Bordeaux)


Le Mas d'Agenais est un village pittoresque surplombant la Garonne, situé à mi-chemin entre Bordeaux et Toulouse. Sa petite église paroissiale, l'église Saint-Vincent, abrite un trésor inattendu : un tableau peint par Rembrandt en 1631 !

> Voir l'article Atlas Obscura.




La pente d'eau de Montech 
(à 197 kilomètres de Bordeaux)


Cette prouesse technique remarquable a permis aux bateaux fluviaux de contourner une série de cinq écluses. Il suffisait pour cela d'un canal en pente de 125 mètres dans lequel deux locomotives diesel-électriques de 1 000 chevaux pouvaient déplacer les barges. Une pure folie.

Voir l'article Atlas Obscura.



L'ancien funiculaire d'Ayré Barèges
 (à 302 kilomètres de Bordeaux)


Cette randonnée tranquille dans les montagnes, au départ du village pyrénéen de Barèges, suit les voies désaffectées d'un funiculaire et mène à l'ancienne station d'arrivée, aujourd'hui abandonnée, qui offre un spectacle grandiose. L'une des cabines métalliques vertes de dernière génération du funiculaire est toujours en place, tandis que sa jumelle est visible à l'arrière de l'ancienne station de départ à Barèges.

Voir l'article Atlas Obscura.


Le village musée du Der (à peine 767 kilomètres de Bordeaux)


Ce musée conserve les vestiges de trois villages qui ont été submergés lors de la création du lac de Der au début des années 1970, destiné à protéger Paris des inondations en régulant le débit de la Marne. Les bâtiments transférés dans cet espace comprennent une mairie, une école, une église du XIVe-XVe siècle (avec son cimetière !), une grange, une forge et un pigeonnier.

Voir l'article Atlas Obscura.


> Retrouvez plus de 30 000 merveilles du monde sur le site atlasobscura.com, ou alors sur l'application dédiée, testée et recommandée par Invisible Bordeaux ! 

> Vous pouvez également suivre les actualités Atlas Obscura sur Instagram, Facebook, Youtube et ailleurs ! 

Il est facile de passer à côté sans les apercevoir, mais deux plaques sont apposées sur le mur à l'angle de la rue des Bahutiers et de l...


Il est facile de passer à côté sans les apercevoir, mais deux plaques sont apposées sur le mur à l'angle de la rue des Bahutiers et de la rue du Cancéra, dans le centre de Bordeaux. Elles rendent hommage à la vie et à la mort de Flore Célestine Thérèse Henriette Tristán y Moscoso, écrivaine franco-péruvienne et militante socialiste du XIXe siècle, plus connue sous le nom de Flora Tristan.


Flora Tristan est née à Paris en 1803. Bien qu'elle ait souvent spéculé sur la grandeur de ses ancêtres, elle était en réalité le fruit d'une liaison entre Mariano Eusebio Antonio Tristán y Moscoso, colonel dans la marine espagnole et membre de l'une des familles les plus puissantes du sud du Pérou, et Anne-Pierre Laisnay, une bourgeoise parisienne. Le couple s'était rencontré à Bilbao, en Espagne.

Cette cellule familiale informelle (les parents ne se sont jamais mariés) semble avoir perduré jusqu'à la mort de son père en 1807, après quoi la mère et l'enfant n'ont plus été en mesure de maintenir leur style de vie haut de gamme, en grande partie parce que leur maison avait été saisie par l'État français (le Pérou faisant partie de l'empire espagnol, il était considéré comme une nation ennemie à l'époque).
Source : Wikipedia
Les Belles Femmes de Paris et de la Province

Flora Tristan a trouvé son premier moyen d'échapper à cette pauvreté relative à l'âge de 17 ans, lorsqu'elle a épousé un graveur fortuné, André Chazal (elle était déjà enceinte de leur premier enfant, ils en auront trois au total). Cependant, leur relation s'est rapidement détériorée, Chazal se révélant être un mari jaloux et violent. Elle s'est enfuie en 1825 et a obtenu un règlement patrimonial en 1828, mais n'a jamais réussi à obtenir le divorce, ce qui a motivé son engagement dans la lutte pour les droits des femmes.

Après avoir passé quelque temps en Angleterre, Flora Tristan quitta Bordeaux pour le Pérou en 1833 afin de revendiquer l'héritage paternel contrôlé par son oncle. Considérée comme illégitime par sa famille, elle échoua dans cette entreprise, mais obtint une allocation pendant plusieurs années, ce qui lui permit d'acquérir une certaine indépendance financière. Ne se sentant pas à sa place socialement à Lima, elle finit par retourner à Paris, où elle rédigea un journal de voyage sur son séjour au Pérou intitulé Pérégrinations d'une paria.

Son statut d'auteure publiée lui permit de commencer à évoluer dans les cercles littéraires et socialistes parisiens, et elle continua à enrichir son expérience acquise au Pérou, où elle estimait que les femmes étaient plus libres et plus influentes qu'ailleurs. Elle poursuivit en produisant des ouvrages fondateurs sur l'égalité des femmes, le féminisme et les droits des travailleurs, devenant l'une des figures de proue du mouvement socialiste utopique des années 1840. Parmi ses ouvrages notables sur le thème de la justice sociale, citons Les promenades dans Londres (1840) et L'union ouvrière (1843).

L'hommage en céramique à retrouver sur la rue des Bahutiers.
En avril 1843, elle partit depuis Bordeaux pour un périple visant à évaluer les conditions de travail dans divers endroits et à partager ses réflexions sur l'égalité des droits entre les femmes et les hommes lors de conférences (100 réunions étaient prévues dans 20 villes). Ce voyage, conçu un an plus tôt lors d'un séjour précédent à Bordeaux, s'inspirait du modèle du « Tour de France » appliqué par les compagnons apprentis qui perfectionnaient leurs compétences en parcourant le pays.

