Il y a quelques mois, le Bordeaux Invisible a publié deux photo-reportages recensant bon nombre d'horloges à découvrir à travers la ...


Il y a quelques mois, le Bordeaux Invisible a publié deux photo-reportages recensant bon nombre d'horloges à découvrir à travers la ville (dossiers à retrouver ici et ici). Bien entendu, la sélection n'était pas exhaustive, donc le temps est venu pour que de nouvelles horloges puissent connaître, elles aussi, leur quart d'heure de célébrité. C'est donc par ici pour le chapitre 3 !

Les anciens abattoirs de la ville, situés quai de Paludate, ont été inaugurés en 1938. Désormais métamorphosé en "food court" La Boca, le bâtiment a gardé ses affichages de cours du marché ainsi que son horloge, qui a bénéficié d'un sacré coup de jeune ! 
 
Cette horloge colorée (et étoilée au niveau de chaque chiffre) se trouve en trois exemplaires sur le clocher de l'église Saint-Bruno, situé entre le quartier Mériadeck et le cimetière de la Chartreuse.
Ce joli modèle est à découvrir dans le Passage Sarget, passage couvert du 19e siècle entre le cours de l'Intendance et la place du Chapelet. Affichée comme étant "électrique", l'horloge est signée Paul Garnier (en réalité Jean-Paul Garnier), dont les réalisations principales se trouvent dans des gares ferroviaires en France et, plus surpenant, en Roumanie.
Cette horloge est visible sur le côté d’un immeuble vers les Bassins à Flot. L'ambiance maritime du quartier a dû plaire à l’horloger Henry Lepaute, lui qui était également ingénieur-mécanicien spécialisé dans les phares. Horloge actuellement hors service.
Dans un angle de la place Puy-Paulin on peut observer cette horloge à deux faces du fabricant Pilon. En parcourant le site internet du bistrot situé au rez-de-chaussée, le Puy Paulin, on constate que cette horloge est même évoquée dans le logo de l'établissement.
La basilique Saint-Michel a beau être l’un des plus grands lieux de culte de Bordeaux, elle comporte une horloge relativement petite. Nous avons rencontré l'horloger Guignan lors des précédents articles : Gaston Guignan a fondé son entreprise en 1850 et les horloges Guignan ont continué à être produites jusqu'en 1950. 
Cet autre modèle (identique ?) signé Guignan peut être aperçu de loin dans l'enceinte des négociants Lucien Bernard dans le quartier Belcier (désormais Euratlantique ? ) non loin de la gare Saint-Jean. Actuellement hors service.
Les étudiants du lycée Montesquieu près de Jardin Public n’ont pas besoin de consulter leur téléphone portable pour connaître l’heure, car cette horloge fait très bien l'affaire. Fait intéressant, le nom de l'école est inscrit sur le cadran d'horloge.
Véritable quatre-quarts temporel, cette horloge, actuellement hors service, est à retrouver sur la façade de l'église Saint-Martial dans le quartier des Chartrons. Comme d'autres horloges repérées dans les chapitres 1 et 2, elle porte la signature de Brillié, horloger de Levallois-Perret en région parisienne.
Cette horloge à deux faces se trouve dans la galerie Tatry, toujours dans le quartier des Chartrons et, elle aussi, est actuellement HS. Bien qu’elle soit à l’abri, elle semble être devenue un lieu de passage incontournable pour oiseaux...
Voici une horloge qui n'a jamais fonctionnée, bloquée à tout jamais sur trois heures ! Ce bas-relief se trouve rue de Grassi, à deux pas du théâtre Fémina. Explication dans le Nouveau Viographe de Bordeaux de Robert Coustet : « En 1877, l'architecte Jean-Jacques Valleton construisit pour le sieur Bonneval une salle de ventes publiques. De somptueux panneaux regroupent le bric-à-brac des objets rares et précieux offerts à la convoitise des acheteurs (pendules, bougeoirs, lampes à pétrole, urnes, cadres, argenterie, vaisselle, etc.). » À découvrir !
Nous terminons cette balade avec ce cadran solaire peint à la main, daté de 1990, sur le flanc sud-est d'un immeuble de la rue du Puits-Descazeaux (l'espace porte même le nom officieux de place Raymond-Colom). Comme vous pouvez le constater, compte tenu de son exposition, le cadran solaire n’est opérationnel que jusqu'en début d'après-midi ! Quand j’y étais par un jour ensoleillé de février, c’était plutôt 11 h 30, et non 10 h 30 comme il est affiché. Par déduction, on comprend que la personne qui a conçu le cadran solaire a choisi de privilégier l'heure d'été !

> Cliquez ici pour les chapitre 1 et chapitre 2 des horloges de Bordeaux !
> Un grand merci à Philippe Billé et Conchi d'avoir repéré quelques horloges qui figurent ici !
> This article is also available in English! 
> Toutes ces magnifiques horloges sont également à retrouver dans ce modeste clip vidéo. Bon visionnage !

Après dix ans de travaux, le Muséum de Bordeaux - Sciences et Nature a ré-ouvert ses portes au grand public au mois de mars 2019. E...


Après dix ans de travaux, le Muséum de Bordeaux - Sciences et Nature a ré-ouvert ses portes au grand public au mois de mars 2019. Et le Bordeaux Invisible a eu l’immense privilège de découvrir les lieux en avant-première. Suivez-moi pour cette visite inédite !

La renaissance du Muséum est le dernier chapitre en date d’une longue histoire qui remonte à la fin du 18e siècle, époque à laquelle deux illustres Bordelais – le professeur Latapie et l’armateur Bernard Journu-Auber – firent don de leurs collections personnelles à condition que les spécimens soient exposés au public. La ville a tenu ses engagements, d’abord dans les murs de l’ancien hôtel de l’Académie (situé sur les allées de Tourny avant de déménager à la place Bardineau), avant d’investir cet ancien hôtel particulier, l’hôtel de Lisleferme, dans l’enceinte du Jardin Public. Et c’est là que se trouve le Muséum depuis son déménagement en 1862, et où les collections se sont étoffées au fil des années.


Retour au début du XXIe siècle, époque à laquelle les locaux vieillissants n’étaient plus adaptés. La décision a donc été prise de rénover et d’agrandir le musée afin de répondre aux nouvelles normes de sécurité pour les personnes et les collections tout en optimisant les qualités environnementales du bâtiment, de pouvoir accueillir le public dans des conditions de confort et d'accessibilité optimales, et de renouveler le parcours sous l'angle de nouveaux centres d'intérêt du public. Afin d'y parvenir, le projet s'est appuyé sur les talents respectifs de l'architecte Sébastien Loiseau et de son agence Basalt Architecture, des architectes d'intérieur franco-allemands Die Werft, de l'agence bordelaise de graphisme Studio Kubik, des spécialistes du multimédia Drôle de Trame et de l'agence d'interaction numérique Opixido.

