Pendant plus de 35 ans, le plus important des immeubles bordelais en bord de Garonne se trouvait dans le quartier de Bacalan, au nord de la ...

Pendant plus de 35 ans, le plus important des immeubles bordelais en bord de Garonne se trouvait dans le quartier de Bacalan, au nord de la ville. Il s'agissait de l'imposante Cité Lumineuse, qui s'élevait à l'endroit où se trouve aujourd'hui la station de bus et de tramway de Brandenburg. Quid de l'histoire de ce building et qu'est-il devenu ? 


La zone environnante était autrefois le domaine viticole de Claveau, mais avec l'expansion de la ville de Bordeaux vers le nord au cours de la première moitié du XXe siècle, le quartier de Bacalan a pris forme, et était principalement composé de rues résidentielles constituées de maisons. Mais dans les années 1950, le maire de la ville, Jacques Chaban-Delmas, voyait les choses en grand et, à cette époque où la France connaissait une pénurie de logements, il considérait que l'avenir urbain était synonyme de cités et de buildings. C'est ainsi que sont nés des ensembles de logements sociaux tels que le Grand-Parc, la Cité de la Benauge, les Aubiers, ainsi que la refonte complète du quartier Mériadeck dans le centre-ville.


La Cité Lumineuse, propriété de la Ville, était le projet autonome le plus impressionnant de tous. Conçue par les architectes André Conte, Paul Daurel et Jean-Jacques Prévot, elle mesurait 200 mètres de long, 11 mètres de large, était haute de 15 étages, et comprenait 360 appartements étiquetés "LOGECO", pour "logements économiques et familiaux". À l'image du cours de la Garonne, la Cité s'incurvait doucement vers l'intérieur, son flanc oriental bénéficiant d'un point de vue idéal pour admirer le soleil levant... tandis que les couchers de soleil étaient évidemment appréciés depuis la façade occidentale !

L'histoire en photos aériennes. En haut : le terrain en 1950 avant la construction de la Cité Lumineuse, puis en 1976. En bas : la Cité en 1994, peu avant sa démolition (à noter, le terrain de foot situé près du fleuve), et la vue actuelle sur GoogleEarth. Les photos d'archives sont issues du site IGN Remonter le Temps.

Les grands appartements de l'immeuble (de type F4 et F5), au nombre de 240, bénéficiaient du luxe relatif d'avoir une vue sur les deux côtés, un principe architectural guidé par la lumière du soleil (promu pour la première fois par Adolphe Augustin-Rey sous le nom d'"axe héliothermique") qui avait déjà été appliqué par l'influent architecte Le Corbusier à la Cité Radieuse de Marseille. La réutilisation de ce concept a, selon toute vraisemblance, inspiré le nom étrangement similaire de la Cité Lumineuse ; il n'existe aucune preuve concrète de cette hypothèse, mais c'est une théorie crédible que l'expert local Marc Saboya avance dans son livre "Chaban le bâtisseur".      


La Cité Lumineuse a accueilli ses premiers résidents en 1960 et, au fil des ans, est devenue un lieu de vie cher à plusieurs milliers de personnes malgré ses nombreux défauts, comme l'absence de balcons (qui n'ont jamais fait partie du plan directeur afin de limiter les coûts) et le fait que - toujours selon Saboya - les cuisines et les salles de bains étaient minuscules et que les ascenseurs ne s'arrêtaient que tous les trois étages ! C'était également un lieu très animé. Entre le bâtiment et le fleuve, un terrain de football en sable avec des buts de taille règlementaire était le centre de gravité de nombreux jeunes du quartier. Pendant ce temps, les générations plus âgées se retrouvaient pour jouer à la pétanque sur les terrains voisins. Et la verdure tout autour était un endroit idyllique pour les événements en plein air tels que les pique-niques et les fêtes des résidents. De l'autre côté de l'immeuble, à partir de 1981, le parvis de la résidence accueillait le marché hebdomadaire de la Lumineuse, qui ne comptait au départ que quatre vendeurs mais qui s'est rapidement développé pour devenir un grand rendez-vous populaire.

 

Photo d'archives Sud Ouest du marché, et la même vue aujourd'hui.

Clichés Sud Ouest des terrains de foot et de pétanque, et le même espace de nos jours.

Cependant, les années 1980 n'ont pas été clémentes avec la Cité Lumineuse. Le bâtiment se détériorait à vue d’œil et les autorités locales estimaient que les travaux de réparation et de rénovation seraient plus coûteux que de démolir et de repartir à zéro. Bien que la décision de démolir le bâtiment n'allait être finalisée que plus tard, à partir du milieu des années 1980, chaque fois que des résidents quittaient les lieux, ils n'étaient pas remplacés et les appartements qu'ils lassaient étaient murés. 


Le nombre décroissant de résidents encore sur place au début des années 1990 ont été activement encouragés à chercher ailleurs, la Ville facilitant les déménagements vers de nouveaux  projets dans le domaine de la Cité Claveau à proximité ou dans des quartiers situés rive droite. À cette époque, la résidence n'était déjà plus que le fantôme de ce qu'elle avait été, et l'espace ouvert du rez-de-chaussée, notoirement venteux, étant devenu le territoire de dealers. Dire que le bâtiment était devenu inhospitalier serait un euphémisme, et au cours de l'été 1996, le dernier résident de la Cité Lumineuse, un monsieur de 83 ans du nom de M. San José, est parti pour de bon.

 

Dans ses dernières années, le devenir de la Cité Lumineuse était un sujet récurrent dans le journal Sud Ouest.  