Cependant, après 13 étapes, elle était à la fois épuisée physiquement et malade. Elle retourna à Bordeaux pour se faire soigner, mais mourut subitement de la fièvre typhoïde chez le journaliste Charles Lemonnier et son épouse Elisa. Elle fut inhumée le lendemain, non loin de là, au cimetière de la Chartreuse.

La maison de la dernière halte de Flora Tristan.

Les deux plaques situées rue des Bahutiers marquent donc l'endroit où « s'arrêtèrent pour toujours les pérégrinations de Flora Tristan », comme l'indique l'inscription sur les carreaux de céramique légèrement abîmés de l'ancienne installation, dévoilée en 1992 et arborant également les armoiries de Lima, capitale du Pérou et ville jumelée avec Bordeaux. La deuxième plaque, en métal, fournit des informations biographiques concises sur celle qui se décrivait comme « une aristocrate déchue, une femme socialiste et une ouvrière féministe ». Elle a été ajoutée en 2021 pour marquer le 200e anniversaire de l'indépendance du Pérou.



Une grande colonne, surmontée de deux livres en pierre (dont l'un porte le titre de son ouvrage L'union ouvrière), a été installée sur la tombe de Tristan au cimetière de la Chartreuse cinq ans après sa mort. Financée par les travailleurs, elle est signée collectivement « Les travailleurs reconnaissants » et porte l'inscription « liberté, égalité, fraternité ». Une cérémonie y est organisée chaque 14 novembre pour marquer l'anniversaire de sa mort, à laquelle assistent traditionnellement des associations de défense des droits des femmes, des représentants syndicaux, des dignitaires locaux et des historiens.



Enfin, l'héritage de Flora Tristan s'est étendu au-delà de ses pensées et de ses écrits. Sa fille, Aline Chazal, a épousé Clovis Gauguin, et le couple a eu un fils, Paul Gauguin. Celui-ci est bien sûr devenu un célèbre peintre et sculpteur postimpressionniste et symboliste.


> Localiser ces lieux sur la carte GoogleMap Invisible Bordeaux : the house where Flora Tristan died, Rue des Bahutiers, et Flora Tristan's grave, Cimetière de la Chartreuse, Bordeaux 


À l'approche des fêtes de fin d'année, pourquoi ne pas prendre le temps d'assister à une représentation de Une Maison de poupée ...


À l'approche des fêtes de fin d'année, pourquoi ne pas prendre le temps d'assister à une représentation de Une Maison de poupée d'Henrik Ibsen par la Compagnie Clapotis ? Six représentations auront lieu entre le 11 et le 14 décembre à la Halle des Chartrons à Bordeaux, dont trois en anglais et trois en français. Pour en savoir plus, Invisible Bordeaux s'est entretenu avec Joshua Stretton, à l’origine de cette compagnie de théâtre bilingue.


Joshua Stretton
(crédit : Victoria Hebrard).

Qu'est-ce qui prend forme ?


Nous mettons en scène une adaptation de Une Maison de poupée, une pièce norvégienne du XIXe siècle très connue en Scandinavie, au Royaume-Uni et aux États-Unis, mais sans doute moins en France. La pièce est centrée sur Nora, et l'histoire tourne autour de son mariage, de sa relation avec son mari et d'une décision qu'elle a prise dix ans plus tôt et qui revient la hanter. Il s'agit en substance d'une version du XIXe siècle d'un drame réaliste, dont l'histoire se déroule à huis clos. La pièce peut être considérée comme un texte féministe précurseur, centré sur une femme qui s'émancipe. Elle a connu un grand succès lors de sa création et reste tout aussi inspirante aujourd'hui.

Pouvez-vous nous présenter la Compagnie Clapotis ?


Mon épouse Emily Guernsey et moi-même sommes les partenaires créatifs à l'origine de la Compagnie Clapotis, une troupe de théâtre « immersif » et bilingue. Emily est originaire du Maine, aux États-Unis, et je viens du Somerset, au Royaume-Uni. Nous nous sommes rencontrés à Paris alors que nous travaillions sur des productions shakespeariennes en plein air. Nous avons déménagé à Bordeaux en 2022 et avons créé la compagnie afin de nous consacrer au théâtre non traditionnel dans des espaces non conventionnels. 

Pouvez-vous nous parler de vos autres projets/formats ?


Nous organisons également des « Director's Labs », un programme né à Paris que nous aimerions reproduire à Bordeaux. Il s'agit de cours de théâtre destinés à aider les metteurs en scène. Nous explorons différents styles et encourageons plusieurs metteurs en scène à développer un concept, qui est ensuite répété avec des comédiens. Nous organisons également des séminaires pédagogiques sur Shakespeare, basés sur notre expérience acquise au cours des dix dernières années.

En ce qui concerne Une Maison de poupée, qui sera sur scène ? 


Quatre acteurs jouent six rôles, dont deux sont de langue maternelle française et deux de langue maternelle anglaise. Yolanda Creighton, qui est originaire de Paris, joue Nora, tandis que je joue son mari, Torvald. Les deux autres acteurs, Mayte Perea López (qui est franco-espagnole) et Paul Wilson (un Anglais basé près de Bordeaux), jouent chacun deux rôles. Emily assure la mise en scène du spectacle !

De gauche à droite : Yolanda Creighton, Paul Wilson, Mayte Perea López (crédit: Victoria Hebrard).

Quelle est la réflexion derrière les représentations en anglais et en français, et quels enseignements tirez-vous du fait de travailler sur deux versions d'une même pièce ?


L'idée est de tester le terrain à Bordeaux avec du théâtre en anglais, mais nous voulons également attirer le public local, d'où les représentations en français.