Cet énorme chantier, évalué à un montant de 16 millions d’euros, aura finalement duré une dizaine d'années. Cela peut paraître long, mais de nombreux facteurs sont intervenus, comme me l’a expliqué Julien Diez, responsable des infrastructures multimédias et lumières, lors de ma visite : « Au-delà de la rénovation du bâtiment principal, un tout nouveau centre de conservation des collections d'une superficie de 1 000 mètres carrés a été monté de toutes pièces sur un terrain au nord de Bordeaux, près du pont d'Aquitaine. Et le seul transfert du million de spécimens qui constituent la collection d’expositions du musée a été un processus complexe, long et laborieux. »

Spécimens classés par couleur vers l'accueil du Muséum.
En outre, les travaux intérieurs sur le bâtiment principal ont également été retardés par une violente tempête de grêle en mai 2018, qui a entraîné des inondations et des dégâts importants. Ce fut un événement inattendu qui, dit Julien, « a eu un impact considérable sur le moral de l'équipe, mais tout le monde s'est rapidement mobilisé pour surmonter cet obstacle ».

À quoi peuvent s'attendre les visiteurs ? À tout moment, le musée présente environ 4 000 spécimens et, compte tenu de l'étendue de la collection complète, des séries d'expositions temporaires (d'une durée de quatre à dix mois) et semi-permanentes (d'une durée de trois à cinq ans) sont prévues sur différents thèmes, ce qui signifie qu’un parcours de visite ne sera jamais exactement deux fois pareil. La première exposition semi-permanente est axée sur le littoral aquitain et utilise des techniques modernes de mise en scène pour mettre en valeur la biodiversité régionale. 

L'exposition sur le littoral aquitain.
Au dernier étage de l'immeuble, l'impressionnante galerie Souverbie présente l'exposition permanente du Muséum, avec des vitrines hors du temps rappelant les musées d'autrefois, mais qui se combinent ici avec des jeux d'éclairage, des vidéos et des moyens multimédia de pointe qui utilisent pleinement les technologies du XXIe siècle ! Julien précise qu'en tout le Muséum compte désormais « 22 terminaux interactifs, 18 écrans vidéo et 10 stations d'écoute comprenant des contenus qui évolueront dans le temps selon les publics et les événements ».

Au cœur de la magnifique galerie Souverbie.
Des tests d'éclairage très réussis étaient en cours lors de ma visite !
De nombreuses autres innovations sont à découvrir. Marthe Spielmann, stagiaire communication digitale, m'a notamment présenté le « musée des tout-petits » au rez-de-chaussée, « où tout, en termes d'éléments de langage et de format, a été adapté aux enfants de moins de six ans, travaillant autour du thème de la naissance et de la croissance ».

Dans le musée des tout-petits !
Une autre création maison est ce que Marthe appelle un « chariot de médiateur », un système de chariot compact fabriqué sur mesure que le personnel du musée peut utiliser pour ses présentations, ateliers et démonstrations, permettant d’être beaucoup plus mobile qu’avant et de libérer davantage
Voici un chariot de médiateur !
d'espace pour l'exposition proprement dite. Un autre changement majeur qui a également libéré de l'espace est que tous les bureaux administratifs du musée ont été transférés dans le pavillon voisin ; par ricochet, presque chaque mètre carré du bâtiment principal est désormais dédié à l'expérience visiteur, optimisant ainsi l'espace d'exposition et l'accessibilité.

En fait, le Muséum a même gagné en surface en ouvrant un tout nouvel espace d'exposition de 500 mètres carrés situé en sous-sol, directement sous la terrasse située devant le bâtiment. Julien m'explique que c'est ce nouvel ensemble de salles qui « servira à l'organisation d'expositions temporaires, à commencer par un spectacle intitulé « Très Toucher » axé sur le sens du toucher, ainsi qu'une rétrospective des travaux de rénovation du Muséum. Les expositions à venir comprennent une exposition sur le rire et une exposition sur la nature sauvage d'Afrique ».

Dans le nouvel espace d'expositions temporaires au sous-sol.
D'autres innovations se trouvent en coulisses, comme l'installation d'un système de récupérateur de calories relié au réseau d'assainissement des eaux domestiques traversant le Jardin Public. Ces calories récupérées, puis régulées par des theromofrigopompes (ou pompes à chaleur) serviront autant à chauffer le bâtiment en hiver qu'à le rafraîchir en été, faisant de ce bâtiment du XVIIIe siècle l'un des endroits les plus en pointe en termes environnementaux !

Les pompes à chaleur qui servent à réguler les calories récupérées des eaux domestiques des Bordelais !
Enfin, un aspect qui m'a particulièrement frappé ces derniers mois est la manière dont le Muséum a adopté les réseaux sociaux, alimentant régulièrement ses comptes Youtube, Facebook, Instagram et Twitter de mises à jour ludiques et informatives sur le travail en cours, qu'il s'agisse de montrer exactement ce qu'il faut pour déplacer une girafe (surnommée Kailou) ou un éléphant (Miss Fanny, attraction de son vivant de la ménagerie de la foire de Bordeaux, et dont la dépouille a été achetée par la ville en 1892 suite à son décès prématuré à l'âge de 33 ans), ou des entretiens individuels avec les membres de cette « équipe fantastique » d'une vingtaine de personnes qui collabore pour apporter ce nouveau souffle au Muséum. N'hésitez pas à parcourir ces contenus en sachant que, tout comme cet article, il ne s'agit que d'une bande-annonce du Muséum lui-même !

> Localiser sur la carte Invisible Bordeaux : Muséum de Bordeaux - sciences et nature / Natural History Museum, Jardin Public, Bordeaux.
> Le Muséum est ouvert tous les jours sauf le lundi, de 10:30 à 17:30 (octobre > mars), 10:30-18:00 (avril > septembre).
> Entrée : 7 euros en période d'exposition temporaire (tarif réduit 4 euros), ou 5 euros hors période exposition temporaire (tarif réduit 3 euros). Entrée enfants : 3 euros en permanence.
> Un grand merci à Julien Diez et à Marthe Spielmann pour leur accueil et pour cette visite en avant-première !

