Il y a quelques mois de cela j'ai publié un reportage qui s'articulait autour d'anciennes cartes postales photographiées da...


Il y a quelques mois de cela j'ai publié un reportage qui s'articulait autour d'anciennes cartes postales photographiées dans leur environnement d'origine. L'exercice m'a beaucoup plu et une de ces photos a même été primée dans le cadre d'un concours organisé par une agence arcachonnaise sur le thème de "la Jetée Thiers autrement". 

Je me suis récemment procuré de nouvelles cartes postales à l'occasion d'un salon des collectionneurs. Tout naturellement, le temps est donc venu encore une fois de partir en balade avec mon appareil photo dans ma main droite et ces cartes dans ma main gauche. Voici ce que cela donne !
Nous voici dans les jardins de l'Hôtel de Ville en plein centre-ville de Bordeaux, et sur la carte (qui date de 1905) on observe un groupe d'adultes et d'enfants, tous aussi élégants les uns que les autres, tout près du bassin circulaire qui est encore bien en place !
Sur la rue Sainte-Catherine devant le bâtiment où se trouvaient autrefois les Nouvelles-Galeries. La rue, où les dernières voitures ont circulé en 1976, est piétonne depuis peu sur cette carte postale qui date de la fin des années 1970 ou du début des années 1980. Que sont devenus ces deux jeunes messieurs et leur guitare folk ?
La rue Sainte-Catherine à nouveau, et une deuxième carte postale datant de cette même période fin-seventies / début-eighties. Sur la photo, prise vers l'intersection avec la rue Porte-Dijeaux, on distingue clairement le dallage en forme de mosaïque circulaire auquel les Bordelais étaient très attachés entre son installation en 1977 jusqu'à la refonte totale de la rue piétonne entre 2000 et 2003.
Curieusement, la place de la Bourse d'aujourd'hui ressemble de près à la place telle qu'elle l'était il y a 111 ans (cette carte postale date de 1905). Pourtant, si ce même exercice avait été tenté il y a 20, 30 ou 40 ans, le résultat n'aurait pas été le même ; la place était alors le territoire d'automobiles et d'autobus.
Nous sommes du côté sud du Jardin Public où se trouva, pendant une vingtaine d'années, cette élégante statue de l'artiste Carle Vernet. Fondue pendant la Seconde Guerre mondiale, une nouvelle statue de Vernet a depuis pris sa place. Dossier complet à venir sous peu !
Cette fontaine sur la place Fondaudège n'a pas bougé et les environs ont guère évolué, si ce n'est le nombre de voitures et de motos... en sachant que le tram passera bientôt par là également avec l'arrivée de la future ligne D qui s'étendra sur les communes de Bordeaux, Le Bouscat, Bruges et Eysines.
Lorsque j'étais devant l'église Sainte-Croix, j'espérais voir arriver un carrosse tiré par des chevaux. Malheureusement, cela ne s'est pas produit. Une fois de plus, l'ambiance de cette place semble proche de celle d'il y a cent ans, alors qu'entretemps il y a eu de nombreuses évolutions.
Cette rue longe le côté est du Parc Bordelais. Lieu tranquille de promenade à cette époque lointaine, le cadre n'a guère évolué : le quartier demeure calme et paisible, et bénéficie de sa grande proximité avec ce bel espace vert.
Terminons du côté du Bouscat où ce magnifique bureau de Poste est encore visible à un angle de rue. La belle automobile des années 1950 n'est plus garée au même endroit par contre... Quel est le modèle ? Et en regardant très attentivement, on devine une petite fille cachée vers une ouverture sur le côté gauche du bâtiment !

Dans les hauteurs de la commune rive droite de Floirac se trouve l'Observatoire de Bordeaux, l'un des sites scientifiques les plus ...

Dans les hauteurs de la commune rive droite de Floirac se trouve l'Observatoire de Bordeaux, l'un des sites scientifiques les plus importants de la métropole... et qui s'apprête à vivre de grands changements au cours des prochains mois.