En travaillant sur la pièce, nous avons réalisé que le français est une langue beaucoup plus directe que l'anglais, qui est plus nuancé. Par exemple, dans une scène au début de la pièce, je considérais l'interaction entre le mari et la femme comme une taquinerie amicale en anglais. Cependant, lors des auditions en français, tout le monde a interprété cette scène comme une dispute. Lorsque nous avons interrogé les actrices que nous avons choisies, elles ont indiqué qu'elles trouvaient cet échange brusque.

Les deux versions que nous jouons seront aussi similaires que possible, avec néanmoins quelques différences. La présence de deux acteurs natifs français et de deux natifs anglais ajoute à l'unicité du projet.

Cette mise en scène en ronde, est-ce quelque chose auquel vous êtes habitués ?


C'est quelque chose que nous avons déjà fait plusieurs fois. Ce format est très libérateur, mais il faut beaucoup de talent scénique pour abandonner l'idée qu'il faut regarder dans une seule direction ! La pièce implique beaucoup de mouvements et de fréquents changements d'angle. Cette configuration nous permet également d'utiliser une grande scène sur laquelle nous allons reproduire un appartement avec tout son mobilier.

Paul et Joshua lors des répétitions (crédit: Victoria Hebrard). 

Pourquoi avoir choisi Une Maison de poupée et pourquoi votre version se déroule-t-elle dans les années 1930 ?


C'est principalement l'intrigue qui nous a séduits. Nous voulions la moderniser, mais certaines contraintes scénaristiques, notamment un rebondissement lié à un emprunt, auraient nécessité des changements importants si nous avions choisi de la transposer à l'époque actuelle. Nous avons donc opté pour les années 1930, une période intéressante à considérer aujourd'hui, avec en toile de fond la crise financière de l'époque. Nous avons décidé de conserver le cadre norvégien afin de respecter les conventions de l'œuvre originale. Nous sommes convaincus que le public ne prêtera pas attention au fait que les dialogues sont en anglais ou en français !

Qu'espérez-vous que le public retienne de ces représentations ?


Nous espérons qu'il appréciera une pièce de théâtre bien produite, interprétée avec brio, sous la forme d'un drame intense et haletant du début à la fin, qui constituera une expérience intense à tous les niveaux ! Cela pourrait également susciter une discussion sur la langue : pour ceux qui viennent voir la pièce en anglais, est-ce vraiment ce qu'ils veulent ? Pour ceux qui le voient en français, ont-ils trouvé intéressant de voir une pièce qui n'est pas une pièce française typique ? Nous espérons également que le public appréciera de découvrir le théâtre dans un cadre aussi intime.

Où peut-on acheter les billets et où les lecteurs peuvent-ils se tenir informés de l'actualité de la Compagnie Clapotis ?


Les billets peuvent être achetés via notre site web ou la plateforme HelloAsso. Ils sont au prix de 18 €, avec des tarifs réduits à 14 €, et il existe également des réductions « payez ce que vous pouvez » pour les représentations en journée car nous pensons que le prix des billets ne doit pas être un obstacle pour le public. Et vous pouvez suivre l'actualité de la Compagnie Clapotis sur notre compte Instagram !

🎭 Une Maison de poupée de Henrik Ibsen
📅 Dates : du jeudi 11 au dimanche 14 décembre (en anglais le jeudi 11 à 19:00, samedi 13 à 15:00 et 19:00, en français le vendredi 12 à 19:00, dimanche 14 à 15:00 et 19:00)
📍 Lieu : Halle des Chartrons, Bordeaux

> Site web Compagnie Clapotis
> Billetterie
> Compagnie Clapotis sur Instagram

> This article is also available in English

  Après avoir passé plusieurs mois sur ce blog à mélanger maladroitement et peut-être de manière confuse des interviews musicales avec des r...

 


Après avoir passé plusieurs mois sur ce blog à mélanger maladroitement et peut-être de manière confuse des interviews musicales avec des récits sur des lieux insolites et des anecdotes sur Bordeaux et la Gironde, le moment est venu pour le podcast Invisible Bordeaux Music de voler de ses propres ailes avec son site web dédié.


Car, comme vous le savez peut-être, depuis fin 2024, le podcast dérivé du blog Invisible Bordeaux se concentre à 100 % sur la scène musicale locale, mettant en avant des artistes confirmés et émergents, couvrant les festivals, discutant avec des disquaires, etc. Il reste encore de nombreux musiciens, salles de concert et influenceurs locaux à ajouter à ma longue liste d'invités potentiels. Et tout cela parce que a) oui, j'aime vraiment la musique et b) la scène musicale bordelaise méritait sans aucun doute son propre podcast.


Désormais, le blog original le Bordeaux Invisible se concentrera à nouveau exclusivement sur l'exploration des histoires surprenantes que la ville et ses environs ont à offrir. D’ailleurs, plusieurs dossiers inédits sont actuellement en préparation et seront publiés prochainement. En attendant, pour votre dose audio de la scène musicale locale, rendez-vous sur invisiblebordeauxmusic.blogspot.com, où vous pourrez dès à présent écouter le dernier épisode, dans lequel j'interviewe YADĒ, star montante de la musique électronique (enregistrement en photo ci-dessus).

Le site web sert également de portail donnant accès aux épisodes précédents. Et si vous aimez les podcasts, n'oubliez pas de vous abonner à Invisible Bordeaux Music, quelle que soit la plateforme que vous utilisez. Il est disponible sur Spotify, Apple Podcasts, Deezer, Amazon Music, PocketCasts, Podbean, RadioPublic, ainsi que sur la chaîne Invisible Bordeaux sur Youtube.

Bonne visite et bonne écoute !

Photo : Hugo Martins

Cette interprétation en mosaïque des armoiries de la ville de Bordeaux est visible dans un des jardins des villes jumelles (réserve écol...

Cette interprétation en mosaïque des armoiries de la ville de Bordeaux est visible dans un des jardins des villes jumelles (réserve écologique des Barails) et fait partie des nombreux motifs que l'on peut apercevoir à travers la ville. Mais que représentent les différents éléments ? Commençons par le haut.