> This article is also available in English!
> Il y a eu énormément d'articles et de reportages sur le Muséum ces dernières semaines, mais cette vidéo signée Bordeaux Mag sert d'excellent point de départ : 

Le troisième épisode du podcast mensuel d'Invisible Bordeaux est désormais disponible ! Cette fois-ci, nous partons à la rencontr...

Le troisième épisode du podcast mensuel d'Invisible Bordeaux est désormais disponible ! Cette fois-ci, nous partons à la rencontre de Mickaël Baubonne, à l'initiative de l'association Métro de Bordeaux, qui a pour objet de promouvoir la réalisation d'un réseau de métro-RER à Bordeaux à l'horizon 2030. 

Le projet vise à répondre aux problèmes de mobilité rencontrés dans la Métropole et s'appuie sur une étude précise et détaillée. Lors de cet entretien, nous abordons ensemble la faisabilité du projet, son périmètre, son calendrier et les facteurs qui le différencient du précédent projet VAL des années 80.

Vous pouvez l'écouter via le bouton lecture qui doit s'afficher ci-dessous, ou alors sur diverses plates-formes dont Anchor, Apple Podcasts / iTunes, Spotify, Google Podcasts, Breaker, PocketCasts, RadioPublic, Overcast, Podbean, Podcast Addict et Stitcher. N'hésitez pas à vous abonner afin de ne rien rater ! Et, plus bas sur cette page, retrouvez tous les liens qui vous permettront de tout savoir sur le projet Métro de Bordeaux. Bonne écoute !


Pour tout savoir sur le projet Métro de Bordeaux :
> Site officiel Métro de Bordeaux : www.metrobordeaux.fr
> Sur les réseaux sociaux : Twitter / Facebook

C'est en voyant un tweet publié par un certain Matt Guenoux portant sur la construction de l'aéroport de Roissy-Charles-de-Gau...


C'est en voyant un tweet publié par un certain Matt Guenoux portant sur la construction de l'aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle, en forme de vidéo assemblée à partir d'images disponibles sur l'excellent site Remonter le Temps de l'IGN, que je me suis dit qu'il serait intéressant de faire quelque chose de similaire pour Bordeaux. Et pour cet exercice, le quartier de Mériadeck s'est vite imposé comme le meilleur point de départ !

Voici donc le produit fini, à savoir un voyage dans le temps d'une durée d'une minute qui parcourt en photos une période de 95 ans, afin de découvrir comment les rues étroites et les échoppes de Mériadeck ont cédé la place au quartier d'affaires et administratif que l'on connaît de nos jours, évolution qui a déjà été couverte sur le blog dans le cadre d'un reportage que vous pouvez retrouver en cliquant ici. Bon visionnage et n'hésitez pas à continuer la lecture de cette page qui détaille quelques-uns de changements les plus notables à repérer. (Il vous faudra peut-être appuyer sur le bouton pause !)


1924 - L'ancien quartier résidentiel, traversé notamment en diagonal de haut en bas par la rue Dauphine, qui allait devenir rue Docteur-Charles-Nancel-Pénard (un des axes qui rejoint la place Gambetta). Parmi les lieux déjà visibles et qui le resteront au fil de ces 95 années : le cimetière de la Chartreuse et l'église Saint-Bruno à gauche, la mairie (Palais Rohan) et ses jardins légèrement à droite de l'axe central, la cathédrale Saint-André à droite, et le palais de justice en bas à droite.

1950 - Le centre de gravité est toujours le carré parfait de la place Mériadeck, lieu de vie et de rendez-vous pour les habitants du quartier.

1956 - Juste au nord de la place Mériadeck, un premier terrain s'apprête à recevoir le premier building du quartier.

1961 - La résidence du Château d'Eau fait son apparition. Il s'agira de la seule réalisation issue du premier projet d'aménagement du quartier, rapidement abandonné.

1965-66 - D'autres bâtiments ont été démolis pour libérer de nouveaux lots à proximité de la résidence du Château d'Eau. Vers le sud, la caserne des pompiers d'Ornano s'est agrandie (inauguration décembre 1966).

1967-70 - De nouveaux terrains sont désormais disponibles et le bâtiment rectangulaire de la Poste est terminé.

1973 - La place Mériadeck disparaît à tout jamais.

1976 - Toute la zone sud est un vaste chantier, les premiers immeubles d'appartements et bureaux cruciformes sont livrés dans le secteur nord-ouest, l'immeuble rond de la Caisse d’Épargne dans l'esprit du musée Guggenheim de New York prend forme, et une grande partie centrale de la rue Docteur-Charles-Nancel-Pénard appartient désormais au passé.

1979 - Parmi les nouvelles venues : le centre commercial de Mériadeck (ouverture l'année suivante), l'immeuble de la Préfecture de la Gironde et, moins visible depuis les airs, l'immeuble de la CUB (Communauté Urbaine de Bordeaux, aujourd'hui Bordeaux Métropole).

1980 - Des passerelles relient désormais les différents secteurs sur dalle, et de nouvelles résidences cruciformes occupent le côté sud.

1984-85 - Le nouveau bâtiment en forme d'étoile ou de fleur en bas à gauche est la patinoire (et, accessoirement, salle de concert). Les arbres et les plans d’eau de l’esplanade centrale sont clairement visibles. Un peu plus loin à l’est, juste au nord de la place Pey-Berland, la résidence et centre commercial Saint-Christoly est en construction.

1989 - Près du cimetière de la Chartreuse on aperçoit les nouveaux bureaux de la région Aquitaine qui, depuis les airs, ressemblent à une énorme brique Lego. Le coin sud-est de la zone abrite désormais des hôtels Novotel et Ibis. Un peu plus à l'ouest, la bibliothèque municipale s'est installée.

1991-96 - Le Conseil départemental de la Gironde a installé ses nouveaux locaux face à la bibliothèque. À partir de cette période, la majeure partie de l'espace disponible est occupée et les nouveaux développements se font rares.

1998-2000 - L'ajout le plus notable de cette période est le nouveau tribunal de grande instance signé Richard Rogers, sur le cours d'Albret.

2004 - Non loin du quartier Mériadeck, la place Pey-Berland accueille le tram et est transformé en espace piéton.

2010-12 - L'effet Mériadeck s'étend vers le nord-est avec l'ajout de nouvelles résidences face à la Poste. Pendant ce temps-là, l'immeuble la Croix du Mail, déjà vieillissant, est démoli et cède sa place à la cité Municipale, visible dans la capture 2019 depuis GoogleEarth.