En septembre de la même année, les travaux de démolition ont commencé, mais leur progression a été entravée et retardée par la présence d'amiante. La tâche a également été rendue particulièrement difficile par la nécessité de couper un à un les sommets des 622 pieux qui avaient été utilisés pour les fondations du bâtiment, dans cette zone inévitablement humide et sujette aux inondations. Mais en février 1997, l'immeuble n'était plus, et les autorités locales ont commencé à se tourner vers l'avenir et le nouveau projet immobilier qui allait prendre sa place, comprenant 116 logements dans un environnement paysager de 2,5 hectares.


La mort lente de la Cité Lumineuse a inspiré de nombreux projets créatifs à l'époque, tels que des chansons écrites par le collectif rap local Génération Posse, et un livre, "La Lumineuse, cité habitée", compilant les écrits de plusieurs jeunes du quartier sous la direction de l'auteur à succès Hervé Le Corre, qui avait auparavant passé 17 ans dans le quartier de Bacalan à Bordeaux et avait gardé des liens forts avec le quartier et ses habitants... à tel point que Bacalan et la Cité Lumineuse figurent souvent en bonne place dans ses œuvres de fiction.


En rembobinant - ou plutôt en avançant rapidement - jusqu'en 2021, à part des souvenirs individuels et un peu de nostalgie, que reste-t-il de la Cité Lumineuse ? Eh bien, la réponse est... pour ainsi dire rien ! En prenant position en face du bureau de Poste et de la mairie de quartier dans le but de reproduire une photo repérée dans un numéro de 2013 d'un magazine local, ce qui frappe le plus est le vide absolu à la place du bâtiment.

Photo d'archive légèrement floue de la Cité Lumineuse avec la Poste et la Mairie de Quartier au premier plan, créditée à Labarthe et présentée dans un numéro de 2013 du magazine "Bacalan". Et, une fois encore, la même vue aujourd'hui. 
Derrière les arrêts de tram et de bus, un complexe résidentiel moderne - ainsi qu'un supermarché Lidl - se cache derrière les arbres. Le long de la Garonne, là où se trouvaient autrefois les terrains de pétanque et de football, d'agréables allées bordées d'arbres sont parsemées de bancs et bordées de juste assez de verdure pour satisfaire les promeneurs de chiens.



Mais quelques traces de l'époque de la Lumineuse sont encore visibles, même 25 ans plus tard. La première se trouve à quelques rues de là, sur la place Muscaillet, qui accueille désormais le Marché de la Lumineuse et ses camelots chaque vendredi matin. Malgré le passage du temps et quelques déménagements, le marché a symboliquement conservé son nom.


La Lumineuse s'affiche place Muscaillet.
Puis il faut regarder du côté d'une allée qui s'étend entre deux zones d'habitation qui se trouvent aujourd'hui à la place de la Cité. Encastré dans l'une des constructions modernes est un poste de transformation haute tension, qui a manifestement quelques années de plus que son imposant voisin. Sur le panneau apposé sur la porte, juste au-dessus du rappel du risque imminent de mort, figure le nom de code de la station. En caractères noirs sur fond jaune, les lettres écrivent le nom "Lumineuse". La Cité continue ainsi à briller discrètement...  


> Localiser sur la carte Invisible Bordeaux : Cité Lumineuse, rue Achard, Bordeaux.

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> Source de la photo en haut de l'article : www.delcampe.net

> Merci à mon excellent ami Laurent B. pour ses tuyaux et ses souvenirs !

À l'instar des villes de Paris et de Toulouse, Bordeaux s'inscrit dans une tendance paneuropéenne en transformant une petite parcell...


À l'instar des villes de Paris et de Toulouse, Bordeaux s'inscrit dans une tendance paneuropéenne en transformant une petite parcelle du centre-ville en une mini-forêt. Il est temps de se promener dans – ou du moins à côté du – plus petit des bois ! 


C’est encore tout frais : cette première mini-forêt bordelaise en devenir a été inaugurée par le maire, Pierre Hurmic, au mois de mars 2021. Elle est située entre la gare Saint-Jean et l'église du Sacré-Cœur, sur l'espace triangulaire où se croisent les rues Billaudel, Fieffé et Francin. 


Alors, de quoi s'agit-il ? Selon un article publié par The Guardian, de minuscules forêts denses comme celle-ci « apparaissent dans toute l'Europe dans le cadre d'un mouvement visant à restaurer la biodiversité et à lutter contre la crise climatique ». Leur format et leur concept « sont basés sur le travail du botaniste japonais Akira Miyawaki, qui a planté plus de 1 000 forêts de ce type au Japon, en Malaisie et ailleurs ». En France, le paysagiste Gilles Clément est également cité comme une influence clé, notamment en lien avec son concept du « jardin en mouvement », mais au niveau international, le terme « forêt de Miyawaki » est bien le terme consacré pour ce type de micro-forêt urbaine. 


Le futur : vue d'artiste de la micro-forêt d'ici quelque temps (source : bordeaux.fr).
Le présent : voici à quoi ressemble l'espace aujourd'hui (août 2021).


En se référant à la page Wikipédia consacrée à Akira Miyawaki (décédé en juillet 2021) il est possible de s’approprier les grandes lignes. Cette méthode Miyawaki est basée sur la reconstitution de « forêts indigènes en employant des arbres indigènes », ces jeunes arbres étant plantés très près les uns des autres, en veillant à utiliser une gamme diversifiée d'espèces afin de recréer les multiples couches d'une forêt naturelle. En outre, cette pratique « produit une forêt pionnière protectrice riche, dense et efficace en 20 à 30 ans, alors que la succession naturelle nécessiterait 200 ans dans le Japon tempéré, voire 300 à 500 ans sous les tropiques ».


