Au cours des dernières années, on a beaucoup parlé de l'écoquartier de Ginko au nord de Bordeaux, une zone résidentielle nouvelle...


Au cours des dernières années, on a beaucoup parlé de l'écoquartier de Ginko au nord de Bordeaux, une zone résidentielle nouvellement construite qui vise à cocher toutes les bonnes cases sociales et écologiques. Il était donc grand temps qu'Invisible Bordeaux s'y rende afin de voir tout cela de près !

Mais, tout d'abord, que sont ces fameux écoquartiers ? Selon Wikipédia, ce néologisme désigne « un type de planification urbaine qui vise à associer la maîtrise des ressources nécessaires à la population et aux activités de production économiques, à la maîtrise des déchets qu'ils produisent ». D'où Ginko, le premier quartier du genre à Bordeaux-même, construit sur un lot encadré par, côté ouest, le lac artificiel créé à partir des années soixante ; au nord par la zone hôtelière, d'affaires et de congrès du Lac ; à l'est par l'énorme centre commercial Bordeaux Lac ; et au sud par les résidences du quartier des Aubiers.


Le projet Ginko a pris forme à partir de 2006 et les travaux de construction ont démarré en 2010. Les premiers résidents ont emménagé en 2013, sachant que le quartier ne sera achevé qu'en 2022. Les grandes lignes directrices de Ginko ont été conçues par les urbanistes Christian Devillers et Olivier Brochet, et le tout a été mis en œuvre par le groupe Bouygues.

En termes de chiffres bruts, Ginko représentera à terme une surface totale de 32,6 hectares comprenant 2 700 habitations pour environ 7 000 résidents, misant sur une importante variété de types de logements conçus pour attirer un éventail tout aussi large de profils. Des espaces verts occuperont, quant à eux, environ 40 % de la superficie totale. La création de Ginko s'est également accompagnée d'une nouvelle extension de la ligne C du tramway, sans oublier l'intégration de plusieurs magasins et restaurants, d'une école élémentaire et de la première nouvelle église catholique construite à Bordeaux en 40 ans.  


Par contre, la réputation de Ginko est malmenée depuis ses premiers jours. Sur les réseaux sociaux et ailleurs différents facteurs sont pointés du doigt : densité du taux d'occupation des sols, ambiance glauque la nuit tombée, ou encore la piètre qualité des constructions et des aménagements intérieurs et extérieurs... tristement symbolisée par l’effondrement très médiatisé du balcon d'un logement situé au quatrième étage d'une résidence en 2015 (heureusement, l'incident n'a fait aucun blessé hors l'image ternie de Ginko et de Bouygues). Des enquêtes ont pu néanmoins démontrer que les habitants déclarent être globalement heureux à Ginko, bien que la plupart ait en effet constaté des malfaçons dans leur habitation ou encore souligné un problème de propreté des espaces publics ou de nuisances sonores.

L'effondrement d'un balcon en 2015 (source photo : Sud Ouest) et, à droite, le même bâtiment aujourd'hui.
Bref, me voilà dans le quartier un dimanche matin ensoleillé. Pour cette découverte j'ai opté pour le trajet aller-retour nord-sud, en démarrant près de la station de tram « 40 Journaux », qui semble être également un mini-parking officieux pour caddies du hypermarché Auchan. De là, le large boulevard qui s'étend du nord au sud, le cours de Québec, coupe le quartier en deux et est lui-même divisé en son milieu par la ligne de tramway. Le caractère anonyme des niveaux rez-de-chaussée des immeubles est parfois rompu par la présence de restaurants (notamment une pizzeria et un HFC, Halal Fried Chicken), d'un tabac-presse et d'une laverie. Un des bâtiments les plus imposants est celui de l’école élémentaire Vaclav Havel, entouré de tous côtés par des grillages, donnant un peu l'impression d'être une cage géante.

Cours de Québec, l'axe central de Ginko. NB : le ciel n'est pas toujours aussi bleu !
Des caddies stationnés près de l'arrêt de tram.
Options repas : HFC ou pizzeria.
Au tour de qui d'aller dans les cages ? L'école Vaclav Havel.
En se rendant dans les différentes artères perpendiculaires, on découvre un environnement nettement plus piétonnier, avec de larges trottoirs qui bordent des étangs qui sont traversés par de jolies passerelles. Le cadre est paisible et sympathique : bancs, boîte à lire, et quelques pignons sur rue : une boulangerie par ci, un café / espace co-working par là, et une petite école Montessori. Le contraste est saisissant avec son homologue d'État à quelques mètres de là !