Bien sûr, il y a bien d'autres choses à relever en visionnant ce clip. N'hésitez pas à soulever d'autres choses, qu'elles soient des choses « incontournables » non évoquées ici, ou alors purement anecdotiques !

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Il est 22h18 (23h18 heure locale) le jeudi 24 septembre 1959. À l'aéroport de Bordeaux-Mérignac, un avion à hélice Douglas DC-7C (c...


Il est 22h18 (23h18 heure locale) le jeudi 24 septembre 1959. À l'aéroport de Bordeaux-Mérignac, un avion à hélice Douglas DC-7C (celui visible ci-dessus, immatriculé F-BIAP) se prépare au décollage pour la seconde étape du vol TAI 307, la liaison régulière opérée par la compagnie française des Transports Aériens Intercontinentaux (TAI) entre Paris et Abidjan, capitale de la Côte d'Ivoire, via Bordeaux et Bamako au Mali.

L’escale à Mérignac a duré deux heures et tout le monde à bord - les neuf membres de l’équipage et les 56 passagers - est serein alors que l’appareil prend place sur la piste 23, principale piste de décollage et d'atterrissage de l’aéroport. Il y a un vent modéré et une bruine légère, mais la visibilité est bonne. Le pilote en chef Maurice Verges et le copilote Jean Bouchot obtiennent le feu vert pour décoller de la part de la tour de contrôle. À 22h23, le DC-7 met les gaz et s'apprête à entamer son vol de huit heures à destination de Bamako.

Après avoir quitté le sol de façon nominale, l’appareil monte à une altitude de 30 mètres mais pas plus, et commence même à redescendre. À guère un kilomètre de l'extrémité de la piste, ou 2 950 mètres du point de mise du gaz, l'avion heurte des pins (22,5 mètres de haut) de la forêt des Landes de Boulac sur la commune de Saint-Jean-d'Illac. Suite à ces impacts, l’aile droite de l'avion est endommagée et l’appareil tombe au sol, le fuselage se fend en plusieurs morceaux et des débris s'étalent sur une distance de plusieurs centaines de mètres. Plusieurs explosions se produisent, provoquant un certain nombre d'incendies qui se propagent rapidement aux arbres, bien que le sol humide empêche l'incendie de s'étendre au-delà de la zone de l'accident.

Photo issue du Paris Match de la semaine suivante : on distingue aisément les pins écrasés par l'impact et on devine, au loin, l'extrémité sud-ouest de la  piste 23 de l’aéroport de Mérignac (ou 05 si l’approche se fait dans l’autre sens). Photo fournie par Chris Davey.
En combinant cette photo de Paris Match avec un cliché datant de 1957 sur le remarquable site Remonter le Temps de l'IGN, on parvient à situer précisément le lieu de l'accident (triangle jaune). La photo contemporaine montre clairement que la piste de décollage a depuis été rallongée, la petite route a disparu, et la zone du crash se situe désormais sur le terrain de l'aéroport.
Immédiatement après, l'obscurité et l'inaccessibilité totale de la région entravent les efforts de secours; la structure routière rudimentaire empêche les véhicules d'urgence de s'approcher à moins de 800 mètres du lieu de l'impact. Miraculeusement, douze passagers ont survécu après avoir été éjectés de l'avion. Ils sont transportés à l'hôpital à Bordeaux où l'un d'eux décède peu de temps après. L'accident du vol TAI 307 entraîne ainsi la mort de 54 personnes, y compris tous les membres de l'équipage.

Une photo du lieu de l'accident, avec une partie de l'épave visible au loin. Crédit photo International Magazine Service pour Paris-Match / Marie-Claire, source : Amazon.
Alors, que s'est-il passé ? Dans le rapport d'enquête publié par le Bureau Enquêtes-Accidents de l’Inspection générale de l’aviation civile, sécurité et navigation aériennes (de nos jours simplement le BEA, Bureau d'Enquêtes et Analyses), trois facteurs-clés ont été identifiés. Tout d’abord, les feux de l’appareil, vieux d'à peine deux ans, n’étaient pas en service. Ceci n'est pas forcément un problème, mais à cela s'ajoute le manque également de repères lumineux au sol (lampadaires, habitations...) ce qui aurait permis aux pilotes de savoir à quel point ils étaient bas. Ce qui nous amène au troisième et dernier facteur le plus important : les pilotes ne prêtaient pas attention à l'altimètre et ignoraient donc pleinement à quelle altitude ils volaient.

Dans le cadre d'une reconstitution du vol (à Brétigny, en région parisienne) en appliquant les mêmes critères, le Bureau a démontré que « au cours du premier segment de montée, et en particulier pendant une phase critique très courte [de l'ordre de 10 secondes environ 40 secondes après la mise du gaz], un faible accroissement de vitesse se traduit par une réduction considérable du taux de montée, voire même une légère perte d'altitude. Compte tenu de la cadence accélérée à laquelle se déroulent les opérations dans le poste au cours de cette phase, ainsi que de la variation rapide des paramètres du vol, des indications imprécises (voire inexactes) de certains instruments et en l'absence de référence temps et de repères visuels extérieurs, un pilote peut faire suivre à son avion une trajectoire susceptible de le ramener à proximité du sol si, dans le même temps, une vitesse optima de montée n'est pas adoptée et une surveillance rigoureuse de l'altimètre exercée. ».  

En se rendant sur la zone, on constate rapidement que les alentours sont désormais occupés par divers locaux commerciaux ou industriels, bien qu’au-delà on peut encore trouver une vaste étendue de terres agricoles, ainsi que des parcelles de forêts de pins, à l’instar de là où le vol TAI 307 s'est écrasé. Même maintenant, il est facile d’imaginer à quel point le lieu de l’accident devait être isolé et inaccessible en 1959, alors qu’il était si proche de ce qui était déjà, à l’époque, un aéroport important.

À l'extrémité sud du piste de décollage, en regardant vers la zone où l'avion s'est écrasé (à savoir la zone délimitée par un triangle jaune dans la vue aérienne plus haut sur la page).
Un avion au décollage aujourd'hui.
En regardant depuis l'ouest, un autre avion décolle au-dessus des pins que l'on aperçoit à gauche dans la première de ces trois photos récentes.
Sans surprise, à moins d’avoir raté quelque chose, sur place je n'ai pas trouvé de panneau d’information ou de stèle rappelant les événements tragiques de septembre 1959. Par contre, un hommage important est situé du côté sud du cimetière de la Chartreuse en plein Bordeaux. C'est là que reposent le copilote Jean Bouchot (32 ans), le mécanicien Yves Gosse (32 ans), le mécanicien stagiaire Raymond Savina (38 ans), le steward André Paupy (28 ans) et l'hôtesse de l'air Chantal Perrault de Jotemps (35 ans), ainsi que 14 passagers aux noms de Barge, Bordelanne, Darlan, Delaunay, Duchamp, Duhart, Dussaut, Mensah, Morris (voir note en bas de page) et Tanon.