L'observatoire fut fondé en 1878 par l'astronome bordelais Georges Rayet (dont le nom fut donné à sa découverte conjointe d'un type d'étoile chaude, une étoile Wolf-Rayet) et, au fil des décennies, devint un établissement mondialement reconnu pour ses travaux dans les domaines de la mécanique céleste (calcul du trajectoire des astres) et l'astrométrie (étude de l'atmosphère terrestre). À partir des années 1970, les activités de l'observatoire se sont étendues pour comprendre la technique des ondes radioélectriques et l'étude de l'atmosphère terrestre.

Lors de mon récent état des lieux des noms de salons de coiffure indépendants à Bordeaux et dans la métropole , j’ai proposé aux lecte...


Lors de mon récent état des lieux des noms de salons de coiffure indépendants à Bordeaux et dans la métropole, j’ai proposé aux lecteurs de voter pour le salon qui m’accueillerait pour ma prochaine coupe.  

C’est le salon Infini’tif au Haillan qui a remporté ce concours haut la main, et c’est donc en guise de prix que je me suis présenté au salon. Je n’aurais pas pu mieux tomber : accueil sympathique, cadre chaleureux (dont sièges massants) et une équipe hors normes. Alors que mes cheveux sentaient encore la cire fraîche, je me suis posé avec le patron du salon, l’excellent Jérôme, pour lui poser quelques questions.

  Qui ne connaît pas le jeu de cartes 1000 Bornes, best-seller des rayons jouets depuis de nombreuses années en France, avec des ventes ...

 
Qui ne connaît pas le jeu de cartes 1000 Bornes, best-seller des rayons jouets depuis de nombreuses années en France, avec des ventes qui s’élèvent à plus de 10 millions ? L’histoire commença du côté d’Arcachon !


Présentons Arthur Dujardin, nom de plume Edmond Dujardin, né et élevé à Lille dans l’entre-deux-guerres. Musicien et inventeur, M. Dujardin devint imprimeur, puis auteur d’ouvrages sur le code de la route ainsi que de manuels pour écoles de conduite. Dans les années 1940, son asthme aigu l’amena à Arcachon pour respirer le bon air du Bassin. Dujardin décida d’y rester et aménagea en 1947 au numéro 63 boulevard de la Plage..

À cette époque il avait déjà conçu L’Autostop, jeu de société basé sur le code de la route, finalement distribué à partir de 1951. Parallèlement, il perfectionnait avec ses proches un autre jeu de cartes sur le thème de l’automobile, fusion du jeu américain Touring et du jeu de cartes Canasta. Résultat final : le 1000 Bornes, dont l’intitulé était une allusion à la longueur de la mythique Nationale 7 qui relie Paris à la pointe est de la Côte d’Azur.

La résidence arcachonnaise d'Edmond Dujardin et le sous-sol où le jeu est né.
La première édition de 1000 Bornes parut en 1954. Le principe était simple : les joueurs participent à une course automobile avec pour objectif d’être le premier à parcourir mille kilomètres. Pour y parvenir ils utilisent des cartes « distance ». Mais le jeu comprend également des cartes « attaque » qui sont contrées par des cartes « parade », ou encore des cartes « botte » offrant des protections spéciales.

Un exemplaire de l'édition de 1954 (que m'a gentiment prêté mon collègue Guillaume !).
Cela peut sembler compliqué mais ça ne l’est pas ! Le grand public accueillit le jeu à bras ouverts et 1000 Bornes devint un succès instantané, éclipsant quelque peu la sortie quasi-simultanée d’une autre création Dujardin, L’Autoroute. Tous ces jeux étaient au départ entièrement fabriqués dans le sous-sol de la résidence de M. Dujardin avant d’intégrer un nouveau local à quelques mètres de là, une ancienne conserverie de poissons. L’équipe Dujardin passa ses nuits et ses jours à frotter le sol et les murs afin d’éliminer l’odeur du poisson !
L'ancienne conserverie de poissons à Arcachon. Suite au départ de Dujardin, place aux établissements Daniel Teyssier (fournitures automobile), entreprise qui a depuis fermé.
C’est alors que la société Parker Brothers, forte du succès planétaire de son jeu Monopoly, se procura les droits de distribution du 1000 Bornes aux États-Unis et au Canada. Cette même société, qui depuis 1925 distribuait Touring, l’ancêtre du 1000 Bornes, décida alors de mettre fin à la production de Touring. En peu de temps, 500 000 exemplaires de Mille Bornes (le nom français fut conservé, avec le « 1000 » en toutes lettres) furent vendus aux États-Unis et 100 000 au Canada.