Étangs et passerelles.
L'espace co-working.
L'école privée Montessori.
Ces voies piétonnes parallèles sont reliées entre elles par des allées menant à une aire de jeux pour enfants, le jardin du Clown Chocolat (du nom du célèbre clown né à Cuba, mort et enterré à Bordeaux) qui, vu de l'extérieur, rappellerait presque l'univers de l'émission Teletubbies ! En se dirigeant plus encore au sud, on tombe sur un parc linéaire et ses drôles de structures en bois, avant d'arriver à un terrain de sport d'un bleu tellement vif qu'il est sans doute facilement repérable depuis l'Espace. Un gymnase tout neuf marque la jonction entre Ginko et le quartier des Aubiers, comme le rappelle d'ailleurs son nom : il s'agit du gymnase Aubiers-Ginko.

Le jardin du Clown Chocolat.
Le terrain de sports bleu.
Le gymnase Aubiers-Ginko. Dans la fenêtre on observe le reflet d'une des célèbres résidences du quartier des Aubiers.
En remontant vers le nord, près d'un grand carrefour on peut observer l'église paroissiale de Notre Dame du Lac mentionnée plus haut. Cet édifice résolument moderne conçu par Émilie Brochet est entièrement entouré de grandes résidences. En face de l’église se trouve toute une zone encore en travaux, zone qui accueillera de nouvelles résidences mais aussi la future zone commerçante  « Cœur Ginko », qui servira de trait d'union entre Ginko et le centre commercial Bordeaux Lac. C’est notamment ici qu’ouvrira un grand magasin Cultura. Chose surprenante, sur les grands panneaux qui masquent les travaux en cours, le message mis en avant par Bouygues en guise de teaser est la promesse de 1 530 places de parking souterraines.

La paroisse Notre Dame du Lac.
La zone Cœur Ginko en devenir.
Chouette : bientôt 1 530 places de parking ! En sous-sol ! Yeah !
Mon périple se termine vers la pointe nord-est du quartier et ce que ma feuille de route m'annonce comme étant la chaufferie biomasse Engie Services. Ce bâtiment a un aspect tout à fait moderne et écologique, mais aussi assez mystérieux. Cependant, à l’extérieur, à part l’inscription indiquant son « énergie éco responsable », aucune information supplémentaire n’est proposée. La façade est plutôt occupée par un grand panneau publicitaire vantant les mérites de Cœur Ginko.

La chaufferie énigmatique.
Alors, quelle était mon impression générale suite à cette matinée passée dans l'écoquartier Ginko ? Eh bien, Invisible Bordeaux n'exprime que rarement des avis particulièrement tranchés sur les sites qu'il découvre, et d'ordinaire il s'agit là d'une stratégie volontaire de neutralité. Cependant, cette fois-ci, le sentiment général était bien celui d'une certaine ambivalence - le quartier ne m'a fait ni chaud, ni froid, et la découverte n'était ni spécialement agréable, ni désagréable. Ginko est clairement un quartier où l'on vit et non un quartier qu'on visite ; certes, ce dimanche matin je ne m'attendais pas à beaucoup d'animation, mais en réalité les rues étaient pratiquement désertes (comme vous l'aurez constaté, je n'ai eu aucun mal à prendre des photos où absolument personne ne figure).

Mais n'est-ce pas là le plus gros enjeu pour Ginko ? Cet écoquartier réussira-t-il à faire sortir ses habitants de leurs maisons et leurs appartements afin de construire cette nouvelle communauté voulue, axée sur la mixité et la diversité ? Les écoles, les lieux de détente et les espaces en commun deviendront-ils des points d'échange et de rencontre ? Pour l'instant, ce processus est en phase de démarrage lent et seul l'avenir nous dira si Ginko vieillira bien et développera bien sa propre identité, créant une ambiance qui lui est propre. Invisible Bordeaux devra donc y retourner afin de faire de nouveaux points d'étape !


> Localiser dur la carte Invisible Bordeaux map : Ginko eco-district, Bordeaux
> Site officiel afin que vous puissiez, vous aussi, accéder au rêve Ginko : www.ecoquartier-ginko.fr 
> La carte que j'ai utilisée pour me repérer dans le quartier est disponible ici.
> This article is also available in English! 

Le septième épisode du podcast mensuel d'Invisible Bordeaux est désormais disponible : nous embarquons pour un véritable voyage dans...


Le septième épisode du podcast mensuel d'Invisible Bordeaux est désormais disponible : nous embarquons pour un véritable voyage dans le temps en compagnie de Philippe Serra, ancien beatnik et musicien, et expert reconnu de la scène musicale bordelaise (contributeur notamment au livre de référence "Bordeaux Rock(s)"). Ensemble nous partons à la redécouverte d’un lieu mythique du paysage musical de la ville : l’Alhambra. 