Soixante ans plus tard, le souvenir de cette catastrophe aérienne - la plus meurtrière jamais survenue dans la région - semble s'être évanoui dans les brumes de l'histoire. J'espère donc que cet article permettra de ne pas oublier cette nuit bouleversante en 1959 où un DC-7C de la compagnie Transports Aériens Intercontinentaux n'arriva pas à bon port. 

> Localiser sur la carte Invisible Bordeaux : TAI Flight 307 crash site, Boulac district, Saint-Jean d’Illac & TAI Flight 307 grave and memorial, cimétière de la Chartreuse , Bordeaux.
> Consulter la page Wikipédia dédiée : https://en.wikipedia.org/wiki/TAI_Flight_307
> Les informations dans cet article sont principalement tirées du rapport d'enquête du BEA ainsi que du site aviation-safety.net.
> Photo du Douglas DC-7C immatriculé F-BIAP du site http://aerobernie.bplaced.net/TAI.html où vous trouverez beaucoup d'autres cartes postales éditées par d'anciennes compagnies aériennes.
> Parmi les victimes de cet accident étaient huit associés de l'International African Migratory Locust Organization. Un article de la revue Nature qui revient sur les parcours de Jimmy Davey et Hilary Morris est à retrouver ici.
> N'hésitez pas à écouter mon podcast dédié à ce récit, qui comprend une interview de Chris Davey, fils de Jimmy Davey. C'est à retrouver ici.
> This article is also available in English.

Le deuxième épisode du podcast mensuel d'Invisible Bordeaux est désormais disponible ! Nous partons à la rencontre de la surprenante ...

Le deuxième épisode du podcast mensuel d'Invisible Bordeaux est désormais disponible ! Nous partons à la rencontre de la surprenante artiste « multidimensionnelle » Nirina Ralantoaritsimba. 

Nirina m’avait d'abord contacté via le blog il y a quelque temps lors de la sortie de son roman intitulé « Nous sommes les ancêtres de ceux qui ne sont pas encore nés ». C’était déjà une bonne raison de prendre rendez-vous mais j’ai vite compris que Nirina, forte d’un parcours atypique et multiculturel, avait bien d’autres cordes à son arc : cinéaste, peintre, calligraphe ou enseignante, entre autres. 

Le podcast nous permet donc d'en savoir plus. Vous pouvez l'écouter via le bouton lecture qui doit s'afficher ci-dessous, ou alors sur diverses plates-formes dont Anchor, Apple Podcasts / iTunes, Spotify, Google Podcasts, Breaker, PocketCasts, RadioPublic, Overcast, Podcast Addict et Stitcher. N'hésitez pas à vous abonner afin de ne rien rater ! Et, plus bas sur cette page, retrouvez tous les liens qui vous permettront de plonger dans l'univers de Nirina !

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> Le site officiel de Nirina est le meilleur point de départ : http://nirinaralanto.fr/

> Vous trouverez la version électronique de son roman, Nous sommes les ancêtres de ceux qui ne sont pas encore nés, sur Librinova ou via d'autres canaux dont la Fnac. Pour commander des exemplaires papier, il faut prendre contact avec Nirina par e-mail (nirinaralanto[a]gmail.com)

> Pour les dernières actualités sur son court-métrage Le Créneau, consultez la page page Facebook ou encore le site web de Nirina.

> Ses web séries Mon week-end chez Mémé, Scribo et bien d'autres vidéos sont disponibles sur sa chaîne Youtube.

> Tout sur ses cours et ateliers d'écriture ici : http://nirinaralanto.fr/ateliers-decriture-etc/

Le blog avait beau être particulièrement calme ces dernières semaines, en coulisses cela s'agitait et Invisible Bordeaux développait...


Le blog avait beau être particulièrement calme ces dernières semaines, en coulisses cela s'agitait et Invisible Bordeaux développait avec acharnement deux tout nouveaux canaux passionnants. Et c'est donc avec grand plaisir que je dévoile dès à présent le premier de ces nouveaux projets : le podcast Invisible Bordeaux ! Hourra !

Le concept est simple : micro à la main je pars à la rencontre de personnalités locales aux talents et parcours divers et variés. Ensemble nous parlons de leurs projets ou analysons des sujets à forte consonance bordelaise ou girondine. Les arts, la culture, l'histoire, le patrimoine, la politique, le sport... tous les sujets y trouveront leur place ! On abordera peut-être même le vin de temps en temps !

Avis à la population locale, ce podcast mensuel (nouveaux numéros aux alentours du 10 de chaque mois) sera par défaut en français, bien que quelques hors-série collectors en langue anglaise soient également prévus !
  


Pour ce premier épisode j'ai retrouvé un fidèle compagnon de route lors de différents road trips, Vincent Bart, désormais connu comme l'un des animateurs des comptes réseaux sociaux du Front de Libération Bordeluche face au Parisianisme ou FLBP, qui émet un avis sur des problématiques allant des transports en commun et l'infrastructure, jusqu'à l'immobilier et la météo bordelaise on ne peut plus humide. Vous pouvez découvrir ce premier numéro en cliquant sur le bouton lecture ci-dessus, et trouverez d'ores et déjà le podcast Invisible Bordeaux sur différentes plates-formes dont Anchor, Apple Podcasts / iTunes, Spotify, Google Podcasts, Breaker, PocketCasts, RadioPublic, Overcast, Podcast Addict et Stitcher, avec d'autres à venir. Bonne écoute et... n'hésitez pas à vous abonner afin de ne rien rater ! 

Le blog Invisible Bordeaux a démarré il y a sept ans, le 1er décembre 2011, et constitue désormais une bibliothèque d'articles, d...


Le blog Invisible Bordeaux a démarré il y a sept ans, le 1er décembre 2011, et constitue désormais une bibliothèque d'articles, d'interviews et de reportages sur les lieux, les histoires et les personnages méconnus de Bordeaux et ses alentours. 

À présent, trois projets directement liés au blog prennent forme en coulisses et ces nouvelles déclinaisons d'Invisible Bordeaux devraient être dévoilées à partir de début 2019. Je n'en dirai pas plus dans l'immédiat, mais sachez qu'il y a des innovations intéressantes à l'ordre du jour autant sur la forme sur le fond !  