Le blason est surmonté d'un segment azur composé de la silhouette distinctive de la fleur de lys, le lys stylisé qui était le symbole de la royauté française. Comme nous le verrons plus loin dans cette page, cette partie des armoiries n'a pas toujours figuré !

Sous les fleurs de lys se trouve un lion (ou léopard ?), vestige des années passées par la ville sous domination britannique, de 1154 (date du mariage d'Aliénor d'Aquitaine avec Henri, duc de Normandie, futur Henri II d'Angleterre) jusqu'en 1453, date de la bataille de Castillon qui marqua la fin de la guerre de Cent Ans.

Les fortifications représentent l'hôtel de ville médiéval, dont il ne reste aujourd'hui que la porte, ses deux tours centrales et son belvédère : il s'agit de la porte Saint-Éloi, l'une des principales portes d'entrée de la ville historique de Bordeaux, et de sa célèbre cloche, la Grosse Cloche (qui, fait inhabituel, n'est pas clairement représentée sur la mosaïque ci-dessus).

Nous terminons avec les eaux bleues de la Garonne (même si une nuance de marron serait sans doute plus exact), surmontées d'un croissant représentant la forme du fleuve qui traverse la ville... d'où le surnom de Bordeaux : le Port de la Lune.

Représentations du blason de la ville sur les murs de l'Hôpital Saint-André (notez les quantités abondantes de fruits), le monument Camille Godard dans le Parc Bordelais et à l'extérieur de l'actuel hôtel de ville, le Palais Rohan.
Il convient alors de noter que lorsque la ville était sous domination britannique, le blason ne comportait pas un seul lion, mais les trois lions caractéristiques de l'Angleterre, que l'on peut encore voir sur les armoiries royales du Royaume-Uni (et sur les maillots de l'équipe de football anglaise). Deux exemples célèbres des trois lions de Bordeaux (sans les fleurs de lys, bien sûr !) sont exposés au musée d'Aquitaine. À gauche, une sculpture en calcaire datant de la fin du XVe siècle ou du début du XVIe siècle, et à droite, un vitrail du XVe siècle qui se trouvait à l'origine dans la chapelle Notre-Dame-de-la-Rose de la basilique Saint-Seurin.


Parfois, comme on peut le voir plus haut sur la page, le bouclier est rehaussé d'une couronne murale, symbolisant le statut de capitale départementale de la ville. L'« accomplissement » complet, comme on peut le voir ci-dessous, comprend également des antilopes enchaînées, les chaînes étant attachées à des couronnes autour de leur cou qui, là encore, arborent le motif de la fleur de lys. Si quelqu'un peut m'éclairer sur la signification de tout cela, je suis tout ouïe. Les dessins complets comme celui-ci incluent même la devise royaliste de la ville, dont la version complète est : « Lilia sola regunt lunam unda castra leonem » ou « les lys seuls règnent sur la lune, les vagues, la forteresse et le lion », c'est-à-dire une description en latin en une seule phrase du blason lui-même !

Ce motif élaboré, accompagné d'une devise abrégée, est visible sur les murs de l'actuel Collège Francisco Goya (rue du Commandant Arnould).
À partir du milieu du XVIIe siècle, le croissant a été extrait du blason, multiplié par trois et utilisé comme emblème de la ville. De nos jours, il est considéré comme le logo de Bordeaux ! Comme on peut le voir ci-dessous avec les croissants « flottants », il a peut-être fallu quelques années pour peaufiner le détail : la « borne de juridiction » représentée ici est l'une des nombreuses bornes disséminées dans la banlieue de la ville (celle-ci se trouve dans le parc du château Lescombes à Eysines). À une époque, des pierres comme celle-ci marquaient les limites de la banlieue de Bordeaux.

L'emblème à trois croissants à Eysines (sous une forme embryonnaire), sur un repère pour les pèlerins du chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle, sur les murs de la salle des fêtes du Grand Parc et lors d'un salon artisanal à Cour Mably.
Et pour finir, restons en banlieue pour découvrir l'une de mes interprétations préférées du blason de Bordeaux : elle se trouve à l'extérieur de la base aérienne militaire BA106, dans le quartier Beutre de Mérignac, et revisite les motifs anciens dans un style moderne et minimaliste. Mais au lieu des antilopes, on trouve ici de larges ailes et... c'est un petit avion militaire qui porte tout le poids de la ville !


Merci à Antoine Puentès pour quelques informations utiles !

Cet article raconte comment un dossier du blog d'Invisible Bordeaux sur l'influente star du cinéma muet Max Linder est devenu une ch...



Cet article raconte comment un dossier du blog d'Invisible Bordeaux sur l'influente star du cinéma muet Max Linder est devenu une chanson, et vient d'être adapté en un court-métrage bouleversant, que voici, avec le récit complet plus bas !




En 2012, le blog Invisible Bordeaux s'est associé à Adam Roberts du côté d'Invisible Paris pour produire un dossier commun sur Max Linder. En bref, Max Linder, né Gabriel Leuvielle à Saint-Loubès, aux bords de la Garonne un peu au nord de Bordeaux, était un réalisateur et interprète prolifique de films comiques qui a atteint une importante renommée dans les premières années du 20e siècle, influençant fortement de nombreux futurs grands, dont Charlie Chaplin.


La Première Guerre mondiale a mis un terme momentané à ses activités et, bien que sa carrière ait atteint de nouveaux sommets par la suite, tant à Hollywood qu'en Europe, Max, après la guerre, était une âme torturée. À 40 ans, il a épousé la jeune (17 ans) Ninette Peters, mais leur relation houleuse et complexe a abouti à la mort du couple dans une chambre d'hôtel à Paris en 1925.