Remplacée désormais par une résidence, du côté de la rue d’Alzon, non loin de la rue Judaïque, la façade est la seule trace qui reste de cette salle qui a fonctionné à plein régime de 1870 jusqu’à sa fermeture en 1984. Très polyvalente, l’Alhambra accueillait concerts, spectacles musicaux, pièces de théâtre et films, mais aussi de la boxe, du catch, des bals, des kermesses, des arbres de Noël d'entreprises, des conférences, des débats et des meetings politiques. À la rubrique insolite, pendant de nombreuses années, l’Alhambra avait même sa piste de skating… et en période de guerre en 1914 la salle principale est devenue la chambre des députés suite à l'installation du parlement à Bordeaux ! 

Il y a quelque temps, pour le blog, Philippe avait gentiment accepté de partager quelques impressions d’événements ayant eu lieu dans cette salle mythique, dont certaines extraites d’un projet de livre de souvenirs. Nous voilà donc ensemble autour de deux micros pour revenir sur ces anecdotes et aller plus loin. Philippe évoque ainsi Gene Vincent, Chuck Berry, Memphis Slim, Soft Machine, Pierre Henry, les Stranglers... mais parle aussi de la montée en puissance de la salle du Grand-Parc et du Jimmy, et explique pourquoi le live de Barbara enregistré à l'Alhambra est un disque à part. Ah, et un éléphant fait également une entrée aussi inattendue que fracassante dans l'histoire du lieu !   

Vous pouvez écouter le podcast via le bouton lecture qui doit s'afficher ci-dessous, ou alors sur diverses plates-formes dont Anchor, Apple Podcasts / iTunes, Spotify, Google Podcasts, Breaker, PocketCasts, RadioPublic, Overcast, Podbean, Podcast Addict et Stitcher. N'hésitez pas à vous abonner afin de ne rien rater ! Bonne écoute !


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> L'Alhambra : la salle mythique bordelaise qui accueillit les plus grandes icônes du 20e siècle
> Retour à l’Alhambra en compagnie de Philippe Serra
> Informations complémentaires sur le live de Barbara
> "Veuve de Guerre", extrait de cette réprésentation de Barbara en 1969

La maison Gobineau, ce bâtiment de forme triangulaire à la pointe sud des Allées de Tourny, est l’un des véritables « incontournables »...


La maison Gobineau, ce bâtiment de forme triangulaire à la pointe sud des Allées de Tourny, est l’un des véritables « incontournables » de Bordeaux et est souvent comparé au célèbre Flatiron Building de New York. Le rez-de-chaussée est principalement connu aujourd’hui comme étant le Bar à Vin du Conseil Interprofessionnel du Vin de Bordeaux (CIVB) mais… saviez-vous que la maison Gobineau a été l’un des premiers cinémas de la ville ? 

Attardons-nous d’abord sur cet immeuble : la maison Gobineau a été achevée en 1816, construite par l’architecte Gabriel Durand selon les plans conçus en 1787 par son homologue Victor Louis, ce dernier étant également responsable du Grand Théâtre, non loin de là et inauguré en 1780. Suite à la décision de démolir le château Trompette (qui a finalement disparu pour de bon en 1818, laissant la place à l'esplanade des Quinconces), ce bâtiment a été érigé sur un terrain ainsi devenu exploitable dès 1786. Cette parcelle avait été allouée à un conseiller du Parlement de Bordeaux, Thibault-Joseph de Gobineau, pour y installer son nouvel hôtel particulier. 

Sa curieuse forme triangulaire (évoquant peut-être un navire ?) a ensuite dicté la manière dont le flanc nord des allées de Tourny et le cours du 30 juillet voisin allaient s’articuler et se développer. Vers 1920, l'architecte Raymond Mothe modifie radicalement le bâtiment – apparemment devenu un hôtel et un café restaurant à en croire les cartes postales de l’époque – en y ajoutant deux nouveaux étages, augmentant ainsi de façon conséquente la hauteur du bâtiment.

La maison Gobineau vers 1918 (avec enseignes d'hôtel et de café restaurant) et 1965 (devenue Maison du Vin de Bordeaux).
Passage aux niveaux supérieurs vers 1920. Source photo : groupe Facebook "Bordeaux, je me souviens".

Menu du café Gobineau datant du printemps 1939. Crédit : Jennifer Murray.
À partir de 1925, la première succursale Citroën de Bordeaux occupait une partie du rez-de-chaussée, avant que l'immeuble de ne devienne, en 1948, le siège du Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux (ou tout simplement, la Maison du Vin de Bordeaux), d’où l’installation au rez-de-chaussée du Bar à Vin. Il est ouvert au public, permettant ainsi de découvrir différentes curiosités datant du milieu du 20e siècle dont deux vitraux conçus par René Butheau et une tapisserie d'Aubusson signée Marc Saint-Saëns sur le thème de la vigne.