Dans les années 1970, l’entreprise Dujardin, dont la gamme comprenait notamment Twixt (conçu par l’Américain Alex Randolph), était l’un des poids lourds du secteur et chaque année produisait 700 000 exemplaires de son jeu vedette, 1000 Bornes. Mais en 1975, M. Dujardin décéda en pleine période de gloire. L’entreprise fut reprise par son épouse, qui disparut brutalement, puis par leur fils Patrick, qui déménagea les 110 collaborateurs vers un site tout neuf dans la zone industrielle de La Teste-de-Buch, commune voisine d’Arcachon.

Le site de La Teste lors d'un récent passage. La zone principale était inoccupée mais le nom Dujardin restait visible, tout comme la borne symbolique près du portail !
Au début des années 1980, Dujardin dut faire face à la montée des jeux électroniques. L’entreprise tenta alors de se diversifier en distribuant des jeux importés depuis l’étranger et en développant ses propres jeux électroniques ; elle devenait malgré tout de moins en moins rentable. Cette période rude est détaillée dans ce reportage télévisé de décembre 1980 :



En 1981, la société fut reprise par le fabricant et exportateur de jeux Regain Galore, qui conserva la marque Dujardin. Celle-ci résista à l’ouragan de la révolution numérique et fut reprise en 2007 par TF1 Games, surtout connue pour la production à l’étranger de jeux de société basés sur des formats de jeux télévisés. Bon nombre de ces jeux affichent aujourd’hui encore la marque et le logo Dujardin.

Suite à cette reprise par TF1 Games, le site de La Teste ferma ses portes et les équipes de direction et de distribution Dujardin intégrèrent de nouveaux locaux à Cestas, à l’ouest de Bordeaux. On y repère facilement le logo en forme de borne sur la façade du site. Parallèlement, la fabrication du jeu 1000 Bornes fut transféré 200 kilomètres à l’est vers un modeste site à Saint-Pantaléon-de-Larche, près de Brive-la-Gaillarde. Douze personnes y travaillent à l’année et les effectifs sont doublés pendant la période estivale en préparation du « rush » de Noël. La marque continua à se développer, notamment par le rachat de son concurrent Michel, fabricant du jeu Le Cochon qui rit.

Le site de Cestas et l'édition actuelle du jeu.
Le jeu 1000 Bornes se porte toujours aussi bien et demeure parmi les jeux préférés des Français. Les règles ont peu évolué depuis 1954 mais le concept du jeu de cartes s’est élargi avec une version avec plateau. De nombreuses éditions spéciales ont également été réalisées, telles que des déclinaisons Astérix, Cars ou encore une très luxueuse version Tintin. Il existe aussi des variantes autour de l’histoire, des animaux, des inventions et du vocabulaire, ainsi que des versions électroniques ou pour smartphone.

La version avec un plateau et ses petites voitures, feux tricolores et accidents.
Cette séance photo était particulièrement amusante à monter.
1000 Bornes continue son bonhomme de chemin dans d’autres pays. La version américaine est aujourd’hui distribuée par Winning Moves Games dans le cadre d’un accord de licence avec Hasbro. Le jeu a des passionnés en Espagne, en Allemagne, en Grèce ou en Italie. Bien sûr, Stap Op, la version néerlandaise du jeu, est basée sur le vélo et non l’automobile. Que de kilomètres parcourus depuis le sous-sol arcachonnais de Monsieur Dujardin !