Plus près du 45e parallèle, ici à Bordeaux, où le nouveau maire est bien sûr membre du parti politique Europe Écologie-Les Verts, cette mini-forêt est l'un de plusieurs projets de ce type et s’inscrit dans un programme plus vaste visant à apporter plus de verdure dans le centre-ville, baptisé « Bordeaux Grandeur Nature ». Lors de l'inauguration de la forêt en devenir, M. Hurmic a notamment déclaré aux médias que « C’est une plus-value pour tout un quartier, il y a une obligation de créer des îlots de fraîcheur », rappelant qu' « un espace de 100 m2 de forêt réduit de 1°C la température dans les rues adjacentes ».


Le passé : à voir actuellement sur GoogleEarth, les places de stationnement qui ont été supprimées.


Ce premier projet bordelais, qui s'étend sur une superficie de 180 m² pour un budget d’environ 50 000 €, comprend plus de 500 plantes et arbustes forestiers, dont des variétés d'arbres telles que des chênes pubescents, des sorbiers domestiques, des érables champêtres, des merisiers et des cornouillers sanguins. L’espace a été baptisé du nom de Wangari Muta Maathai en l'honneur de la militante kenyane, prix Nobel de la paix 2004, qui a contribué à la reforestation de son pays. 


Sur place par un dimanche matin tranquille, la première impression est celle d'un terrain désordonné, mais on comprend vite que cet aspect est tout à fait voulu. En effet, le processus de plantation est censé être aléatoire, et la forêt naturelle se formera au fur et à mesure que la sélection naturelle entre les semis permettra aux mieux adaptés de s'épanouir et de se développer rapidement. Par contre, pour l'instant, rien ne dépasse les 60 ou 70 centimètres de hauteur et il est donc difficile d'imaginer que, dans quelques années, plusieurs arbres domineront la place. 

 


Mais la mini-forêt apporte déjà une touche de couleur au quartier. Outre l’incontournable vert, des taches de blanc, de jaune, d'orange et de violet sont parsemées ici et là. Et bien sûr, après avoir admiré la vue initiale, on est tenté de regarder de plus près et de se concentrer sur certaines plantes, et c'est alors que l'on découvre que l'endroit a déjà bel et bien pris vie, avec des guêpes ou des abeilles qui collectent le pollen, des mouches et des papillons qui se faufilent entre les feuilles et les branches. Je me suis soudainement trouvé attiré par les plaisirs de la macrophotographie en milieu urbain, une véritable première ! 

 

Des scènes du quotidien dans le centre-ville de Bordeaux.


Quelques panneaux d'information complètent la vue et, pour l'instant du moins, les piquets de la clôture en bois sont surmontés d'une multitude de rouleaux de papier toilette décorés de manière experte et créative, probablement par les enfants d'une école du quartier. L'endroit est calme, si ce n'est le bourdonnement de ces insectes volants, ce qui rend la mini-forêt très active. C'est inhabituel et, somme toute, assez chouette.  

 


Les retombées médiatiques semblent indiquer que la plupart des riverains ont chaleureusement accueilli l'initiative, même si certains ont intuitivement râlé à propos de la douzaine de places de parking sacrifiées, et d'autres ont été cyniques quant au temps qu'il faudrait à la mini-forêt pour atteindre sa maturité. Mais à une époque où il ne se passe pratiquement pas un jour sans que l'on apprenne une nouvelle catastrophe naturelle ou un événement météorologique extrême, tout ce qui peut être fait pour lutter contre le rouleau compresseur du changement climatique doit être salué...

 

> Localiser sur la carte Invisible Bordeaux : Micro-forêt Wangari Muta Maathai, rue Fieffé, Bordeaux.

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> Davantages d'informations sont à retrouver sur le site internet de la ville de Bordeaux. 

> Ci-dessous, un reportage vidéo Sud Ouest tourné lors des premières plantations en mars 2021, comme quoi tout a beaucoup poussé en l'espace de cinq mois !



Cliquer ici en cas de problème d'affichage sur votre appareil.


Il y a quelque temps, je me suis procuré un livre intitulé " Chaban de Bordeaux " pour un euro symbolique à la librairie Quai des ...


Il y a quelque temps, je me suis procuré un livre intitulé "Chaban de Bordeaux" pour un euro symbolique à la librairie Quai des Livres, cours Victor-Hugo, dans le centre-ville. Dans ce livre, publié en 1996 par les Éditions Sud Ouest, l'auteur, le regretté journaliste politique Pierre Cherruau, se concentrait sur le volet bordelais de la vie et de la carrière de Jacques Chaban-Delmas, qui fut maire de la ville pendant pas moins de 48 ans, de 1947 à 1995, cinq ans avant sa mort en 2000, à l'âge de 85 ans.

Ces années d'après-guerre et des Trente Glorieuses ont été une période charnière pour la ville. Tant de choses ont changé sous son impulsion, que ce soit en matière de logement (refonte du quartier de Mériadeck, création du Grand Parc, des lotissements des Aubiers et de la Benauge), d'infrastructures (inauguration des ponts Saint-Jean et Pont d'Aquitaine, construction de la Rocade), de culture, et bien d'autres choses encore.

Au cours de ces années, en tant que député, il a également occupé plusieurs fonctions ministérielles nationales, a présidé l'Assemblée nationale pendant deux mandats, a été Premier ministre de 1969 à 1972 et candidat à la présidence en 1974. Bref, une sacrée carrière !
 