Les spectaculaires vitraux à découvrir dans le Bar à Vin. À gauche : "Le triomphe de Bacchus" ; à droite : "À la gloire de Bordeaux".
La tapisserie d'Aubusson : "Le vin de Bordeaux, la naissance d'un cru".

Mais qu'en est-il de l'affirmation surprenante que la maison Gobineau était autrefois un cinéma ? Eh bien, il se trouve qu'un soir, je parcourais quelques-unes des cartes postales accumulées ces dernières années, dont cette photo de la maison Gobineau datant d’environ 1908 :


Et j'ai remarqué que, juste au-dessus de l'entrée principale du rez-de-chaussée, le mot « CINÉMA » est clairement visible : 


L’explication est que, dans les dernières années du 19e siècle et au tout début du 20e, le cinéma était encore une activité qui sortait de l’ordinaire, et constituait généralement une forme de divertissement mobile. Pour regarder un film - qui au début n’était pas tellement une œuvre de fiction mais plutôt des scènes de tous les jours filmées avec une caméra - les spectateurs se dirigeaient là où le projectionniste ambulant pouvait s’installer : fête foraine, salon public, bar, etc. ! La Maison Gobineau était l'un de ces établissements, et il est probable que, sur un jour donné à un horaire donné, les clients se rassemblaient donc dans une salle obscure à l'intérieur de la maison Gobineau pour regarder un film ensemble !

Vue intérieure du début du 20e siècle, source : "Bordeaux, Métamorphoses", Max Baumann.
Est-ce ici qu'ont été projetés ces films du début du 20e siècle ?
Pour illustrer ce lien entre des immeubles a priori résidentiels (ou bureaux) et l'industrie cinématographique naissante, quoi de plus parlant que la plaque visible de l'autre côté des allées de Tourny (au numéro 10) qui célèbre la première projection publique d'images animées organisée à l’étage le 29 février 1896 devant différentes personnalités et la presse. Selon un reportage d’époque, revenant sur des séances publiques qui ont eu lieu le lendemain, « une dizaine de tableaux, reproductions de la vie courante, ont littéralement émerveillé les spectateurs ». (Source : Pierre Berneau, Les débuts du spectacle cinématographique à Bordeaux.)   

À voir en face de la maison Gobineau !
En ce qui concerne les établissements plus imposants, le théâtre l’Olympia (où se trouve actuellement la salle de concert Auditorium) et le théâtre le Français (aujourd’hui un multiplexe fraîchement rénové) proposaient des films dans leurs programmes de music-hall le soir, ainsi que des projections en matinée dès 1898-1899. La première salle de cinéma dédiée de Bordeaux, le Cinéma Hélios, s’est installée au 5 cours de l'Intendance à partir d'août 1902, présentant les premiers films « cinéma parlant » (à ne pas confondre avec le véritable cinéma sonore, qui n'a débuté qu'à la fin des années 1920) et offrant une combinaison cinématographique / configuration phonographique incompatible avec les systèmes mobiles. (Devenu plus tard le Cinéma National Pathé puis l'Intendance, cet établissement fermera ses portes en 1976.)

Le cinéma Hélios, devenu le cinéma National Pathé puis l’Intendance (source photos du haut : groupe Facebook "Bordeaux, je me souviens"), et cette même entrée de nos jours. 
En l’espace de dix ans, le centre de gravité des cinéphiles bordelais s'est définitivement déplacé des foires et des salles de bars vers des lieux polyvalents reconnus, qui proposaient désormais une vraie programmation cinématographique (c’est le cas notamment de l’Alhambra, sujet déjà largement couvert sur le blog, par le biais de son « Alhambra Cinéma Gaumont »), ou vers de toutes nouvelles salles dédiées. Selon Sud Ouest, en 1945, une quarantaine de cinémas opéraient à Bordeaux !

Combien de temps la maison Gobineau a-t-elle fonctionné en tant que cinéma ? Invisible Bordeaux n’a pas encore de réponse à cette question, mais c’était manifestement assez longtemps pour justifier l’installation de ce panneau au-dessus de la porte ! Bref, la prochaine fois que vous serez au Bar à Vin du CIVB, dégustant un verre de Médoc ou de Saint-Émilion, n’hésitez pas à déboussoler le personnel en demandant à quelle heure est la prochaine séance de cinéma !