> Repérer sur la carte Invisible Bordeaux : 63 boulevard de la Plage / rue André Carmagnat, Arcachon; 1051 boulevard de l'Industrie, La Teste-de-Buch; ZA du Pot au Pin, Cestas.
> Site internet Jeux Dujardin : www.jeuxdujardin.fr
> Page Jeuxsoc dédiée au jeu des 1000 Bornes : http://jeuxsoc.fr/?principal=/jeu/1000b
> Read this article in English! 
> La tombe d'Edmond Dujardin est située dans la rangée H du cimetière municipal d'Arcachon.

C’est au nord de Bordeaux que se situe le parc Floral, un lieu surprenant où promeneurs et curieux peuvent croiser des vaches, des ros...


C’est au nord de Bordeaux que se situe le parc Floral, un lieu surprenant où promeneurs et curieux peuvent croiser des vaches, des roses et des vignes, se balader le long d’un vrai-faux ruisseau pyrénéen, s’asseoir sur un banc munichois et se détendre dans un jardin japonais !

L’inauguration du parc Floral fut l’un des temps forts d’un grand festival en 1992, les Floralies internationales de Bordeaux. Ses 33 hectares paysagés sont depuis devenus le territoire de joggeurs, de promeneurs et de cyclistes, et accueillent ponctuellement des événements culturels.

J'ai toujours beaucoup apprécié les noms de salons de coiffure. Les jeux de mots sont parfois habiles, souvent maladroits mais toujo...


J'ai toujours beaucoup apprécié les noms de salons de coiffure. Les jeux de mots sont parfois habiles, souvent maladroits mais toujours mémorables. Et pourquoi tant d'apostrophes ? 

Il m'a semblé intéressant de rassembler les meilleurs noms repérés à Bordeaux et aux alentours, donc voici ce que cela donne grâce notamment à l'aide de divers lecteurs qui ont gentiment contribué via Facebook, Twitter et Instagram. Pensez surtout à savourer tous ces noms car le jour viendra où il ne restera plus que des salons franchisés Frank Provost, Jean-Louis David ou Tchip.

Une fois de plus, j'ai eu beaucoup de plaisir à couvrir tous les sujets qui ont été abordés sur le blog au long de cette année 2015. ...


Une fois de plus, j'ai eu beaucoup de plaisir à couvrir tous les sujets qui ont été abordés sur le blog au long de cette année 2015. Mais voici cinq dossiers qui me sont particulièrement chers tellement le contenu était passionnant à enquêter. Cliquez sur les titres ou les images pour découvrir les articles associés !

Le moment est venu de terminer l'année par deux articles qui reviennent sur quelques-un des dossiers publiés par Invisible Bordeaux a...


Le moment est venu de terminer l'année par deux articles qui reviennent sur quelques-un des dossiers publiés par Invisible Bordeaux au cours des douze derniers mois. Cette première compilation regroupe les cinq articles les plus lus de l'année. Cliquez sur les titres ou les images pour lire les dossiers complets !


Lors de la conférence que j’ai eu le plaisir d’animer il y a quelques mois au Musée d’Aquitaine, j’ai évoqué l’histoire du pépiniériste ...


Lors de la conférence que j’ai eu le plaisir d’animer il y a quelques mois au Musée d’Aquitaine, j’ai évoqué l’histoire du pépiniériste Toussaint-Yves Catros, dont l’œuvre demeure bien présente aujourd’hui. Un dossier complet lui a été consacré par le passé sur le blog mais, pour résumer, rappelons qu’on lui doit la plantation des pins qui consolident les sables de la côte Atlantique, la culture de l’artichaut de Macau, ou encore la création de la société Catros-Gérand, qui depuis son siège à Carbon-Blanc est encore spécialisée dans la production et la distribution de semences.