Le livre contenait un certain nombre de superbes photos d'archives. J'ai pensé qu'il serait amusant de partir à la recherche des endroits où ces photos ont été prises et, avec un petit coup de pouce de Photoshop, d'essayer de fusionner le passé et le présent en des clichés uniques. Et voici ce que cela donne !   

 

 

Ci-dessus, on voit le jeune maire se promener nonchalamment dans la ville. L'emplacement, allées de Tourny, est celui où un photographe de rue capturait souvent les passants avec son objectif, de sorte que de nombreux Bordelais ont des photos similaires les montrant marchant dans cette même rue vers la fin des années 1940 et le début des années 1950 ! Auteur de la photo originale inconnu. Merci à Patrick Forsans, Caroline March, Bruno Montamat et d'autres pour avoir aidé à identifier l'emplacement exact de la photo.



En 1949, la place précédemment connue sous le nom de place des Salinères (et place de Bourgogne auparavant) est officiellement inaugurée sous le nom de place Bir-Hakeim, en référence à la bataille de Bir Hakeim pendant la Seconde Guerre mondiale. Chaban-Delmas avait invité le Général Charles de Gaulle à cet événement. À l'époque, De Gaulle était quelque peu en retrait, bien qu'il était en train de créer son parti politique, le Rassemblement du Peuple Français, qui se scindera plus tard en plusieurs groupes, dont l'Union pour la Nouvelle République, qui soutiendra De Gaulle lorsqu'il sera élu président de la République française en 1958. Auteur de la photographie originale inconnu. (Dans le livre "Chaban de Bordeaux", une autre photo de cet événement est présentée, mais il a été difficile de la reproduire. Cette photo similaire a été prise quelque part sur Internet... mais je ne me souviens plus où !).

 

 

Le président nouvellement élu De Gaulle est de retour à Bordeaux en 1958. On le voit ici remonter le cours du Chapeau-Rouge en compagnie de Chaban-Delmas et de diverses personnalités, dont le chef de cabinet de De Gaulle, Olivier Guichard (à gauche de Chaban), le garde des Sceaux Michel Debré (à droite de De Gaulle) et le préfet de Gironde et d'Aquitaine Gabriel Delaunay (portant la casquette à gauche). Auteur de la photographie originale inconnu.

 


D'accord, vous allez devoir me croire sur parole, mais Jacques Chaban-Delmas est l'une des figures qui se tient derrière le conducteur à bord de ce dernier tramway de première génération qui a parcouru Bordeaux en 1958, y compris ce tronçon de la place de la Victoire qui était remplie de spectateurs un brin nostalgiques. Chaban était heureux de tourner la page tramway de la ville, ouvrant la voie aux années tout-automobile des 1960, 70 et 80, ère à laquelle la ville se devait d'imaginer une nouvelle solution de transport public. Le système de métro léger "VAL" est alors le choix préféré de Chaban, mais ne verra jamais le jour. Finalement, l'une des premières grandes décisions du successeur de Chaban, Alain Juppé, fut de concevoir le réseau de tramway de nouvelle génération qui fait aujourd'hui partie intégrante de la ville. Crédit photo d'origine : Vincent Olivar.



Jacques Chaban-Delmas, alors premier ministre, fait campagne rue Sainte-Catherine en 1970, à peu près à l'époque où un rival politique émergent, le journaliste et magnat de la presse Jean-Jacques Servan-Schreiber, l'avait défié lors d'une élection législative partielle, sans doute dans l'optique d'affronter ensuite Chaban aux élections municipales. Chaban en sort victorieux mais se serait senti très menacé par "JJSS", même s'il a minimisé cet épisode plus tard dans sa vie. Auteur de la photographie originale inconnu.

 


Voici Jacques Chaban-Delmas qui monte en courant les marches vers le Palais Rohan, côté jardin de l'Hôtel de Ville. Dans le livre de Cherruau, la légende affirme que Chaban montait les marches quatre par quatre. Au sens propre du terme ? À l'arrière-plan, Robert Boulin, maire de Libourne et ministre français de la Santé à l'époque, essaie de suivre le rythme. Boulin a occupé de nombreux postes gouvernementaux au fil des ans, mais sa mort en 1979 est entourée de mystère et de controverse. Crédit photo d'origine : Michel André.  

 

 

Cette photo a vraisemblablement été prise le jour de l'inauguration officielle de la toute nouvelle rue piétonne Sainte-Catherine en septembre 1976. Le conducteur de la "deuche" n'a manifestement pas suivi l'actualité et se fait peut-être gentiment disputer par le maire de Bordeaux ! Crédit photo d'origine : Michel Lacroix. 

 


Ici, Jacques Chaban-Delmas salue les habitants du quartier des Aubiers en juin 1984, à la suite d'importants travaux de rénovation effectués à une époque où le quartier est passé tout près d'une explosion sociale. Comme nous l'avons mentionné dans les paragraphes précédents, les Aubiers sont l'une des nombreuses cités qui symbolisent, elles aussi, l'héritage de Chaban. Les Aubiers sont situés au nord de la ville, non loin du quartier du Lac, lui aussi héritage du mandat de Chaban. Crédit photo d'origine : Michel Lacroix. 

 


Cette photo date d'environ 1986, et l'on y voit Jacques Chaban-Delmas, visiblement ravi aux côtés d'une "Miss" locale, inaugurer officiellement la fête foraine semestrielle - qui, aujourd'hui encore, est un spectacle si familier sur l'Esplanade des Quinconces. À en juger par la visibilité des bâtiments à l'arrière-plan, on peut dire qu'il s'agissait de la session d'automne. Sur ma photo 2021, ils sont cachés derrière une dense verdure printanière ! Crédit photo d'origine : Théry.