> Localiser sur la carte Invisible Bordeaux : Maison Gobineau, allées de Tourny, Bordeaux
> Site internet du Bar à Vin: baravin.bordeaux.com
> Merci à Rosine Duet et Stéphane Cazabat pour leurs précisions par rapport à la succursale Citroën ! 

Le sixième épisode du podcast mensuel d'Invisible Bordeaux est désormais disponible, et vous invite à un voyage dans le monde du cin...


Le sixième épisode du podcast mensuel d'Invisible Bordeaux est désormais disponible, et vous invite à un voyage dans le monde du cinéma bordelais en compagnie de Jérôme Mabon, jeune cinéphile qui est à l’origine d’États Critiques, qui se définit comme le blog cinéma bordelais.

Alors, Bordeaux est-elle une ville de cinéma ? Jérôme répond à cette question en évoquant les films qui ont été tournés dans la ville, en rappelant les personnages du septième art liés au port de la lune, en parcourant les festivals et les salles de la métropole, et bien plus encore ! 

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> Vous retrouverez le blog États Critiques ici : ecritiquesblog.com

> La page Facebook est ici. 
> L'enquête sur le passage furtif du Corniaud à Bordeaux est ici.
> L'article de Jérôme sur Max Linder est ici (et le dossier Invisible Bordeaux ici).
> Jérôme évoque également son article sur Geneviève Fontanel, à retrouver ici.

Le château de Tanaïs est un mystérieux manoir désaffecté situé vers la pointe nord-ouest de Blanquefort, au nord de Bordeaux. Les terrai...


Le château de Tanaïs est un mystérieux manoir désaffecté situé vers la pointe nord-ouest de Blanquefort, au nord de Bordeaux. Les terrains environnants, ouverts au grand public, sont un lieu idéal pour une agréable promenade en harmonie avec la nature. Mais les nombreuses incarnations du château sont ce qui rend l’histoire de Tanaïs particulièrement intéressante… sans oublier les vestiges voisins d’une base militaire abandonnée et les diverses légendes urbaines qui ont transformé l'endroit en une destination quelque peu mystique pour les chasseurs de fantômes des temps modernes !

La bâtisse de 25 chambres fut construite en 1767 et a conservé le nom de son premier propriétaire, André Tanays. Au fil des années, le château changea plusieurs fois de mains et devint en 1886 la maison de campagne de Jean Léglise, un riche entrepreneur bordelais qui fit fortune en fabriquant des traverses de chemin de fer, bien que le domaine de Tanaïs lui-même se soit focalisé sur la production de vin. La propriété fut transmise à Paul Léglise, le fils de Jean, en 1912.

Mais tout allait changer en 1942 lorsque l'ensemble du domaine fut réquisitionné par les Allemands dans l'intention de le convertir en camp de repos pour officiers de sous-marins rattachés à la base sous-marine de Bordeaux. En février 1943, les premiers résidents qui s'installèrent dans le château (désormais équipé d'électricité, d'eau courante chaude et froide, d'une ligne téléphonique et d'un système de chauffage central) furent le général et l’état-major d'une branche du Service du travail du Reich (Reichsarbeitsdienst ou RAD). La Kriegsmarine (marine allemande) proprement dite prit leur place à l’été 1943. Au cours de leur séjour d'une année, les travaux de construction de 145 maisons situées dans la forêt avoisinante commencèrent, augmentant ainsi la capacité de la base.

Il est difficile de savoir si les Allemands ont effectivement utilisé cas maisons rudimentaires mais, après la guerre, vue la réticence de la famille Léglise à rentrer à Tanaïs, c’est l'armée française (officiers et leurs familles) qui s’y installa. Cette nouvelle base militaire, qui était un lieu quasi-autonome avec ses propres médecin, dentiste, cinéma et prison (!), abritait d’abord des sections du FFI, les Forces françaises de l’intérieur, puis des unités affectées par la suite à des missions dans des théâtres à l’étranger tels que l'Algérie ou Tahiti.

La base militaire de Tanaïs sur d'anciennes cartes postales, avec notamment le château et l'entrée principale (en haut à gauche), ou encore quelques logements en pleine forêt (en bas à droite). Source images : delcampe.net
L'armée française quitta les lieux au milieu des années 1960 et le domaine resta à l’abandon pendant une trentaine d'années, jusqu'à ce que la ville de Blanquefort le reprenne. La municipalité décida de démolir la plupart des maisons, transforma une bonne partie du terrain en lieu de promenade et créa une salle de réception adossée au château, qui peut encore être louée pour des mariages et autres fêtes.