Au moment de leur mort, la fille de Max et Ninette, Maud, n'avait même pas deux ans. Elle a ensuite été élevée d'abord par ses grands-parents maternels et l'existence même de Max Linder a été presque effacée de l'histoire, à tel point qu'elle a d'abord grandi en ignorant qui était son illustre père.


Lorsqu'elle l'a découvert, elle a cherché à reconstituer son héritage pièce par pièce, en compilant, en documentant et en restaurant des films (y compris des bobines qui auraient été trouvées dans le jardin de la résidence familiale, après y avoir été enterrées par le frère de Max). Au fil des ans, l'œuvre de Max Linder a retrouvé la place qui lui revenait, Maud Linder réalisant des livres, des documentaires et des coffrets qui lui étaient consacrés, et aujourd'hui, une grande partie de ce qu'elle a découvert est disponible en accès libre sur Youtube. Sa quête a duré toute sa vie, jusqu'à sa mort à l'âge de 93 ans en 2017.


Tout cela a constitué la base inhabituelle d'une chanson écrite, enregistrée et diffusée par mon groupe Slowrush en 2021 : « Secret Garden ». Et voilà qu'en 2025, nous avons été contactés par un groupe d'étudiants de l'ESD, École Supérieure du Digital de Bordeaux (dont mon fils aîné, Nathan Pike), qui, dans le cadre d'un projet de fin d'année, ont ainsi utilisé la chanson comme base d'un court-métrage émouvant qui a été étroitement scénarisé pendant une quinzaine de jours avant d'être tourné et monté en moins d'une semaine, mode projet oblige !


L'équipe à l'origine du clip la présente aux étudiants de l'ESD et au personnel enseignant.

La vidéo suit de près la structure de la chanson, se concentrant d'abord sur Maud Linder (interprétée par Anouchka Csernakova) qui déterre littéralement des preuves du passé de Max Linder, puis s'efforce de trier les différents archives à sa disposition. L'action se déplace ensuite en 1925, où Max Linder (Rémy Dhelias), visiblement troublé, partage une dernière danse avec Ninette Peters (Léa Ray) avant leur mort prématurée. La vidéo se termine par une longue séquence en timelapse qui montre Maud partageant ses découvertes avec une assemblée impromptue de connaissances de toutes générations, désireuses d'en savoir plus sur la star oubliée du cinéma girondin lors d'un visionnage en plein air des œuvres de Max Linder. Pendant ce temps, la musique d'accompagnement monte en crescendo, ajoutant des couches supplémentaires de tension jusqu'à ce qu'une Maud solitaire éteigne le projecteur. 


Le produit final est un véritable régal et toutes les personnes impliquées sont très fières d'avoir contribué à cette sensibilisation à l'artiste exceptionnel qu'était Max Linder, ainsi qu'au temps, aux efforts et à l'énergie que Maud Linder a consacrés à la diffusion de son œuvre dans le monde. Un grand merci aux acteurs talentueux et inspirants Anouchka Csernakova, Rémy Dhelias et Léa Ray, aux figurants et aux musiciens qui ont participé à la scène du cinéma en plein air d'un soir, et à tous les membres de l'équipe ESD qui sont partis d'une chanson de Slowrush pour façonner ce magnifique court métrage !


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Nous sommes à Lacanau-Océan, sur la côte atlantique à une soixantaine de kilomètres à l'ouest de Bordeaux, et nous sommes à l'e...


Nous sommes à Lacanau-Océan, sur la côte atlantique à une soixantaine de kilomètres à l'ouest de Bordeaux, et nous sommes à l'extérieur d'un bâtiment angulaire qui pourrait facilement être confondu avec des bureaux ou un entrepôt, voire un supermarché. Il s'agit en fait d'une église, Notre-Dame des Flots, et ce lieu atypique, son curieux design minimaliste et son architecture en briques rouges ont été labellisés « Patrimoine du XXe siècle » ! Quelle est l'histoire qui va avec ?

En 1907, alors que la station balnéaire de Lacanau-Océan était encore toute jeune, l'un des premiers promoteurs immobiliers érigea une petite chapelle en bois, rue de la Paix non loin du bord de mer, pour permettre aux vacanciers d'assister à des messes qui, à partir de 1920, avaient lieu quotidiennement pendant la saison estivale. Bien qu'elle ait été agrandie au fil du temps, la chapelle se révéla finalement trop petite. De plus, elle devait faire face à deux menaces : être engloutie par les dunes de sable et / ou rongée lentement par les termites ! 

La première chapelle dans les dunes. Notons à droite la fenêtre supplémentaire ajoutée suite à son agrandissement. Source photos : delcampe.net
La chapelle fut abandonnée et détruite, et la décision fut prise de construire un édifice plus durable. Un terrain plus important fut acquis par le diocèse de Bordeaux en 1960, l'achat coïncidant avec la création d'une structure paroissiale locale, l'Association Paroissiale de Lacanau-Océan. Pendant cette période de transition, des messes furent organisées sur place en plein air. Mais, vues les fréquentes intempéries, une nouvelle structure temporaire en bois fut bientôt construite sur ce nouvel emplacement.

En 1964, un accord fut ratifié par les représentants de l'archevêque de Bordeaux, le curé de Lacanau et le président de l'Association paroissiale s'engageant à la construction d'une nouvelle église, selon les plans de Patrick Maxwell, Jean-Claude Moreau et Francis Duclos (architectes Agora). Les finances prirent la forme d’un prêt des Chantiers Diocésains de l’Église catholique ; les 220 000 francs allaient devoir être remboursés en 20 versements annuels de 17 000 francs (en faisant le calcul, il est facile de comprendre qu'il y avait des taux d'intérêt conséquents !). Afin de rembourser la dette, la paroisse signait donc pour des années de kermesses, quêtes et collectes, ou de location de l'église comme salle de spectacle. (Elle reste aujourd'hui encore une salle de concert occasionnelle.)