Doooooonc, au cours des prochaines semaines, les comptes Invisible Bordeaux iront faire un tour dans les archives afin de faire revivre quelques "vieilles" découvertes du blog.

J'espère que vous apprécierez la (re-)découverte de ces dossiers via les publications sur les réseaux sociaux, et à bientôt pour les prochains chapitres de l'aventure Invisible Bordeaux !  

> Suivez de près les évolutions d'Invisible Bordeaux sur Twitter, Facebook et Instagram !

Après avoir rencontré la guide touristique Marie Hallier lors de divers événements à Bordeaux, et ayant publié sur le blog son article ...

Après avoir rencontré la guide touristique Marie Hallier lors de divers événements à Bordeaux, et ayant publié sur le blog son article au sujet de la couleur de la Garonne, elle m’a gentiment proposé de faire équipe avec Mike Foster du site Bordeaux Expats et de partir, le temps d’une journée, à la découverte de la rive droite de l'estuaire de la Gironde.

Ayant parcouru cette zone lors d’un récent périple à vélo, j’avais hâte de revenir et de visiter certains sites que j’avais peut-être manqués lors de mon premier passage. Avec Mike, nous étions également impatients de faire meilleure connaissance avec Marie, dont le terrain de jeu s’étend de la Charente-Maritime à Bordeaux, du Médoc au Bassin d’Arcachon, et qui est particulièrement reconnue comme une référence sur cette rive nord de l'estuaire de la Gironde et les alentours de Cognac. 

C’est ainsi que nous nous sommes retrouvés près d’une sortie de l’autoroute A10, et avons pris place dans le monospace de Marie en direction de notre premier arrêt, Saint-Georges-de-Didonne, juste au sud de Royan. Ensemble, nous avons admiré le phare de Villières et le monument en pierre érigé en souvenir du raid commando de l’opération Frankton (thème récurrent sur le blog ces temps-ci). Nous nous sommes alors dirigés vers l’autre côté de la « Conche de Saint-Georges », à savoir la baie où la ville de Saint-Georges s'est développée, pour nous rendre à la pointe de Suzac, l'endroit même où se confondent l'estuaire de la Gironde et l'océan Atlantique. Cette fusion est quasiment palpable : Marie a indiqué la ligne dans les eaux où le marron caractéristique de la Gironde se transforme en bleu marin !

Voici donc la frontière entre l’estuaire et l’océan !
Mais l’intérêt de cette pointe de Suzac, si stratégiquement située, va bien au-delà de son panorama spectaculaire. Nous nous sommes d'abord aventurés dans les vestiges d'un poste de garde et d'un magasin à poudre casematé de l'époque napoléonienne avant d'explorer toute une batterie de blockhaus, qui faisaient partie du dispositif Atlantikwall de surveillance et de protection du littoral pendant l'occupation de la région par l'Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale. La zone était alors fortement protégée (entourée de champs de mines) et devint la « poche de Royan » de résistance allemande après la Libération, mais fut bombardée par les forces alliées en mer en 1945. Les Allemands postés à cet endroit se rendirent finalement le 15 avril 1945.

Le poste de garde et magasin à poudre casematé de l'époque napoléonienne. 
Dès lors, le lieu a été abandonné avant d’être transformé en terrain de jeu pour enfants puis en piste de motocross ! Ces dernières années, le conseil municipal en a progressivement fait un paradis des randonneurs, avec ses sentiers de randonnée et ses points de vue. Bien sûr, les bunkers de l’Atlantikwall ne sont pas prêts de bouger et nous avons jeté un coup d’œil à l’intérieur de plusieurs d’entre eux, essayant d’imaginer à quoi pouvait ressembler la vie de ces soldats allemands pendant cette sombre période de la seconde Guerre mondiale. 

 

La prochaine étape imaginée par Marie était le village pittoresque de Talmont-sur-Gironde, en passant par le petit port de plaisance de Meschers et en longeant une baie sauvage composée notamment du banc de Dau et du banc du Bœuf (selon Googlemaps). L'écosystème y évolue à mesure que la zone devient de plus en plus envasée au fil du temps.

Talmont avait été une étape de ma récente randonnée à vélo, je comptais donc découvrir des  informations méconnues au sujet du village. Marie a partagé ses connaissances sur le quotidien de l’unique pêcheur restant à Talmont, a révélé les plans abandonnés conçus tout d'abord par les Américains pour transformer le village en un port militaire gigantesque, puis par les Français pour le convertir en un terminal pétrolier. Elle nous a montré les traces d’un chemin qui séparait autrefois les cimetières catholiques et protestants, et expliqué l'histoire et le symbolisme derrière l’«ex-voto», la maquette de bateau suspendue au plafond de l'église Sainte-Radegonde. Elle a même dévoilé pourquoi Sainte Radegonde était une figure emblématique de la Charente-Maritime ! Mais ne nous arrêtons pas là… Marie a aussi tout expliqué sur les effets de l'érosion, le système d’irrigation du port, les boulets de canon recyclés, les cadrans solaires qui ont disparu, comment une cabane à carrelet a levé des fonds pour une bonne cause, ou encore les relations privilégiées entre Talmont et les girouettes artisanales. Mike et moi avons été impressionnés !

En haut : l’unique bateau de pêche de Talmont ; gare à l’érosion. En bas : Mike étudie le système d’écluses et l’ex-voto de l’église Sainte-Radegonde.
En route pour Mortagne-sur-Gironde, nous nous sommes arrêtés en route pour admirer l'un des points de vue préférés de Marie sur l'estuaire, à un endroit où nous avons pu également observer les effets de la « poldérisation » : après l’inondation de terres agricoles au bord de l’estuaire en 1999, il a été décidé de laisser la nature suivre son cours, et le terrain marécageux qui en résulte abrite à présent une grande variété de faune et de flore. 


En arrivant à Mortagne-sur-Gironde, nous nous sommes dirigés vers les hauteurs de cette petite ville portuaire pour admirer une autre vue imprenable sur l'estuaire et inspecter un curieux monument en forme de main célébrant les exploits du prince et soldat gallois Owain Lawgoch (dit Yvain de Galles en français). Il a combattu pour les Français contre les Anglais lors de la guerre de Cent Ans, notamment lors du siège du château de Mortagne. Cette histoire mérite sans doute sa propre enquête Invisible Bordeaux à l’avenir !