Présent lors de la conférence, l’excellent Yves Baillot d’Estivaux (chercheur incontournable sur l’histoire de l’automobile à Bordeaux) m’a mis en relation avec Mesdames Elisabeth Desplats et Edith Moreau, deux sœurs qui sont descendantes de Catros (leur arbre généalogique remonte jusqu’à Anne-Jeanne, la sœur de Toussaint-Yves qui, lui, est resté célibataire toute sa vie). Elles m’ont accueilli à Carbon-Blanc et m’ont invité à découvrir de nombreux documents d’archives. Objectif : reconstruire ensemble l’histoire de l’arboretum installé par Catros au Haillan.

Remontons donc à 1797. Suite à la révolution française, cet ancien directeur des pépinières royales de Guyenne doit obligatoirement changer de cap ! Il crée son propre établissement vers la place Saint-Martial à Bordeaux et acquiert au Haillan un terrain marécageux de 106 hectares, le domaine de Nouville, pour en faire un arboretum. Il conçoit un réseau de canaux d’irrigation et implante ses cultures dans la partie centrale sur un espace de 15 à 20 hectares. Grâce à ses relations avec diverses sociétés savantes étrangères, il obtient de nombreux végétaux rares qu’il acclimate avec succès.
La zone au sud du Haillan où se situe l'arboretum. Sur la base de ses recherches, Xavier Daurel (que nous rencontrerons plus bas) a localisé les différentes zones implantées par Catros. J'ai tenté ici de reproduire ses travaux en les couplant à la vue satellite de Google Earth. À noter, on trouve encore aujourd'hui des bambous dans la zone des "traçants".
En l’espace de quelques années le terrain est transformé. À la place de ronces et de bruyères on y cultive désormais des arbres de la Virginie, du Canada, de la Caroline, différents types de magnolia, hortensia, rhododendrons, pins, sapins… L’endroit devient un véritable jardin d’Éden, ce que confirme J.-F. Laterrade, professeur d’histoire naturelle, dans son récit suite à une visite effectuée en 1818 (publié dans le Bulletin polymathique du Museum d’instruction publique de Bordeaux).

Il évoque notamment « le pistachier lentisque ou la clématite flammule qui mêlait son parfum à celui de tant d’autres espèces exotiques, tandis que les fleurs et les boutons des superbes espèces du genre magnolia s’épanouissaient au-dessus de nos têtes ; nous aurions cru aux forêts enchantées, ou du moins nous aurions pensé être dans un autre hémisphère, si le concert agréable des oiseaux du pays n’eût détruit en quelque sorte l’illusion tout en l’embellissant ». L’exotique ne s’arrête pas là : « En passant sur un petit pont chinois, nous entrâmes dans une pièce de terre consacrée à l’éducation des abeilles. Nous ne pouvions nous lasser d’admirer tant de beautés réunies, tant de sites variés, tant d’espèces différentes sur un même point, et de si belles cultures sur un sol naguère ingrat. »

L'arboretum aujourd'hui (code couleur : automne), dont un magnifique pin Douglas (Pseudotsuga menziesii).
Introduits en Europe au début du 19e siècle, les bambous poussent toujours au même endroit qu'à l'époque de Catros.
Catros meurt en 1836 et c’est son neveu Charles qui hérite de la propriété. Ce dernier décède en 1844 au Chili où il avait entrepris le commerce des arbres cultivés au Haillan. Sa veuve vend alors le domaine à un certain Dr Levieux. En 1865, ses héritiers abattent et vendent le bois des plus beaux sujets pour ne conserver que ceux qui n’avaient aucune valeur commerciale. Le domaine, alors dévasté, est racheté en 1872 par un M. Jaille, grand amateur d’arbres et membre de la Société Dendrologique de France. Il cherche non seulement à restaurer et conserver les restes de l’œuvre de Catros, mais à la compléter par l’introduction d’espèces nouvelles. Dans une serre, M. Jaille cultive des espèces délicates et abrite provisoirement les plants qui le nécessitent.