Pose de la première pierre en 1964.
Source photo : fiche historique
disponible dans l'église.
La première pierre fut posée par le cardinal archevêque de Bordeaux Monseigneur Richaud en août 1964. Des contraintes budgétaires conduisirent à des plans revus à la hâte pour le bâtiment, ce qui aboutit peut-être à ce produit relativement rudimentaire livré en 1967. À certains égards, il s'agissait d'une conception modulaire : grâce à l'utilisation de panneaux, une partie chauffée du bâtiment pouvait à l'origine être isolée pour servir de chapelle d'hiver pour les fidèles présents à l'année, tandis que l'espace complet n'était utilisé que lorsque l'église fonctionnait à plein régime pendant la saison estivale, où il pouvait accueillir jusqu'à 600 visiteurs. Le bâtiment comprenait également un petit appartement où les prêtres en résidence pouvaient séjourner.

Mais ces contraintes budgétaires susmentionnées allaient avoir d'autres effets collatéraux dix ans plus tard, quand il fut constaté que la structure en fer n'était que peu adapté à l'air marin, que certains des matériaux n'étaient pas de la meilleure qualité, que le toit était tout sauf étanche et que l'installation électrique devait être remplacée. Le bâtiment subit donc une refonte massive et au cours de la décennie suivante, la paroisse concentra davantage son budget à l'entretien de l'église qu'au remboursement de sa dette.

Brique et mortier.
En 1991, le bâtiment fut grandement embelli par l'installation de quelques vitraux et un émail de Raymond Mirande fabriqués par les verriers Ateliers Dupuy-Fournier, ainsi que par l'ajout d'une mince rangée de vitraux qui longent chaque côté de l'église juste en dessous de la hauteur du plafond. Parmi les principales créations de Raymond Mirande, qui sont positionnées derrière l'autel, la première représente l'arche de Noé, la seconde la Vierge Marie et son fils adolescent, et la troisième comprend une série d'images allant d'une colombe de paix à des représentations de la Pentecôte et de Jérusalem.

Les vitraux et l'émail derrière l'autel, et les vitraux qui longent les deux côtés du bâtiment.
Un des vitraux Mirande. Crédit photo Harvey Morgan (https://avec33.fr/).
La vie de l'église suivit son cours jusqu'en 2000, lorsqu'un rapport de sécurité conclut qu'elle n'était pas aux normes en termes d'ouvertures et ne pouvait raisonnablement accueillir que 200 personnes au lieu de 600 ! La paroisse travailla avec un architecte pour créer des issues supplémentaires afin de permettre à l'église de reprendre ses activités à pleine capacité au cours des premières années du 21e siècle, période notamment marquée par l'attribution, en septembre 2015, juste avant le 50e anniversaire, du prestigieux label « Patrimoine du XXe Siècle ». Hourra !

L'extérieur de l'église, dont la grande entrée principale et, en bas à gauche, l'arrière du bâtiment comprenant l'appartement à l'étage.
L'église n'est généralement pas ouverte au grand public en dehors des messes, mais en visant récemment une arrivée sur place vers midi un dimanche, la porte était encore ouverte et, en compagnie de quelques amis, nous avons pu rentrer et avons été chaleureusement accueillis par deux dames en pleine séance de rangement après la messe du jour. Nous avons fait en sorte de ne pas trop nous attarder mais nous avons trouvé le temps d'admirer les vitraux et une cloche de 330 kilos qui est conservée à l'intérieur et qui était auparavant la propriété d'un couvent à Lyon.

Vue générale de l'intérieur de l'église et la cloche lyonnaise. Remarquez le plafond / toit en tôle ondulée ; le bruit doit être assourdissant lorsqu'il pleut !
Nos hôtes nous ont également conduits spontanément aux dépliants détaillant l'histoire de l'église, car elles ont rapidement précisé qu'il y avait peu ou pas d'informations disponibles sur Internet. Voilà qui est donc réglé par la publication de ce dossier Invisible Bordeaux, rédigé presque exclusivement sur la base des informations d'archives contenues dans un de ces dépliants réalisés par l'Association Paroissiale de Lacanau-Océan. Un grand merci à ces anonymes qui ont ainsi partagé l'histoire de Notre-Dame des Flots… sans aucun doute l'un des lieux de culte les plus intéressants et insolites de la Gironde !

> Localiser sur la carte Invisible Bordeaux : Notre-Dame des Flots, 12 avenue de l'Adjudant Guittard, Lacanau-Océan
> Un grand merci aux deux dames très sympathiques qui nous ont permis de voir l'intérieur de l'église, ainsi qu'aux rédacteurs de la fiche d'information historique éditée par l'Association Paroissiale de Lacanau-Océan dont le contenu a largement alimenté ce dossier ! 
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Une publication intéressante récemment vue sur les réseaux sociaux mettait en avant un clip des années 1970 où l’on voit un aéroglisseur su...

Une publication intéressante récemment vue sur les réseaux sociaux mettait en avant un clip des années 1970 où l’on voit un aéroglisseur sur l’estuaire de la Gironde, assurant la liaison entre Lamarque et Blaye, une ligne que l’on associe plus naturellement aux « bacs ». Il s’agissait d’une découverte pour moi, et c’est en enquêtant sur le sujet que j’ai appris le lien important entre ce mode de transport et la commune de Pauillac. Quel était donc ce lien, et par où commencer ?
 

Le point de départ naturel est l’histoire de l’un des innovateurs français les plus emblématiques de tous les temps, Jean Bertin (1917-1975). Entre autres réalisations, Bertin inventa la technique d'inversion de poussée utilisée par de nombreux avions à réaction pour ralentir à l'atterrissage. Il fut également à l'origine du célèbre concept de train sur coussin d’air, « l'Aérotrain », développé entre 1965 et 1977. À l’époque l’Aérotrain perdit sa bataille contre le TGV, mais n'est pas sans rappeler les projets actuels d'hyperloop qui prennent forme.