Tout cela nous amène au chapitre peut-être le plus étrange de l'histoire de Tanaïs. Vu le statut énigmatique du manoir abandonné et le mystère entourant ces années où l’endroit était une base militaire, des rumeurs commencèrent à circuler, laissant entendre que le manoir et ses terrains étaient hantés. Parmi les récits récurrents, il y avait ceux d'événements paranormaux liés selon certains à la triste noyade de l'enfant d'un officier de l'armée dans l’étang artificiel situé non loin du manoir. Et, ces dernières années, une photo de groupe prise à l'extérieur du château lors d'une réunion de famille semblait montrer une silhouette mystérieuse se tenant à l'une des fenêtres de l'étage supérieur !
La mystérieuse photo où figure... un invité surprise ? Source: vidéo Youtube GussDx.
La vue est désormais moins dégagée depuis les fenêtres à l'étage.
Cette photo servit de point de départ à une aventure dans l'esprit du célèbre Blairwitch Project et partagée sur Youtube par le vidéographe Guillaume Durieux, ou GussDx, véritable chasseur de fantômes des temps modernes. Il passa une nuit sur le site accompagné par son fidèle détecteur EMF (fréquence électromagnétique) afin de prouver la présence de phénomènes paranormaux, à la fois dans les environs immédiats de la maison et dans l’une des anciennes demeures de la base militaire. Bien qu'aucune preuve catégorique n'ait été fournie, le clip présentait une poignée d'incidents mineurs inexpliqués et le tout était, pour employer un terme technique, assez flippant ma foi. Peu de temps après, quelques polémiques circulèrent sur la véracité du clip et de ces quelques incidents inexpliqués, mais la vidéo enregistra quand même près de 1,5 million de vues… La dynamique était lancée : GussDx enregistra un deuxième puis un troisième reportage sur place, d’autres chasseurs de fantômes se rendirent également sur les lieux pour en faire autant, et voilà que Tanaïs devint synonyme de domaine hanté à l’échelle nationale, label officieux dont la municipalité se serait bien passée !

En visitant le site aujourd'hui, l'une des premières choses que l’on remarque est que, depuis les premières visites du chasseur de fantômes Youtube GussDx, toutes les fenêtres du premier étage du château ont été tout simplement condamnées. Le parc tout autour est désormais un bel écrin de verdure, agrémenté d’une série de panneaux d’informations permettant de mieux s’approprier cet environnement à la fois paysagé et relativement sauvage, et de profiter pleinement des nombreux sentiers qui partent dans diverses directions.

Les routes du camp militaire d'antan.
Au bord de l'étang.
Mais le spectacle le plus étonnant, et de loin, est celui des nombreuses maisons de camp militaire abandonnées, qui sont interdites d’accès mais qui (ne le dites à personne) sont facilement accessibles via un sentier forestier à proximité. Les maisons sont devenues le territoire de graffeurs (principalement le street artist Saïr) mais, étant donné leur état avancé de délabrement, pas de squatteurs. En passant d'un bâtiment à l'autre, tout en veillant à ne pas se faire trop attaquer par les moustiques indigènes (le secteur est très humide), il est encore possible de comprendre à quel point les familles de militaires qui vivaient ici ont connu une existence hors du commun, sachant que la base abritait jusqu'à 1 500 personnes !

Au cœur des ruines et au contact des nombreuses œuvres signées Saïr.
À l'intérieur d'un logement.
Rencontre de street art et d'une inscription militaire. RCP : Régiment de Chasseurs Parachutistes.
La zone est étrangement paisible ces jours-ci, mais pour ceux qui y vivaient, comme par exemple une certaine Anita Jaulin-Fréchou, qui a partagé les souvenirs de son enfance passée sur la base dans le cadre d’une interview accordée à Sud Ouest en 2011, le camp reste dans les mémoires comme un lieu plein de vie. Anita se souvenait notamment des « réceptions sur le parquet ciré du château de Tanaïs… les bals, les cocktails, c’était Versailles, c’était superbe ! » et de la sensation d’être « libres comme l’air… Nous avions cet immense domaine à notre disposition et l’on crapahutait partout, surtout les garçons qui testaient le parcours du combattant réservé aux soldats. Plus tard, on jouait au tennis avec les sous-lieutenants et il y avait aussi un minigolf… » Mais des souvenirs plus difficiles sont également restés, comme en 1956 lorsque tout le régiment est parti pour l'Algérie, laissant derrière lui femmes et enfants ; Anita et les autres enfants s’alignèrent près du château pour les saluer.