En 1910 la boucle est bouclée, comme le témoigne un rapport rédigé par H. Bacon de Lavergne et R. Hicket relayé dans le Bulletin de la Société de Dendrologie, détaillant les noms des espèces qui existent encore et démontrant l’intérêt dendrologique qu’avait alors le domaine. Mais le domaine, qui continuera à changer régulièrement de mains, va de nouveau souffrir pendant la 2e Guerre Mondiale, où plusieurs coupes sont réalisées avant que les bombardements alliés de juin 1944 (contre les Allemands qui occupaient alors l’aéroport) ne fassent une croix quasi-définitive sur les arbres. Cette fois-ci, l’arboretum ne se relèvera que très péniblement.

Le grillage du site Herakles.
En 1963, la propriété devient un terrain industriel acquis par Sud Aviation (qui sera ensuite transféré au groupe Thomson-CSF, dont les activités au Haillan se feraient plus tard sous le nom Sextant puis Thales Avionics) et par la Société d'Etudes de la Propulsion par Réaction (SEPR, aujourd’hui intégrée dans ArianeGroup). L’entretien des terres est géré par M. Dubrana, un forestier averti, qui raconte qu’étant monté sur une souche d’arbre, à vue d’œil la végétation ne dépassait pas la hauteur de sa poitrine. Pourtant, en l’espace de quelques années, les frondaisons couvrent à nouveau le domaine. En collaboration avec le service des Eaux et des Forêts du Jardin Botanique de Bordeaux, un recensement est fait des espèces les plus rares et des mesures de sauvegarde (fossés, piste, sentiers, étiquetage, etc.) sont mises en place. Dans les années qui suivent, les industriels évitent de construire des bâtiments dans la zone de l’arboretum.

Elisabeth Desplats et Edith Moreau.
Un nouveau chapitre concernant la sauvegarde de l’arboretum prend forme dans les années 1980, à l’initiative de feu Xavier Daurel, descendant de Catros (et le père d’Elisabeth et d'Edith) et alors directeur des établissements Catros-Gérand ainsi que président de la Société d’Horticulture de la Gironde. Il noue des liens avec la municipalité du Haillan ainsi qu’avec les représentants des acteurs industriels qui sont tous deux sensibilisés à la sauvegarde du domaine. Résultat : une convention d’une durée de trois ans reconductible signée entre SEP, la Société d’horticulture de la Gironde et la mairie du Haillan fixant les charges et règles de gestion, d’entretien et de visites (sous certaines conditions) de l’arboretum. Cette convention ne sera pas visée par Thomson-CSF mais la prise de conscience est bien réelle ; l’arboretum sera durablement protégé.

Et c’est encore le cas aujourd’hui. La richesse des espèces présentes est certes à relativiser car lors des nombreuses « renaissances » du domaine, seules les espèces les plus vigoureuses ont survécu, à savoir tout ce qui a pu rejeter ou se ressemer naturellement. Néanmoins, des recensements effectués ces dernières années ont permis d’identifier une quarantaine d’espèces remarquables côté Herakles et une trentaine côté Thales (où l’arboretum a été aménagé en parcours de santé utilisé par les collaborateurs sportifs de l’établissement).

Au cœur de l'arboretum sur le site de Thales :
ci-dessus, une halte sur le parcours de santé et, ci-dessous, un terrain de football qui a connu des jours meilleurs.

L’avenir est plus incertain. Fin 2016, Thales quitta le site (dont il était devenu locataire) pour rejoindre un nouvel établissement à quelques centaines de mètres sur la commune de Mérignac. Le devenir de cette partie du domaine Catros est donc lié à celui du site qui l’entoure. En 2019, les anciens locaux de Thales étaient en cours de démolition avec un nouveau parc d'activités à venir. Selon différentes sources, l’arboretum allait être non seulement préservé mais également ouvert au public selon la volonté de la mairie du Haillan. Seul l’avenir nous dira si cette piste se confirme !
> Localiser sur la carte Invisible Bordeaux  : Arboretum de Toussaint-Yves Catros, rue Toussaint-Catros, Le Haillan. 
> Mes remerciements à Elisabeth Desplats et Edith Moreau de m'avoir invité à parcourir leurs archives familiaux, et à Yves Baillot d’Estivaux de nous avoir mis en contact ! 