 


Voici Jacques Chaban-Delmas en fin de carrière, avec sa troisième épouse Micheline (ils se sont mariés en 1971), marchant le long de la rue Naujac dans le quartier de Saint-Seurin-Fondaudège, un jour de scrutin en route pour leur bureau de vote (le couple habitait tout près, rue Émile-Fourcand). La façon dont le couple se tient la main est assez touchant, non ? Crédit photo d'origine : Jean-François Grousset. Merci à Michel Laporte et Patrick Forsans pour m'avoir aidé à identifier le lieu exact de la prise de vue.

 

 

Où mieux terminer cette promenade dans le Bordeaux de Chaban que dans le jardin de l'Hôtel de Ville (essayez de repérer les marches photographiées plus haut dans la page !). Cette photo en couleur, signée Michel André, a orné la couverture du livre original, comme illustré ci-dessous. Remarquez l'étiquette de prix d'un euro. Quelle bonne affaire, hein ? Merci au Quai des Livres !

 
 


> Merci encore à Patrick Forsans et les autres personnes qui ont permis d'identifer deux des lieux ci-dessous, le tout via Twitter et Facebook.

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  Comme les lecteurs fidèles le savent, ces derniers mois, mon projet musical Slowrush a probablement pris le pas sur le blog Invisible B...

 

Comme les lecteurs fidèles le savent, ces derniers mois, mon projet musical Slowrush a probablement pris le pas sur le blog Invisible Bordeaux en termes de temps et d'énergie. Mais cela ne veut pas dire que les deux projets ne se nourrissent pas l'un de l'autre. En effet, deux chansons du dernier E.P. sorti par Slowrush sont directement inspirées par des sujets traités sur le blog par le passé ! 

 

Car oui, Slowrush, le groupe que j'ai formé avec mon ami bassiste Olivier et mon fils batteur Dorian, a récemment dévoilé 'The Neighbourhood E.P.' et ses quatre nouveaux morceaux, disponibles dès à présent sur la plateforme de streaming de votre choix. Les deux chansons qui peuvent avoir une importance particulière pour les lecteurs d'Invisible Bordeaux sont Secret Garden et See The Neighbourhood. Et voici pourquoi !

Les paroles de Secret Garden sont inspirées de l'histoire de la vedette du cinéma muet Max Linder, qui est né à Saint-Loubès et a été scolarisé à Bordeaux (enfin, Talence). Sa carrière et sa fin tragique (il a tué sa jeune épouse avant de se donner la mort) ont fait l'objet de deux articles publiés simultanément sur Invisible Bordeaux et le site partenaire Invisible Paris. Une grande partie des informations partagées alors a été rendue possible par les recherches inlassables de sa fille Maud Linder, qui était encore un bébé lorsque ses parents sont morts.

 

La fin peu glorieuse de Max Linder l'ayant effacé d'une grande partie de l'histoire du cinéma, Maud a dû reconstruire l'histoire morceau par morceau. Elle a même dû déterrer des boîtes de pellicules enterrées sur le terrain d'une résidence familiale, le "jardin secret" du titre de la chanson. Ses découvertes, la façon dont elle s'y est prise, et sa propre histoire sont brillamment détaillées dans le livre de Maud Linder “Max Linder était mon père”, et la chanson s'inspire aussi largement de ces écrits. Maud Linder est décédée en 2017 à l'âge de 93 ans. Au moment du reportage d'Invisible Bordeaux / Paris, nous avons eu un bref échange d'e-mails dans lequel elle nous a remercié pour les articles, j'aime à penser qu'elle approuverait aussi la chanson !

 

Quant à See The Neighbourhood, la chanson prend la forme d'un message d'une personne malvoyante à l'artiste qui a conçu les cartes 3D en bronze que l'on trouve à quatre endroits de Bordeaux. Ces œuvres d'art si appréciées sont souvent apparues dans ces pages, et l'artiste qui en est à l'origine, François Didier, est devenu un ami du blog au fil des ans. 

 

Le message véhiculé par la chanson est ancré dans la réalité. Début 2020, j'ai été invité à assister à l'inauguration officielle de la quatrième sculpture, positionnée près de la Cité du Vin dans le quartier des Bassins à Flots. En écoutant les différents témoignages, et en discutant avec des personnes connaissant le travail de François Didier, on sentait vraiment que les pièces étaient très appréciées des malvoyants, car elles leur offrent vraiment un moyen de "voir le quartier" qui les entoure. Nous avons naturellement voulu traduire ce sentiment de reconnaissance en chanson ! François Didier a été mis au courant de la création de cette chanson et a été ravi de savoir que ses travaux avaient également été immortalisés sous cette forme musicale. 

 

The Neighbourhood E.P. ne s'arrête pas là, car il y a deux autres chansons à découvrir, bien qu'elles soient peut-être un peu moins ancrées dans le bordelais... À vous de voir de quoi elles parlent ! Et si vous voulez entendre les chansons en live, nous nous produirons au Steady à Saint-Loubès le 24 juillet, au Mira à La Teste-de-Buch le 21 août, et au centre ville de Saint-Aubin-de-Médoc le 18 septembre !


> ‘The Neighbourhood E.P.’ est à retrouver sur la plateforme de streaming de votre choix ici : https://linktr.ee/slowrush

> Vous pouvez également écouter les chansons sur la page Bandcamp de Slowrush ici : https://slowrush.bandcamp.com

Parlons effet confinement ! Chacun gère à sa façon afin de vivre au mieux avec les contraintes imposées dans le cadre de la lutte contre la ...