Mais le meilleur était encore à venir, car notre prochaine étape, en redescendant au niveau de l’estuaire, était la visite de l’ermitage monolithe Saint-Martial. Deux guides accompagnateurs bénévoles, Patricia et François, aussi enthousiastes l’un que l’autre, nous ont accueillis avec d’autres visiteurs, et nous voilà embarqués sur la découverte en mode quasi théâtral du site : ermitage à l’époque médiévale, devenu un monastère au 18ème siècle puis bergerie, avant d'ouvrir aux visiteurs de passage à partir des années 1900. Et, vous l’aurez compris, les différentes salles sont soit des grottes naturelles, soit taillées à la main dans la falaise.


La visite a débuté par une ascension raide de 25 mètres pour admirer le clocher circulaire perché au sommet de la falaise, auquel on accède par un étroit escalier en pierre. Nous nous sommes ensuite dirigés vers la salle de prière et la salle d’eau (alimentées jadis par des sources d’eau douce qui se sont asséchées depuis, mais une autre a récemment été découverte). Tout au long de cette partie du parcours, Patricia et François ont dégagé une certaine énergie déjà débordante, mais en se dirigeant vers la chapelle le tout allait monter d’un cran supplémentaire. 


En y pénétrant, on nous a annoncé un « spectacle son et lumière », dont le premier chapitre était l’interprétation de Hallelujah signée Jeff Buckley diffusé à travers une enceinte Bluetooth dissimulée derrière l’autel en pierre. Patricia a tenté de nous faire chanter sur les refrains, déclenchant un sentiment tangible de malaise parmi les membres de cette chorale improvisée. Puis, tel un animateur d’Escape Game, François a claqué bruyamment la porte et nous avons eu droit au spectacle de lumière en jouant avec l'ouverture et fermeture de lattes à poulie. Puis les guides nous ont parlé de l’acoustique, des statues et des pierres (souvent les deux amoureux s’exprimant à l’unisson), et bien qu’intéressante du début à la fin, l’expérience a parfois viré vers le surréel. Mike et moi étions légèrement secoués lorsque nous sommes remontés dans le monospace de Marie, mais nous étions également conscients d’avoir vu de l’intérieur un des endroits les plus insolites de la région.

Nous nous sentions donc particulièrement privilégiés en prenant le chemin du retour. Tout au long de cette journée bien réussie, même les trajets sur la route étaient remplis d’enseignements ; nous avons échangé avec Marie sur son quotidien en tant que guide touristique, ses missions au service des agences de voyage, des offices de tourisme, des bateaux de croisière ou des groupes privés. Elle nous a également expliqué le rôle croissant des réseaux sociaux et partagé son analyse du marché relativement peu réglementé des guides touristiques de Bordeaux, à laquelle s’ajoute l'arrivée de plus en plus de guides non qualifiés.

En repartant vers nos domiciles respectifs, Mike et moi avons souligné ensemble l’apport indéniable d’une véritable guide touristique sur une journée comme celle qu’on venait de vivre ensemble. La mission de Marie était bel et bien accomplie et elle peut maintenant fièrement ajouter le label officieux « Approuvée par Invisible Bordeaux et Bordeaux Expats » à ses qualifications d’État !

> Les visites proposées par Marie Hallier sont détaillées sur son site internet, www.bordeauxcognactourguide.com, et elle peut également être contactée via Facebook et Twitter.
> Marie Hallier est également co-auteure du guide Je découvre l’estuaire de la Gironde, disponible aux éditions La Geste Girondine.
> Les photos n’étaient pas autorisées à l’intérieur de la chapelle de l’ermitage Saint-Martial, mais quelques clichés sont disponibles en ligne ici.
> This article is also available in English!

Vous l'aurez déjà constaté, ces temps-ci la ville de Bordeaux paraît régulièrement dans easyJet Traveller, le magazine destiné aux pa...

Vous l'aurez déjà constaté, ces temps-ci la ville de Bordeaux paraît régulièrement dans easyJet Traveller, le magazine destiné aux passagers de la compagnie aérienne easyJet. 

En ce mois d'octobre 2018, le sujet à l'honneur est celui de ces vieilles enseignes et publicités peintes qui résistent encore et toujours malgré les années qui s'égrènent, à savoir un des grands thèmes récurrents sur le blog Invisible Bordeaux !  

Cinq de ces "ghost signs" les plus emblématiques figurent dans ce listing, qui permet donc de transporter ces voyageurs des temps modernes quelques années en arrière, vers une ère où les techniques de communication étaient plus simples, directes et artisanales !

> L'article est à découvrir ici :
> Pour visualiser l'intégralité du magazine easyJet Traveller : https://ink-global.com/partners/easyjet/magazines/easyjet-inflight

Un récent dossier Sud Ouest est revenu sur une cérémonie solennelle organisée à Cestas pour commémorer l’anniversaire d’un important f...


Un récent dossier Sud Ouest est revenu sur une cérémonie solennelle organisée à Cestas pour commémorer l’anniversaire d’un important feu de forêt en 1949. Le Bordeaux Invisible se devait alors d’enquêter sur cet événement tragique qui coûta la vie à 82 personnes.

L'histoire commence vers midi le vendredi 19 août 1949 à la scierie Pioton, au lieu-dit le Murat, à mi-chemin entre Saucats et Marcheprime, à 30 kilomètres au sud-est de Bordeaux. Un gardien allongé sur son lit s’endormit en fumant une cigarette (certaines sources évoquent plutôt une poêle laissée sans surveillance). La cabane prit feu et les flammes s’étendirent rapidement au reste de la scierie. La colonne de fumée fut rapidement repérée depuis les hautes tours d'observation à proximité de Biganos, de Béliet et de Cabanac.

Piste menant vers le lieu-dit le Murat, lieu de départ de l'incendie. Aujourd'hui, il s'agit d'un tronçon du chemin de Grande Randonnée GR655.
Les premières personnes sur les lieux n’avaient que des branches d’arbres pour tenter d’éteindre l’incendie, et ne pouvaient rien faire pour empêcher les flammes de prendre de l’ampleur et gagner du terrain. Les arbres et les buissons environnants, particulièrement secs après un troisième été sec et caniculaire, s'embrasèrent rapidement.

Dans ces années d'après-guerre, les forêts de la région étaient mal entretenues, denses (la production de résine était un important gagne-pain) et peu accessibles, et les méthodes et ressources de lutte contre l'incendie étaient loin d'être efficaces. Il y eut des tentatives précipitées d’installation de contre-feux afin d'empêcher la propagation des incendies, mais les flammes ne faiblirent aucunement. Attisé par de forts vents du nord-est, l’incendie progressa rapidement vers Le Barp au sud-ouest. La ligne de front de l’incendie s’étendait alors sur cinq kilomètres et de nouvelles initiatives furent déployées pour le contenir. Puis, la nuit venue, les vents tournèrent, poussant le feu à avancer rapidement, cette fois-ci vers l’ouest, couvrant jusqu’à quatre kilomètres à l’heure et menaçant bientôt les villages de Salles et de Mios.  