Quel est le lien entre l’industriel Thales Avionics, un fournisseur de semences à Carbon-Blanc et un artichaut géant sur un rond-point à...


Quel est le lien entre l’industriel Thales Avionics, un fournisseur de semences à Carbon-Blanc et un artichaut géant sur un rond-point à Macau ? Réponse : le pépiniériste Toussaint-Yves Catros !

Né en 1757 à Saint-Brieuc en Bretagne, Toussaint-Yves Catros se définissait comme « cultivateur de pépinières », spécialité familiale depuis de nombreuses générations. En début de carrière, Catros part s’installer dans la capitale et est rapidement nommé à la tête des pépinières royales implantées dans le 8e arrondissement (quartier Faubourg-du-Roule) et à Vincennes.

En 1785, toujours sous le règne de Louis XVI, il est nommé directeur des pépinières royales de Guyenne à Bordeaux. Mais la Révolution de 1789 n’est pas loin et ce rôle sera sans suite. Catros doit trouver sa voie et fonde son propre établissement de distribution de semences près de la place Saint-Martial dans le quartier Bacalan à Bordeaux, puis en 1797 crée un arboretum sur un terrain situé entre les communes du Haillan et Saint Médard-en-Jalles.

L’arboretum aujourd’hui avec,
au premier plan, une variante corse
du pin noir européen (Pinus nigra laricio Corsicana).
L’arboretum est encore bel et bien présent de nos jours [dossier complet ici] mais se trouve à présent derrière les grillages sécurisées des entreprises Thales Avionics et Herakles, et donc inaccessible au grand public. Étant collaborateur de Thales, j’ai un accès privilégié à une partie de l’arboretum où de nombreuses espèces continuent de pousser, et ce malgré plusieurs épisodes difficiles au fil des siècles. En 2005, un inventaire sur la zone Thales a permis d’identifier pas moins de 34 espèces notables.

Chêne rouge d'Amérique (Quercus rubra).
Pin d'Oregon ou sapin de Douglas (Pseudotsuga menziesii), qui figure également sur la photo en haut de l'article.
Catros est resté célibataire tout au long de sa vie mais sa sœur Anne-Jeanne a épousé un certain Jean-Louis Gérand. Celui-ci a conclu un partenariat avec son nouveau beau-frère et c’est ainsi qu’est née la maison Catros-Gérand. La nouvelle entreprise a créé un nouvel arboretum plus près du centre-ville de Bordeaux, entre les rues Rivière et de Tivoli. En 1840, quatre ans après le décès de Catros, l’entreprise s’est installée dans des locaux sur les Allées de Tourny.

L'établissement Catros-Gérand sur les allées du Tourny
(archives Catros-Gérand, source: Sud Ouest).
Au 25 allées de Tourny aujourd'hui.
C’est sur les allées de Tourny que Catros-Gérand a opéré jusqu’au crash financier de 1929, puis l’entreprise a déménagé à Carbon-Blanc sur les terrains de la propriété familiale, le domaine de Salazard. En 1964, l’entreprise a lancé la marque Les Doigts Verts, utilisée encore aujourd’hui pour la commercialisation de semences et de bulbes. Sur les façades du site moderne situé non loin du domaine de Salazard, les deux noms cohabitent paisiblement !

Floraisons sur le site de Catros-Gérand / Les Doigts Verts
Mais revenons fin 18e / début 19e siècles, car Toussaint-Yves Catros faisait également du bruit dans les environs de Bordeaux. Il a en effet joué un rôle capital dans le choix des espèces à planter dans l’optique de consolider les dunes de sable face à l’Atlantique. Dans le Médoc, le Marquis de la Colonilla l’a sollicité pour dessiner les jardins du Château Margaux.