Parlons effet confinement ! Chacun gère à sa façon afin de vivre au mieux avec les contraintes imposées dans le cadre de la lutte contre la Covid-19, tout en respectant rigoureusement les mesures en vigueur. Ainsi, pour ce troisième confinement, à moins d'avoir une justification raisonnable, les mouvements sont limités à dix kilomètres autour de sa résidence. Mais cette limite laisse néanmoins un terrain de jeu important, mon épouse Muriel et moi avons donc décidé de nous lancer dans un roadtrip d'une journée à très petite échelle, baptisé le « 10k Radius Challenge ».

Sur la base des données fournies par le site internet de référence, nous avons tracé un itinéraire circulaire qui nous permettrait de rouler sur une belle distance sans jamais pour autant nous trouver à plus de dix kilomètres de notre domicile à Saint-Aubin-de-Médoc. Nous voilà donc en route à 8h du matin un dimanche matin de mi-avril, direction nord-ouest à travers le Pian-Médoc vers notre première escale, Parempuyre. Nous sommes passés devant la très internationale communauté Emmaüs et son hangar à bric-à-brac, un lac pittoresque et la gare avant de rejoindre le centre-ville, tournant au niveau d'un établissement culturel au nom surprenant d'Art Y Show, sans doute une référence à la célèbre spécialité médocaine, l'artichaut (de Macau).


Une belle piste cyclable en bordure de route nous a ensuite conduits à Blanquefort via des zones industrielles assez ternes, désormais un incontournable des banlieues métropolitaines. Après avoir contourné le centre-ville, nous avions de vagues espoirs de faire une virée dans le très photogénique parc de Majolan, mais notre itinéraire improvisé en a décidé autrement. Nous nous sommes plutôt retrouvés devant l'une des entrées de la réserve naturelle des Marais de Bruges. La réserve étant actuellement fermée (je vous laisse deviner pourquoi…), nous avons dû, non loin de là, nous contenter de prendre une photo des lignes de chemin de fer et de tramway qui sont parallèles les unes aux autres, témoin grandeur nature du dispositif tram-train de Blanquefort.


Nous avons ensuite traversé la rocade en direction du centre-ville de Bruges, où nous nous sommes accordés une pause pain aux raisins bien méritée à l'ombre de la très jolie église Saint-Pierre, dont certaines parties datent du 15ème ou 16ème siècle. C'était en tout cas un agréable voyage dans le temps, et le mélange des époques était enrichi par la vue d'une mobylette ABG-VAP datant vraisemblablement des années 1960. J’aimerais me dire qu'elle est là, garée à côté d'un banc, en permanence. Pour compléter le tableau, nous avons découvert la tour circulaire de Lassalle. Nous nous sommes engagés à revenir pour regarder le tout de plus près !



En parcourant Bruges, nous avons repéré un clocher d'église étonnamment haut en plein coeur d'un quartier résidentiel. Faisant un micro-détour pour enquêter, nous avons découvert que nous étions devant l’église orthodoxe russe de Bordeaux. Elle se démarque certainement de son environnement et semble également être un sujet qui mérite des recherches plus approfondies !



En continuant vers le sud, nous sommes passés devant le stade Sainte-Germaine du Bouscat (siège du Stade Bordelais) et deux stars d'antan du blog : le Bois du Bouscat et l'hippodrome. Près d'un giratoire à Eysines, nous avons repéré les traces d'une belle enseigne publicitaire, « M. Chopinet - Lubrification Silicoil aux Silicones », comprenant informations, adresse et un numéro de téléphone à six chiffres. En raison de la lumière du soleil et des ombres, il était difficile d'obtenir une bonne photo, mais je reviendrai par temps nuageux afin de réaliser un meilleur cliché de ce que je pense être l'un des meilleurs « signes fantômes » du secteur !



Nous avons alors traversé Mérignac, en passant notamment devant la salle du  Pin Galant - actuellement en veille - ou encore l'étonnante œuvre « Pantalon de jogging et mocassins à pampilles » signée Dewar & Gicquel, avant de nous diriger à nouveau vers la rocade, en nous arrêtant pour prendre une photo du surprenant bâtiment « Marché de l'Avenir » qui, aujourd'hui, a l'air tout sauf futuriste.



Une fois hors rocade, nous nous sommes retrouvés dans une nouvelle zone industrielle, culminant par un passage sur piste cyclable pris en sandwich entre Dassault Aviation à gauche et mon employeur Thales à droite. Cela sentait fort l'aéronautique, (à juste titre compte tenu de notre proximité avec l'aéroport), du moins jusqu'à ce que la vue des terrains de sport quelque peu négligés du Domaine de Rocquevieille nous ramène sur terre. Et penser que c'était là que s'entraînaient les joueurs du FC Girondins de Bordeaux de la grande époque des années 80.

Puis direction Martignas-sur-Jalle, commune que nous estimions être plus ou moins le point à mi-chemin de notre cercle au rayon de 10 kilomètres. En arrivant dans la commune, nous avons été accueillis par un panneau de style Far West légèrement menaçant indiquant que Martignas abritait la « dernière station avant le bassin ». Pour les voitures se rendant sur le Bassin d'Arcachon il s'agit donc du point de non retour. Soit faire le plein ici, soit se retrouver à sec vers Saint-Jean-d’Illac ! Cette pensée m'a fait froid dans le dos.