 Jean Bertin (source photo : Aéroclub Jean Bertin) et son célèbre Aérotrain. Ainsi qu'une moissonneuse batteuse.

Dès 1955, Bertin fonde sa propre entreprise, Bertin et Cie, et crée au fil des années diverses filiales dédiées à ses différentes innovations. C’est notamment le cas pour le projet Aérotrain, suivi en 1965 par la création de la SÉDAM (Société d'Étude et de Développement des Aéroglisseurs Marins), opérant à Marignane, près de Marseille, avec une usine de fabrication près de Bayonne. La SÉDAM était également axée sur les technologies liées aux coussins d'air et était spécifiquement focalisée sur le développement et la production de ce qui allait devenir sa gamme d'aéroglisseurs amphibies, le « Naviplane ».

Le premier grand livrable de la SÉDAM était un Naviplane de 30 tonnes, le N300. Deux unités furent produites, la Baie des Anges en 1967, configurée pour transporter du fret, puis, l’année suivante, la Croisette, conçue pour transporter jusqu'à 90 passagers. Toutes deux entrèrent en service sur la côte méditerranéenne, faisant la navette entre l'aéroport de Nice, Cannes, Saint-Tropez, Monaco et San-Remo en Italie. La SÉDAM produit également un modèle beaucoup plus petit, le N102, conçu pour transporter deux membres d'équipage et 12 passagers. Ce dernier n'a jamais connu de succès significatif, malgré de nombreux essais commerciaux comme, par exemple, entre la station balnéaire de la Grande Motte et des plages isolées.


Un N300 à Nice (source photo : Reddit) et un N102 au large de la Grande Motte (source photo : Le Maxi-Mottain).


Et voilà qu'en 1971, le N300 Baie des Anges fut acquis par le département de la Gironde et transformé afin d'être utilisé en binôme avec le bac existant pour assurer la liaison entre Blaye et Lamarque, ainsi que pour relier Pauillac et parfois Bordeaux (vers une plate-forme située juste à côté du Pont d'Aquitaine). Il pouvait ainsi transporter quatre véhicules et 38 passagers et il ne lui fallait que cinq minutes pour se rendre d'une rive à l'autre de l’estuaire de la Gironde. Ce Naviplane fonctionna ainsi entre juillet 1971 et décembre 1975, totalisant 20 000 trajets et 4 000 heures de vol.

Pourquoi le conseil départemental est-il revenu à un service basé uniquement sur un bac traditionnel ? Trois facteurs sont facilement identifiables. Premièrement, les nuisances sonores à l'arrivée et au départ du Naviplane, en particulier dans le centre-ville de Blaye, devaient être peu appréciées des riverains. Deuxièmement, le ferry avait une capacité bien plus grande, étant capable de transporter 40 véhicules et 350 passagers. Et enfin, la Baie des Anges a subi quelques incidents malheureux. Dans un cas, la porte avant du Naviplane n'avait pas été correctement fermée en début de traversée. Et lorsque le pilote s’en rendit compte, il freina brusquement. La porte s'ouvrit, l'eau entra à l’intérieur et une Citroën de luxe se retrouva au fond de l'estuaire ! Heureusement, personne ne fut blessé. Puis, lors d'une autre traversée nocturne, l'aéroglisseur entra en collision avec un mât radar stationnaire au large de Lamarque, causant des dommages structurels à l'engin.


Carte postale souvenir (source : Aeromed).

À Lamarque, la Paillote de Steph se trouve désormais là où la Baie des Anges arrivait jadis.
 
Selon divers témoignages, c'est dans cette zone au pied du pont d'Aquitaine que l'aéroglisseur faisait escale à Bordeaux.

Pendant ce temps, en 1973, le SÉDAM avait du mal à joindre les deux bouts mais commença à travailler sur un modèle beaucoup plus important de 260 tonnes, le N500, le plus grand aéroglisseur de passagers de son temps, conçu pour transporter jusqu'à 400 personnes, 55 voitures et cinq autocars à des vitesses allant jusqu'à 70 nœuds (environ 130 kilomètres à l'heure). Deux commandes fermes furent obtenues pour ce projet plus ambitieux, du département de la Gironde (en vue d’assurer la traversée Royan-Le Verdon à l'embouchure de l'estuaire de la Gironde), et de la SNCF (pour la traversée de la Manche). Parmi d’autres pistes commerciales de l’époque, citons la liaison entre Nice et la Corse, ou encore un projet canadien.

Sans doute attirée par l'air revigorant de l'estuaire de la Gironde, en décembre 1975, la SÉDAM déménagea à Pauillac, opérant depuis un grand hangar face à l’estuaire, juste au nord de la ville. C'est donc à Pauillac que commencèrent les travaux du N500, menés par un certain Paul Guienne, qui avait également dirigé les études sur le projet Aérotrain. La SÉDAM démarra la construction des deux premiers Naviplane : le N500-1, pour la commande girondine, fut renommé la Côte d'Argent, tandis que le N500-2 pour la SNCF devait initialement s'appeler la Côte d'Opale, mais fut renommé l'Ingénieur Jean Bertin en hommage à l’innovateur, disparu pendant cette période. Mais la suite n’allait pas être si simple pour les deux N500… 

Le vol inaugural réussi de la Côte d'Argent eut lieu sur l'estuaire en avril 1977. Mais lors d’une séance de travaux de réparation réalisés par des sous-traitants de la SÉDAM le mois suivant (en amont d'une visite ministérielle), une technicienne marcha sur une ampoule qui explosa, mettant le feu à un bidon de dissolvant. L'ensemble de l'engin prit feu et fut totalement détruit en moins d'une heure, tout cela quelques jours avant son inauguration par le prince Charles. Cette fin tragique est détaillée, avec de nombreuses photos d'archives, ici.

L'épave du N500-1. Photo diffusée par l'unité d'investigation et parmi de nombreuses images qui figurent sur l'excellent site internet entièrement dédié aux Naviplane.