C’est également Catros qui a identifié les qualités du terroir à Macau qui, grâce à sa situation géographique unique aux portes de l’estuaire de la Gironde, est alimenté par les eaux fluviales de la Garonne et de la Dordogne. Pensant que les conditions étaient réunies pour la culture de l’artichaut, il a importé quelques spécimens de la variété « Camus » depuis sa Bretagne natale, donnant ainsi naissance à une nouvelle spécialité locale : l’artichaut de Macau. Commençant par la distribution sur les marchés de Bordeaux, les artichauts de Macau sont désormais disponibles dans les rayons de supermarchés dans toute la France. Une œuvre d’art installée sur un rond-point à Macau célèbre ce légume incontournable dans la commune, visible entre les silhouettes de raisins et de sardines.


Parmi les plus beaux exploits de Toussaint-Yves Catros, retenons aussi le catalogue encyclopédique de 600 pages qu’il a publié en 1810, à savoir son « Traité raisonné des arbres fruitiers ». Dans ce livre il recense 18 catégories d’arbres regroupant 347 espèces individuelles (il y a par exemple 120 variétés de poiriers !). Pour chaque espèce, Catros propose une description complète, explique comment et où la planter, et note les particularités des fruits associés.

Dans son introduction, Catros émet son souhait : « Puisse cet ouvrage être aussi agréable que j’ai cru qu’il pouvait devenir utile ! » En parcourant le livre, qui peut être consulté dans son intégralité ici (grâce à University of British Columbia Library/archive.org) il est évident que Catros peut se rassurer ; le catalogue est une référence absolue.


Toussaint-Yves Catros a été largement salué lors de son vivant. En 1825, Charles Lemercier de Longpré (Baron d’Hausez), Préfet de la Gironde, a applaudi ce personnage qui « a porté à son plus haut degré l’art de naturaliser les plantes étrangères ».

Et aujourd’hui saluons nous-aussi ce grand monsieur dont l’héritage est devenu partie intégrante du paysage, depuis la côte Atlantique à Carbon-Blanc, au Haillan et à Macau, où ses différentes initiatives continuent à porter leurs fruits !
> Localiser sur la carte Invisible Bordeaux : chercher > Toussaint-Yves Catros's Le Haillan arboretum, Catros-Gérand 19th-century establishment on Allées de Tourny, Catros-Gérand modern-day facility in Carbon-Blanc, Macau artichoke roundabout. 

Bientôt sur tous les écrans cinéma (de mon monde imaginaire), voici venir la bande annonce Youtube d'Invisible Bordeaux ! Vous ...


Bientôt sur tous les écrans cinéma (de mon monde imaginaire), voici venir la bande annonce Youtube d'Invisible Bordeaux !

Vous y retrouverez des extraits des clips Youtube qui ont déjà été visionnés par littéralement des dizaines d'internautes, et qui offrent un aperçu de l'univers Invisible Bordeaux : Kapla, coiffeuses, chansons a capella dans des cimetières ou encore des courses Formule 1 en centre-ville... tout y est. Enjoy !


Nous sommes sur la rue Notre-Dame, une des rues les plus longues et les plus anciennes du quartier des Chartrons à Bordeaux. Entre les i...


Nous sommes sur la rue Notre-Dame, une des rues les plus longues et les plus anciennes du quartier des Chartrons à Bordeaux. Entre les immeubles élégants du 18e, les antiquaires hors du temps et les galeries d’art tendance se trouve une étrange façade, celle d’un ancien hammam. Son nom ? « Les Grands Bains des Chartrons ».

Cet établissement, dont le propriétaire d’origine était un négociant en vins, un M. Jaubert, a été inauguré en 1895 sur un site où se situait autrefois le « couvent des Carmes déchaussés », également connu sous le nom de « couvent des Petits-Carmes ». Le bâtiment des Grands Bains a été dessiné par l’architecte bordelais Eugène Gervais, qui a également signé le Théâtre des Arts sur la rue Saint-Sernin et quelques villas impressionnantes à Royan.