Nous nous sommes dirigés vers le camp militaire de Souge, où j'ai pu par le passé visiter le mémorial émouvant aux quelque 300 personnes qui y ont été exécutées au long de la Seconde Guerre mondiale. Malheureusement, cette fois, la personne qui assurait l'accueil n'était pas d'humeur particulièrement coopérative, disant que l'accès était interdit aux particuliers et qu'il y avait, de plus, des travaux en cours. Tant pis. Nous avons abandonné ce projet et avons repris notre boucle vers le nord, au moins jusqu'à ce que nous tombions face à face avec une autre installation militaire impénétrable. Plutôt que de revenir sur nos pas, nous avons choisi de suivre un contournement identifié par Google, chemin qui est vite devenu extrêmement sablonneux et donc impraticable à vélo, mais qui a eu au moins le mérite de nous mener vers une forêt agréable et un lieu de pique-nique idyllique au bord d'un ruisseau.



Désormais, nous nous en tenions aux sentiers les plus adaptés au vélo, rejoignant le monde urbain quelque part dans les environs du quartier Hastignan de Saint-Médard-en-Jalles. De là, la meilleure option pour rejoindre notre prochaine destination, Salaunes, était simplement d'emprunter un tronçon de la piste cyclable Bordeaux-Lacanau ô combien plate et rectiligne. En arrivant dans le centre-bourg de Salaunes, il n'y avait pas grand-chose à faire à part savourer le son des cloches de l'église (il était pile 14 heures), parcourir les livres disponibles dans le « nichoir à livres » sur la place principale, et admirer la sculpture géante en bois représentant une pomme de pin, symbole de... pins et de pommes de pin.    
   



Nous nous sommes retrouvés sur une route quelconque, droite, plate et peu spectaculaire, mais offrant le chemin le plus direct possible vers le hameau de Saint-Raphaël et en particulier la chapelle qui a été édifiée sur le lieu de naissance de Pey Berland, archevêque de Bordeaux Pey Berland au XVe siècle, sujet évoqué dans l'un des premiers articles publiés sur le blog.



Depuis ce passé très lointain, nous avons été instantanément renvoyés dans le présent voire dans le futur, en faisant le tour du parc photovoltaïque d'Arsac. Fort de ses 220 hectares et ses 85 mégawatts de puissance (non, moi non plus je ne sais pas très exactement ce que cela représente), le lieu est fort impressionnant vu du sol, mais encore plus étonnant depuis les airs (cliquez ici pour découvrir une photo aérienne du parc). À présent, nous étions plus ou moins sur la dernière ligne droite de notre aventure, en terminant par quelques arrêts photo aux abords des propriétés du château d'Arsac et du château Sénéjac au Pian-Médoc... et ce quelques jours à peine après ces nuits agitées passées à tenter de protéger les vignes contre des températures anormalement glaciales.


La boucle était bouclée et vers 16h30 nous avons atteint Saint-Aubin-de-Médoc, avec plus de 94 kilomètres au compteur pour un peu plus de cinq heures de pédalage.

Quels étaient alors les principaux points à retenir de notre périple à périmètre limité à un rayon de 10 km? D'abord, il y a inévitablement quelque chose d'insolite à voyager si loin tout en restant si près de chez soi. Le compteur avait beau afficher 50, 60 ou 70 kilomètres, nous étions encore proches de la maison ! Deuxièmement, comme j'ai pu découvrir par le passé, il faut parfois le côté aléatoire d'un tel roadtrip pour dénicher des plaisirs inattendus... en l'occurrence le centre-ville de Bruges, l'église orthodoxe russe ou l'enseigne fantôme d'Eysines ! Troisièmement, c'était une bonne excuse pour passer du temps dans des endroits si proches de chez soi qu'on ne fait jamais l'effort de les visiter correctement. Et, enfin, il était sympathique de transiter par tant d'ambiances et de cadres différents : depuis des zones industrielles et des parcs commerciaux aux quartiers résidentiels, au long de sentiers sablonneux, dans des bois ombragés, aux abords de parcs photovoltaïques ou de vignobles… des environnements hautement diversifiés ! Bref, au cas où vous vous poseriez la question, oui, il y a vraiment beaucoup à voir dans un rayon de 10 kilomètres !

Arrivée à notre point de départ, et l'itinéraire réel de la journée.


Il aura fallu longtemps à Invisible Bordeaux pour visiter le parc de l’Ermitage Sainte-Catherine de Lormont, mais ce jour est arrivé il y a...

Il aura fallu longtemps à Invisible Bordeaux pour visiter le parc de l’Ermitage Sainte-Catherine de Lormont, mais ce jour est arrivé il y a quelques semaines. Je l’avais souvent vu figurer parmi les sites recommandés à visiter pour amateurs de verdure dans la Métropole, en plus d’être un endroit qui offre l’une des meilleures vues de Bordeaux. Mes attentes étaient au plus haut, c'est le moins qu'on puisse dire.

Quelle est l’histoire du parc ? Cet espace niché dans un creux situé entre les quais de la Garonne et le haut de Lormont, était d'abord le site d'un ermitage troglodyte avant de devenir, à compter du XVIIe siècle, les terrains du château de l'Hermitage et du château Raoult. Tous deux ont été démolis au XXe siècle, époque à laquelle le lieu est devenu une carrière, d'abord exploitée par l'entreprise de matériaux de construction Poliet-et-Chausson, puis par les Ciments Français. Ces activités ont cessé en 1983, avant que la commune de Lormont n'acquière la propriété pour un franc symbolique en 1997. La création du parc paysager a commencé et le site a été ouvert au grand public en 2005.

Le pont d'Aquitaine en toile de fond !