À l'assaut des flammes armés de seaux et de branches. Source : reportage disponible sur le site INA.
Des maisons et des greniers partent en fumée. Source : Sud Ouest.
Puis, en milieu de matinée du lendemain, le samedi 20 août, on pensait que le feu de forêt avait finalement été maîtrisé lorsque, soudain, les vents changèrent une nouvelle fois de direction, continuèrent à se renforcer et renvoyèrent les flammes vers le nord-est. Les incendies reprirent une fois de plus, cette fois plus puissamment que jamais, y compris dans les zones où les flammes s'étaient éteintes auparavant. Au cours d'une incroyable période de 20 minutes, le feu engloutit 6 000 hectares de terre, tuant instantanément et violemment 82 personnes qui se battaient pour contenir le feu sur son flanc nord. Les victimes étaient principalement des bénévoles des villages environnants, des fonctionnaires employés par le département d’Eaux et Forêts et 23 militaires d’un régiment d’artillerie de Châtellerault, dans le centre de la France. Seulement sept personnes ont survécu à ce qui est devenu - et demeure toujours – l’incendie de forêt le plus meurtrier de France.

Flammes et fumée. Source : reportage disponible sur le site INA.
Tout au long de cet après-midi, l’immense nuage de fumée était visible depuis 100 kilomètres à la ronde et l’ensemble de Bordeaux et ses environs était plongé dans l’obscurité dès 17h (l’éclairage public fut allumé exceptionnellement tôt dans la journée). Vers 22h, les vents tombèrent enfin et seules deux zones dangereuses demeuraient près de Léognan et du quartier Pierroton de Cestas. Dans l’ensemble la situation était désormais maîtrisée et les dernières flammes furent éteintes le jeudi 25 août, après une journée de deuil national tenue la veille. Au total, 50 000 hectares de forêts de pin furent détruits, ainsi que 710 hectares de landes. Selon des rapports contemporains (qui déploraient 106 décès), des « centaines » de fermes furent détruites et des milliers de villageois furent chassés de leurs domiciles (des récits plus récents évoquent plutôt la destruction d’une soixantaine de maisons).

Le chef du gouvernement français, Henri Queuille, était présent lors des grandes funérailles organisées quelques jours plus tard. La messe fut dirigée par l'archevêque de Paris, Monseigneur Feltin, et aux côtés des villageois se trouvaient des pompiers du Kent, dans le sud-est de l'Angleterre, qui avaient été recrutés pour renforcer les efforts de sauvetage dans la région.

Lors des funérailles : officiels, proches et pompiers du Kent. Source : INA video.
Naturellement, pour ceux qui ont été directement et indirectement touchés par les incendies, la vie ne serait plus jamais comme avant. Dans les commentaires postés sous un récit des événements (sur le blog "Paysages" du géographe Christophe Ness), une personne se rappelle avoir 12 ans et avoir perdu son frère aîné dans la tragédie - ce dernier effectuait son service militaire au sein du régiment d'artillerie à Châtellerault lorsqu'il fut affecté à la lutte contre l'incendie. Un autre parle de son père, Jean-Max Salzmann, un chauffeur d’ambulance militaire que l’armée envoya dans la zone avec son véhicule pour secourir les habitants des villages encerclés par les flammes. Initialement craint mort, Salzmann parvint finalement à revenir à la maison, mais était le seul des 30 membres de son équipage à sortir vivant. Avec ses collègues il avait cependant permis de sauver des dizaines de vies.

Tous les villages que le feu de forêt de 1949 a presque détruits - Cestas, Saucats, Marcheprime et Mios - ont, au fil des ans, repris pied et ont pu prospérer. Les forêts ont repoussé, sans doute en tenant compte des recommandations d'organisation et de diversification des cultures faites par un Pierre Allemand dans des articles apparentés publiés par la Revue Forestière Française en 1950. (Voir les copies d'archives ici et ici.)
Retour sur les lieux où l'incendie n'est qu'un souvenir lointain. Des champs de maïs à gauche, des pins à droite, le tout au nom de la diversité.
Mais certains observateurs soulignent que ces événements tragiques ont presque été effacés de la conscience collective (ce qui est peut-être la raison pour laquelle le sujet a été si long à figurer sur Invisible Bordeaux…). Au cours des dernières années, la publication en 2009 d’une publication de référence, « L’incendie meurtrier – dans la forêt des Landes en août 1949 », a permis de remédier en partie à ce phénomène. Ce livre revient notamment sur l'incendie au fil des jours, sur les méthodes utilisées afin de faire face aux flammes, et réunit les données biographiques de chacune des 82 victimes.

 
Et, pour revenir au point de départ de cet article, deux mémoriaux ont été érigés le long de la route D1010, à mi-chemin entre Cestas et Le Barp, dans une zone connue sous le nom de Le Puch, non loin du Murat. Le plus formel, cérémonial et imposant des deux (photo ci-dessus) comprend un bas-relief évocateur qui représente les pompiers entourés de flammes. Il énumère également les noms des habitants qui périrent dans ce que le monument appelle un « cataclysme atmosphérique », en les regroupant en fonction des communes dont ils étaient originaires : Cestas, Léognan, Saucats, Villenave d’Ornon et Talence. Le deuxième mémorial, en pin, est nettement plus minimaliste et a été érigé vers la zone où la plupart des personnes ont perdu la vie. Il appelle les visiteurs à « respecter et protéger la forêt pour honorer la mémoire des 82 héroïques sauveteurs ». On ne peut qu'acquiescer.

En repartant de la zone : une tour de guet et un panneau rappelant les dangers du feu.
> Localiser sur la carte Invisible Bordeaux : Forest fire memorials, D1010, Cestas.
> Le géographe Christophe Neff est à l'origine de beaucoup d'informations partagées dans ce dossier grâce aux articles disponibles sur son blog "Paysages", ici et ici
> Un récit détaillé, comprenant d'autres photos et une carte explicative, est disponible sur un site personnel et est à retrouver ici. Ce même site liste également les noms des victimes sur la page disponible ici. On peut aussi y découvrir des photos d'autres mémoriaux situés à Canéjan et à Cestas.
> This article is also available in English.