Quant à l'Ingénieur Jean Bertin, après un voyage épique de Pauillac à Boulogne-sur-Mer qui dura 25 heures avec de nombreuses escales de ravitaillement le long des côtes de l’Atlantique et de la Manche, il entra en service en 1978 aux couleurs de Seaspeed, la société commune SNCF / British Rail. Il opéra aux côtés de deux aéroglisseurs britanniques SR.N4 « classe Mountbatten », et permettait de traverser la Manche en moins de 30 minutes (dont un record de 22'15" entre Douvres et Calais qui ne fut pas homologué faute d’huissier !).

En 1981, l'Ingénieur Jean Bertin fut repris par la société Hoverspeed (résultat de la fusion entre Seaspeed et Hoverlloyd) et fut largement rénové à la demande de la SNCF, rentrant en service pour une courte période en 1983 avant d'être mis à la retraite, puis abandonné et démantelé sur une plage à Boulogne-sur-Mer en octobre 1985. 

Plus généralement, les lignes aéroglisseurs de la Manche allaient entrer dans une spirale descendante avec l'ouverture du tunnel sous la Manche en 1994. Le dernier aéroglisseur transmanche fut retiré du service en 2000. 


L'
Ingénieur Jean Bertin N500 s'approchant du port de Douvres. Source photo : Wikipedia


Revenons à Pauillac où la SÉDAM allait mal. Le département de la Gironde avait retiré sa seule commande, choisissant de réorienter les fonds vers des besoins jugés plus urgents (infrastructure routière et écoles). De plus, la SNCF n’était pas prête à s’engager sur d’autres commandes, préférant le SR.N4 britannique. Vers la fin des années 1970, l'entreprise fut reprise par les constructeurs navals Dubigeon-Normandie, mais s’effondra pour de bon en 1983, son projet final étant sans doute la rénovation d'un N102 qui avait été acheté de nombreuses années auparavant par un entrepreneur égyptien basé aux Émirats Arabes Unis.

Malgré la disparition de l’entreprise, le hangar de Pauillac hébergeait toujours les deux aéroglisseurs N300 à la retraite, ainsi que quatre N102. Une vente aux enchères eut lieu en mai 1983 et un ferrailleur bordelais acheta les N102. Un restaurateur acquit la Baie des Anges avec l'intention de la transformer en restaurant à Pauillac mais n’obtint pas les autorisations nécessaires. De nouveaux projets de vente n’aboutirent pas et l'appareil resta donc dans l'entrepôt. La Croisette fut rachetée par un ferrailleur de Pauillac mais resta également sur place. Fin 1983, les deux furent ferraillés et l'histoire du SÉDAM se termina dans l’indifférence.

Alors, que reste-t-il aujourd'hui de l'histoire de la SÉDAM et de ce chapitre pauillacais ? À Pauillac, l'entrepôt SÉDAM est désormais utilisé par la société vinicole Baron Philippe de Rothschild pour le stockage de ses marchandises avant distribution dans le monde entier. Face à l’imposant hangar et du vaste espace qui est désormais un parking (lieu de l'incendie fatidique de 1977 qui a détruit le N500-1), une grande plate-forme en béton rappelle l'endroit exact où les aéroglisseurs se lançaient sur l'estuaire. 

 Grâce à l'excellent site Remonter le Temps de l'IGN, il est tout à fait possible de redécouvrir la configuration d'antan. Nous voici en 1976 avec ce qui pourrait être deux N102 stationnés devant le hangar.

Et voici la même vue en 1977... avec un N500 solitaire, sans doute l'Ingénieur Jean Bertin.

De ces N102 repris par le ferrailleur bordelais, deux furent récupérés ces dernières années à Villenave d’Ornon par un groupe de passionnés en vue de les rénover et de les restaurer. Cette aventure est racontée en détail ici mais, pour résumer, retenons que les deux épaves furent transformées en un Naviplane N102 tout beau qui est aujourd’hui fièrement exposé en permanence à l'extérieur du château de Savigny-lès-Beaune en Bourgogne, comme le montre clairement la vue satellite de Google de la zone ci-dessous à droite !

Source photo de gauche : hangarflying.eu

Enfin, alors que l'utilisation des aéroglisseurs pour transporter de grands nombres de passagers est moins répandue de nos jours (à quelques exceptions près, comme sur la liaison entre Portsmouth et l'île de Wight), la technologie continue de faire ses preuves dans des situations militaires complexes ou pour faire face à des reliefs accidentés où aucun autre type d'engin n'est capable d'opérer. Et, qui sait, il pourrait un jour faire son grand retour, y compris en Gironde où le sujet revient souvent comme une solution potentiellement efficace pour relier le centre de Bordeaux à Blaye et la pointe de l'estuaire !

 

En attendant, l'intérêt pour les aéroglisseurs a tout sauf diminué. De nombreux clips d'archives sont à retrouver sur Youtube, il existe un formidable site entièrement dédié aux Naviplane, et en cette ère des réseaux sociaux, vous pouvez même trouver une page Facebook qui ne parle de rien d'autre que du Naviplane N500 Ingénieur Jean Bertin !

 

Foncez donc vers Google, faites un tour sur naviplane.free.fr et explorez par vous-même le monde étrange et merveilleux de l'aéroglisseur, dont le vrombissement alors futuriste fut, pendant les années 1970, un bruit récurrent sur les rives de l'estuaire de la Gironde !


> Localiser sur la  la carte Invisible Bordeaux : Former SEDAM hovercraft factory, Pauillac; Bac Lamarque-Blaye ferry port, Lamarque; Bac Blaye-Lamarque ferry port, Blaye.
> Beaucoup d'informations dans ce dossier sont issues de l'excellent site naviplane.free.fr website, dont la découverte est fortement conseillée !
> Source photo en début d'article: Aeromed
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