Je savais plus ou moins où se situait le parc, et j’avais déjà visité le parc des Iris voisin, mais j’avais lu quelque part que le moyen le plus simple d’accéder au parc de l’Ermitage était par un chemin depuis les quais de la Garonne. En arrivant dans cette zone à vélo, ayant suivi des panneaux depuis le vieux Lormont, il n'y avait plus aucune indication. Ne voyant aucun accès évident, je n'avais aucun autre choix que de me diriger vers le haut Lormont. Pour y parvenir, je me suis rendu vers une zone résidentielle très calme avant de m'engager sur une route très escarpée - la rue Sourbes - qui aurait toute sa place dans une vallée des Hautes-Pyrénées. En visant la zone où je situais vaguement le parc, j'ai enfin trouvé une entrée officielle, au bout de ce que GoogleMaps identifie comme étant la rue Saint-Cricq. Me voilà donc dans le parc, mais cette entrée en matière laborieuse n'était pas une franche réussite. Peut faire mieux en termes de panneaux d'indication...   

Ceci étant, le fait de commencer par le haut m'a permis de ne pas trop attendre pour profiter de la vue sur Bordeaux, et il faut reconnaître que cela mérite amplement le détour. La plateforme d'observation donne vers le sud-est et on peut aisément admirer plus ou moins tous les principaux monuments de la ville, avec le pont Chaban-Delmas et la Cité du Vin au premier plan, et plus loin la flèche de la basilique Saint-Michel, la cathédrale Saint-André, les buildings du quartier Mériadeck, la Cité administrative, ou encore les tours du quartier du Grand Parc. Oui, c'est vraiment un point de vue splendide.

La vue sur Bordeaux depuis la plateforme panoramique.

La tour Pey-Berland et la cathédrale Saint-André sous un angle inhabituel.

Revenant sur mes pas vers l'entrée, devant moi des sentiers sinueux partaient dans différentes directions, mais tous semblaient proposer une pente descendante. J'ai opté pour un de ces chemins, me rendant vite compte de l'erreur que je venais de commettre, à savoir d'avoir gardé mon vélo avec moi. Le chemin que j'ai emprunté était par moments très raide et parfois ponctué de marches, et le tout n'était clairement pas adapté aux vélos. En luttant pour rester debout tout en gardant la maîtrise du vélo à mes côtés, je n'avais ni le temps ni l'envie de m'arrêter et de regarder les panneaux d'information chantant les louanges de la richesse de la flore intéressante à découvrir tout autour, même si j'ai bien pris le temps d'apprécier la belle vue sur le pont d'Aquitaine. Le bouquet final était un escalier en métal qui a débouché sur la grande attraction du parc, son étang.

Un des nombreux panneaux d'informations que je n'ai pas pris le temps de lire.
L'escalier menant vers l'étang.
L'étang dans toute sa splendeur.

Comme il s'agissait d'une journée bien grise, l'étang n'était pas aussi bleu qu'il semble l'être sur certaines photos visibles en ligne ici et là. Je pense avoir même vu un article quelque part qui parlait d'un véritable lagon bleu. Quoi qu'il en soit, je me suis frayé un chemin le long de la rive de l'étang, et me suis même permis de jeter un coup d'œil à l'intérieur du « Nuage », un des refuges périurbains de la Métropole, à savoir une dizaine de cabanes rudimentaires de différentes formes et différentes tailles qui sont - en temps normal - à la disposition du grand public afin de passer la nuit dans des environnements insolites. Le concept est un peu fou mais assez sympa.

Le Nuage.

Ma balade m'a conduit vers l'extrémité sud du l'étang. En observant l’espace au bord de l’eau, j’ai tenté d’imaginer à quoi cela doit ressembler pendant la période estivale, où de nombreux citadins débarquent ici à la recherche de fraîcheur bien que la baignade soit interdite. J'ai traversé une passerelle métallique mais un portail verrouillé m'a empêché d'aller plus loin. Alors que j'etais face à cette impasse, un jeune photographe est passé et a tout simplement grimpé par-dessus le portail et filé vers le haut, sans doute à la recherche d'un autre point de vue sur les toits de Bordeaux.

J'ai repéré un chemin qui descendait et me suis demandé s'il menait vers les quais de la Garonne et l'entrée que je visais à l'origine. Comme je n'avais rien à perdre et que je n'avais pas trop envie de remonter au sommet du parc, je suis parti dans cette direction et, bingo, cela m'a effectivement conduit vers ce qui aurait dû être mon point de départ. Je peux néanmoins confirmer qu'il n'y a rien qui annonce qu'il s'agit-là d'un moyen pratique d'accéder au parc, mais le chemin est simple à localiser, juste derrière les arches du pont de chemin de fer qui longe la Garonne. Et il s'avère donc que j'avais eu raison de garder mon vélo avec moi !  

L'accès vers le parc depuis les quais de la Garonne est par le chemin dont le point de départ se situe derrière les arches d'un pont de chemin de fer !

Avec le recul, le parc de l’Ermitage Sainte-Catherine s'avère être un lieu assez surprenant. C'était beaucoup moins étendu que ce à quoi je m'attendais, mais ce concentré de cotes et de relief est un peu un OVNI dans le paysage de la Métropole, même s'il ne faut pas oublier que la rive droite est bien plus accidentée que la très plate rive gauche. En ce jour d'hiver où j'ai découvert le parc, le lieu était presque vide et étrangement sans âme, mais il se transforme sans doute au fil des mois et avec l'arrivée d'autres visiteurs. Mais entre le bel étang, toute cette verdure et la vue imprenable sur Bordeaux, on arriverait presque à pardonner le manque de signalisation pour y arriver !


> Localiser sur la carte Invisible Bordeaux : Parc de l'Ermitage Sainte-Catherine, Lormont

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