Que le château Tanaïs et le domaine environnant soient hantés reste à débattre, mais sachez que vous ne me verrez pas passer une nuit là-bas pour mesurer l’activité électromagnétique de sitôt ! Au rayon insolite, lors de mon passage mon compteur vélo s’est remis à zéro sans explication quelconque, sans doute au moment où j’étais vers l’étang ou vers le château. Cela peut sembler anecdotique mais cette manip' exige normalement une intervention on ne peut plus humaine, et que le compteur fasse cela tout seul est pour moi, après des années de vélo, un événement totalement inédit. Incident paranormal ou pas impliquant mon modeste compteur vélo, il est clair que la ville fantôme qui demeure suite au passage de ces militaires du XXe siècle est parmi les sites d’exploration urbaine les plus incroyables de la région bordelaise. Il s’agit d’un exemple très parlant et même impressionnant de combien les lieux peuvent changer au fil du temps… et un rappel que rien ne dure à jamais.


> Localiser sur la carte Invisible Bordeaux : avenue de Tanaïs, Blanquefort.
> De nombreuses informations dans ce dossier sont tirées de l’article disponible ici.
> Interview Sud Ouest de Anita Jaulin-Fréchou en 2011
> Et voici une excellente vidéo réalisée par des élèves du Lycée agro-viticole de Bordeaux-Blanquefort en 2008 (Anita Jaulin-Fréchou figure d'ailleurs parmi les grands témoins du reportage) :

Cliquer ici en cas de problème d'affichage [clip non disponible sur certains appareils mobiles].
> Et voici les fameuses vidéos de GussDx : épisode 1 (2014), épisode 2 (2015) et épisode 3 (2018).
> Un grand merci à Fabrice Brussac pour ses précieux conseils !
> This article is also available in English!

Le cinquième épisode du podcast mensuel d'Invisible Bordeaux est désormais disponible, et j'espère que vous êtes particulièrement ...


Le cinquième épisode du podcast mensuel d'Invisible Bordeaux est désormais disponible, et j'espère que vous êtes particulièrement bien assis car ce numéro est le premier en anglais ! Hourra ! C'est donc par ici pour cet entretien exclusif avec l'Australien le plus célèbre de Bordeaux, Mike Foster, créateur du blog et de la communauté des Bordeaux Expats.

Ensemble nous abordons la philosophie des Bordeaux Expats, nous revenons sur son arrivée à Bordeaux depuis Sydney via Londres, et nous échangeons autour de Bordeaux mais aussi de Saint-André-de-Cubzac, commune connue pour être le lieu de naissance du Commandant Cousteau et accessoirement la ville où Mike a aujourd'hui élu domicile.

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Vous retrouverez les Bordeaux Expats ici :
> Blog Bordeaux Expats : bordeauxexpats.com
> Chaîne Youtube Bordeaux Expats

Lors du podcast, Mike parle des vidéos réalisées avec Derek Rose. Voici un de ces clips : 


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Enfin, ci-dessous vous pouvez admirer l'hommage au Commandant Cousteau situé sur un giratoire dans la commune de Saint-André-de-Cubzac, sujet évoqué également dans le podcast. Pour l'histoire qui va avec, consultez l'article Invisible Bordeaux (également en anglais) disponible ici.   


La rue de la Rousselle, qui relie le cours d’Alsace-et-Lorraine au cours Victor-Hugo, est l’une des plus jolies petites rues du vieux B...

La rue de la Rousselle, qui relie le cours d’Alsace-et-Lorraine au cours Victor-Hugo, est l’une des plus jolies petites rues du vieux Bordeaux. En fait, elle est tellement pittoresque qu’elle a servi de décor à de nombreuses scènes de films tournés dans la ville, y compris des productions récentes telles que 2 Automnes 3 Hivers (sorti en 2013), Compte tes blessures (2016) et Le vice caché des Navajos (également 2016).

On trouve aussi sur la rue de la Rousselle l'une des plus fortes concentrations de « ghost signs », ces vielles publicités et enseignes peintes à la main qui sont un thème récurrent sur le blog Invisible Bordeaux. Mais combien de ces enseignes sont réelles et combien sont des restes de décors de films ?

Le point de départ de cette énigme a été la découverte de l'enseigne « Steenvoorde » au-dessus de ce qui semble être un garage. Avec un peu d’aide de correspondants sur les réseaux sociaux, il a été rapidement établi que Steenvoorde était bien une entreprise du monde réel (et, qui plus est, le nom d'une ville du nord de la France), plus précisément une entreprise laitière fondée en 1911, qui a changé son nom en Stenval dans les années 1960 avant d'être repris par le groupe Gervais / Danone. Bien que la plupart des activités de la société d’origine aient progressivement fusionné avec la production de Danone, le site d’origine continue de produire du lait pour bébé sous la marque Blédina.


Grâce à une rencontre fortuite sur place, le propriétaire de l'immeuble lui-même m'a confirmé qu'il s'agissait bien d'une véritable enseigne et que, lorsqu'il a acquis l'immeuble il y a plusieurs années, le rez-de-chaussée était encore un dépôt de lait et de fromage. Il a aussi ajouté que les visiteurs du nord de la France étaient généralement ravis de repérer le nom Steenvoorde au-dessus de cette porte, car cela leur rappelait « leur chez eux et de bons souvenirs d'une époque lointaine ».

Mon nouveau consultant personnel croyait également que l’une des plus célèbres vieilles enseignes de Bordeaux, qui annonce le « Dépôt des biscuits Léon », était également authentique, tout en pensant que le signe avait été restauré ces dernières années. (Ceci se confirme en parcourant les archives du blog.) Bien qu'une recherche Google des « Biscuits Léon » n'ait donné aucun résultat, heureusement d'autres connaissances sur les réseaux sociaux ont pu confirmer que la maison Léon a bel et bien existé. Réputée, d'après ses réclames, pour ses petits beurres et ses gaufrettes vanille, les « Biscuits Léon de Paris » avaient en réalité comme ville d'attache Maisons-Alfort (aujourd'hui en Val-de-Marne). 

Les gardiens de ponctuation remarqueront que les guillemets sont ouverts devant le nom Léon, mais ne figurent pas après.
En regardant de plus près, on remarque que la dernière couche de peinture est encore relativement jeune.
Source : delcampe.net (merci Rosine).

Un peu plus loin dans la rue, il est fort probable que cette enseigne soit tout à fait réelle, en remarquant l'usure des années. Les lettres que l'on perçoit au-dessus des fenêtres forment l'inscription « Entrepôts J-E Bonnel & Cie », tandis que deux panneaux verticaux indiquent « Transit » et « Camionnage ». Bonnel & Compagnie fournissait donc des prestations de transport et de manutention.


Les deux commerces suivants pourraient bien être des œuvres de fiction. Le premier est un cordonnier qui se présente également comme un « spécialiste lacets », opérant sous le charmant nom de « Aux Galoches Réunies » (dans la version anglaise de ce dossier, j'ai proposé comme traduction le très footballistique « Shoes United »... difficile d'y intégrer le double sens du mot galoche !). Le second est le coiffeur Antonio Martinez, où l'enseigne en papier adhésif a connu des jours meilleurs. Bien que ce nom ait résisté jusqu'en 2019, il semble qu'il ne tienne plus qu'à un fil... ou à un cheveu ! 


Vient ensuite le plus photogénique de tous, un établissement baptisé « Café Cardinal », qui fournissait également du bois de chauffage et du charbon, et dont le propriétaire était un certain E. Vaton. Mon correspondant Steenvoorde était convaincu qu'il s'agissait vraiment d'un café dans une vie passée mais que l'enseigne peinte est un ajout récent. Encore une fois, tout cela est très difficile à vérifier. Quoi qu’il en soit, il existe deux certitudes : aujourd’hui, le « café » est une maison particulière et, comme le rappelle une plaque murale, il est situé à l’endroit même où Michel Montaigne, le célèbre et influent penseur du XVIe siècle ainsi que maire de Bordeaux, a vécu avec sa famille.


Enfin, du côté d’une petite place où la rue de la Rousselle rejoint la rue du Puits-Descazeaux, il serait formidable de se dire que ce panneau en imitation marbre annonçant « Service départemental, Architecture » remonterait à l’époque gallo-romaine. C’est bien sûr un ajout bien plus récent qui a marqué l'arrivée dans cet immeuble d'un cabinet d'architectes. Les architectes ont désormais quitté le lieux et cette partie de l'immeuble est maintenant une crèche d'entreprise !


Cette modeste enquête comporte donc quelques questions ouvertes et des mystères non résolus, combinés à quelques réelles traces du passé. Mais cet article ne demande qu'à évoluer au fil du temps sur la base des retours de lecteurs. Contactez-moi si je suis passé à côté d'informations essentielles, ou si vous avez gardé des souvenirs de votre café quotidien au Café Cardinal, ou encore si vous pouvez m'aider à faire la part du vrai et du faux, et à identifier les enseignes conçues simplement pour le grand écran ! À suivre ?...

> Localisez sur la carte Invisible Bordeaux : rue de la Rousselle, Bordeaux
> Un grand merci à l'auteure Sophie Poirier qui a soulevé ce sujet des vraies / fausses enseignes sur la rue de la Rousselle, à Tobye du côté d'Instagram qui m'a mis sur la bonne piste par rapport à Steenvoorde, à Rosine Duet pour les informations sur les Biscuits Léon, et surtout à Jérôme Mabon de l'excellent site États Critiques (fortement conseillé aux cinéphiles bordelais !), qui a identifié et visionné les films cités dans l'article...  même si les mystères demeurent !